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SEYMOUR, FREDERICK, administrateur colonial, né le 6 septembre 1820 à Belfast (Irlande du Nord), quatrième et dernier fils d’Henry Augustus Seymour et de Margaret Williams, décédé le 10 juin 1869 à Bella Coola, Colombie-Britannique.

Henry Augustus Seymour, fils naturel du 2e marquis de Hertford, fut dépossédé de ses biens de famille en Irlande, d’une rente personnelle et d’une situation au service des douanes lorsque le troisième marquis de Hertford prit la succession en 1822, et il dut s’expatrier à Bruxelles avec sa famille. À cause de ces revers de fortune, Frederick Seymour, contrairement à ses trois frères, ne reçut ni instruction poussée ni héritage. Le prince Albert, avec qui son frère aîné s’était lié d’amitié, intervint en faveur de Frederick en 1842 et lui obtint un poste subalterne dans l’administration coloniale.

L’affectation à la Terre de Van Diemen (Tasmanie) en qualité de sous-secrétaire colonial marqua pour Frederick le premier jalon de toute une vie passée dans des colonies déchirées par les luttes politiques et aux prises avec de graves difficultés économiques. Lorsque, à la suite de bouleversements à la Terre de Van Diemen, certains postes furent abolis, dont celui de Frederick Seymour, celui-ci fut nommé en 1848 magistrat extraordinaire à Antigua dans les îles Sous-le-Vent. En 1853, on le nommait à la présidence de l’île de Nevis et, en 1857, on récompensa son bon travail en lui confiant les charges de surintendant du Honduras britannique (Belize) et de lieutenant-gouverneur des îles de La Baie. Il devint lieutenant-gouverneur du Honduras britannique en 1862.

Au début de 1863, Seymour passa quelque temps en Angleterre, probablement pour se remettre d’une attaque de « fièvre de Panama ». À son retour au Honduras britannique, le duc de Newcastle, alors ministre des Colonies, lui offrit le poste de gouverneur de la Colombie-Britannique. Newcastle avait déjà informé sir James Douglas* qu’il avait recommandé Seymour, « homme très compétent et énergique qui avait fait montre d’une indéniable aptitude à manier les tribus sauvages ». Heureux à « l’idée de quitter les marécages du Honduras pour un beau pays », Seymour accepta d’emblée. Il retourna en Angleterre où il fit un bref séjour, puis s’embarqua pour la Colombie-Britannique en compagnie d’Arthur Nonus Birch*, commis subalterne au ministère des Colonies, qui devait jouer auprès de lui le rôle de secrétaire colonial.

Newcastle souhaitait créer une union régionale maritime semblable à celle projetée pour le littoral de l’Atlantique, et ce, dès que Douglas prendrait sa retraite comme gouverneur de l’Île-de-Vancouver et de la Colombie-Britannique en 1864. Toutefois, la rivalité entre les deux colonies était si grande qu’il constitua deux entités distinctes ; il nomma, le 11 décembre 1863, Arthur Edward Kennedy* gouverneur de l’Île-de-Vancouver (qui conservait sa chambre d’Assemblée), et Seymour gouverneur de la colonie continentale le 11 janvier 1864. Les dispositions qui dotaient le pays de l’or d’une administration séparée avec gouverneur et conseil législatif entraînaient des dépenses supplémentaires, mais il avait toujours été entendu à Whitehall que la Colombie-Britannique, à cause de son riche potentiel, devait se suffire à elle-même ; en 1863, les rapports touchant la production de l’or étaient encourageants et, au grand ébahissement de Douglas, Newcastle promit à Seymour un traitement de £3 000 et une résidence gouvernementale qui serait construite aux frais de la colonie.

Le mouvement en faveur d’une administration distincte pour la colonie continentale avait été très prononcé à New Westminster et, en ce 21 avril 1864, lendemain de l’arrivée de Seymour dans la colonie, la petite capitale était en liesse pour l’assermentation de celui qu’elle nommait « notre premier gouverneur ». L’enthousiasme de la population compensait le désarroi de Seymour en apercevant New Westminster pour la première fois. Le colonel Richard Clement Moody*, du corps royal du génie, avait élaboré des plans ambitieux pour la capitale, mais seulement quelques rues étaient tracées lorsque le corps du génie partit en novembre 1863. Seymour dira par la suite à lord Cardwell, successeur de Newcastle, que malgré « un déploiement d’énergie qui était inconnu sous les tropiques et l’abattage [...] de milliers d’arbres pour faire place à la grande ville appelée à s’y bâtir [...] Westminster semblait, pour utiliser une expression familière aux mineurs, « épuisée » ».

