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SANGSTER, CHARLES, poète, fonctionnaire et journaliste, né le 16 juillet 1822 près de Kingston, Haut-Canada, fils de James Sangster et d’Ann Ross ; le 16 septembre 1856, il épousa à Kingston Mary Kilborn (décédée en 1858), puis le 30 octobre 1860, aux chutes du Niagara, Henrietta Charlotte Meagher, et ils eurent trois filles et un fils ; décédé le 9 décembre 1893 à Kingston.

Placide et introspectif de nature, Charles Sangster s’efforçait de vivre dans l’harmonie avec l’humanité et de trouver la plénitude spirituelle en accomplissant la volonté de Dieu. Cependant, il connut une succession de malheurs qui, à compter de la fin des années 1860, firent de lui un être angoissé, nuisirent à la régularité de sa production littéraire et le menèrent même à la dépression nerveuse. Une fois que l’on a compris ces paradoxes et saisi comment ils ont façonné son œuvre, on ne peut manquer d’éprouver du respect pour cet artiste qui consacra son existence à la poésie. Son talent domine la littérature du Canada colonial, et à cette époque ses créations suscitèrent l’admiration des lecteurs et des critiques.

Si ce n’est pour rendre visite à des parents et amis à Montréal, aux chutes du Niagara et à Buffalo, dans l’état de New York, Sangster ne quitta jamais la petite région qui s’étend de Kingston à Ottawa, mais par l’imagination il fit le tour du monde. Doux et passif en apparence, il exprimait dans sa poésie des sentiments et des conflits intérieurs profonds. Dans une note à son ami et exécuteur littéraire William Douw Lighthall*, il disait être « parti de rien » et se définissait comme un « quasi-autodidacte », et pourtant son œuvre témoigne d’une très bonne connaissance de la géographie, de l’histoire, de la littérature, de la science et de l’actualité.

Le grand-père paternel de Sangster venait de Leith, en Écosse. Selon la description qu’il en a faite, c’était « un vieil Écossais fougueux [...] courageux comme un lion » ; il combattit pendant la guerre d’Indépendance américaine puis s’installa à l’Île-du-Prince-Édouard. Il y épousa une « Irlandaise » avec qui il eut sept fils, dont James, le père de Charles. James grandit dans l’île et y épousa Ann Ross, fille de Hugh Ross, lui aussi originaire d’Écosse. « Je suppose donc, a écrit Sangster, que les Écossais, non sans raison, me tiendront pour l’un des leurs, bien que ma grand-mère paternelle ait été irlandaise et que ma grand-mère maternelle ait été presque anglaise. »

Les parents de Charles Sangster quittèrent l’Île-du-Prince-Édouard en 1802 ou en 1803 pour « monter au Canada ». Il est possible qu’ils aient vécu quelques années à Québec, mais on sait qu’en 1814 ils habitaient Kingston, où James reçut une concession foncière à cause de ses liens avec l’armée. Employé au chantier naval de Point Frederick en qualité de « menuisier », « charpentier de navires » ou « constructeur de navires », il était appelé à travailler dans différents ports des Grands Lacs. Il mourut avant que Charles ait deux ans. Restée seule avec leurs cinq enfants survivants, Ann, a écrit Charles, les « éleva honorablement et assura [leur] subsistance par le travail de ses mains ».

On ne trouve ni dans la famille de Sangster, ni parmi les relations qu’on lui connaît, quelqu’un dont la culture littéraire aurait pu influencer son développement artistique. Il fit des études médiocres, non seulement parce que les bons instituteurs manquaient, mais parce que la chose ne l’intéressait guère. Selon ses propres termes, il « fréquent[a] l’école un certain nombre d’années et appri[t] au moins à lire et à écrire ». Pourtant, il a aussi noté que, dans sa jeunesse, il aurait lu davantage s’il l’avait pu. Mais les livres étaient rares, et « trouver ses propres idées sans eux [pouvait] lui avoir fait du bien ». « La Bible, [et] Citizen of the World du cher vieux Noll [Oliver Goldsmith], en deux volumes, constituèrent toute [ma] bibliothèque durant de nombreuses années, à quoi s’ajoutait à l’occasion un prix reçu à l’école du dimanche [...] jusqu’à l’arrivée des livres bon marché [...] Il n’y eut ni Sanford and Merton, ni Contes des mille et une nuits, ni Robinson Crusoe avant que j’aie presque atteint la maturité. » À l’âge de 15 ans, il dut quitter l’école pour aider à subvenir aux besoins de sa famille.

