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STEVENSON, JOHN, marchand de bois, homme d’affaires et homme politique, né le 12 août 1812 dans le comté de Hunterdon, New Jersey, fils aîné d’Edward Stevenson et de Mary Large ; en 1841, il épousa Phoebe Eliza Hall (décédée en 1882), d’Albany, New York, et ils eurent sept enfants ; décédé le 1er avril 1884 à Napanee, Ontario.

John Stevenson adhéra au presbytérianisme après avoir été élevé par des parents quakers dont les ancêtres, venus d’Angleterre, s’étaient établis en Pennsylvanie ; la branche familiale dont il était issu s’installa dans le New Jersey, puis dans l’état de New York, et enfin, toujours pendant son enfance, dans le comté de Leeds, Haut-Canada. Stevenson fréquenta l’école quelque temps à Brockville et y enseigna durant un an. En 1831, il prit un emploi de commis au « magasin général » de Henry Lasher, à Bath, dans le comté d’Addington, et, quelques années plus tard, il devint l’un des associés du fils de Lasher, John, au sein de l’entreprise. Lors de la dissolution de la société en 1848, Stevenson ouvrit son propre magasin à Newburgh, et, deux ans plus tard, il déménagea à Napanee où il demeura jusqu’à sa mort.

Stevenson mena une carrière florissante et variée dans les affaires. À diverses époques, il géra un moulin à farine, une fonderie et un atelier de haches, une fabrique de brosses (entreprises toutes situées à Napanee), de même que la Kingston Piano Company ; il occupa la présidence de la Richmond Road Company qui exploitait une route à péage allant de Napanee à Clareview. En outre, il conclut un marché avec les autorités du pénitencier de Kingston pour que les détenus fabriquassent des meubles. En 1854, de concert avec David Roblin*, il obtint le contrat pour la construction d’un pont du chemin de fer du Grand Tronc enjambant la rivière Napanee. Dans les années 1850 et 1860, il dirigea également une société lucrative de prêts, d’hypothèques et de biens immobiliers dans la région de Napanee.

Toutefois, c’est dans l’exploitation forestière que Stevenson acquit la plus grande partie de sa fortune. Au début des années 1850, il obtint du gouvernement de Francis Hincks et d’Augustin-Norbert Morin* de vastes concessions forestières dans le canton de Hinchinbrooke (comté de Frontenac) et construisit des scieries à Petworth et à Napanee. En 1853, avec des marchands de bois tels que Hugo Burghardt Rathbun et Roblin, il mit sur pied la Napanee and Salmon River Navigation Company en vue de construire des « glissoires » qui allaient permettre le flottage du bois jusqu’à la baie de Quinte. Dans les années 1850 et 1860, les marchands de bois pouvaient se lancer soit dans le commerce très spéculatif du bois équarri acheminé à Québec, soit dans celui du bois de sciage transporté de l’autre côté du lac Ontario, dans l’état de New York. Stevenson eut la sagesse de ne pas investir dans le premier et évita ainsi les difficultés financières auxquelles des contemporains, tels Roblin et Malcolm Cameron*, eurent à faire face lorsque le marché britannique du bois s’effondra à la suite de la guerre de Crimée. Il fit porter ses efforts sur le marché américain et, dans le but de mieux approvisionner ses agents de New York durant la période de grande activité qui suivit l’entrée en vigueur du traité de réciprocité de 1854, il fit scier du bois (provenant de ses concessions et de celles d’autres marchands de bois) aux scieries de Rathbun, de Roblin et de Richard John Cartwright*. Il fit également l’acquisition d’une flotte de quatre schooners afin d’acheminer le bois jusqu’à ses agents d’Oswego, New York. En 1858, par exemple, durant la saison de navigation, son schooner Richmond fit 24 voyages à Oswego, transportant près de deux millions de pieds de bois et 5 000 boisseaux de seigle.

En politique, Stevenson était un réformiste modéré. Bien qu’il eût exercé les fonctions de secrétaire de la Reform Association du district de Midland en 1838, il ne brigua pas les suffrages avant de s’être établi à Napanee. Après avoir occupé un poste de conseiller dans le canton de Richmond en 1857, il devint président du conseil municipal de Napanee de 1860 à 1865 et premier préfet du comté de Lennox and Addington de 1863 à 1865. Il appuya David Roblin lors des élections générales de 1854 et il accorda par la suite son soutien à la coalition de Morin et d’Allan Napier MacNab*. En 1884, le Napanee Standard, journal conservateur, parla de Stevenson en ces termes : « Il était ce que l’on appelle un réformiste baldwinien en politique et, comme de nombreux autres adeptes de cette école, il ne prit pas en bonne part le genre de réforme bâtarde que les hommes politiques ont mise à la mode par la suite. » Comme ses amis réformistes Roblin, Lewis Wallbridge, Angus Morrison et John Ross*, Stevenson soutint donc la coalition libérale-conservatrice de 1854, plutôt que la politique grit bâtarde de George Brown*. L’élection de Roblin cette année-là et son appui au gouvernement Hincks-Morin firent éclater les rangs des réformistes dans le comté de Lennox and Addington qui devint virtuellement une circonscription conservatrice, où l’on se préoccupait vivement de luttes partisanes et de questions locales. Dans cette nouvelle situation, Stevenson jouissait toutefois d’une influence considérable en qualité de réformiste, car son appui suffisait souvent à faire pencher la balance du côté de l’un ou l’autre des groupes conservateurs lors des élections. En 1857, à la suite d’un différend sur une question d’affaires, il rompit avec Roblin et, en 1861, il causa la défaite de celui-ci en amenant les réformistes du comté à voter pour le conservateur Augustus Frederick Garland Hooper, candidat sans allégeance particulière.