Tout de suite, le nouveau gouverneur entretint des relations cordiales avec les habitants de la colonie et il ne tarda pas à se faire des amis parmi les hauts fonctionnaires. Il épousa rapidement les préjugés qui avaient cours au sujet de Victoria et jugea bientôt que la politique de Douglas avait visé à concentrer dans les mains des négociants, des banquiers et des spéculateurs de l’Île-de-Vancouver le commerce de la région du Cariboo. Dès 1866, il avait acquis la conviction que les intérêts de la colonie continentale avaient été jusque-là négligés.

Soucieux de se montrer accommodant, il assura le Conseil législatif, qui en était alors à sa première session, qu’il terminerait la grande route commencée par Douglas pour atteindre les mines situées dans l’intérieur. Le tronçon de 120 milles de la route du Cariboo qui allait d’Alexandria au ruisseau Williams attendait toujours les arpenteurs ; à la fin de 1864, le tracé était fait et la route était construite sur un tiers de sa longueur. Toutefois, les finances de la colonie étaient dans un état inquiétant. Une somme de £10 000 pour les travaux effectués à la route du Cariboo en 1863 était toujours due, et les emprunts se chiffrant à £100 000 que Douglas avait autorisés en 1862 et 1863 étaient épuisés. Avant l’arrivée de Seymour, Douglas avait donné son consentement à un nouvel emprunt de £100 000 ; il fallut un certain temps pour réunir les fonds, et, de cette somme, le gouvernement impérial préleva le coût de « quelques baraques militaires inutiles », selon l’expression même de Birch. Seymour protesta vigoureusement contre cette décision.

Les difficultés financières de la colonie s’aggravèrent lorsque les Indiens se soulevèrent à l’inlet de Bute moins de 15 jours après l’arrivée de Seymour ; la répression coûta £18 000. Le gouverneur Kennedy fut informé, le 11 mai, que des Indiens avaient massacré un passeur et un groupe de manœuvres embauchés par Alfred Penderell Waddington* pour construire une route reliant l’inlet de Bute aux mines du Cariboo [V. Klatsassin] ais il tarda à en avertir Seymour. À l’encontre de Kennedy, Seymour agit avec célérité. Il ne proclama pas la loi martiale, mais donna immédiatement l’ordre au commissaire de l’or, William George Cox*, de partir de Cariboo par voie de terre, et à l’inspecteur de police en chef, Chartres Brew, de quitter New Westminster par bateau avec des détachements de volontaires. Pendant ce temps, le gouverneur mit à exécution son plan d’assembler à New Westminster les Indiens du fleuve Fraser afin de célébrer pendant une semaine entière l’anniversaire de la reine. Il vint environ 3 500 Indiens et, à la fin des réjouissances, Seymour avait le sentiment d’avoir réussi à établir avec ces Indiens le même type de relations que Douglas avait su maintenir. Les participants s’étaient à peine dispersés que Brew revint, annonçant qu’il avait été incapable de pénétrer dans les terres. Seymour aida Brew à lever d’autres volontaires et décida de l’accompagner ; « mon objectif capital, dira-t-il plus tard, était d’obtenir que les Blancs traitent les Indiens avec modération. »

Aucune difficulté ne fut épargnée à l’expédition de Brew : Seymour fut épouvanté par la nature inhospitalière du littoral montagneux. Arrivés sur le plateau de Chilcotin, bon nombre d’hommes furent victimes de la dysenterie, et la santé de Brew et de Seymour fut affectée. Il y eut cependant des moments plus encourageants, par exemple lorsque Alexis, un des plus puissants chefs chilcotins, se laissa convaincre par le gouverneur de participer à la poursuite. Certains des chefs de l’insurrection finirent par se livrer à Cox. Seymour lui-même retira une satisfaction personnelle de sa contribution à la capture de huit prisonniers indiens.