Néanmoins, deux ans plus tard, Sangster avait presque terminé un long poème narratif en strophes de tétramètres iambiques, The rebel, qu’il ne publia jamais. Un jour, il allait l’envoyer à Lighthall en expliquant que ce texte devait faire partie d’« un poème en trois chants » mais qu’il l’avait « complètement oublié, puis retrouvé dans ses papiers où il dormait depuis 1839 ». Par la richesse de son vocabulaire et par ses allusions originales à l’histoire et à la géographie, ce poème de 757 vers dénote une maturité d’esprit bien supérieure à celle que l’on s’attendrait à trouver chez un garçon aussi peu instruit, fût-il surdoué. C’est sa première couvre connue, mais la forme et le contenu laissent croire qu’il s’était beaucoup exercé auparavant.

Tout comme sa formation scolaire, les premiers emplois de Sangster furent modestes. En quittant l’école, en 1837, il trouva un travail à temps plein au laboratoire du fort Henry, où il fabriqua des cartouches pour la défense du fort pendant la rébellion. Deux ans plus tard, il passa au service du Board of Ordnance du fort où, dit-il, il « av[ait] le titre de messager, touch[ait] le salaire d’un ouvrier et fais[ait] le travail d’un commis ». Il y resta dix ans puis, frustré et dégoûté, quitta Kingston pour Amherstburg, où il devint rédacteur en chef de l’hebdomadaire Courier and Western District Advertiser. On ne sait guère autre chose sur ce qu’il fit de 1837 à 1849 mais, de toute évidence, il continua de parfaire ses talents littéraires. Il publiait des poèmes dans les journaux, en général sous le couvert de l’anonymat ou sous un pseudonyme. Bon nombre des pièces qui allaient paraître dans The St. Lawrence and the Saguenay, and other poems ont été écrites ou ébauchées à cette époque.

Après la mort de James Augustus Reeves, propriétaire du Courier, à l’automne de 1849, Sangster retourna à Kingston et devint au printemps suivant correcteur d’épreuves et teneur de livres au British Whig [V. Edward John Barker*]. Il exerça cette double fonction – accaparante et sans doute monotone – au moins jusqu’en 1861, peut-être même jusqu’en 1864. Sur le plan poétique, ce furent des années fructueuses. C’est en effet en 1856 que Sangster publia à compte d’auteur, à la fois chez John Creighton* et John Duff de Kingston et à la Miller, Orton and Mulligan d’Auburn, dans l’état de New York, The St. Lawrence and the Saguenay, and other poems.

Le livre fut accueilli par un concert d’éloges jamais, disait-on, meilleur recueil de poésie n’avait encore paru au Canada. En Amérique du Nord comme en Grande-Bretagne, lecteurs et critiques saluèrent l’ouvrage et le poète. Le 28 juillet 1856, de Belleville, Susanna Moodie [Strickland*] envoya une chaleureuse lettre de félicitations à Sangster : « Acceptez mes sincères remerciements pour le volume de beaux poèmes dont vous m’avez gratifiée. Si le monde les accueille avec autant de plaisir que j’en ai éprouvé à les lire, votre nom figurera en bonne place parmi les Fils des Muses. Si vous êtes né au Canada, il peut être fier de son barde, qui a si sublimement chanté les beautés naturelles de son pays natal. » Un magazine de Londres fit ce commentaire : « Les Canadiens peuvent s’enorgueillir de telles contributions à leur littérature naissante [...] Il y a beaucoup de l’esprit de Wordsworth dans cet écrivain, sauf que le ton est religieux plutôt que philosophique [...] Par certains aspects, et toutes proportions gardées, il peut être considéré comme le Wordsworth du Canada. »

