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SOLOMON (Solomons), WILLIAM, commis et interprète, né le 28 mai 1777 à Montréal, fils d’Ezekiel Solomon et d’Elizabeth Dubois ; décédé à Penetanguishene, Haut-Canada, où il fut inhumé le 27 janvier 1857.

William Solomon était le quatrième enfant d’un marchand juif allemand qui partit de Berlin pour venir en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept ans et qui fut fournisseur de l’armée britannique. Après la Conquête, Ezekiel Solomon fut l’un des premiers trafiquants non français à se rendre jusqu’aux lacs Supérieur, Huron et Michigan ; il passait une partie de l’année à l’intérieur des terres et l’autre partie à Montréal où William reçut apparemment une certaine instruction. Au milieu des années 1790, ce dernier travaillait à l’intérieur du pays comme employé de la North West Company, et il demeura manifestement quelque temps avec ses parents à l’île Mackinac (Michigan). C’est là qu’il eut une fille illégitime, baptisée le 28 juillet 1796, avec la jeune Agibicocoua, de la tribu des Sauteux. En 1797, 1799 et 1800, il fut le père de trois autres enfants illégitimes. Peu après, il semble qu’il ait épousé Marguerite Johnston, née dans l’île Mackinac, et ils eurent dix enfants.

Solomon subvint aux besoins de sa famille grandissante en travaillant à Michillimakinac, dans l’île Mackinac, en qualité de commis au service du marchand Joseph Guy et, occasionnellement, en servant d’interprète, car il avait appris plusieurs langues indiennes. En 1809, son père mourut lui laissant des terrains dans l’île Mackinac et sur la terre ferme à Saint-Ignace. Bien que l’île Mackinac ait été remise aux États-Unis par les Britanniques en 1796, en vertu du traité Jay, Solomon n’éprouvait guère de loyauté envers le drapeau étoilé. Quand la guerre éclata entre les États-Unis et la Grande-Bretagne en 1812, une troupe rassemblée par le capitaine Charles Roberts* descendit rapidement dans l’île Mackinac et captura le fort et la ville pour le compte des Britanniques le 17 juillet ; il s’agissait du premier engagement de cette guerre et d’une source de satisfaction pour Solomon. En février 1814, celui-ci remplissait la fonction d’interprète au département des Affaires indiennes au salaire de 4 shillings 6 pence par jour.

À cause du petit nombre de soldats britanniques stationnés à l’île Mackinac, la présence de leurs alliés indiens était d’une importance vitale pour leur sécurité. Lorsque les Américains tentèrent de reprendre l’île en 1814, ce sont les Indiens qui firent pencher la balance en faveur des Britanniques. Les Américains ne prirent jamais l’île Mackinac, mais celle-ci revint quand même aux États-Unis en vertu du traité de Gand. En juillet 1815, les Britanniques, commandés par le lieutenant-colonel Robert McDouall*, se retirèrent. Le mois suivant, ils s’installèrent tout près, dans l’île Drummond. Solomon qui les avait accompagnés avec sa famille reçut du gouvernement un lot sur lequel il construisit une maison et établit une ferme. Ses fonctions consistaient alors à préparer les réquisitions de vivres et à faire réparer les fusils des Indiens.

Solomon, Jean-Baptiste Assiginack* et quelques autres furent parmi les interprètes en poste à l’île Drummond ; ces derniers, membres du personnel du département des Affaires indiennes dirigé par William McKay*, faisaient partie de la garnison de temps de paix. Même si en janvier 1816, John Askin, fonctionnaire du département, le qualifia assez durement « d’homme terne », inapte à servir d’interprète aux conseils des Indiens, mais capable « de veiller à une distribution équitable des vivres », Solomon servait en fait d’interprète à l’occasion de divers conseils. De même, lorsque les Indiens des lacs Supérieur, Huron et Michigan affluèrent dans l’île Drummond afin de recevoir les présents que les Britanniques distribuaient parcimonieusement pour s’assurer de leur loyauté, Solomon participa probablement à cette distribution. En 1816, quand le département des Affaires indiennes réduisit son personnel, il perdit son emploi. Cependant, il fut réintégré dans ses fonctions le 29 mai 1821.

Les Britanniques n’allaient pas demeurer longtemps dans l’île Drummond, car lorsqu’on délimita la frontière entre le Haut-Canada et les États-Unis, on constata que l’île se trouvait en territoire américain. De nouveau, l’effectif de la garnison, y compris Solomon, David Mitchell* et d’autres fonctionnaires du département, fut contraint de quitter les lieux, cette fois pour s’installer à Penetanguishene (Ontario), dans la baie Géorgienne, où se trouvait un établissement naval britannique. Vers la fin de 1828, un brick fut affrété pour évacuer les troupes, mais lorsqu’on s’aperçut que ce navire était trop petit, on donna instructions à Solomon d’affréter aussi un schooner. Toutefois, Solomon ne put se joindre aux partants, parce qu’il avait reçu l’ordre de passer l’hiver dans l’île St Joseph où il avait fait un bref séjour en 1825. Sa mission était d’informer les Indiens du départ des Britanniques. En tout, de 75 à 100 familles de soldats, de voyageurs et de petits trafiquants quittèrent l’île Drummond pour venir se fixer à Penetanguishene, décrit par un des fils de Solomon, Lewis, comme étant à cette époque « en grande partie un marécage [où poussaient] des cèdres et [où l’on trouvait] quelques wigwams indiens et des cabanes de pêcheurs ».

