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SAUNDERS, EDWARD MANNING, ministre baptiste et auteur, né le 20 décembre 1829 à Aylesford, Nouvelle-Écosse, troisième des cinq fils de David Saunders et d’Elizabeth Rhodes ; le 22 décembre 1858, il épousa à Milton, Nouvelle-Écosse, Maria Kisboro Freeman, et ils eurent sept enfants ; décédé le 15 mars 1916 à Ottawa.

Edward Manning Saunders avait pour ancêtres des planters de la Nouvelle-Angleterre, et il fut nommé en l’honneur d’un ministre baptiste de la Nouvelle-Écosse, Edward Manning*. Entré à l’Acadia College de Wolfville en 1854, il participa au lancement d’un renouveau spirituel qui déferla l’année suivante sur le collège, la Horton Academy et la localité tout entière. Bon nombre des futurs dirigeants baptistes, dont Daniel Morse Welton* et Theodore Harding Rand*, se convertirent à cette occasion. Cette expérience eut un effet déterminant sur Saunders : « Pour moi personnellement, que les conditions extérieures touchent pourtant bien peu, a-t-il écrit, ce fut le début d’une nouvelle vie. » Dès l’obtention de sa licence ès arts à l’Acadia College en 1858, il fut appelé par l’église baptiste de Berwick, où il fut ordonné en décembre. Il passa l’année 1860 à étudier au Newton Theological Institute, au Massachusetts, et reçut une maîtrise ès arts de l’Acadia College en 1864.

Saunders était un homme plutôt austère et distant. Maria Kisboro Freeman, qu’il épousa au début de son ministère, se révéla une compagne affectueuse, brillante et soucieuse du bien commun. Elle ajouta une dimension importante à son sacerdoce et à sa vie domestique. Dans un roman largement autobiographique, Beautiful Joe, la fille des Saunders, Margaret Marshall*, a bien rendu l’atmosphère chaleureuse et studieuse de leur foyer de Berwick.

En 1867, Saunders fut invité à desservir la prestigieuse église baptiste Granville Street (maintenant l’église First Baptist), à Halifax, ce qui témoignait de sa notoriété croissante dans sa confession religieuse et eut pour conséquence de les placer, lui et sa famille, dans un milieu social très différent de celui qu’ils avaient connu. Saunders assuma sa fonction à un moment particulièrement difficile dans la vie de l’église. Le congédiement du titulaire précédent, John Pryor*, avait déchiré l’assemblée des fidèles. L’affaire de mœurs et le scandale financier qui étaient à l’origine de cette mesure avait bouleversé tout Halifax et soulevé d’importantes questions sur l’administration ecclésiastique et sur l’autonomie des assemblées locales au sein de la grande communauté baptiste. Apparemment, Saunders sut ramener la paix ; l’église connut de l’expansion durant les 14 années qu’il y passa.

La longue association de Saunders avec l’Acadia College commença en 1875 par son élection au conseil d’administration, où il resta 32 ans. Les procès-verbaux du conseil indiquent que son assiduité et sa disponibilité étaient exemplaires. Il participa à la reconstruction de l’Acadia College après l’incendie dévastateur de 1877, appartint à plusieurs comités financiers et comités de collecte de fonds, s’intéressa au programme d’études, prit part à la résistance au mouvement de fusion des collèges dans les années 1880 et occupa finalement la présidence du conseil. Seule la vive controverse autour de la nomination en 1883 de son ami intime Theodore Harding Rand à la chaire d’éducation et d’histoire vint assombrir ses relations avec le conseil et le corps professoral. En reconnaissance de ses services, Acadia lui avait décerné en 1882 un doctorat honorifique en théologie.

L’apport de Saunders à l’Église baptiste fut tout aussi impressionnant. Secrétaire-trésorier du Ministerial Relief and Aid Fund durant de nombreuses années, il fit œuvre de pionnier dans l’assistance aux ministres âgés et malades. Le manque d’intérêt et d’appui de la plupart des églises était, selon lui, « un tort grave ». De 1881 à 1884, il fut copropriétaire et corédacteur en chef de l’un des journaux destinés aux baptistes des Maritimes, le Christian Visitor de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. En 1902, il accéda à la présidence de la Baptist Convention of the Maritime Provinces, la plus haute fonction baptiste.

Dans la dernière partie de sa vie, Saunders participa également à des activités interconfessionnelles : il fut durant de nombreuses années aumônier du Halifax City Home (l’ancien asile des pauvres) et travailla avec l’Evangelical Alliance. En plusieurs occasions, il assuma la fonction de vice-président de la British American Book and Tract Society, à laquelle il avait longtemps été affilié. En outre, les Saunders furent très engagés dans des mouvements de réforme sociale à Halifax, comme le montre surtout la carrière de Margaret Marshall Saunders.

La passion de Saunders pour l’histoire datait probablement de ses années d’études à l’Acadia College, où il avait subi la puissante influence de John Mockett Cramp*. Son ouvrage le plus important est History of the Baptists of the Maritime Provinces, paru à Halifax en 1902, qui s’appuie à la fois sur des recherches originales et sur l’histoire du baptisme de Cramp. Un autre de ses livres, publié à Toronto en 1909, Three premiers of Nova Scotia : the Hon. J. W. Johnstone, the Hon. Joseph Howe, the Hon. Charles Tupper, sert encore souvent de référence, mais il reflète le fort préjugé que les baptistes des Maritimes entretenaient au xixe siècle contre Joseph Howe* de même que la préférence de Saunders pour ses coreligionnaires James William Johnston* et Charles Tupper. Quant à Life and letters of the Rt. Hon. Sir Charles Tupper, bart., k.c.m.g., Saunders le termina seulement quelques mois avant de mourir ; cet ouvrage en deux volumes parut à Londres en 1916.