Sur le plan des manœuvres politiques, Stevenson exécuta sans aucun doute son coup de maître lors des élections de 1863. Il s’était fait le champion d’un projet visant à séparer Lennox et Addington du comté de Frontenac et à faire de Napanee le chef-lieu de la nouvelle circonscription ; cependant, Hooper appuyait la candidature de la localité de Newburgh. Stevenson accorda son soutien à l’adversaire de Hooper, le candidat « indépendant » Richard John Cartwright, à la condition que celui-ci maintînt sa neutralité aussi longtemps que le choix du chef-lieu n’aurait pas été arrêté. Une note adressée par Billa Flint* à Stevenson peu après le début de la législature indique le dénouement de cette affaire : « M. Cartwright et moi-même, nous sommes passés chez le procureur général [John Sandfield Macdonald*] ce matin, et, après un entretien amical, nous avons réglé votre affaire de chef-lieu de comté. » Aux termes d’une proclamation publiée ce jour-là, la circonscription de Lennox and Addington était officiellement séparée du comté de Frontenac, la localité de Napanee, choisie comme chef-lieu, et Stevenson, nommé préfet de comté à titre provisoire.

Lors des premières élections provinciales et fédérales tenues en Ontario au mois d’août 1867, Stevenson et Cartwright, en vertu d’une entente préalable, briguèrent conjointement les suffrages et s’engagèrent à soutenir respectivement les coalitions de John Sandfield et de sir John Alexander Macdonald*. Stevenson remporta le siège provincial avec facilité et fut élu sans opposition premier orateur (président) de l’Assemblée législative de l’Ontario. Il s’enorgueillissait d’obtenir cette présidence d’autant plus que, dans sa jeunesse, il avait appuyé un autre réformiste de Lennox, Marshall Spring Bidwell*, élu orateur de la chambre d’Assemblée du Haut-Canada en 1829.

Durant son mandat d’orateur, de 1867 à 1871, Stevenson rendit des « décisions justes et impartiales », dit-on, et aucune d’entre elles ne fut renversée. Sa correspondance avec John Sandfield Macdonald traitait principalement de sujets qui montrent le penchant du premier ministre à restreindre les dépenses gouvernementales, comme la réduction du nombre des messagers de la chambre ou le remplacement des greffiers par des employés occasionnels. Lorsque le conservateur indépendant, John Thomas Grange, un pharmacien de Napanee, défit Stevenson en 1871, Sandfield écrivit à ce dernier : « Vous avez été le choix unanime du premier corps des représentants [à siéger] sous l’Acte de la Confédération, en Ontario, et vous vous êtes acquitté fidèlement de votre devoir. »

La présidence de la chambre constituera le dernier poste occupé par Stevenson. Sur les instances de ses amis, il accepta de mauvaise grâce et au dernier moment de faire la lutte à Richard John Cartwright aux élections fédérales de 1872. Il se présenta comme candidat indépendant et subit la défaite après avoir appuyé un grand nombre de mesures du gouvernement et plusieurs propositions du parti libéral durant la campagne. L’ironie du sort voulut que, dans la dernière lutte électorale qu’il livra, en 1878, le réformiste vieillissant, qui avait combattu le projet de la Politique nationale lorsqu’il était marchand de bois, fit campagne dans Lennox en faveur de Cartwright, devenu libéral, pendant que le ministre des Finances se trouvait en tournée dans les Maritimes. Si la carrière politique de Stevenson manqua de suite, c’est qu’elle se déroula dans un contexte où les problèmes locaux relevant de l’esprit de clocher le disputaient aux questions plus vastes d’allégeance politique ; nombreux furent les hommes politiques qui, pour se faire élire dans leur comté, durent faire preuve de souplesse.

James A. Eadie

Lennox and Addington County Museum (Napanee, Ontario), Lennox and Addington Hist. Soc. coll., Roblin family papers, A, David Roblin papers ; John Stevenson papers (mfm aux APC).— Lennox and Addington County, Minutes of the Provisional Council (Napanee), 1863–1864 ; Minutes of the Council (Napanee), 1865–1866.— United Counties of Frontenac, Lennox and Addington, Minutes of the Municipal Council (Kingston, Ontario), 1850–1853, 1861–1862.— Napanee Standard (Napanee), 1854–1884.— Canadian biog. dict. ,: 211 s.— J. A. Eadie, « Politics in Lennox and Addington County in the pre-confederation period, 1854–1867 » (thèse de m.a., Queen’s Univ., Kingston, 1967).— W. S. Herrington, History of the county of Lennox and Addington (Toronto, 1913 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1972).

Bibliographie générale

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James A. Eadie, « STEVENSON, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/stevenson_john_11F.html.

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Auteur de l'article:   James A. Eadie
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   31 octobre 2014