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SMITH, WILLIAM, chirurgien, officier, homme politique et juge, né en Angleterre ; il épousa Sarah MacLean ; circa 1784–1803.

On sait très peu de chose de William Smith avant sa nomination comme chirurgien de la garnison de la nouvelle colonie du Cap-Breton, le 28 août 1784. Il y arriva en novembre, avec d’autres immigrants anglais, à bord du Blenheim, et fut nommé par le lieutenant-gouverneur Joseph Frederick Wallet Des-Barres* membre du Conseil exécutif de la colonie. DesBarres le nomma aussi au poste plutôt honorifique de juge de la Cour de l’échiquier.

À l’automne de 1785, survint une querelle entre DesBarres et le commandant de la garnison, le lieutenant-colonel John Yorke, du 33e d’infanterie, au sujet de la responsabilité de la distribution des ravitaillements aux colons. Smith et les autres militaires membres du conseil étaient portés à prendre la part d’Yorke. C’est pourquoi, au printemps de 1786, DesBarres exigea de ces derniers qu’ils quittent le conseil ou leurs postes dans l’armée. Smith démissionna du conseil, puis se joignit au procureur général David Mathews* et au secrétaire Abraham Cornelius Cuyler pour adresser au gouvernement britannique une pétition demandant la révocation de DesBarres. Il réintégra le conseil après le rappel de DesBarres en novembre 1786.

Smith entretint des relations amicales avec le successeur de DesBarres, William Macarmick. Ayant suspendu le juge en chef Richard Gibbons* en mars 1788, Macarmick fit de Smith le doyen des trois juges adjoints nommés à la place de Gibbons. Toutefois, les revenus de Smith n’étaient pas suffisants, de toute évidence, pour lui permettre de vivre au Cap-Breton, et, à l’automne de 1791, il rentra en Angleterre, tout en continuant de s’intéresser à la colonie. En janvier 1796, on le remplaça comme chirurgien de la garnison, pour avoir négligé sa charge. Il semble avoir traversé alors une période difficile. Mais, grâce à son amitié avec le lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, sir John Wentworth, et le lieutenant général James Ogilvie, alors en garnison à Halifax, il put obtenir en mars 1798 le poste de cojuge en chef du Cap-Breton, qu’il partagea avec Ingram Ball. Il fut assermenté en août et, plus tard, réintégré dans ses fonctions au conseil.

Smith et Ball se brouillèrent bientôt, Ball appuyant une faction politique dominée par Mathews, pendant que Smith se rangeait avec le groupe opposé, dirigé par le révérend Ranna Cossit. Les deux clans luttaient pour la suprématie au conseil et appuyaient divers administrateurs de la colonie, pour mieux en arriver à leurs fins. Cossit et Smith approuvaient ‘la politique d’Ogilvie, devenu administrateur de la colonie en juin 1798, de même que celle de son successeur, le général de brigade John Murray*. Murray démit le cojuge en chef Ball en décembre 1799. Smith restait seul au poste de juge en chef ; son influence atteignit alors à son sommet. Il combattit avec Murray pour anéantir le pouvoir de Mathews et de ses partisans.

En juin 1800, le major général John Despard* arriva à Sydney pour y occuper la fonction d’administrateur de la colonie, mais Murray refusa de lui remettre les pouvoirs civils. Comme l’influence de Smith avait crû sous Murray, il prit naturellement la part de ce dernier, en refusant de reconnaître la légalité de la nomination de Despard. Quand, à l’automne, il devint évident que les efforts de Murray pour se maintenir au pouvoir seraient vains, Smith quitta le Cap-Breton pour défendre la cause de Murray devant le gouvernement britannique. Non seulement ne réussit-il pas à faire réinstaller Murray, mais lui-même fut remplacé comme juge en chef, en dépit de ses requêtes pour conserver ce poste.

Smith ne retourna jamais au Cap-Breton, mais, en 1803, il écrivit un pamphlet de 158 pages intitulé A caveat against emigration to America ; with the state of the island of Cape Breton [...]. Après une première partie consacrée à décrire les problèmes des colons britanniques en Amérique du Nord, l’auteur s’étend longuement sur la géographie et la vie politique du Cap-Breton. Smith vante les attraits de l’île, qu’il décrit comme « entrecoupée de rivières navigables, comptant plusieurs baies profondes et spacieuses [...], entourée de nombreux bancs de pêche riches en poissons [...], pourvue d’une terre féconde [et d’un] climat sain ; elle offre au colon, ajoute-t-il, de grands avantages propres à le séduire ». En même temps, cette partie consacrée au Cap-Breton est très dure pour les ennemis politiques de Smith, en plus d’être partiale et pessimiste dans le récit des événements. Néanmoins, la description qu’on y retrouve de la colonie et de la vie dans cette région de colonisation récente fait de l’ouvrage un document de valeur pour l’étude de la période. Cette publication suscita une réponse de DesBarres, intitulée Letters to Lord ********* on A caveat against émigration to America [...] et publiée à Londres en 1804, dans laquelle il attaque Smith pour les positions qu’il avait prises au Cap-Breton. On ne sait rien de la carrière de Smith après 1803.

Comme d’autres au Cap-Breton, William Smith entretenait de grands espoirs de succès dans la colonie, mais le séjour qu’il fit le déçut et l’aigrit. Il se fit toutefois remarquer en laissant un imprimé qui permet de mieux voir ce qui s’y passa de 1784 à 1803. Curieusement, le Caveat de 1803 fut publié au moment précis où la colonie, alors débarrassée de personnages comme Mathews, Gibbons et Smith, parvenait enfin à un certain degré d’autosuffisance.

Robert J. Morgan

William Smith est l’auteur de A caveat against émigration to America ; with the state of the island of Cape Breton, from the year 1784 to the present year ; and suggestions for the benefit of the British settlements in North America (Londres, 1803).

APC, MG 11, [CO 217] Cape Breton A, 3.— [J. F. W. DesBarres], Letters to Lord ********* on A caveat against emigration to America [...] (Londres, 1804).— Morgan, « Orphan outpost ».

Bibliographie générale

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Robert J. Morgan, « SMITH, WILLIAM (circa 1784-1803) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/smith_william_1784_1803_5F.html.

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Auteur de l'article:   Robert J. Morgan
Titre de l'article:   SMITH, WILLIAM (circa 1784-1803)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   23 novembre 2014