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STAUNTON, RICHARD, tonnelier, garde-magasin et agent au service de la Hudson’s Bay Company, circa 1694–1741.

La date et le lieu de naissance de Richard Staunton ne sont pas connus, et il en est de même pour sa mort ; cependant, en 1694, il était tonnelier qualifié et c’est à ce titre qu’il fut envoyé au poste de York (York Factory, Man.) par la Hudson’s Bay Company, au traitement annuel de £10. Quelques mois après son arrivée, le poste dut se rendre à Pierre Le Moyne* d’Iberville, malgré les 36 grosses pièces d’artillerie qui en assuraient la défense. On promit aux employés de la compagnie de les rapatrier, mais ils furent obligés de passer l’hiver dans les bois ; par la suite, ils eurent beaucoup à souffrir au cours du voyage de retour et on les traita comme des prisonniers de droit commun dans les prisons de France. Staunton, à l’instar de Henry Kelsey*, surmonta ces vicissitudes ; en 1696 il était de retour en Angleterre et la compagnie l’embaucha pour le renvoyer au fort York que les Anglais venaient de reprendre cette année-là. Staunton fut fait prisonnier par les Français une deuxième fois lorsque d’Iberville reparut dans la région, en septembre 1697 ; ce dernier attaqua et coula le bâtiment de guerre Hampshire puis reprit le fort. Cette fois encore, Staunton ne tarda pas à regagner l’Angleterre et à réintégrer le service de la Hudson’s Bay Company qui, en 1698, le dépêcha au poste d’Albany (Fort Albany, Ont.).

Après la perte du fort York, en 1697, et jusqu’à ce qu’il fût rendu à la compagnie en 1714, à la suite du traité d’Utrecht, Albany fut le seul poste de la baie aux mains des Anglais. Staunton y servit jusqu’en 1706 et il était encore assez jeune pour pouvoir dire (plus tard) qu’il avait passé sa jeunesse au service de la compagnie. Son traitement augmenta régulièrement pour atteindre £40 en 1705 ; il rentra en Angleterre en 1706, et lorsqu’il retourna au service de la compagnie en 1708, son salaire était de £48 par année. Tous les hommes en poste à Albany exigeaient des « salaires extravagants », du fait qu’en demeurant au fort ils avaient à faire face aux attaques probables des Français, mais quant à Staunton, c’est aussi sa connaissance grandissante du commerce de la fourrure qui lui valut des hausses de traitement, et en 1712 il gagnait £60 par année comme garde-magasin à Albany.

À la suite du traité d’Utrecht et de la reprise en mains du fort York par les Anglais, Albany perdit quelque peu de son importance mais demeura le poste le plus important pour contrer les coureurs de bois français plus au sud. Staunton y fut nommé agent principal en 1714 ; on lui avait donné instruction « de traiter durement » avec les Indiens venant du nord pour les inciter à expédier leurs fourrures au poste de York mais de se montrer invitant envers les Indiens du sud afin de les arracher aux traiteurs français et accaparer le commerce de la rivière Eastmain. Les instructions faisaient mention de variations délicates dans les prix payés pour les fourrures ; il semble que Staunton sut s’acquitter de sa tâche de manière satisfaisante, et lorsqu’il fut rappelé en 1715, ce fut à sa propre requête, car on lui avait refusé l’augmentation sollicitée. En 1716, toutefois, son successeur, Thomas McCliesh signala que les hommes indisciplinés d’Albany avaient fait ce qu’ils avaient voulu de Staunton.

Staunton fut dans l’impossibilité de retourner à la baie d’Hudson avant 1716, mais il fut alors engagé presque immédiatement pour une période de quatre ans, à la suggestion de James Knight*. Ce dernier avait la direction du fort York et il voulait que Staunton agisse comme son remplaçant au cas où il aurait à aller mettre sur pied le poste de Churchill (Man.) ou visiter d’autres postes. À ses yeux, Staunton était l’homme le plus qualifié pour manier les Indiens et comprendre le commerce. Staunton fut envoyé à Churchill en 1718 pour y occuper la charge de chef de poste, dépendant du fort York. C’est à lui que fut donnée l’instruction de nommer le nouveau poste fort Prince of Wales ; il fit rapport sur l’état des défenses et sur les possibilités du poste d’accaparer une partie du commerce qui se faisait au fort York.