En débouchant à Alexandria, Seymour décida d’inspecter les mines de la région du Cariboo. Les mineurs du ruisseau Williams et de Richfield l’accueillirent chaleureusement, et les Indiens qu’il rencontra en parcourant la route du Cariboo ne furent pas moins empressés. Ces événements imprévus avaient cependant occupé trois mois cruciaux, alors qu’il y avait ailleurs de pressants problèmes qui sollicitaient son attention. Comme il devenait de plus en plus évident qu’on ne retirerait que £60 000 de l’emprunt de 1864, Seymour recommanda à son conseil, en décembre, l’imposition en 1865 d’une taxe à l’exportation de l’or de même qu’un relèvement des droits de douane de 12 1/2 p. cent.

La visite de la région du Cariboo avait certainement renforcé la foi du gouverneur en la prospérité de la colonie ; néanmoins, la nouvelle de la faillite en novembre 1864 de la Macdonald’s Bank, banque privée qui faisait affaire dans les mines, fut pour lui une source d’inquiétude. Ce n’est toutefois pas avant le printemps de 1865, quand le flot habituel de prospecteurs venus de San Francisco ne se présenta pas, que des doutes sur l’avenir de la colonie commencèrent à se manifester. Néanmoins, Seymour autorisa le prolongement et l’amélioration des routes des régions du Cariboo et de Dewdney et, lorsqu’une nouvelle région minière s’ouvrit à l’exploitation sur le Big Bend du fleuve Columbia, il approuva également la construction d’une voie le long de la rivière Thompson jusqu’à Kamloops et des aménagements pour la navigation à vapeur sur les lacs Kamloops et Shuswap. Ces travaux entraînèrent des déboursés de $1 342 000. Tout au long de 1865, les affaires périclitèrent à Victoria, où de grandes quantités de denrées et de marchandises avaient été entreposées en prévision de la ruée des chercheurs d’or, ainsi que dans les petites localités le long du Fraser supérieur. Ces revers attirèrent l’attention sur la nécessité de comprimer les dépenses et, à Victoria, le mouvement en faveur de l’union des deux colonies prit de l’ampleur.

Le ministère des Colonies exigea des renseignements de première main, et c’est de la bouche même de Seymour qu’il comptait les obtenir ; ce dernier partit pour l’Angleterre en septembre 1865. Dans les dépêches, Seymour avait déploré « les inconvénients considérables que [lui causait] la situation de deux gouverneurs investis d’une égale autorité, à peu de distance l’un de l’autre, mais bien loin du pays », mais il s’opposa quand même vigoureusement aussi bien à une fédération qu’à une union législative des colonies, comme le préconisaient Kennedy et l’Assemblée de l’Île-de-Vancouver. À Londres, toutefois, il constata que le London Committee for Watching the Affairs of British Columbia (groupe de pression bien organisé qui représentait les intérêts de la Hudson’s Bay Company, de la Bank of British Columbia et des détenteurs d’obligations de la Colombie-Britannique), le ministère des Colonies, la Trésorerie, le ministère des Affaires étrangères et l’Amirauté recommandaient tous l’union. Seymour s’inclina devant l’inévitable mais il insista pour que la Colombie-Britannique ait la primauté.

Pendant qu’il était en Angleterre, Seymour épousa Florence Maria Stapleton le 27 janvier 1866. Quelques jours plus tard, il expédia un message débordant d’enthousiasme au procureur général : « Nous serons à même de dicter nos propres conditions. La constitution sera celle de la Colombie-Britannique avec quelques modifications [...] la capitale, N. Westminster. » Le 17 février, à Paris, il rédigea une dépêche à l’adresse de Cardwell dans laquelle il expliquait l’opposition de son conseil à l’union et faisait part de la nécessité d’obtenir l’approbation de celui-ci et de l’importance qu’il y avait que ce soit le gouverneur de la Colombie-Britannique qui proclame le décret d’union. Il recommanda que New Westminster soit la capitale, qu’on utilise la constitution de la Colombie-Britannique comme modèle du nouveau gouvernement tout en lui insufflant un élément populaire plus considérable et qu’on conserve les lois tarifaires de la Colombie-Britannique.