Le recueil révèle une vaste connaissance des classiques, de l’histoire, de la mythologie ainsi que des auteurs britanniques et américains, dont Shakespeare, Milton, Burns, Shelley, Scott, Byron, Wordsworth, Tennyson, Philip James Bailey, Longfellow et Whittier. Des accents de mélancolie et d’accablement s’y mêlent à un optimisme religieux et à la joie qu’inspire la nature animée et inanimée. Les thèmes que Sangster traite le mieux sont l’amour (thème dominant), la nature et la religion. Souvent teintées de sentimentalisme, ses réflexions sur les enfants, les gens qu’il connaît et les affaires domestiques sont moins bien réussies. Ses vers sur la nature dépassent, par leur justesse descriptive et leur réussite esthétique, tous ceux que les poètes d’Amérique du Nord britannique avaient écrits jusque-là.

Le poème qui donne son titre au recueil est la composition la plus ambitieuse de Sangster. Fait de 110 strophes spensériennes où s’intercalent des morceaux lyriques, il décrit une descente du Saint-Laurent, à partir de Kingston, et une remontée du Saguenay. La majesté du paysage, la richesse de l’histoire et des légendes qu’il évoque émeuvent le poète. En descendant le fleuve, symbole du monde matériel, le narrateur s’éloigne de la civilisation, tandis que la remontée du Saguenay, symbole de la vie spirituelle, le fait entrer dans la nature et le rapproche de Dieu tel que le révèle celle-ci. Au terme du parcours, le narrateur et la mystérieuse « jeune fille » qui l’a guidé parviennent à une union complète et à la communion avec Dieu. La stance finale résume ces thèmes :

Amour – tout, tout désormais est à toi.
                        Pensées, espoirs dans le temps qui dure,
                        Je t’en fais cadeau. Viens tout près de moi,
                        Que mon cœur devienne effusion pure
                        Et que l’extase, cette démesure,
                        Qui le fait battre et me rend souverain
                        Comme un Dieu, te murmure
                        L’énigme de la vie dont l’aube point
                        Et l’indicible puissance de l’Amour humain.

Parce que Sangster avait su exprimer la beauté du paysage canadien et exploiter les thèmes de l’amour et de la vie spirituelle dans un style auquel aucun de ses compatriotes n’avait eu recours jusque-là, certains commentateurs contemporains lui ont décerné le titre de père de la poésie canadienne.

En septembre 1856, Sangster épousa une jeune femme de 21 ans, Mary Kilborn. Sans doute la prédominance de la poésie amoureuse dans son premier recueil reflète-t-elle ce qu’il vivait personnellement. Seize mois plus tard, le 18 janvier 1858, cette heureuse union connut une fin brutale : Mary mourut d’une pneumonie. Tout le reste de sa vie, Sangster allait être habité par des souvenirs de ce mariage.

Le deuxième recueil de Sangster, Hesperus, and other poems and lyrics, parut en 1860 chez John Lovell à Montréal et chez Creighton à Kingston. Bien que dans l’ensemble ces 75 poèmes reprennent les mêmes thèmes que ceux du recueil de 1856, ils sont plus poignants, sans doute à cause de la disparition de Mary. Par ailleurs – et c’est là un indice du nationalisme qui gagnait de plus en plus le Canada à l’approche de la Confédération – on y trouve les thèmes patriotiques qui domineront l’autre recueil de Sangster, Norland echoes [...]. Les poèmes de ce genre embrassent une longue période, depuis The Plains of Abraham et Death of Wolfe jusqu’à Song for Canada, où il est dit que les fils du pays « sont des hommes bien vivants / [Et ses] filles tendres et belles ». Brock, composé pour l’inauguration, à Queenston Heights en 1859, du nouveau monument en l’honneur de sir Isaac Brock*, montre que Sangster savait tourner un poème de circonstance. Après avoir affirmé l’unité des Canadiens en rendant hommage aux morts – « Une même voix, un seul peuple / Uni par le cœur et par l’âme » – il entoure Brock d’une aura universelle et intemporelle en recourant à des allusions classiques :

Quelques âmes envoyées par les cieux
                        En Hespérides gardent l’âge d’or
                        ………………………………………
                        Héros, martyrs, poètes,. mentors,
                        Et il était l’un d’eux.
                        ………………………………………
                        Foi, rage, idée, accent. musical,
                        Tout pour vaincre le Python du mal
                        Ils marchent tel Briarée le martial
                        Les typhons de toujours.

