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RUSSELL, ELIZABETH, auteure, née le 26 décembre 1754 à Gibraltar, unique enfant survivante de Richard Russell et de sa deuxième femme, Dorothy Harrison ; décédée célibataire le 19 février 1822 à York (Toronto).

À la naissance d’Elizabeth Russell, son père, d’origine irlandaise, était capitaine dans le 14th Foot ; neuf mois plus tard, il fut réformé en raison d’un vilain imbroglio qui mettait en cause une femme et un collègue officier. Déshonoré, sans ami et ne connaissant que la vie militaire, Richard Russell fut finalement nommé officier de marine et envoyé à Harwich, en Angleterre. Ses infortunes ébranlèrent à tel point l’équilibre mental de sa femme qu’elle souffrit de grave démence pendant les dernières années de sa vie. Elizabeth, qui la soigna au cours de cette période et jusqu’à sa mort en 1779, grandit donc dans une atmosphère triste, qu’assombrissaient la maladie de sa mère, les dettes, les prodigalités, la mauvaise santé et les procès de son père. Elle reçut en outre une piètre instruction.

Après son passage en conseil de guerre, Richard Russell s’était querellé avec bien des gens, dont son unique fils légitime, Peter*, demi-frère d’Elizabeth. Aussi Peter ne se rendit-il pas à Harwich avant 1771. Elizabeth fut conquise par ce frère qu’elle ne connaissait pas ; célibataire, il était son aîné de plus de 20 ans et se montra ravi de la conseiller, de l’instruire et de l’encourager. Revenu des colonies américaines en 1782, il s’installa avec elle à Ipswich après la mort de leur père en 1786 ; ils n’allaient plus se quitter par la suite.

Ayant été nommé receveur général du Haut-Canada en 1791, Peter Russell quitta l’Angleterre le 1er avril 1792 avec Elizabeth. Ils étaient accompagnés du juge en chef William Osgoode et du procureur général John White*, qui allaient demeurer leurs amis les plus proches pendant les premières années de leur séjour dans la province, ainsi que de Mary Fleming, que Peter avait ramenée d’Amérique et confiée aux bons soins d’Elizabeth. Née en 1779 dans la maison de Peter à New York, elle était probablement sa fille illégitime. Les Russell s’installèrent dans la capitale temporaire, Newark (Niagara-on-the-Lake), où Mary mourut de la tuberculose le 20 janvier 1797. Très malade à la suite de ce malheur, Elizabeth demeurait inconsolable lorsqu’elle s’établit dans la nouvelle capitale, York, le 3 novembre.

Pendant les années où Peter fut administrateur de la province, soit de 1796 à 1799, les Russell donnèrent des réceptions officielles mais, de toute évidence, l’un et l’autre préféraient mener une vie tranquille. Leur goût du calme s’accentua encore pendant les quelques années de maladie que Peter connut avant sa mort en 1808. Durant cette période, ils virent surtout les membres de la famille de leur cousin germain, William Willcocks*, et particulièrement son gendre, William Warren Baldwin*. Un cousin plus éloigné, Joseph Willcocks*, vécut chez eux de 1800 à 1802, mais il dut quitter la maison et perdit leur amitié parce qu’il avait tenté de courtiser Elizabeth.

Après la mort de Peter, Elizabeth dut, en dépit de sa mauvaise santé, régler les comptes officiels de son frère et gérer le domaine qu’il lui avait laissé. Elle put compter sur l’aide de Baldwin et subit en 1811 une opération pour une hydropisie qui améliora son état, mais elle ne se consola jamais de la disparition de son frère. Au cours de la guerre de 1812, elle sombra dans une profonde mélancolie. En décembre 1814, la famille Baldwin s’installa dans sa maison ; c’est là qu’Elizabeth mourut en 1822. Peter lui avait laissé tous ses biens, qui comprenaient des milliers d’acres de terre ; à son tour, dans son testament, elle en légua la quasi-totalité aux deux filles survivantes de William Willcocks, Margaret Phoebe (épouse de William Warren Baldwin) et Maria, qui mourut célibataire. En définitive, le vaste domaine des Russell passa donc à la famille Baldwin.

Elizabeth Russell était différente de la plupart des femmes de la haute société de la province en ceci qu’elle était plus âgée, moins instruite et célibataire. Même si l’Angleterre lui manquait cruellement, elle n’aurait jamais voulu quitter son frère et repoussa avec indignation plusieurs demandes en mariage à York. Elle se montrait parfois très frivole, mais elle pouvait manifester aussi une remarquable perspicacité. Ses lettres et son journal décrivent minutieusement ce que pouvait être la vie d’une femme dans les premières années du. Haut-Canada.

Edith G. Firth

AO, ms 75 ; ms 88.— APC, MG 23, HI, 5 ; HII, 7 (photocopies) ; MG 24, C1.— MTL, W. W. Baldwin papers ; Elizabeth Russell papers ; Peter Russell papers.— Univ. of Guelph Library, Arch. Coll. (Guelph, Ontario), J. MacI. Duff coll., Samuel Peters papers.— Town of York, 1793–1815 (Firth).— A. S. Thompson, Spadina : a story of old Toronto (Toronto, 1975).

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Edith G. Firth, « RUSSELL, ELIZABETH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/russell_elizabeth_6F.html.

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Auteur de l'article:   Edith G. Firth
Titre de l'article:   RUSSELL, ELIZABETH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   24 octobre 2014