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ROBERTSON, MARGARET MURRAY, institutrice et romancière, baptisée le 22 avril 1823 à Stuartfield, Écosse, fille du révérend James Robertson, ministre congrégationaliste, et d’Elizabeth Murray ; décédée célibataire le 14 février 1897 à Montréal.

Après la mort de sa mère, Margaret Murray Robertson immigra avec sa famille à Derby, au Vermont, en 1832. Quatre ans plus tard, les Robertson s’établirent à Sherbrooke, dans le Bas-Canada, où le père exerça son ministère auprès des congrégationalistes jusqu’à sa mort en 1861. Trois des frères de Margaret, Andrew*, George R. et William Wilcox, se distinguèrent comme avocats à Montréal. Un autre, Joseph Gibb, devint un homme d’affaires et fut durant nombre d’années trésorier de la province. Une de ses sœurs, Mary, épousa Daniel Gordon, ministre presbytérien de Glengarry, en Ontario.

Après avoir fréquenté en 1847–1848 le Mount Holyoke Female Seminary de South Hadley, établissement du Massachusetts réputé pour sa rigueur intellectuelle et les principes religieux sur lesquels reposait tout son programme d’études, Margaret enseigna jusqu’en 1865 dans une école de filles, la Sherbrooke Academy. Elle aimait ce métier et, en 1864, à l’âge de 41 ans, elle rédigea un « essai sur l’enseignement dispensé dans les écoles publiques » qui lui valut un prix offert par Alexander Tilloch Galt aux instituteurs des Cantons-de-l’Est. Dans cet essai, publié dans le Sherbrooke Gazette and Eastern Townships Advertiser des 14 et 21 janvier 1865, elle affirmait qu’en plus de dispenser des connaissances « tout système d’éducation devait toujours avoir pour objectif premier de développer et de renforcer les facultés mentales [et] d’apprendre aux enfants à observer, à réfléchir, à raisonner ». Pour elle, la « formation morale » était encore plus importante que la discipline intellectuelle car, « si elle n’[était] pas guidée et encadrée par des principes moraux élevés, la connaissance dev[enait] un instrument au service du mal ». Comme le sens moral était donné par Dieu, la formation morale devait être religieuse et « résolument chrétienne », sans toutefois être sectaire. L’auteure soutenait également que, pour dispenser un enseignement de qualité à l’extérieur des grands centres, le gouvernement devait améliorer la formation des instituteurs agréés, s’assurer de leur moralité, leur offrir des conditions financières qui garantiraient la stabilité et l’excellence – ce qui signifiait, dans les régions rurales, la fin d’un système fort répandu qui obligeait l’instituteur à prendre pension dans les différentes familles de ses élèves –, limiter le programme d’études aux matières de base, sans toutefois omettre l’histoire religieuse, l’histoire du Canada et celle de la Grande-Bretagne, et fournir des manuels canadiens uniformes et aussi bien faits que les manuels américains et britanniques dont se servaient alors les élèves.

Ironiquement, c’est peut-être le succès de cet article qui poussa Margaret Murray Robertson à abandonner l’enseignement pour se lancer dans l’écriture. De 1865 à 1890, elle publia au moins 14 romans. Cependant, les thèmes de ses écrits reflètent si fidèlement sa principale préoccupation d’enseignante – inculquer aux jeunes, en particulier aux jeunes filles, à la fois connaissances, force et conscience morale – qu’on voit clairement qu’elle exerçait toujours sa profession d’éducatrice, mais de manière à rejoindre un jeune public beaucoup plus nombreux. Toujours soucieuse de mettre en évidence l’esprit chrétien, la romancière présente dans ses romans des personnages qui lisent la Bible en famille et assistent régulièrement aux offices. S’ils ne font pas déjà partie d’une famille de pasteur, ses protagonistes se convertissent à la vraie foi ou deviennent plus fervents. Dans ses romans plus didactiques, Margaret entremêle aux dialogues de longs discours d’explications ou d’encouragements spirituels qui ressemblent à des sermons. L’esprit chrétien dont elle parle est nettement protestant, mais son protestantisme n’a rien de la rigidité calviniste. Il s’agit plutôt d’une religion du pardon qui met l’accent sur l’amour et sur la compréhension et réconforte dans les moments d’inquiétude. Margaret s’inscrit ainsi dans un courant que soutiennent les éditeurs évangéliques, telles la Religious Tract Society de Londres et l’American Sunday School Union de Philadelphie, qui publièrent d’ailleurs certains de ses romans. Plus tard toutefois, ce sont surtout des maisons d’édition laïques, Hodder and Stoughton, de Londres, et Thomas Nelson, de New York, qui publièrent ses écrits ; les œuvres de fiction, où les intrigues romantiques s’allient aux dogmes moins sévères d’un christianisme de compassion, connaissaient en effet une popularité croissante et devenaient acceptables même pour les chrétiens austères qui, jusque-là, avaient rejeté le roman.

