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SAINT-OURS, PIERRE DE, seigneur de l’Échaillon, dans le Dauphiné en France, de Saint-Ours, de l’Assomption et de Saint-Jean Deschaillons en Nouvelle-France, chevalier, capitaine dans le régiment de Carignan-Salières et dans les troupes de la marine ; né en octobre 1640 et baptisé à Grenoble, décédé au mois d’octobre 1724 à son manoir de Saint-Ours et inhumé en l’église de l’Immaculée-Conception de Saint-Ours en Nouvelle-France.

Pierre de Saint-Ours était le fils d’Henri de Saint-Ours et de Jeanne de Calignon. Sa famille descendait de Pierre de Saint-Ours (Petrus de Sancto Orso), premier du nom, qui vécut vers 1330.

Saint-Ours entra dans le régiment de Carignan comme cadet en 1658 et fut promu enseigne l’année suivante. En janvier 1664, il prit possession du patrimoine familial. Il reçut sa commission de capitaine dans le régiment de Carignan-Salières le 7 février 1665 et s’embarqua pour le Canada à la fin du mois de mai, avec sa compagnie. Ils atteignirent Québec le 12 septembre en compagnie de l’intendant Talon* qui avait fait le voyage avec eux. Saint-Ours passa l’hiver au fort Sorel, qu’on venait de construire, et il semble qu’il participa à l’expédition de Tracy [Prouville*] contre les Iroquois, en 1666.

Le 8 janvier 1668, à Champlain, il épousa Marie Mullois, fille de Thomas Mullois ; ils eurent 11 enfants. À l’époque de son mariage, Saint-Ours reçut en concession la seigneurie de Saint Ours qui s’étendait sur la rive sud du Saint-Laurent jusqu’à la rivière Yamaska, entre les terres de ses compagnons d’armes, M. de Saurel* et M. Pécaudy* de Contrecœur. Les titres de propriété lui furent cédés le 29 octobre 1672. Peu de temps après, il obtenait une autre seigneurie, située à la rivière Assomption et, en 1687, il héritait de celle de Saint-Jean Deschaillons près de la rivière Duchesne. Il se fit construire sur les bords du Saint-Laurent une demeure seigneuriale, tout en bois, et quelques-uns de ses soldats s’établirent dans les environs. Saint-Ours-sur-Richelieu et les propriétés avoisinantes furent dévastées par les Iroquois en 1691. La mise en valeur de la seigneurie se fit très lentement et ce n’est qu’en 1703 qu’on y construisit un moulin banal.

Saint-Ours commandait un détachement dans l’expédition de Louis de Buade* de Frontenac qui alla fonder le fort Cataracoui (Frontenac) au lac Ontario en 1673. Il fit parfois la traite des fourrures ; les archives nous révèlent qu’en 1678 il avait une loge à la foire annuelle de Montréal où les Outaouais venaient en grand nombre, par canot, vendre leurs pelleteries. Cette année-là, il était au nombre des notables de la colonie qui furent mandés à Montréal ou à Québec pour faire partie de comités dont le but était de conseiller le gouverneur ou l’intendant. En 1679, Frontenac lui confia le commandement du fort Chambly et le chargea d’essayer de mettre un frein au trafic de l’eau-de-vie avec la Nouvelle-Angleterre. Pendant son séjour à Chambly, il fut lui-même blâmé pour avoir fait du commerce.

Vers la fin de 1686, le gouverneur général Jacques-René de Brisay de Denonville déclarait que plusieurs familles, même chez les nobles, vivaient dans une grande pauvreté. Il précisait que les Saint-Ours et leurs dix enfants avaient manqué de blé durant huit mois, au cours de l’année. Saint-Ours songeait même à rentrer en France pour y reprendre son service militaire mais une subvention de 100 écus lui permit de demeurer dans la colonie. Nommé capitaine en 1687, il fut chargé du commandement d’une compagnie des troupes de la marine. Comme la plupart de ses hommes avaient leurs quartiers à Montréal, il décida d’aller y vivre. Les religieuses de l’Hôtel-Dieu lui cédèrent un terrain rue Notre-Dame où il érigea, pour la somme de 1 000#, une maison de bois ; il semble qu’une maison de pierre fut plus tard construite.

Pendant le siège de Québec par Phips* en 1690, Frontenac confia à Saint-Ours le commandement d’un bataillon et, à partir de 1693, il fut premier capitaine dans les troupes de la marine. Un congé lui fut accordé l’année suivante pour qu’il puisse aller prendre les eaux en France et refaire sa santé. À son retour en Nouvelle-France, en 1695, Callière l’envoya à l’extrémité du lac des Deux-Montagnes tendre une embuscade à une bande d’Iroquois ; ces derniers réussirent cependant à le déjouer. Au mois d’août 1701, à la tête de sa compagnie, Saint-Ours mena le cortège funèbre de Kondiaronk, le grand chef huron de Michillimakinac. Le 14 juin 1704, le roi lui décerna le titre de chevalier de Saint-Louis. Quand il quitta le service militaire, le 9 juin 1708, une pension de 600# lui fut allouée et son fils Jean-Baptiste* lui succéda à la tête de la compagnie.