La plupart des suggestions de Seymour furent acceptées ; le projet de loi décrétant l’union fut soumis au parlement à la fin de la session de 1866 et approuvé de façon expéditive. L’assentiment royal fut donné le 6 août. Par la suite, Seymour eut une entrevue avec lord Carnarvon, devenu ministre des Colonies ; celui-ci révoqua la nomination de Kennedy et consentit à accorder à Seymour, à titre de gouverneur de la nouvelle colonie unifiée, un traitement annuel de £4 000. Le ministère des Colonies l’assura également qu’« il était entendu que New Westminster devrait être la capitale ».

C’est un Seymour souffrant qui, le 7 novembre 1866, arriva à Victoria où l’attendait un accueil des plus froids. Toutefois, la réception que lui réservait New Westminster le réconforta. Il proclama l’union simultanément à Victoria et à New Westminster le 19 novembre. Il confessa à Carnarvon : « Il n’y eut pas de manifestation d’enthousiasme ou de surexcitation ni dans une ville ni dans l’autre. » Pour amadouer les hommes politiques exaspérés par l’abolition de leur Assemblée et les commerçants mécontents de la perte de leur port franc, Seymour séjourna pendant un mois à Victoria. « Les affaires s’arrangent graduellement, écrivait-il au ministère des Colonies, et je crois que, personnellement, je ne suis pas totalement impopulaire. » Mais il se leurrait. « Si seulement il était instruit de l’opinion générale, il en rougirait », écrivait John Sebastian Helmcken*.

Le marasme économique frappait le pays tout entier lorsque les membres maintenant plus nombreux du nouveau Conseil législatif se réunirent à New Westminster en janvier 1867. Il y avait alors un exode de mineurs, et l’abandon de la construction de la ligne télégraphique Collins qui devait relier les territoires russe et américain laissait 500 hommes sans emploi. La taxe à l’exportation de l’or rapporta des sommes ridiculement basses et les encaissements des droits de douane accusèrent un déficit imprévu à cause des importations élevées de tabac et d’alcool effectuées par les marchands de Victoria avant que ne soient étendus à l’île les droits tarifaires du continent. La colonie unifiée, dont la population s’élevait à 15 000 habitants, avait une dette de $1 300 000. Seymour attendit jusqu’au 27 mars 1867 avant de soulever la question âprement contestée de l’emplacement de la capitale.

Il aurait pu régler seul ce problème, mais l’initiative annoncée dans sa dépêche de Paris avait soulevé du mécontentement dans les deux parties de la colonie, et étant donné qu’il était opposé à « toute action qui pourrait donner à penser que le gouverneur usait trop de la vaste autorité dont il disposait », il ne voulait pas se servir de son pouvoir exécutif. Sa lenteur à agir, conjuguée à sa décision de solliciter les avis, se révéla néfaste pour son choix personnel, New Westminster. Le conseil recommanda Victoria par 13 voix contre 8. Seymour était atterré et demanda conseil au ministère des Colonies. Le duc de Buckingham et Chandos l’informèrent, en octobre 1867, qu’il aurait l’appui du gouvernement impérial s’il choisissait Victoria.

Birch, qui avait administré la colonie continentale de façon assez peu économique pendant l’absence de 14 mois de Seymour, rentra à Londres en juillet 1867. Malgré le manque total de hauts fonctionnaires possédant l’expérience de Birch, Seymour remit l’administration entre les mains de ses adjoints et partit pour une expédition vers le nord afin de faire enquête sur des troubles chez les Indiens. En août 1867, il se rendit au ruisseau Grouse, dans la région du Cariboo, pour intervenir dans un différend entre deux sociétés minières et, en septembre, il retourna vers la côte septentrionale pour visiter la communauté indienne de William Duncan* à Metlakatla. Le ministère des Colonies ne reçut de ses nouvelles qu’à de rares intervalles pendant ce temps. Puis, en décembre, Seymour télégraphia pour solliciter un prêt de $50 000 et dans une lettre décrivit en détail la situation financière très critique dans laquelle se débattait son gouvernement. Après une autre période de silence, Birch s’enquit auprès d’un haut fonctionnaire de la Colombie-Britannique en février 1868 : « De par le monde, qu’est-il advenu de vous tous ? » Après avoir fait preuve d’indécision dans le choix de la capitale, le gouverneur donnait maintenant l’impression de négliger ses devoirs. Dans la colonie, Douglas confia à Alexander Grant Dallas* que « toute la machine était dans un étrange et incompréhensible désordre – exigeant une main ferme et expérimentée pour la remettre en bon état de marche ».