Les protagonistes des romans de Margaret Murray Robertson et, par conséquent, les principaux messagers de son christianisme sont des femmes et des jeunes filles ; ici, pas de patriarcat mosaïque. Les intrigues sont centrées sur le foyer et la famille, où des femmes courageuses prodiguent l’amour et assurent l’unité. Indirectement, l’auteure traite la famille comme un microcosme de la société, laissant à entendre qu’un monde dirigé par les femmes serait fondé sur la charité, la coopération et le respect mutuel, contrairement à la société d’alors, dominée par les hommes, et qui était autoritaire, matérialiste et profiteuse. La romancière n’a cependant rien d’une révolutionnaire, et les rôles et devoirs qu’elle confère à ses personnages féminins sont généralement conventionnels. Cependant, plutôt que des femmes affectées, satisfaites d’elles-mêmes, prudes et faibles, elle met en scène des femmes pleines de vie, intelligentes, imaginatives et courageuses. Dans Shenac, the story of a Highland family in Canada, publié à Philadelphie en 1868, c’est Shenac, l’héroïne, plutôt que l’un de ses frères, qui prend la situation en main quand, au décès de leur père, les enfants doivent s’occuper de la ferme familiale jusqu’au retour de leur frère aîné. Dans By a way she knew not ; story of Allison Bain, paru à New York en 1887, l’héroïne quitte l’homme qu’elle avait épousé par convenances mais elle ne sera libérée, à la mort de son époux, qu’après avoir découvert qu’elle ne pouvait pas trouver le bonheur avant d’avoir fait son devoir auprès de lui. Elle-même célibataire, Margaret présente des personnages intéressants de célibataires dans ses romans ; par exemple, dans The two Miss Jean Dawsons, publié à New York en 1880, l’héroïne devient une femme d’affaires avertie tout en conservant ses qualités féminines.

En général, Margaret Murray Robertson définit clairement les rôles selon les classes sociales. Le dialecte écossais, plus prononcé parmi les classes inférieures, est moins évident dans les discours des ministres, des enseignants et chez les autres personnes instruites. Ses principaux personnages manifestent peu de désir de changer leur position sociale même quand l’amélioration de leur situation financière le leur permettrait. De fait, les ambitions matérielles sont méprisables dans cet univers où l’honnêteté et le patient labeur apportent invariablement la prospérité matérielle et spirituelle. Le thème de l’alcoolisme dans la classe ouvrière, cher aux écrivains religieux et, plus tard, aux militantes féministes, occupe une place importante dans l’œuvre de l’auteure, qui en traite implicitement comme d’une maladie dont le remède se trouve dans la formule appliquée aujourd’hui par les Alcooliques anonymes.

Margaret Murray Robertson a probablement puisé dans son expérience familiale une grande partie de son message didactique. Le décès du père ou de la mère, parfois même des deux, est fréquent, et il incombe alors aux enfants de prendre la relève ; le travail ardu, la souffrance et la responsabilité, soutenus par l’amour fraternel, la solidarité familiale ainsi que la foi religieuse, les font grandir. De même, la romancière situe tous ses récits dans des régions qu’elle connaît bien : l’Aberdeenshire en Écosse, la Nouvelle-Angleterre, les Cantons-de-l’Est, le comté de Glengarry dans le Haut-Canada et Montréal, où elle vivait déjà en 1871. Shenac, qui a pour cadre la communauté écossaise de Glengarry, dépeint la vie rude des colons, les activités agricoles saisonnières, l’intimité de la vie familiale, l’aide entre voisins et l’importance de la religion – toutes choses qui caractérisaient la vie dans cette région. Dans ce roman comme dans By a way she knew not, l’auteure manie efficacement la couleur locale – les coutumes, le dialecte et les détails descriptifs. Certains ont avancé que son écriture avait influencé celle de son neveu Charles William Gordon* (Ralph Connor), dont on connaît encore bien aujourd’hui The man from Glengarry : a tale of the Ottawa, publié à Toronto en 1901, et Glengarry school days : a story of early days in Glengarry, paru à Chicago l’année suivante.

