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RINE, DAVID ISAAC KIRWIN (Kirwan), ministre méthodiste et conférencier sur la tempérance, né en 1835 en Pennsylvanie et décédé le 1er juillet 1882 à Detroit.

Élevé en Pennsylvanie où il étudia quelque temps au Madison College d’Uniontown, David Isaac Kirwin Rine quitta cet établissement pour faire l’apprentissage du métier d’imprimeur. C’est dans ce milieu qu’il apprit, comme il le disait, à « boire le verre de l’amitié ». En 1865, il était devenu ministre au sein de la Conférence de Pittsburgh et, de 1868 à 1871, il remplit les fonctions de ministre de l’église Second Methodist à Allegheny (maintenant partie de Pittsburgh). En 1871, il fut impliqué dans une accusation de conduite scandaleuse et immorale avec une jeune femme de « réputation douteuse » que des membres du clergé avait portée contre le révérend John H. Gray de l’église méthodiste Christ Church à Pittsburgh. À la suite de deux enquêtes ecclésiastiques, Gray fut déclaré innocent, mais les deux hommes se retirèrent de la conférence après un procès qui fit beaucoup de bruit. Au cours des cinq années suivantes, on arrêta Rine deux fois pour vol relié à l’alcool et, à la deuxième occasion, il se vit condamner à deux ans de prison. Après sa mise en liberté, il ouvrit un « bureau de brevets » mais gaspilla tous ses gains dans l’alcool. Puis il se convertit en décembre 1876, lors d’une série de réunions portant sur la tempérance tenues à Pittsburgh par Francis Murphy, buveur repentant et fondateur du Gospel Temperance Movement.

Après 1846, par suite de l’adoption de la première loi imposant la prohibition au Maine, les efforts en vue de promouvoir la tempérance en Amérique du Nord avaient été de plus en plus orientés vers les domaines de la politique et de l’éducation dans l’espoir de faire voter des lois interdisant l’alcool. Dans les années 1870, le travail en faveur de la tempérance au Canada témoignait qu’on se préoccupait aussi de prohibition. Le Gospel Temperance Movement de Murphy, à l’instar des autres mouvements faisant appel à la morale qui l’avaient précédé, mais à l’encontre des organisations prohibitionnistes, s’intéressait spécialement aux individus, dans un effort pour détourner le buveur de l’alcool en faisant appel à des arguments d’ordre émotif à saveur évangélique. Inspiré par son expérience personnelle, Murphy pensait qu’aucun être n’était tombé si bas qu’il ne pût être sauvé. Chacun exprimait sa résolution de se réformer en faisant par écrit la promesse de s’abstenir d’alcool, en portant un insigne et en appuyant ses bonnes intentions par un témoignage public. Après une campagne, on fondait des clubs pour assurer un genre de cure continue. Même si la majorité de ceux qui avaient pris un engagement n’étaient pas des buveurs invétérés, le mouvement parvint avec un succès renversant à atteindre les grands buveurs et même les taverniers.

Peu de temps après sa conversion, Rine entra dans l’organisation et en devint rapidement l’un des dirigeants quand le mouvement s’amplifia à partir de Pittsburgh avec la vigueur d’un revival. En mars 1877, il prétendait avoir recueilli 35 000 engagements, uniquement dans le comté d’Erie, en Pennsylvanie. Des citoyens intéressés de St Catharines, Ontario, invitèrent Rine qui, après y avoir mené une campagne très fructueuse, fut incité à se rendre à Toronto en mai 1877 par un comité que dirigeait George MacLean Rose*. Motivé, semble-t-il, par le désir de fonder son propre mouvement au Canada, Rine accepta des invitations sans qu’on lui garantit une rémunération, à la différence de bon nombre de ses contemporains. Sa campagne à Toronto prit l’envergure de celle de Murphy à Pittsburgh et, au cours des quelque dix mois suivants, il porta son message dans toutes les principales villes d’Ontario, ainsi qu’à Montréal et Québec. Le 15 mars 1878, à l’apogée de son succès, Rine fut arrêté près de Stratford, Ontario, et accusé d’attentat à la pudeur contre une servante de 15 ans. Il reconnut s’être livré à du « badinage » mais rejeta l’accusation avec véhémence. Bien que celle-ci fût ramenée à des voies de fait simples et qu’un jury acquittât Rine, la culpabilité morale de ce dernier et la mauvaise publicité lui enlevèrent toute influence en tant que dirigeant du mouvement de tempérance. En octobre 1878, après la mort de sa femme, il quitta Toronto et commença trois années de vagabondage. À la fin de 1881, il essaya de retrouver le succès qu’il avait connu comme conférencier sur la tempérance mais on ne porta pas attention à lui, même à Toronto. Après dix semaines, au cours desquelles il donna des signes de déséquilibre, il partit pour Detroit où on le recueillit en janvier 1882 ; il était devenu « un maniaque en délire [...] s’imaginant que tout Detroit lui appartenait ». Il mourut six mois plus tard à la Wayne County Home for the Insane, sans avoir retrouvé la raison.

Rine avait repris les méthodes de Murphy qui consistaient à s’adresser au véritable alcoolique dont, pendant ces années, la plupart des autres groupes de tempérance s’étaient désintéressés au cours des luttes politiques en vue de la prohibition. Le succès de Rine est attribuable en grande partie à « son mépris souverain de toutes les méthodes conventionnelles ». Dans ses conférences, il utilisait un langage populaire et parlait de ses propres combats, que l’être le plus avili pouvait faire siens et utiliser comme source d’espoir.

A. J. Birrell

Daily British Whig, sept. 1877–mai 1878.— Evening Telegram (Toronto), mai 1877–oct. 1878, oct. 1881–juill. 1882.— Free Press, 20 sept.–10 oct. 1877, mars–avril 1878.— Globe, mai 1877–oct. 1878, oct. 1881–juill. 1882.— Leader, mai 1877–oct. 1878.— Montreal Daily Witness, oct. 1877.— Stratford Beacon (Stratford, Ontario), févr.–mai 1878.— Stratford Times (Stratford), févr.–mai 1878.— R. E. Spence, Prohibition in Canada ; a memorial to Francis Stephens Spence (Toronto, 1919).— A. J. Birrell, « D. I. K. Rine and the Gospel Temperance Movement in Canada », CHR, 58 (1977) : 23–42.

Bibliographie générale

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A. J. Birrell, « RINE, DAVID ISAAC KIRWIN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 27 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/rine_david_isaac_kirwin_11F.html.

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Auteur de l'article:   A. J. Birrell
Titre de l'article:   RINE, DAVID ISAAC KIRWIN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   27 août 2014