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STEINHAUER, HENRY BIRD (probablement connu aussi sous le nom de Sowengisik ; il est possible qu’il ait été baptisé sous le nom de George Kachenooting), missionnaire méthodiste, instituteur et traducteur, né probablement vers 1818 dans le Haut-Canada, près de l’actuelle réserve de Rama, fils aîné de Bigwind et de Mary Kachenooting ; le 5 août 1846, il épousa Mamenawatum (Seeseeb, Jessie Joyful) à Norway House (Manitoba), et ils eurent cinq filles et cinq fils (un arrière-petit-fils, Ralph Steinhauer, fut lieutenant-gouverneur de l’Alberta de 1974 à 1979) ; décédé le 29 décembre 1884 au lac Whitefish (Alberta).

Le Sauteux qui devint Henry Bird Steinhauer en 1828, après que le missionnaire méthodiste William Case* eut trouvé un bienfaiteur américain qui acceptait de payer les frais de l’éducation d’un jeune Indien, à condition que ce dernier adoptât son nom, s’appelait probablement, à l’origine, Sowengisik. Il est possible que Steinhauer fût aussi celui que Case avait baptisé sous le nom de George Kachenooting plus tôt la même année, soit le 17 juin, à Holland Landing, Haut-Canada. Steinhauer fréquenta l’école de l’île Grape, à l’extrémité sud du lac Couchiching, de 1829 à 1832, et le Cazenovia Seminary à Cazenovia, New York, de 1832 à 1835. L’Église méthodiste wesleyenne le chargea d’enseigner à la mission de la rivière Credit, sur le lac Ontario, en 1835, et, l’année suivante, Egerton Ryerson l’inscrivit à l’Upper Canada Academy à Cobourg. Il interrompit ses études pendant l’année scolaire 1837–1838 pour enseigner à l’école de la mission d’Alderville, dans le comté de Northumberland, Haut-Canada, où il revint en 1839 après avoir terminé ses études premier de sa classe.

Envoyé au lac La Pluie en 1840, Steinhauer y devint l’assistant du révérend William Mason à titre de traducteur, d’interprète et d’instituteur. Deux ans plus tard, à la demande du missionnaire James Evans*, on l’envoya à la mission de Rossville, près de Norway House. Comme Steinhauer parlait le sauteux, Evans pensa qu’il apprendrait facilement le cri, qui appartient au même groupe linguistique, et pourrait ainsi l’aider à traduire la Bible et les cantiques selon sa méthode d’écriture syllabique du cri. En 1846, Steinhauer était le principal traducteur à Norway House. En 1851, on lui demanda de fonder une mission méthodiste à Oxford House (Manitoba), fort de la Hudson’s Bay Company situé à 200 milles au nord-est de Norway House ; il l’établit à 20 milles du fort. À l’automne de 1854, Steinhauer, alors seul missionnaire méthodiste en poste à l’ouest de Norway House, accompagna John Ryerson* en Angleterre afin d’aller faire connaître le travail missionnaire dans l’Ouest ; il revint le printemps suivant.

Steinhauer fut ordonné ministre à la Conférence de l’Église méthodiste wesleyenne en Canada à London, Haut-Canada, en juin 1855, et, le 8 du même mois, il apprit qu’il était nommé à la mission du lac La Biche (Alberta). Il n’apprécia pas beaucoup cette nomination ; pour l’éducation de ses enfants, il aurait préféré retourner dans l’Est. Il se rendit dans l’Ouest avec Thomas Woolsey*, nommé au lac Pigeon (Alberta). Bien qu’ils fussent, à ce moment, les seuls missionnaires méthodistes dans le Nord-Ouest, ils se rendirent compte qu’ils étaient « entourés de romanistes » et ils eurent le sentiment d’être « surveillés de près par leurs deux prêtres ». On avait choisi, à l’origine, d’envoyer Steinhauer au lac La Biche parce que cet endroit était « hors de l’atteinte de l’ennemi, le féroce Pied-Noir », mais il le trouva tellement éloigné des postes de la Hudson’s Bay Company qu’il n’y encouragea pas l’établissement d’une mission permanente. Il préféra être pasteur itinérant auprès des Cris.