En s’inspirant ainsi de son expérience personnelle, Margaret a donné à ses romans une vigueur et un réalisme qui aident à en porter le contenu didactique. Bonne institutrice qui n’a pas oublié que ses leçons doivent être intéressantes, elle sait traiter de religion et de morale en allégeant son propos par la romance et le sentiment. En même temps toutefois, elle transpose dans un mode plus réaliste et plus domestique l’idylle sentimentale qui plaît aux lecteurs de son époque. L’héroïne trouve habituellement l’amour auprès d’un ami d’enfance, du nouvel instituteur ou du pasteur qui vient d’arriver dans son village. Les épanchements ont souvent lieu au moins une fois au chevet d’un mourant. Dans Christie Redfern’s troubles, roman publié à Londres en 1866 et qui remporta beaucoup de succès, l’amère et plaignarde jeune fille qu’était Christie devient, grâce à l’attention dévouée de sa sœur aînée, une jeune femme aimante qui trouvera enfin le bonheur avant de mourir. Quoique beaucoup de livres de Margaret se soient manifestement adressés à la jeunesse, Shenac, By a way she knew not de même que The bairns ; or Janet’s love and service, publié à Londres en 1870, intéressèrent aussi un public adulte et furent parmi ses romans les plus populaires.

En se conformant au goût de son époque pour les ouvrages didactiques et moraux tout en divertissant ses lecteurs avec des personnages mémorables et des descriptions vivantes de lieux, Margaret gagna un vaste public. Fréquemment réimprimés en Grande-Bretagne, aux États-Unis et au Canada, ses romans lui valurent d’exercer une influence plus grande que celle de ses frères, qui eurent pourtant des carrières remarquables d’avocats et d’hommes politiques.

Selon l’un de ses contemporains, Margaret Murray Robertson était une femme intelligente, à la conversation brillante, que ses proches tenaient en haute estime. Elle n’était ni démonstrative ni émotive. Institutrice dévouée, elle faisait appel à l’intelligence de ses élèves et jamais ne les appelait par un petit nom amical ; par conséquent, ceux-ci la vénéraient plus qu’ils ne l’aimaient. Quand elle n’écrivait pas, elle tricotait tout le temps – « pas de tricots de luxe, mais des chaussettes toutes simples, utiles », qu’elle donnait aux petits garçons pauvres. En un seul hiver, elle en tricota 96 paires. Jusqu’à la fin de sa vie, elle demeura modeste malgré la popularité de ses romans et elle vécut si discrètement à Montréal que sa mort et ses obsèques célébrées dans la plus stricte intimité, en février 1897, faillirent passer inaperçues.

Lorraine McMullen

Margaret Murray Robertson est l’auteure de : An essay on common school education ; the Galt prize essay (Sherbrooke, Québec, 1865) et de quelque 14 romans dont une liste complète se trouve dans Watters, Checklist of Canadian literature (1972).

ANQ-M, CE1-215, 16 févr. 1897.— GRO (Édimbourg), Stuartfield, reg. of births and baptisms, 22 avril 1823.— Montreal Daily Witness, 15, 20 févr. 1897.— Sherbrooke Gazette and Eastern Townships Advertiser (Sherbrooke), 17 déc. 1864, 14, 21 janv. 1865.— Borthwick, Hist. and biog. gazetteer.— Morgan, Bibliotheca canadensis.— British Library general catalogue.— National union catalog.— R. [C.] MacGillivray et Ewan Ross, A history of Glengarry (Belleville, Ontario, 1979).— J. G. Robertson, Sketch of the formation of the Congregational church at Sherbrooke and Lennoxville (Sherbrooke, 1890).— R. [C.] MacGillivray, « Novelists and the Glengarry pioneer », OH, 65 (1973).

Bibliographie générale

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Lorraine McMullen, « ROBERTSON, MARGARET MURRAY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/robertson_margaret_murray_12F.html.

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Auteur de l'article:   Lorraine McMullen
Titre de l'article:   ROBERTSON, MARGARET MURRAY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   22 novembre 2014