La possibilité de trouver un allégement au fardeau financier de la colonie, non pas par l’annexion aux États-Unis, comme le préconisaient certains citoyens de Victoria, mais par l’entrée dans la fédération canadienne alors en gestation, avait amené Amor De Cosmos* à soulever la question de l’union au Canada devant le Conseil législatif le 10 mars 1867. Seymour avait accepté de télégraphier à Londres pour demander s’il était possible d’inclure dans le projet de loi alors soumis au parlement des dispositions touchant l’admission éventuelle de la colonie. Après que le conseil eut approuvé à l’unanimité le principe de l’union le 18 mars, il promit de communiquer avec le ministre des Colonies, avec le gouverneur du Canada et avec le gouverneur de la Hudson’s Bay Company. Cependant, n’ayant pas reçu de réponse au télégramme expédié à Londres et sachant que le Canada devait encore acquérir le territoire qui le séparait de la colonie occidentale, il jugea qu’il serait prématuré d’entamer lui-même des pourparlers avec le Canada. Six mois s’écoulèrent avant qu’il expédie au ministère des Colonies, le 24 septembre 1867, la résolution touchant l’union. L’arrivée de la dépêche souleva un vif émoi au ministère des Colonies, où le télégramme expédié en mars par Seymour avait été mis de côté dans les premiers jours qui suivirent l’entrée en fonction du duc de Buckingham. Le retard de Seymour à faire parvenir la résolution du conseil ne fut pas sans causer une certaine exaspération, mais étant donné que le territoire de la Hudson’s Bay Company n’appartenait pas encore au Canada, Buckingham informa Seymour qu’il fallait attendre avant de considérer la question de la confédération.

Les choses auraient pu en rester là si Samuel Leonard Tilley*, membre du gouvernement canadien, n’avait pas télégraphié à Victoria en janvier 1868 pour faire savoir que Seymour n’avait fait aucune approche sur la question. Au cours d’une grande assemblée publique, De Cosmos accusa le gouverneur de mauvaise foi et, deux jours plus tard, le 1er février 1868, on expédiait de Victoria un mémoire au gouverneur général du Canada, lord Monck*, pour lui demander que des démarches soient entreprises sans délai pour faire entrer la colonie dans la Confédération ; on se risqua à suggérer les conditions selon lesquelles pourrait se faire l’union. Le cabinet du Canada approuva alors un décret en conseil recommandant l’entrée de la Colombie-Britannique.

Le 22 mars, au moment où siégeait le Conseil législatif, un journaliste de Victoria reçut un second télégramme de Tilley pressant les membres de préparer une supplique à la reine. De Cosmos exigea que la correspondance du gouverneur, « si elle existait », soit déposée. Heureusement pour Seymour le conseil tourna son attention vers la question de la capitale et réaffirma son choix le 2 avril ; le 25 mai fut fixé comme date du transfert à Victoria. Ayant perdu leur capitale sur la terre ferme, certains résidants de New Westminster désespéraient tellement de leur avenir comme colonie qu’ils signèrent un mémoire prônant l’union au Canada. Le Conseil législatif refusa toutefois d’agir avec précipitation.

Seymour avait été malade en décembre 1867 et il fut lent à recouvrer ses forces. Néanmoins, il avait cru de son devoir de recevoir les citoyens de New Westminster comme il l’avait fait auparavant pour ceux de Victoria. À cette fatigue s’était ajoutée la tension engendrée par la session législative, par le transfert des bureaux du gouvernement à Victoria et par la nécessité de procéder à de nouveaux congédiements. En novembre 1868, il était trop malade pour s’occuper des questions administratives et, à Victoria, on commençait à faire circuler une pétition demandant son rappel et la désignation de Douglas comme administrateur. Seymour rassembla toutes ses forces pour protester violemment contre la nomination par Buckingham de Philip J. Nankin, de la marine royale, au poste de secrétaire colonial ; Seymour avait destitué ce dernier en 1867. Seymour, déprimé par l’atmosphère lourde qui régnait à Victoria à la veille de la nouvelle session législative, avoua qu’il « se sentait passablement épuisé ».