Staunton appuya avec vigueur les projets mis de l’avant pour aller à « la découverte du nord ». En 1721, il envoya Richard Norton, l’intrépide voyageur, afin qu’il ramène quelques Indiens du Nord et des Couteaux-Jaunes (Copper) qui prétendaient connaître l’emplacement de la mine de cuivre dont on parlait et il encouragea Kelsey dans ses efforts pour découvrir un moyen de parvenir à la mine, que ce soit « en canot par les eaux qui traversaient les terres et non pas en voyageant à grand-peine par terre » ou encore par mer vers le nord puis vers l’ouest. Staunton était encore à la direction du poste en 1722, lorsque John Scroggs* fit rapport qu’il avait fait la macabre découverte des restes de l’expédition de Knight qui était allée à la recherche d’or, de cuivre et du légendaire détroit d’Anian. Effectivement, Staunton avait été rappelé en 1721, mais à l’expiration de son contrat, le vaisseau qui effectuait le voyage annuel avait été dans l’impossibilité de faire escale au poste.

Lorsque Christopher Middleton prit Staunton à bord du Hannah, en 1722, il le décrivit comme « un homme accommodant et débonnaire » ; néanmoins, à Churchill, le traiteur avait su inspirer confiance. Il fut de nouveau engagé cette même année et on lui confia la direction d’Albany où les problèmes de discipline étaient si aigus qu’il qualifia les hommes du poste « d’ivrognes à un homme près ». Mais il accorda son appui à son prédécesseur, Joseph Myatt*, qui avait été réduit au rang d’adjoint, apparemment parce qu’il avait fait entrer un jeune Indien dans le poste de traite et lui avait enseigné à lire et aussi parce qu’il avait gardé ses distances et n’avait pas pris part à la débauche générale. Comme par le passé, la tâche principale de Staunton à Albany consistait à attirer les Indiens du sud et à les éloigner des Français en modifiant les normes habituelles du commerce. Son contrat vint à expiration en 1726 et il prit sa retraite en se louant d’avoir bien travaillé. Néanmoins, Myatt, malgré l’appui que lui avait accordé Staunton, prétendit que Staunton avait exagéré ses gains sur les Français et qu’il n’avait pas réussi à se faire obéir des hommes sous ses ordres.

Il est probable que Staunton vécut en Angleterre entre 1726 et 1737. La Hudson’s Bay Company n’eut pas recours à ses services au cours de cette période, mais en 1737 elle lui confia la charge d’agent principal à Moose (Moose Factory, Ont.), au traitement annuel de £100 ; les postes d’Albany et d’Eastmain relevaient de son autorité. Moose était devenu le centre nerveux de la rivalité avec les Français, mais le poste avait été détruit par le feu au cours d’une beuverie, à Noël 1735, et Staunton vit s’ajouter des problèmes de discipline aux difficultés du commerce et de la défense. Pendant les quatre années que dura son dernier mandat, il réussit à augmenter le commerce à Moose et se livra à des commentaires judicieux et utiles au sujet des « surplus de traite » (système en vertu duquel le trafiquant ne remettait pas aux Indiens la totalité de leur dû en marchandises afin de créer une réserve d’articles dont il disposait à son gré), des normes de commerce et de « l’achat à crédit » (qu’il jugeait le moyen le plus sûr de jeter les Indiens criblés de dettes dans les bras des Français). Ayant vécu l’expérience des deux redditions de York aux mains des Français, Staunton était convaincu qu’un champ de tir dégagé et des armes légères assureraient à Moose une défense plus efficace que les canons lourds dont le maniement devait être assuré par des artilleurs qualifiés ; il retourna les grosses pièces expédiées pour la protection du poste. Néanmoins l’autorité de Staunton sur ses hommes semblait toujours insuffisante, et lorsqu’il quitta la baie d’Hudson pour toujours, en 1741, le conseil d’Albany passa outre à l’ordre qu’il avait donné de nommer George Spence commandant d’Albany. Il déclara : je suis « heureux, messieurs, que vous puissiez obtenir les services de quelqu’un qui saura diriger vos affaires avec plus de prudence et d’efficacité, car je suis avancé en âge ».

E. E. Rich

HBC Arch. A.6 ; A.11/2, A.11/43, A.11/114 ; B.42/a.— HBRS, XXV (Davies et Johnson).— Morton, History of the Canadian west.— Rich, History of the HBC, I.

Bibliographie générale

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E. E. Rich, « STAUNTON, RICHARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/staunton_richard_3F.html.

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Auteur de l'article:   E. E. Rich
Titre de l'article:   STAUNTON, RICHARD
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   30 août 2014