Finalement, en 1829, Solomon et sa famille s’installèrent à Penetanguishene, bien que le 12 juillet de la même année il ait perdu dans un naufrage ses animaux et son matériel. Il construisit une maison dans les environs, sur le lot 105, et continua à servir d’interprète. En 1837, en compagnie de Thomas Gummersall Anderson*, Samuel Peters Jarvis, Jean-Baptiste Assiginack et d’autres, il assista à un important conseil d’Indiens dans l’île Manitoulin, endroit qu’Anna Brownell Jameson [Murphy] a décrit d’une façon pittoresque dans sa narration d’un voyage dans le Haut-Canada. Au cours d’une tournée plus longue, effectuée au début des années 1840 à l’occasion d’une distribution de présents, Solomon fit office d’interprète pour un groupe dont faisaient partie lord Morpeth, lord Lennox, Jarvis et 56 voyageurs venant de Penetanguishene. Le groupe visita l’île Manitoulin, Sault-Sainte-Marie (Sault Ste-Marie) et Detroit.

William Solomon fut remercié de ses services le 30 juin 1845 et il se retira avec une pension de retraite de 0,75 $ par jour, au dire de son fils Lewis. Plus tard, il s’installa à Penetanguishene même, où il mourut. Il fut inhumé au cimetière de la paroisse St Ann. Sa deuxième femme, Josephine Legris, qu’il avait épousée à un âge avancé, et une nombreuse famille lui survécurent.

David Arthur Armour

ANQ-M, CE1-63, 23 juill. 1769, 18 juin 1777.— APC, RG 1, L3, 465 : S16/45 ; RG 10, A2, 22, 28–32 ; A4, 49 ; 52 ; 509 : 201 ; A5, 268.— Arch. paroissiales, Ste-Anne-de-Michilimackinac (Mackinac Island, Mich.), reg. des baptêmes, mariages et sépultures, 1695–1821.— Bayliss Public Library, Steere Special Coll. Room (Sault Ste Marie, Mich.), Port Mackinac, records, 1er, 20, 22 oct. 1818, 29 sept. 1827.— Detroit Public Library, Burton Hist. Coll., American Fur Company, day book, 1804–1805 ; ledger, 1803–1806 ; James Henry, Mackinac Store journal, 1802–1804 ; Robert McDouall, orderly book, Drummond Island, 1815–1816.— Mackinac County Court House (St Ignace, Mich.), Reg. of the post of Michilimackinac, commencé le 1er juin 1785.— St Ann’s Roman Catholic Church (Penetanguishene, Ontario), Reg. of burials, 26 janv. 1857.— Stuart House Museum of Astor Fur Post (Mackinac Island), American Fur Company, letter-book, 11 juill. 1820, 8 sept. 1822, 22 sept. 1824.— Joseph Delafield, The unfortified boundary : a diary of the first survey of the Canadian boundary line from St. Regis to the Lake of the Woods, Robert McElroy et Thomas Riggs, édit. (New York, 1943), 318–321, 461.— É.-U., Congress, American state papers [...] in relation to the public lands [...], Walter Lowrie, édit. (5 vol., Washington, 1834), 4 : 810, 819–820, 826–827.— The John Askin papers, M. M. Quaife, édit. (2 vol., Detroit, 1928–1931), 2 : 525.— Mich. Pioneer Coll. (Lansing), 16 (1890) ; 23 (1893).— Murphy, Winter studies and summer rambles (Talman et McMurray ; 1943), 249, 256, 267.— Wis., State Hist. Soc., Coll., 9 (1882) : 202 ; 18 (1908) : 501 ; 19 (1910) : 104–105, 110, 120.— « List of the Drummond Island voyageurs », OH, 3 (1901) : 149–166.— Officers of British forces in Canada (Irving), 211, 214.— Leonard Bacon, Sketch of the Rev. David Bacon (Boston, 1876), 53.— E. J. et E. L. Bayliss, Historic St. Joseph Island (Cedar Rapids, Iowa, 1938), 78, 144–145 ; River of destiny, the Saint Marys (Detroit, 1955), 135, 318.— S. F. Cook, Drummond Island ; the story of the British occupation, 1815–1828 (Lansing, 1896).— B. F. Emery, Post cemetery, Drummond, Fort Collyer, 1815–1828 (Detroit, 1931), 5–6 ; The story of Fort Drummond (Fort Collyer), the last British stronghold in Michigan, 1815–1828 (Detroit, s.d.), 16–17.— I. I. Katz, « Ezekiel Solomon : the first Jew in Michigan », Mich. Hist. (Lansing), 32 (1948) : 247–256.— A. C. Osborne, « The migration of voyageurs from Drummond Island to Penetanguishene in 1828 », OH, 3 : 123–149.

Bibliographie générale

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David Arthur Armour, « SOLOMON, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/solomon_william_8F.html.

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Auteur de l'article:   David Arthur Armour
Titre de l'article:   SOLOMON, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   19 décembre 2014