Ce qu’il fallait à la colonie, déclarait De Cosmos, ce n’était pas tant un changement de gouverneur, mais plutôt un changement de gouvernement. La réforme de la constitution avait depuis le début constitué un des objectifs de Seymour ; cependant d’autres problèmes étaient venus s’interposer. Il avait toujours considéré que Newcastle avait fait une erreur en modelant la constitution de la colonie continentale sur celle de l’île de Ceylan et, dès le commencement, il avait traité le Conseil législatif comme s’il se fût agi d’une Assemblée. Étant donné les circonstances, Seymour fut agréablement surpris de la façon correcte dont se déroula la première session après l’unification. En vue des élections de 1868, il libéralisa le suffrage sur l’Île-de-Vancouver et, avant de déclarer ouverte la session, il inclut deux membres élus dans les nominations à des charges dans la magistrature. Ces changements étaient toutefois beaucoup trop modestes pour satisfaire les anciens membres de l’Assemblée de l’Île-de-Vancouver.

Le mouvement en faveur de la Confédération, qui s’était raffermi au cours de l’année, trouvait une partie de son appui dans le désir qu’on avait de procéder à une réforme de la constitution. Une société composée de partisans de la Confédération vit le jour à Victoria en mai 1868 et fit campagne non seulement en faveur de l’entrée dans la Confédération canadienne mais aussi pour un gouvernement représentatif et responsable. N’ayant pas reçu d’instructions sur la question de la fédération avec le Canada et, de plus, les négociations au sujet des territoires de la Hudson’s Bay Company n’étant pas terminées, Seymour proposa au Conseil législatif, lorsqu’il se réunit à Victoria le 17 décembre 1868, de remettre à une date ultérieure l’étude de la question. Le conseil donna son accord à la suite d’un vote le 17 février 1869, quoiqu’il comptât parmi ses membres élus John Robson* et trois autres partisans de la Confédération qui représentaient la partie continentale de la colonie.

Informé de ces développements décevants, sir John A. Macdonald* sentit qu’il n’y avait pas de temps à perdre pour forcer la main à l’Île-de-Vancouver. Il écrivit à Anthony Musgrave*, dont le mandat de gouverneur de Terre-Neuve tirait à sa fin, que Seymour devait être rappelé « étant, dans les circonstances présentes, absolument inapte à occuper la situation qui est la sienne. D’après tout ce que j’entends dire, il l’a toujours été, disait-il. »

Les habitants de la colonie et leurs représentants étaient toutefois mieux disposés en 1869 qu’ils ne l’avaient été depuis assez longtemps. Sur sa recommandation, on organisa un système d’écoles publiques, on améliora le système des tribunaux, on élabora des règlements d’hygiène publique, on réglementa l’exploitation des mines d’argent, de plomb, de cuivre et de charbon, et une commission fut mise sur pied pour étudier le régime des réserves indiennes. On avait franchi le cap difficile en matière de finances publiques. Seymour avait récemment diminué la dette et fait le versement final pour acquitter des dépenses militaires engagées du temps de Douglas. Les mesures fiscales qu’il avait prises au début commençaient à rapporter suffisamment pour lui permettre d’améliorer le réseau routier, et il put annoncer que l’Amirauté prêterait de l’argent à une société anglaise en vue de la construction d’une cale sèche à Esquimalt. À l’intérieur de la colonie, l’établissement des colons prenait le pas sur la recherche de l’or et l’agriculture se consolidait.

Quand prit fin cette fructueuse session législative, Seymour était dans un état d’extrême faiblesse. Il décida de mettre de l’ordre dans ses affaires et dans celles de la colonie. Le 3 avril 1869, il signa son testament. Cinq jours plus tard, il assermenta finalement Philip J. Hankin. Ces questions étant réglées, Seymour se prépara à s’embarquer pour la côte septentrionale où des dissensions meurtrières et interminables entre la tribu des Nass et celle des Tsimshians entravaient la pêche du printemps sur la rivière Nass.

