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RICHARDSON, JAMES, officier de marine, fonctionnaire, ministre méthodiste et évêque, né le 29 janvier 1791 à Kingston dans la province de Québec, fils de James Richardson, officier de marine, et de Sarah Ashmore, tous deux originaires d’Angleterre, mort le 9 mars 1875 à Toronto.

Il est curieux de constater que James Richardson, qui devait devenir un méthodiste de premier plan et un Canadien à part entière, naquit l’année même de la mort de John Wesley et de la création du Haut-Canada. Il fit ses études dans les écoles de Kingston et, en 1809, entra dans la marine provinciale ; il reçut une commission de lieutenant en 1812. Il se distingua pendant la guerre de 1812–1814 et perdit le bras gauche en 1814, à la bataille d’Oswego. En 1813, il avait épousé Rebecca, fille de John Dennis, loyaliste de York (Toronto) ; deux enfants lui survécurent.

Vétéran, Richardson fut nommé après la guerre magistrat et receveur des douanes à Presqu’ile. Il aurait très bien pu y rester, citoyen honoré et fonctionnaire utile, mais, comme nombre d’autres personnes, Richardson, qui était anglican, fut séduit par le renouveau du méthodisme qui eut lieu dans le Haut-Canada après la guerre. Il se convertit lors d’une assemblée trimestrielle tenue dans le canton de Haldimand, en 1818 ; « Dieu resplendit dans mon cœur et je vis la lumière dans sa lumière, « mes chaînes tombèrent, mon cœur fut libéré ». » Il en conclut aussitôt : « Ce peuple sera mon peuple, et leur Dieu sera mon Dieu », conviction dont il ne se départit jamais tout au long de sa vie et qui l’amena rapidement à une nouvelle et difficile carrière.

Les chefs méthodistes cherchaient toujours activement à recruter des hommes doués d’une forte personnalité et possédant une solide instruction, afin de travailler comme pasteur et comme laïcs ; aussi pressèrent-ils Richardson de devenir prédicateur dans sa région, au cours de la conférence de 1822–1823, et, en 1825, il fut mis à l’essai comme pasteur itinérant. Sans hésitation, il abandonna ses fonctions et sa vie confortable pour exercer son ministère et aider Egerton Ryerson*, lors de son premier circuit, celui de la rue Yonge et de York (Toronto), qui allait du lac Ontario jusqu’au lac Simcoe. Mais il n’était pas destiné à remplir longtemps cette humble fonction. Bien avant son ordination en 1830, il était apparu comme une personnalité importante de la communauté religieuse qui avait alors atteint une période critique de son développement.

Vers la fin des années 20 et au début des années 30, les méthodistes canadiens, qui à l’origine faisaient partie de l’Église méthodiste épiscopale aux États-Unis, furent obligés de modifier leurs relations avec leurs frères anglais et américains et de jouer un rôle actif dans les controverses politiques qui agitaient le Haut-Canada. Bien que Richardson crût, et de toute évidence continuât de croire, que les idées épiscopales du méthodisme américain étaient les plus proches des idées de Wesley, il se démena en faveur de l’établissement d’une conférence canadienne autonome en 1824. Il semble aussi avoir soutenu le mouvement d’indépendance de 1828 qui donna naissance à l’Église méthodiste épiscopale au Canada. En revanche, il était peu disposé, à l’instar de bon nombre de ses collègues, à accepter l’union avec la Conférence britannique en 1833, parce que cela briserait la continuité entre le méthodisme américain et le méthodisme canadien, et, fait plus important, parce qu’il prévoyait que la tendance tory des wesleyens saperait la situation politique de la Conférence canadienne.