La forte rivalité qui l’opposait aux missionnaires catholiques du lac La Biche et le fait que la mission était éloignée des animaux à fourrure et des troupeaux de bisons incitèrent Steinhauer, au début de l’été de 1858, à déménager sa mission vers le sud, au lac Whitefish où il y avait une bande de Cris. Des terres arables et le voisinage d’un lac poissonneux rendaient l’emplacement idéal. Pendant l’hiver de 1859–1860, une épidémie de petite vérole frappa les Prairies et Steinhauer déménagea temporairement avec la bande pour se mettre en quarantaine ; il n’y eut aucune perte de vie. Il assura la tranquillité dans sa mission en décourageant les trafiquants d’établir des postes de traite dans la région, réduisant ainsi l’importation d’alcool. En 1864, Steinhauer ouvrit la première église protestante de la région, au lac Whitefish. Plus tard dans l’année, sa fille aînée, Abigail, y épousa John Chantler McDougall*, dont le père, le révérend George Millward McDougall*, présida la cérémonie. Cet automne-là, en compagnie du révérend McDougall et de Peter Erasmus*, Steinhauer visita les Stonies des Montagnes dans un effort pour donner de l’expansion à leur travail missionnaire. Abigail fut l’une des 16 personnes qui moururent à la mission du lac Whitefish, victimes de l’épidémie de petite vérole de 1870. Au travail missionnaire proprement dit, s’ajoutaient des problèmes continuels tels ces épidémies, la pauvreté, la faim et l’abus d’alcool.

Nommé à Woodville, sur le lac Pigeon, au sud-ouest d’Edmonton, pour la saison de 1873–1874, Steinhauer fut remplacé, durant son absence du lac Whitefish, par Benjamin Sinclair, un leader de l’établissement, mais à son retour il trouva la mission sens dessus dessous. Plusieurs familles étaient parties, les champs n’étaient pas cultivés et l’assistance à l’église était à la baisse.

Dans une lettre de blâme particulièrement sévère adressée à la Missionary Society of the Wesleyan Methodist Church in Canada et publiée en 1875, Steinhauer déclarait : « Un étranger, aussi bien un missionnaire que tout autre, n’aura jamais autant de succès avec les Indiens de cette région [...] il y a toujours de la méfiance de la part d’un autochtone envers l’étranger, parce qu’il a été si longtemps opprimé par les Blancs. » Il faisait allusion à l’immigration des Blancs dans l’Ouest comme à une influence « néfaste et obscurantiste » et critiquait aussi la société missionnaire pour ne pas avoir tenu compte de ses recommandations concernant des besoins essentiels. Cette lettre représente pour Steinhauer un point tournant dans la perception qu’il avait de son rôle en tant que missionnaire chez les Cris. Bien qu’il n’ait jamais cessé d’affirmer ses convictions religieuses, il se conduisit de moins en moins comme un missionnaire traditionnel, se dégageant en fait de ses obligations envers la société missionnaire et affirmant son identité indienne.

Peu après le retour de Steinhauer d’une conférence à Brandon (Manitoba) en 1884, une épidémie d’influenza frappa les Territoires du Nord-Ouest, et il tomba sérieusement malade. Il mourut le 29 décembre.

Krystyna Z. Sieciechowicz

UCA, Biog. files, H. B. Steinhauer.— Methodist Church of Canada, Missionary Soc., Annual report (Toronto), 1875–1877.— Wesleyan Methodist Church in Canada, Missionary Soc., Annual report (Toronto), 1856 ; 1872–1874.— Christian Guardian, 1833, 1854–1855, 29 avril 1864.— Cornish, Cyclopædia of Methodism.— J. [C.] McDougall, Parsons on the plains, Thomas Bredin, édit. (Don Mills, Ontario, 1971).— John Maclean, Henry B. Steinhauer, his work among the Cree Indians of the western plains of Canada (Toronto, s.d.) ; James Evans, inventor of the syllabic system of the Cree language (Toronto, [1890]) ; Vanguards of Canada (Toronto, 1918).— J. H. Riddell, Methodism in the middle west (Toronto, [1946]).— [A. D.] Stephenson, One hundred years of Canadian Methodist missions, 1824–1924 (Toronto, 1925).— Gérald Hutchinson, « Early Wesleyan missions », Alberta Hist. Rev. (Edmonton), 6 (1958), n4 :1–6.— M. E. Jordon, « Henry Bird Steinhauer and the Whitefish Lake mission », Alberta Hist. Rev., 3 (1955), n4 : 11s.— Margaret Stewart, « Indian receives D. D. degree », Onward : a Paper for Young Canadians (Toronto), 10 oct. 1937.— J. A. Youmans, « Along the line ; Manitoba conference ; the late H. B. Steinhauer » , Missionary Outlook : a Monthly Advocate, Record, and Rev. (Toronto), 5 (1885), n2 : 25, 28.

Bibliographie générale

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Krystyna Z. Sieciechowicz, « STEINHAUER, HENRY BIRD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 27 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/steinhauer_henry_bird_11F.html.

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Auteur de l'article:   Krystyna Z. Sieciechowicz
Titre de l'article:   STEINHAUER, HENRY BIRD
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   27 août 2014