Confiance en la pure moralité du christianisme, idéalisation du passé, joie devant la vie simple et primitive du pionnier animent ses descriptions de la nature, ses poèmes patriotiques ainsi que les chants légers et les poèmes lyriques introspectifs qui constituent les meilleurs morceaux du recueil. Hesperus fut bien accueilli, et nombre de critiques – tout comme l’auteur – le trouvèrent meilleur que The St. Lawrence and the Saguenay.

En 1864, Sangster devint reporter au Daily News de Kingston. La même année, 13 extraits de ses 2 premiers recueils et 3 poèmes inédits parurent à Montréal dans la première anthologie de poésie canadienne, Selections from Canadian poets [...], d’Edward Hartley Dewart*. En outre, il écrivit The Bryant Festival pour la célébration, à New York, du soixante-dixième anniversaire de naissance du poète américain William Cullen Bryant. Au cours de cette année bien remplie, il eut, avec sa deuxième femme, Henrietta Charlotte Meagher, son premier enfant : une fille prénommée Charlotte Mary. Cependant, en 1867, sa situation financière était mauvaise, et il souffrait de plus en plus de malaises, d’abattement et d’un désordre nerveux qui allait le torturer mentalement jusqu’à la fin de sa vie. On ignore la nature et la cause exactes de sa maladie.

En 1868, Sangster était au sommet de sa popularité ; un troisième et un quatrième recueils auraient dû paraître. Le 20 mars, son voisin, l’homme politique Alexander Campbell, maître général des Postes, le fit entrer dans son département, à Ottawa. Commis principal de deuxième classe, il touchait 500 $ par an (son salaire passerait de 1 300 $ en 1879 à 1 400 $ deux ans plus tard). Durant les 18 ans qu’il passa aux Postes, son travail l’absorba au point qu’il ne put ni composer de nouveaux poèmes, ni récrire et mettre au point, en vue d’une publication, ceux qu’il avait terminés avant de partir pour Ottawa. Il emporta bien un manuscrit, mais il n’eut même pas le temps de le polir et retourna à Kingston en 1886 sans y avoir touché.

Le 6 avril 1868, trois semaines après l’arrivée des Sangster à Ottawa, Charlotte Mary mourait de la diphtérie ; elle avait trois ans. Une deuxième fille, Florence, avait vu le jour à Kingston la même année. Gertrude allait naître à Ottawa en 1870 et Roderick, le seul fils, en 1879.

Un poème de Sangster, The greater sphinx, parut en 1868 dans la revue que George Stewart* dirigeait à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick : le Stewart’s Literary Quarterly Magazine. Suivirent en 1869, dans le même périodique, un autre poème, The oarsmen of St. John, et un article sur une nouvelle édition de Saul : a drama, in three parts, de Charles Heavysege*, parue à Boston la même année. De 1870 à 1878, Sangster publia 16 poèmes dans le magazine de Stewart et dans deux revues de Toronto, le Belford’s Monthly Magazine et la Canadian Monthly and National Review. Son travail de fonctionnaire et son état de santé expliquent pourquoi il produisit si peu au cours de ces années. La plus grande partie de ce qu’il publia alors datait d’avant son installation à Ottawa. En 1875, il fit une dépression nerveuse. Pour alléger sa tâche, on le nomma secrétaire particulier du maître général des Postes adjoint mais, officiellement, il demeura commis principal de deuxième classe.

Les années 1880 furent, pour Sangster, une période de bouleversement et de désarroi. Sa femme mourut entre 1883 et 1886 ; il lui fallut élever seul leurs trois enfants. En mars 1886, après un nouvel accès de maladie, il dut s’absenter du département durant six mois. La même année, il démissionna de la Société royale du Canada, dont il avait été élu membre fondateur en 1882 ; il avait assisté aux quatre premières assemblées mais n’avait présenté aucune communication. Enfin, en septembre, il quitta la fonction publique pour se fixer de nouveau à Kingston. Durant deux ans, il se reposa et ne fit guère autre chose que tenter de recouvrer la santé, sans jamais y parvenir jamais tout à fait.