L’attitude de Richardson envers la position de son Église dans la société était sans doute le reflet de celle des méthodistes canadiens. Patriote fervent (prêt à s’enrôler contre les Féniens, en 1866), il ne souhaitait pas affaiblir les liens avec l’Angleterre ; néanmoins il était convaincu que les Canadiens devaient résoudre leurs problèmes eux-mêmes. Chrétien vivant dans l’esprit de l’évangile, son souci premier n’était pas la poursuite de buts ecclésiastiques ou politiques mais le salut des âmes. À ses yeux, cet objectif pouvait être mieux atteint par la séparation de l’Église et de l’État et par l’acceptation du principe des contributions volontaires. Il soutint cette opinion dans le Christian Guardian, dont il était le rédacteur en chef ; plus tard, il devait approuver aussi la sécularisation des « réserves » du clergé et s’opposer à l’article de la loi de 1854 concernant le fonds de conversion, article par lequel l’Église méthodiste wesleyenne, ainsi que d’autres, recevait une somme globale en retour de l’abandon de ses droits sur le fonds provenant des réserves du clergé.

Richardson fut rédacteur en chef du journal méthodiste Christian Guardian en 1832 et 1833, mais il refusa d’être réélu à ce poste en 1834. Il continua de remplir d’autres fonctions importantes dans la conférence entre 1833 et 1836, année où il s’en retira. Il fut de plus membre du comité qui dressa les plans et commença la construction d’Upper Canada Academy (plus tard Victoria University). Entre-temps, la conférence avait restreint les privilèges des prédicateurs locaux, un groupe auquel Richardson montrait beaucoup d’intérêt et de sympathie. De plus, sur l’ordre de ses associés wesleyens – cela contrastait fortement avec son attitude antérieure – la conférence avait commencé à s’assurer les bonnes grâces du gouvernement local et à user d’équivoques sur la question non résolue des subventions de l’État aux communautés religieuses. Ce changement de politique et le fait que la Conférence wesleyenne mère avait accepté les subventions, exposa la Conférence canadienne aux nombreuses insultes de la presse et des hommes politiques réformistes. Richardson et d’autres, convaincus que leur Église devrait adhérer au principe des contributions volontaires et demeurer au moins dans la neutralité politique, furent humiliés par ce qui venait de se passer. Le souci constant de Richardson de placer l’intégrité au-dessus de l’unité confessionnelle fit que les relations furent de plus en plus tendues entre lui et ses collègues plus anciens comme John et Egerton Ryerson et Ephraim Evans*. Par conséquent, vers 1836, il ne se sentit plus à l’aise dans la conférence et décida de la quitter sans bruit. En 1835, il était déjà si détaché de tout cela qu’il refusa de contribuer à la fondation pour Upper Canada Academy.

L’année suivant sa démission, Richardson envisagea apparemment une carrière chez les méthodistes américains et, dans ce but, il exerça provisoirement son ministère à Auburn, dans l’état de New York. À son retour, il devint ministre de l’Église méthodiste épiscopale récemment constituée (l’Église qui avait porté ce nom était devenue l’Église méthodiste wesleyenne), refuge de ceux qui pour diverses raisons refusaient d’accepter l’union de 1833. De 1840 à 1852 cependant, Richardson fut principalement employé au service de l’Upper Canada Bible Society. Ce ne fut pas avant 1858 qu’il fut ordonné évêque pour aider son ami, le vieil évêque Philander Smith*. Malgré une infirmité qui s’accentuait, il conserva son poste jusqu’à sa mort ; l’un de ses derniers gestes fut d’ordonner Albert Carman* afin que celui-ci puisse l’assister et éventuellement lui succéder.

L’évêque Richardson dirigea une section importante du méthodisme canadien à un moment capital de son évolution et contribua ainsi à fixer la nature de l’influence qu’avait le méthodisme sur l’accession de son pays à une maturité plus grande. En 1867, l’Église méthodiste épiscopale était la deuxième des communautés méthodistes par le nombre de ses membres, mais elle se limitait essentiellement à l’Ontario. Elle était, sans aucun doute, plus évangélique que la secte plus importante des wesleyens, très antiliturgique et probablement moins sophistiquée dans l’ensemble. Elle continua de s’opposer à l’aide de l’État dans les affaires religieuses et, en particulier, aux écoles séparées. Malgré son administration épiscopale, la frontière entre les laïcs et le clergé de l’Église méthodiste épiscopale était aussi imprécise qu’aux premiers jours du méthodisme. Avant tout les méthodistes de l’Église épiscopale se considéraient comme les seuls méthodistes canadiens, ce qui, du moins en Ontario, était vrai quant à leur histoire et à leurs idées.

