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RUSSELL, ARCHIBALD (Archie), manœuvre, né vers 1874 à la baie Conception, Terre-Neuve ; décédé le 8 juin 1901 à Sydney, Nouvelle-Écosse.

La sidérurgie du Cap-Breton a fait des centaines de victimes. Archibald Russell fut l’une des premières. Au milieu de l’après-midi du 8 juin 1901, il travaillait dans la section des fours sur sole de la Dominion Iron and Steel Company à Sydney. Soudain, un palan mal fixé se détacha et lui fractura le crâne. Il mourut sur le coup. Le drame fut d’autant plus poignant que son père, fraîchement débarqué de Terre-Neuve, l’attendait à la barrière de l’usine quand on sortit le corps. Règle générale, en pareil cas, on prononçait un verdict de « mort accidentelle », mais cette fois, le coroner conclut à « la négligence de la direction ».

Cette tragédie présentait un autre trait inhabituel. Russell appartenait à l’Armée du Salut et, avant que sa dépouille ne soit embarquée sur le Bruce à destination de la baie Conception, le 12 juillet, North Sydney assista pour la première fois à des funérailles présidées par cet organisme. Par contre, ce qui ne sortait pas de l’ordinaire, c’était que Russell était Terre-Neuvien. Un journal local commenta : « il ne se passe presque pas une semaine sans que le « Bruce » emporte, vers quelque point de Terre-Neuve, un cercueil contenant les restes d’un malheureux ouvrier arraché à la vie dans des conditions terribles ». Pourtant, les Terre-Neuviens continuaient d’arriver. Dans les semaines qui avaient précédé la mort de Russell, « des centaines d’hommes en provenance de la baie Conception et de lieux situés au nord » avaient débarqué à Sydney dans le vain espoir d’y trouver du travail. En 1901, dans le comté du Cap-Breton, les Terre-Neuviens dépassaient en nombre tous les autres immigrants.

Même si le coroner avait prononcé un verdict sévère et même si, selon un journal, le père de Russell avait « l’intention de consulter un avocat et, fort probablement, d’intenter des poursuites contre la compagnie », il semble que rien ne se fit. Après tout, nota quelques mois plus tard un journal de St John’s, Archie Russell « n’était qu’un morutier ». Les accidents mortels continuaient de se produire en grand nombre.

Vers 1985, la section 1064 des Métallurgistes unis d’Amérique a érigé, devant le bureau syndical de Sydney, un monument où l’on peut lire les noms de 304 personnes qui ont trouvé la mort à l’aciérie. Impressionnant de simplicité, le monument est loin d’énumérer toutes les victimes. Russell y figure en cinquième place parmi les six morts de 1901. Or, en cette seule année, il y eut au moins six autres victimes : Kenneth Moore, de la baie Trinity, à Terre-Neuve, et Angus MacDonald, de Grand Narrows, au Cap-Breton, tués par une explosion ; Ralph Marriatt, de Halifax, qui se rompit le cou au haut fourneau ; John Haley, de la baie Conception, qui fut enseveli à l’âge de 18 ans sous un chargement de minerai de fer ; William Morgan, de Birmingham, en Alabama, qui mourut à la suite d’une explosion de gaz au haut fourneau ; enfin, Placide Chaisson, Acadien de Margaree, au Cap-Breton, tué aux fours à coke par un train. Au Cap-Breton comme ailleurs, travailler dans la sidérurgie était extrêmement dangereux. Beaucoup d’hommes mouraient brûlés, intoxiqués au gaz, écrasés, asphyxiés, électrocutés, parce qu’ils faisaient une chute ou, comme Archie Russell, parce qu’un objet tombait sur eux. Un nombre démesuré d’accidents mettaient en cause des locomotives ou des wagons. Trois jours avant la mort de Russell, un train avait tué Thomas C. Moxham, fils du directeur général de l’usine de Sydney.

En juin 1986, soit 85 ans après la mort de Russell, on a joué à Sydney The legacy of Moxham’s Castle. Au nombre des moments forts de cette pièce, il y avait une chanson dont voici le refrain

Un gars de la baie Conception

Rêvant d’une meilleure situation

Abandonne Terre-Neuve et ses amis

Pour quoi ? l’enfer d’une aciérie

En arrivant il écrit à son père

À Sydney y a d’l’argent à faire

Puis, à la baie, qu’est-ce qu’on entend dire ?

Archie Russell vient de mourir

Bien d’autres victimes n’ont pas eu droit à pareils hommages. Au moins, le nom d’Archibald Russell est gravé dans la pierre et figure dans une complainte dont bien des habitants du Cap-Breton industriel conservent le souvenir.

Don MacGillivray

Daily Record (Sydney, N.-É.), 20, 22 janv., 19 févr., 10 juin, 12, 17 déc. 1901.— Sydney Daily Post, 10, 15 juin, 31 déc. 1901.— Ron Crawley, « Off to Sydney : Newfoundlanders emigrate to industrial Cape Breton, 1890–1914 », Acadiensis (Fredericton), 17 (1987–1988), n° 2 : 27–51.— Craig Heron, Working in steel : the early years in Canada, 1883–1935 (Toronto, 1988), 49s.— George MacEachern, George MacEachern : an autobiography ; the story of a Cape Breton labour radical, David Frank et Donald MacGillivray, édit. (Sydney, 1987), 20s.

Bibliographie générale

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Don MacGillivray, « RUSSELL, ARCHIBALD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/russell_archibald_13F.html.

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Auteur de l'article:   Don MacGillivray
Titre de l'article:   RUSSELL, ARCHIBALD
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   19 décembre 2014