Le 8 juillet 1888, Sangster reçut une lettre dans laquelle Lighthall lui proposait de reproduire des extraits de ses recueils The St. Lawrence and the Saguenay et Hesperus dans une anthologie, très probablement Songs of the great dominion [...], qui parut à Londres l’année suivante. Heureux de voir que Lighthall s’intéressait à son œuvre, Sangster lui répondit le jour même ; leur correspondance se poursuivit et lui redonna courage. Durant les cinq dernières années de sa vie, Sangster se consacra à la révision et à la préparation d’une réédition de ses recueils de 1856 et 1860. Il termina aussi deux autres recueils qui, cependant, ne parurent pas de son vivant.

Bien que par moments ils soient assombris par la perte d’un amour ou la mort d’un ami, les recueils de 1856 et de 1860 sont optimistes dans l’ensemble. Ils disent la joie que le poète trouve dans l’amour, l’amitié, l’art et la nature, ainsi que sa foi en Dieu. Les deux recueils que Sangster posta à Lighthall le 4 juillet 1891 (il avait alors 68 ans) sont fort différents. Dans Norland echoes and other strains and lyrics, qui contient 60 poèmes dont une introduction sans titre, c’est le patriotisme qui domine, un patriotisme d’une générosité et d’une sincérité admirables. La pièce du début, Our norland, et celle de la fin, Our own far-north, expriment une même fierté nationale ; entre les deux, des poèmes sur des lieux, des événements historiques, des personnages du Canada. The angel guest and other poems and lyrics contient 33 poèmes sans division formelle ni thématique. Le morceau titre et le morceau final, Flights of angels, évoquent l’influence des anges sur la vie humaine. Sans aborder de sujets nouveaux, ce volume confirme les préoccupations thématiques des trois autres et présente les mêmes forces et les mêmes faiblesses stylistiques. Probablement antérieurs à l’installation de Sangster à Ottawa (en 1868), les vers des deux derniers recueils ne rendent vraisemblablement pas compte de l’état d’esprit dans lequel il était dans les années 1870 et 1880.

Au début de sa correspondance avec Lighthall, le 13 juillet 1888, Sangster avait écrit que Hesperus était « presque prêt ». Pourtant, il y apporta par la suite quelque 200 modifications qui améliorent le style, l’imagerie, le rythme et l’action. Ces retouches n’indiquent aucun changement dans sa philosophie mais réaffirment les convictions qu’il avait au moment de la première publication de Hesperus en 1860 et rendent les poèmes plus expressifs, plus fluides.

Insatisfait de son premier recueil, The St. Lawrence and the Saguenay, Sangster se mit dans les années 1860 à récrire le poème titre, dont il porta le nombre de strophes à environ 220. De plus, il élimina du recueil bon nombre des poèmes qui entraient dans la catégorie des mélanges, fit plus de 2 000 modifications à ceux qui restaient et en ajouta plusieurs nouveaux. Afin de le faire illustrer, il envoya la nouvelle version du poème titre à son cousin Amos W. Sangster, artiste de Buffalo, qui la plaça dans son coffre-fort. À la mort d’Amos, on perdit la trace du manuscrit.

Par bonheur, Sangster publia, de son vivant, des extraits de la nouvelle version de son premier ouvrage the St. Lawrence and the Saguenay dans plusieurs livres et périodiques. Les 29 nouvelles strophes et les 11 strophes révisées que l’on trouve dans ces extraits montrent dans quel esprit il retravaillait le poème et donnent une idée de la qualité de l’ensemble. Les révisions indiquent qu’il avait acquis une meilleure maîtrise du vers et permettent de voir à quel point il était influencé par les idées, thèmes et techniques des poètes de la Confédération – Charles George Douglas Roberts*, William Bliss Carman*, Archibald Lampman et Duncan Campbell Scott* – qui publièrent durant les dix dernières années de sa vie.