La principale contribution de Richardson fut de maintenir les traits distinctifs de l’organisation et de l’enseignement dans l’Église méthodiste épiscopale et, en même temps, d’encourager les membres de son Église qui préféraient agir positivement en propageant leurs idées au lieu de s’opposer systématiquement à la puissante Conférence wesleyenne. Ainsi, en 1875, les deux Églises se rapprochaient, comme en témoigne symboliquement le service à la mémoire de l’évêque, célébré à Toronto dans l’église wesleyenne Metropolitan. L’évêque Carman, dont l’orientation était semblable à celle de son prédécesseur, allait effectuer l’union officielle en 1884 et, ce faisant, infuser à la nouvelle Église méthodiste de nombreuses valeurs chères à ses frères.

Dans son Église et dans la communauté, James Richardson jouissait d’une grande estime parce qu’il était un homme humble, bon et saint dont la vie fut « courageuse et dépourvue d’ostentation ». Il inculqua à ses concitoyens ce mélange caractéristique de morale religieuse et de valeurs patriotiques chères à tant de méthodistes canadiens. Il ne fut ni un grand érudit ni un grand prédicateur, mais il eut néanmoins le don de la parole « simple mais vigoureuse et majestueuse ». Il détestait la « fausseté partout » et « ne pouvait la supporter un instant en religion ». Pour Carman « si James Richardson était un homme de Dieu, il n’en était pas moins un homme du monde », un « avocat et un défenseur des droits de l’homme ». « Liberté de conscience et liberté de culte étaient les doctrines cardinales de sa foi religieuse et politique », de même que son intérêt pour le caractère moral de la société. C’est ainsi qu’il encouragea le travail de la société biblique et soutint avec vigueur la Temperance Reformation Society. Comme président de la York Pioneers Society, il contribua à stimuler l’intérêt pour le développement historique de ce Haut-Canada dont la vie s’acheva presque en même temps que la sienne.

G. S. French

Malheureusement, il n’existe pas de collection des papiers de James Richardson. Pour ses lettres et ses déclarations, il faut consulter le Christian Guardian (York), 1832–1833, années où il en fut le rédacteur en chef, et le Canada Christian Advocate (Hamilton, Ont.) pour la période de son épiscopat, 1858–1875. La biographie de Thomas Webster, Life of Rev. James Richardson, a bishop of the Methodist Episcopal Church in Canada (Toronto, 1876), est naturellement très partisane, de même que l’introduction par le successeur de Richardson, Albert Carman. Afin de rectifier cette vision du personnage, on consultera la longue analyse de John Carroll dans le Canadian Methodist Magazine (Toronto), IV (1876) : 513–523.  [g. s. f.]

James Richardson, Incidents in the early history of the settlements in the vicinity of Lake Ontario (s.l., s.d.).— Canada Christian Advocate (Hamilton, Ont.), 17 mars 1875.— Globe (Toronto), 13 mars 1875.— The minutes of the annual conferences of the Wesleyan Methodist Church in Canada, from 1824 to 1857 (2 vol., Toronto, 1846–1863), I.— Dent, Canadian portrait gallery, III : 60–65.— Carroll, Case and his cotemporaries.— Anson Green, The life and times of the Rev. Anson Green, D.D. [...] (Toronto, 1877).— Sissons, Ryerson.

Bibliographie générale

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G. S. French, « RICHARDSON, JAMES (1791-1875) », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/richardson_james_1791_1875_10F.html.

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