Saunders encouragea sa fille Margaret Marshall dans sa carrière d’écrivaine, ce qui est une autre preuve de son intérêt pour l’éducation et les lettres. Il lui donna une solide formation classique, puis l’envoya étudier en Écosse. Il l’encouragea à écrire son premier roman qui fut un grand succès, et l’épaula de bien des manières, notamment en négociant avec des éditeurs difficiles et en s’occupant d’épineuses questions relatives au droit d’auteur international.

Saunders resta ouvert aux idées neuves et aux expériences inédites jusqu’à la fin de sa vie. À l’âge de 86 ans, il déplora qu’une flotille de sous-marins ait quitté le port de Halifax avant qu’il ait pu monter à bord de l’un des navires. Un dîner avec le grand pédagogue Booker Taliaffero Washington fut l’un des grands moments de ses dernières années. « De tous les hommes en Amérique, Booker est celui que je préfère rencontrer », nota-t-il.

Bien qu’il ait été avant-gardiste pour ce qui était de la réforme sociale ou de l’instruction des femmes et de leur rôle dans la société, Saunders avait du mal à accepter certaines des orientations prises par la théologie à la fin du xixe siècle. Il s’opposait en particulier à la contestation des positions traditionnelles sur l’inspiration divine des Écritures et à l’accent mis sur la critique biblique dans certaines écoles de théologie comme la Colgate-Rochester Divinity School et la University of Chicago.

Sous bien des aspects, Edward Manning Saunders fut un personnage de transition. Il fit le pont entre les patriarches de sa confession religieuse tel son homonyme Edward Manning et ceux qui guideraient les baptistes à l’aube du xxe siècle. Aussi avancée qu’ait été sa pensée sociale, il demeura largement une figure du milieu du xixe siècle par ses positions théologiques.

Barry M. Moody

En plus des ouvrages mentionnés dans sa biographie, les publications d’Edward Manning Saunders comprennent Defence of the governors of Acadia College in the founding of the chair of education and in the appointment of Dr. Rand, in reply to J. W Barss and others (Halifax, 1883) et « Romanism in relation to education », dans Vital questions : the discussions of the general Christian conference held in Montreal, Que., Canada, October 22nd to 25th, 1888, under the auspices and direction of the Montreal branch of the Evangelical Alliance (Montréal, 1889).

Acadia Univ. Arch. (Wolfville, N.-É.), Board of governors, minutes, 1 (1850–1883) ; M. M. Saunders papers.— Atlantic Baptist Hist. Coll., Acadia Univ., Berwick, N.-É., United Baptist Church, records.— PANS, MG 1, 1160.— Liverpool Advance (Liverpool, N.-É.), 22 mars 1916.— Liverpool Transcript, 30 déc. 1858.— The Acadia record, 18381953, Watson Kirkconnell, compil. (4e éd., Wolfville, 1953).— P. G. A. Allwood, « Joseph Howe is their Devil » controversies among Regular Baptists in Halifax, 1827–1868 », dans Repent and believe : the Baptist experience in Maritime Canada, B. M. Moody, édit. (Hantsport, N.-É., 1980), 75–87.— The Baptist year book of the Maritime provinces of Canada [...] (Saint-Jean, N.-B., et autres lieux), 1870–1916.— W. A. Calnek, History of the county of Annapolis, including old Port Royal and Acadia [...], A. W. Savary, édit. (Toronto, 1897 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1972).— A. C. Chute et W. B. Boggs, The religious life of Acadia (Wolfville, 1933).— Margaret Conrad, « An abiding conviction of the paramount importance of Christian education » : Theodore Harding Rand as educator, 1860–1900 », dans An abiding conviction : Maritime Baptists and their world, R. S. Wilson, édit. (Saint John, 1988), 155–195.— A. W. H. Eaton, The history of Kings County, Nova Scotia [...] (Salem, Mass., 1910 ; réimpr., Belleville, 1972).— E. D. King et J. G. Quigley, One hundred and fifty years of the First Baptist Church, Halifax, N.S. ([Halifax, 1977 ?]).— B. M. Moody, « Joseph Howe, the Baptists, and the « college question », dans The proceedings of the Joseph Howe symposium, Mount Allison University, W. A. Hunt, édit. (Halifax, 1984), 53–70.— J. Y. Payzant, Church government : a letter to Rev. E. M. Saunders, pastor of Granville Street Baptist Church, Halifax (Halifax, 1868).— John Pryor, Letter to the Nova Scotia Central Baptist Association (Cambridge, Mass., 1868).— K. E. Sanders, « Margaret Marshall Saunders : children’s literature as an expression of early twentieth century social reform » (mémoire de m.a., Dalhousie Univ., Halifax, 1978).— [M.] M. Saunders, Beautiful Joe : an autobiography (Philadelphie, 1893).

Bibliographie générale

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Barry M. Moody, « SAUNDERS, EDWARD MANNING », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/saunders_edward_manning_14F.html.

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Auteur de l'article:   Barry M. Moody
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   19 décembre 2014