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RENAUD D’AVÈNE DES MÉLOIZES, ANGÉLIQUE (baptisée Angélique-Geneviève) (Péan), née à Québec le 11 décembre 1722, fille de Nicolas-Marie Renaud* d’Avène Des Méloizes et d’Angélique Chartier de Lotbinière, décédée à Blois, France, le 1er décembre 1792.

Nous ignorons à peu près tout de l’enfance et de la jeunesse d’Angélique Renaud d’Avène Des Méloizes. Son nom figure parmi les élèves qui ont fréquenté le pensionnat des ursulines de Québec, entre 1700 et 1739, et l’annaliste de l’institution notera plus tard à son sujet : « la célèbre Dame Péan, épouse du Chevalier de Livaudière [Michel-Jean-Hugues Péan]. C’était une personne très remarquable pour sa beauté, ses agréments et son esprit. » Le portrait que nous conservons d’elle lui donne certes une expression de puissance qui la rend belle ; le nez, un peu coupant, traduit autant la volonté que ses yeux vifs et aigus. Le menton procède de la même vigueur.

Angélique épouse le 3 janvier 1746 Michel-Jean-Hugues Péan, aide-major à Québec. Toutes les qualités de l’époux « consistaient dans les charmes de sa femme », écrira narquoisement l’auteur anonyme du « Mémoire du Canada ». Cependant, Péan occupera un haut rang dans la société de Québec, car il deviendra l’homme de confiance de l’intendant Bigot. Le couple habite la haute ville où, « après la maison de l’intendant, la meilleure de la ville est celle de Mr Péan [...] C’est chez lui que s’assemblent tous les gens du bel air ; on y vit à la mode de Paris. » L’hôtesse est jeune, sémillante, pleine d’esprit, d’un caractère assez doux et obligeant ; sa conversation est enjouée et amusante. Médiatrice et protectrice de ses parents et amis, elle est fort habile, ajoutent les chroniques du temps, et l’on ne manque point de faire la cour aux Péan.

L’arrivée de l’intendant Bigot à Québec, en 1748, influença la vie du couple Péan. À cette époque, Bigot avait 45 ans et Angélique 25 ans. Les mémoires du temps veulent que cette dernière ait été « la Pompadour » de l’intendant et que son facile époux ait délibérément accepté la situation qui lui offrait l’avantage d’amasser sa fortune plus rapidement. Les somptueux banquets et le jeu étaient alors à l’honneur dans l’entourage de l’intendant ; Mme Péan joue avec le haut magistrat et des fortunes changent de main. Le gouverneur Vaudreuil [Rigaud], le sage Vaudreuil, céda au goût du jour puisqu’il « s’est mis en frais et a donné [...] une banque de pharaon chez lui », au dire de Montcalm*, qui fut, lui aussi, selon Guy Frégault*, « de la cour de la grande Sultane ». Sa correspondance montre qu’il est très intime avec « les dames de la société Péan [...] d’autant qu’on croit [qu’il a] des vues pour Lélie [abréviation d’Angélique] ».

Après la capitulation de Montréal, Angélique, accompagnant Bigot et son époux, s’embarque pour la France en septembre 1760, à bord de la Fanny. Leur vie scandaleuse avait eu des échos dans la métropole. Les accusations ne tardèrent pas à tomber sur la tête du triumvirat formé par Bigot, Péan et Joseph-Michel Cadet, qu’on rendait responsable de la mauvaise administration et de la perte du pays. Le mari d’Angélique est arrêté en novembre 1761 et détenu au secret à la Bastille. Mme Péan établit toutefois une correspondance clandestine avec son mari et elle obtient même du ministre Choiseul la permission de le visiter, ce qu’elle fera 58 fois de mars 1764 à juin de la même année, date de sa libération.

Le couple Péan s’installe alors à Orzain, près de Blois, sur les terres dont Péan s’était porté acquéreur à son arrivée en France en 1758, et continue pour un certain temps sa vie mondaine. Mme Péan, qui deviendra veuve en 1782, consacrera les 20 dernières années de sa vie aux démunis et plus particulièrement aux familles canadiennes venues s’établir en Touraine. Sa fille unique, Angélique-Renée-Françoise, épousa, le 1er septembre 1769, Louis-Michel de Marconnay et elle n’eut pas de descendance. Mme Péan meurt le 1er décembre 1792, âgée de près de 70 ans.

Angélique Renaud d’Avène Des Méloizes, adulée des plus hauts fonctionnaires de la colonie, fut manifestement une femme redoutable. Les gens qui l’aimèrent n’ont point osé se montrer éloquents à son sujet. Aucun plaidoyer ni véhément éloge ne nous est parvenu. Seul le sieur de Courville [Aumasson] voudrait qu’on fasse attention au revers de la médaille, « et que l’on voie qu’elle avoit beaucoup de mérite, surtout par son humeur bienfaisante ». Personnage controversé, elle fut l’héroïne du roman célèbre de William Kirby*, The Golden Dog (New York, 1877), où la fiction l’emporte trop facilement sur la vérité historique.

Juliette Rémillard

AD, Loir-et-Cher (Blois), État civil, Blois, 1er déc. 1792.— Les archives de la famille Gradis et le Canada, Claude de Bonnault, édit., ANQ Rapport, 1944–1945, 273.— Coll. des manuscrits de Lévis (Casgrain), VI : 115 ; VII : 219 ; IX :105.— Doreil, Lettres (A. Roy), ANQ Rapport, 1944–1945, 158.— Mémoire du Canada, ANQ Rapport, 1924–1925, 117s., 188s.— Burke, Les ursulines de Québec (1863–1866), II : 176.— H.-R. Casgrain, Guerre du Canada, 1756–1760 ; Montcalm et Lévis (2 vol., Québec, 1891 ; réimpr., Tours, France, 1899). Frégault, François Bigot. P.-G. Roy, La ville de Québec sous le Régime français (2 vol., Québec, 1930), II : 266. Ægidius Fauteux, Le S... de C... enfin démasqué, Cahiers des Dix, 5 (1940) : 267s. Juliette Rémillard, Angélique Des Méloizes, RHAF, XIX (1965–1966) : 513–534.

Bibliographie générale

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Juliette Rémillard, « RENAUD D’AVÈNE DES MÉLOIZES, ANGÉLIQUE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/renaud_d_avene_des_meloizes_angelique_4F.html.

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Auteur de l'article:   Juliette Rémillard
Titre de l'article:   RENAUD D’AVÈNE DES MÉLOIZES, ANGÉLIQUE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   2 septembre 2014