Après la mort de son épouse survenue en 1705, Pierre de Saint-Ours songea à se remarier et voulut épouser une jeune fiIle de 17 ans. N’ayant pu réaliser ce projet il épousa, à Batiscan, le 29 juillet 1708, Marguerite Legardeur, fille de Charles Legardeur* de Tilly, et veuve d’un capitaine de l’armée. En 1710, il loua sa maison de Montréal et se retira dans sa seigneurie. C’était à l’époque de la guerre de Succession d’Espagne et sa pension cessa de lui parvenir pendant un certain temps. En 1716, pour la somme de 4 500#, il vendit sa maison de Montréal. Il fut parmi ceux qui, l’année suivante, se virent accorder un congé de traite qu’il obtint conjointement avec Mme de Saurel. Selon l’usage, ce congé fut vendu et chacun d’eux reçut la somme de 1 000#.

En mai 1723, alléguant que son mauvais état de santé et son grand âge ne lui permettaient pas de faire le voyage, il dépêcha Chaussegros* de Léry, le mari d’une de ses petites-filles, au château Saint-Louis pour y prêter, en son nom, le serment de foi et hommage comme seigneur de l’Assomption. Il mourut au mois d’octobre 1724, à son manoir de Saint-Ours.

Pierre de Saint-Ours avait quitté la France, abandonnant sa carrière militaire et les terres qu’il avait héritées de son père, pour venir tenter fortune en Nouvelle-France. Il ne recueillit que de bien maigres résultats. Il essaya au moins à trois reprises, en 1679, 1706 et 1708, mais toujours sans succès, d’obtenir de l’avancement ou un poste dans l’administration de la colonie ; ses tentatives de colonisation ne furent pas plus heureuses. Il réussit cependant à établir le nom de sa famille en Nouvelle-France et son manoir fait partie des quelque 100 demeures seigneuriales que les officiers du régiment de Carignan-Salières construisirent en terre canadienne. Il y a dans le village de Saint-Ours au Québec un buste de Saint-Ours, sculpté par Elzéar Soucy ; il fut dévoilé en 1922 et les traits sous lesquels on le représente sont vraisemblablement imaginaires.

Deux fils issus de son mariage à Marie Mullois se sont illustrés dans la carrière des armes : Jean-Baptiste*, connu sous le nom de Saint-Ours Deschaillons, et Pierre. Trois de ces filles ont fait de bons mariages : Jeanne unit sa destinée à François-Antoine Pécaudy* de Contrecœur, Marie-Anne à Jean de Mine et Élisabeth à Claude-Charles Le Roy de La Potherie.

C. C. J. Bond

AN, Cl., C11A, 8, f.144 ; 13, f.379, Col., D2C, 222, f.128.— APC, FM, 8, F, 80, 1.— Correspondance de Frontenac (1672–1682), RAPQ, 1926–27 : 108s., 126s., 136 ; (1689–1699), RAPQ, 1927–28 : 192.— Correspondance de Vaudreuil, RAPQ, 1938–39 : 15, 18, 27, 32, 96, 99 ; 1939–40 : 420, 434 ; 1942–43 : 436.— Jug. et délib., I : 777–779, 943, 1 002 ; III : 1 020s. ; V : 114s., 138, 308.— Royal Fort Frontenac (Preston et Lamontagne), 482.— P.-G. Roy, Ce que le gouverneur de Callières pensait de nos officiers militaires en 1701, BRH, XXVI (1920) : 331 ; Inv. concessions, I : 171–173, 175 ; II : 171 ; III : 14s., 122, 175s.— Azarie Couillard-Després, Histoire de la seigneurie de Saint-Ours (2 vol., Montréal, 1915), I.— Claude de Bonnault, Généalogie de la famille de Saint-Ours, Dauphiné et Canada, BRH, LV (1949) : 27–43, 97–110, 168–172.— Germain Lesage, L’arrivée du régiment de Carignan, Revue de luniversité dOttawa, XXXV (1965) : 11–34.— É.-Z. Massicotte, La foire des pelleteries à Montréal au xviie siècle, BRH, XXVIII (1922) : 376.— J.-E. Roy, Le patronage dans l’armée, BRH, II (1896) : 116.

Bibliographie générale

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C. C. J. Bond, « SAINT-OURS, PIERRE DE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/saint_ours_pierre_de_2F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
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