Dans la version révisée de The St. Lawrence and the Saguenay, 62 pièces entrent dans la catégorie « mélanges poétiques » ; de ce nombre, 20 parlent d’amour romantique, et ce sont les meilleurs du volume. Le poème lyrique prédomine, suivi, pour ce qui est de la fréquence, par les chants en vers spensériens, les vers blancs et les sonnets. L’aisance avec laquelle Sangster maniait le poème lyrique le distingue de ses contemporains canadiens. Il savait exprimer ses idées avec concision, en respectant une forme serrée, et modifiait habilement le refrain pour suggérer la progression du thème. Ces qualités témoignent d’un souci de la structure semblable à celui que l’on trouve dans la poésie écrite en France et en Angleterre vers le milieu du xixe siècle.

La correspondance de Sangster avec Lighthall, qui comprend 12 lettres et 4 cartes postales, est l’unique source de renseignements dont on dispose sur ses dernières années. Les lettres rendent compte par le menu des modifications qu’il apportait à ses poèmes et révèlent comment il envisageait son travail d’écriture. Elles montrent aussi à quel point l’emploi qu’il occupa dans la fonction publique « détruisit », pour reprendre ses propres termes, ses « chances littéraires ». Les lettres que Lighthall lui envoya ont disparu. Lighthall fut l’un de ses exécuteurs littéraires et, peu après sa mort, il déposa ses lettres, ses manuscrits inédits et tous les documents connexes à la bibliothèque de la McGill University, où ils se trouvent toujours.

Charles Sangster est le plus grand de tous les poètes de la période qui précéda la Confédération. Le travail de correction auquel il procéda dans les cinq dernières années de sa vie montre que sa technique s’était passablement raffinée au fil du temps mais qu’il ne s’était pas dépouillé de la mentalité de l’époque coloniale. Il est heureux, pour l’histoire de la littérature canadienne, que Lighthall l’ait encouragé à mener à terme la révision des deux recueils déjà parus et à préparer les deux autres pour la publication. Avec les lettres, ces œuvres révèlent un homme au talent digne d’admiration qui, malgré sa piètre formation de base, son éloignement des milieux culturels et ses activités professionnelles, apporta une contribution majeure à la poésie canadienne.

Frank M. Tierney

Les papiers de Charles Sangster, dont des lettres, divers poèmes inédits ainsi que les manuscrits de Norland echoes and other strains and lyrics, de The angel guest and other poems and lyrics, du texte révisé de Hesperus, and other poems and lyrics et de « poèmes divers » pour The St. Lawrence and the Saguenay, and other poems, se trouvent aux McGill Univ. Libraries, Dept. of Rare Books and Special Coll. En outre, de la correspondance et quelques documents historiques font partie des papiers de la famille Sangster aux QUA, 2030, et trois de ses lettres sont aux AN, MG 29, D11.

Le numéro de décembre 1850 de Literary Garland (Montréal), nouv. sér., 8 : 543, renferme deux poèmes de Sangster : The orphan girl et Bright eyes ; ce sont ses travaux publiés les plus anciens que l’on connaisse. A « Thousand Island » lyric a paru dans l’Anglo-American Magazine (Toronto), 7 (juill.–déc. 1855) : 111. Le titre de son poème a été changé par la suite pour Lyric to the isles et il a été intégré à The St. Lawrence and the Saguenay : Des strophes des révisions ultérieures de Sangster de The St. Lawrence and the Saguenay ont été publiées initialement dans trois ouvrages : deux strophes révisées et quatre nouvelles dans Morgan, Sketches of celebrated Canadians, en 1862 ; deux strophes révisées et quatre nouvelles servaient d’en tête à l’article « Wolfe », Saturday Reader (Montréal), 1 (1865–1866) : 297 ; enfin dix strophes révisées et vingt-sept nouvelles dans un ouvrage intitulé British America qui fait partie de l’anthologie de Henry Wadsworth Longfellow, Poems of places (31 vol., Boston, 1876–1879), 30.