Le bien-être des Indiens avait toujours été une des grandes préoccupations de Seymour, et il avait réussi à établir avec eux d’excellents rapports. Or, il venait tout juste de recevoir du ministre des Colonies, Granville, une verte réprimande pour son rapport « non satisfaisant » touchant les troubles engendrés par le commerce des spiritueux dans la partie nord du littoral. Accompagné de Joseph Trutch*, commissaire des Terres et des Travaux publics, Seymour s’embarqua à Esquimalt le 17 mai à bord du hms Sparrowhawk, qu’il avait déjà dépêché à deux reprises vers le nord pour faire enquête sur des troubles. Il prit William Duncan en route afin qu’il lui serve d’interprète. À la rivière Nass, les chefs nass se virent prier d’accompagner le gouverneur, et, à Fort Simpson, les chefs des Tsimshians reçurent la même invitation. Le 2 juin, Seymour en vint à un accord avec les chefs guerriers au sujet de la compensation qui serait versée à chaque tribu ; il les convainquit de signer la paix et les plaça sous le coup de la loi. Un terme était mis à la guerre entre tribus et, comme le rapportait Trutch, « cela avait été accompli de façon entièrement satisfaisante ». Cette démarche, dernier acte officiel de Seymour, il fallait « en accorder le crédit à son habileté d’administrateur [...] et elle était parfaitement en harmonie avec [sa] bonté de cœur ».

Seymour comptait également faire enquête sur des plaintes reçues de colons de race blanche touchant des Indiens, mais il contracta une dysenterie et son état s’aggrava de façon alarmante après que la canonnière eut jeté l’ancre à Bella Coola. Il mourut le matin du 10 juin. Sa dépouille fut ramenée à Esquimalt, où il fut inhumé le 16 juin dans le cimetière naval avec les plus grands honneurs ; Douglas était l’un des porteurs.

Le Daily British Colonist de Victoria, qui avait critiqué sévèrement son administration, avec autant d’énergie que naguère celle de Douglas, admit que les erreurs de Seymour étaient tempérées par son désir bien évident de se concilier tout le monde. Pour gouverner une colonie dont le sol recelait des gisements d’or et qu’habitait une population hétéroclite de chercheurs d’or et une population encore plus considérable d’Indiens inquiets de l’avenir, Newcastle, vraisemblablement à la suite d’une intervention royale, avait jeté son dévolu sur un homme de frêle constitution, qui n’avait ni la force de caractère ni l’impressionnante stature de son prédécesseur. Néanmoins, Seymour, par l’initiative et le grand courage physique qu’il avait affichés, s’était acquis pendant les 18 premiers mois de son mandat le respect de la population de la colonie continentale.

Newcastle, Cardwell et Carnarvon étaient satisfaits de ce qu’il avait accompli. Les difficultés commencèrent lorsque le gouvernement de Derby arriva au pouvoir en 1866. On ne tint pas compte de l’avis de Seymour voulant que soit obtenu le consentement de la colonie continentale avant de procéder à l’union avec l’île et on ne donna pas suite à la promesse de situer la capitale sur la terre ferme. Après le rappel de Birch, une froideur croissante marqua les dépêches en provenance de Londres. La négligence de Seymour à l’égard de sa correspondance de même que sa pusillanimité sur la question de la capitale ternirent sa réputation auprès du ministère des Colonies.

La rivalité entre l’île et la terre ferme était un fait avéré, et il était inévitable que l’irritation rejaillît sur l’homme qui était l’instrument de l’union des deux colonies. En outre, « la bouillante presse libre » entretenait traditionnellement un climat d’agitation politique. Porte-parole de la peu nombreuse classe professionnelle et commerçante, qui cherchait à avoir l’avantage sur les fonctionnaires anglais, la presse ne faisait aucune concession dans sa lutte. Elle avait déjà à son crédit deux victoires remportées sur des gouverneurs coloniaux, Douglas et Kennedy, et une troisième était là, à portée de la main.