Deux poèmes, Quinté et Niagara, ont paru dans le British American Magazine (Toronto), 1 (1863) : 179–181, 234–235. Le morceau en l’honneur de W. C. Bryant est paru dans The Bryant Festival at « The Century », November 5, M.DCCC.LXIV., ouvrage publié par la Century Assoc. of New York en 1865. McEachren est paru dans Chronicle and News (Kingston, Ontario), 15 juill. 1866. Quelques poèmes extraits des deux volumes publiés de Sangster ont été inclus dans les anthologies de W. D. Lighthall, Songs of the great dominion : voices from the forests and waters, the settlements and cities of Canada (Londres, 1889) et Canadian poems and lays : sélections of native verse, reflecting the seasons, legends, and life of the dominion (Londres, [1893]). Le poème Our norland a été publié sous forme de plaquette à Toronto vers 1896.

L’ouvrage, The St Lawrence and the Saguenay and other poems ; Hesperus and other poems and lyrics, introd. de Gordon Johnston (Toronto et Buffalo, N.Y., 1972), est une réimpression de l’édition de 1856 de The St. Lawrence and the Saguenay et de l’édition de 1860 de Hesperus. Les révisions faites par Sangster de ces deux volumes et les deux collections inédites ont été préparées pour la publication par Frank M. Tierney et publiés à Ottawa sous les titres de Norland echoes and other strains and lyrics (1976) ; The angel guest and other poems and lyrics (1977) ; Hesperus and other poems and lyrics (éd. rév., 1979) ; et St. Lawrence and the Saguenay and other poems (éd. rév., 1984), ce dernier renferme aussi des extraits de The rebel, le manuscrit de Sangster le plus ancien qui subsiste.

Des critiques et articles nombreux sur les poèmes de Sangster ont été publiés de son vivant. Des extraits de critiques contemporaines figurent dans l’édition de 1860 de Hesperus, qui reproduit aussi la lettre de Susanna Moodie, et dans Morgan, Sketches of celebrated Canadians.

George Stewart, « Charles Sangster and his poetry », Stewart’s Literary Quarterly Magazine (Saint-Jean, N.-B.), 3 (1869–1870) : 334–341.— Daily News (Kingston), 9 déc. 1893.— Cyclopædia of Canadian biog. (Rose et Charlesworth), 2.— R. P. Baker, A history of English-Canadian literature to the confederation [...] (Cambridge, Mass., 1920), 159–165.— A. S. Bourinot, « Charles Sangster [1822–1893] », Leading Canadian poets, W. P. Percival, édit. (Toronto, 1948), 202–212 ; Five Canadian poets [...] (Ottawa, 1968), 12–19.— E. K. Brown, On Canadian poetry (éd. rév., Toronto, 1944), 29–33.— E. H. Dewart, « Charles Sangster, a Canadian poet of the last generation », dans son ouvrage Essays for the times ; studies of eminent men and important living questions (Toronto, 1898), 38–51.— W. D. Hamilton, Charles Sangster (New York, 1971).— Desmond Pacey, Ten Canadian poets : a group of biographical and critical essays (Toronto, 1958), 1–33.— Donald Stephens, « Charles Sangster : the end of an era », Colony and confederation : early Canadian poets and their background, George Woodcock, édit. (Vancouver, 1974), 54–61.— D. M. R. Bentley, « Through endless landscapes : notes on Charles Sangster’s The St. Lawrence and the Saguenay », Essays on Canadian Writing (Downsview [Toronto]), n° 27 (hiver 1983–1984) : 1–34.— A. S. Bourinot, « Charles Sangster (1822–1893) », Educational Record of the Prov. of Quebec (Québec), 62 (1946) : 179–185.— E. H. Dewart, « Charles Sangster, the Canadian poet », Canadian Magazine, 7 (mai–oct. 1896) : 28–34.— F. M. Tierney, « The unpublished and revised poems of Charles Sangster », Studies in Canadian Literature (Fredericton), 2 (1977) : 108–116.

Bibliographie générale

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Frank M. Tierney, « SANGSTER, CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/sangster_charles_12F.html.

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Auteur de l'article:   Frank M. Tierney
Titre de l'article:   SANGSTER, CHARLES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   2 octobre 2014