De Cosmos avait déjà admis qu’une bonne part de l’odieux qu’on avait attaché à l’administration par Seymour de la colonie unifiée était « une conséquence naturelle des actions et omissions de l’administration de sir James Douglas » ; néanmoins, il ne pouvait pardonner à Seymour de ne pas avoir pris l’initiative dans le mouvement en faveur de la Confédération. Attaquée par De Cosmos et par les journalistes canadiens, la réputation de Seymour n’a pas survécu à cette accusation. Cependant, Seymour s’était rendu compte que pour le moment l’union avec le Canada n’était souhaitée que par une minorité tapageuse qui espérait obtenir un allégement financier et la réforme du mode de gouvernement, l’un et l’autre étant peu probables sous le gouvernement impérial du temps. Ce n’est qu’après un changement de gouvernement en Angleterre et le transfert des territoires relevant de la Hudson’s Bay Company que Musgrave reçut l’assentiment de promouvoir l’union avec le Canada. Nonobstant ce qu’il a accompli, Seymour s’inscrit donc dans l’histoire comme le gouverneur oublié de la Colombie-Britannique.

Margaret A. Ormsby

APC, MG 26, A ; RG 7, G1, 166–188.— PABC, B.C., Colonial Secretary, correspondence outward, janv. 1867–déc. 1870 (letterbook) ; Governor, despatches to London, 14 sept. 1863–31 déc. 1867 ; 11 janv. 1868–24 juill. 1871 (letterbooks) ; Crease coll., Henry Pering Pellew Crease, correspondence inward, 1864–1869 ; Florence Maria (Stapleton) Seymour letters ; James Douglas, correspondence outward, private, 22 mai 1867–11 oct. 1870 (letterbook) ; Miscellaneous papers relating to Governor Frederick Seymour ; O’Reilly coll., Florence Maria (Stapleton) Seymour letters ; Frederick Seymour letters ; Vancouver Island, Governor, despatches to London, 25 mars 1864–19 nov. 1866 (letterbook).— PRO, CO 60.— University of British Columbia Library, Special Collections Division (Vancouver), Trutch papers.— University of Nottingham Library (Nottingham, Angl.), Newcastle mss, letterbooks, 1859–1864 (mfm aux APC).— C.-B., Legislative Council, Journals, 1864–1869.— G.-B., Parl., Command paper, 1866, XLIX, [3 667], pp.119–164, Papers relative to the proposed union of British Columbia and Vancouver Island ; [3 694], pp.165–168, A further despatch relative to the proposed union of British Columbia and Vancouver Island [...] ; 1867, XLVIII, [3 852], pp.281–332, Further papers relative to the union of British Columbia and Vancouver Island [...] ; House of Commons paper, 1867–1868, XLVIII, 483, pp.337–350, Copy or extracts of correspondence between Governor Kennedy of Vancouver Island, Governor Seymour of British Columbia, and the Colonial Office, on the subject of a site for the capital of British Columbia ; 1868–1869, XLIII, 390, pp.341–372, Papers on the union of British Columbia with the dominion of Canada.Minutes of a preliminary meeting of the delegates elected by the various districts of British Columbia, convened at Yale, pursuant to the following call : « Yale Convention » (New Westminster, C.-B., 1868).— H. H. Bancroft, History of British Columbia, 1792–1887 (San Francisco, 1890).— British Columbia and confederation, W. G. Shelton, édit. (Victoria, 1967).— F. W. Howay et E. O. S. Scholefield, British Columbia from the earliest times to the present (4 vol., Vancouver, 1914).— F. W. Howay et al., British Columbia and the United States : the north Pacific slope from fur trade to aviation, H. F. Angus, édit. (Toronto, 1942).— Ormsby, British Columbia.— F. W. Howay, The attitude of Governor Seymour towards confederation, SRC Mémoires, 3e sér., XIV (1920), sect. ii : 31–49.— M. A. Ormsby, Frederick Seymour, the forgotten governor, BC Studies, 22 (été 1974) : 3–25.— W. N. Sage, The critical period of British Columbia history, 1866–1871, Pacific Hist. Rev. (Glendale, Calif.), I (1932) : 424–443 ; From colony to province ; the introduction of responsible government in British Columbia, BCHQ, III (1939) : 1–14.

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Margaret A. Ormsby, « SEYMOUR, FREDERICK », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/seymour_frederick_9F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
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