Homme d’affaires habile et innovateur de l’Ontario, Charles Allen Gordon Tamblyn (1878–1933) ouvrit sa première pharmacie à Toronto en 1904. Au début des années 1930, il avait établi la plus grande chaîne de pharmacies au Canada. Les magasins, tous situés dans sa province d’origine, se démarquaient par leur propreté, leurs couleurs phares (orange et vert) et les bas prix des produits offerts. Dans le commerce de détail, il fut le pionnier du libre-service en permettant aux consommateurs de choisir des articles sur des tablettes soigneusement organisées. Après sa mort, les magasins nommés Tamblyn se répandirent dans le pays, puis se virent absorbés par la chaîne Pharma Plus.
Titre original :  Gordon Tamblyn. The Globe and Mail, 19 August 1933, page 1.

Provenance : Lien

TAMBLYN, CHARLES ALLEN GORDON, pharmacien et homme d’affaires, né le 8 juin 1878 à Belwood, Ontario, fils de Thomas James Tamblyn, médecin de campagne, et d’Emily Anna Thompson ; le 17 septembre 1913, il épousa à Owen Sound, Ontario, Edna Bessie Hurry (1889–1964), et ils eurent deux fils et deux filles ; décédé le 18 août 1933 à Toronto et inhumé dans cette ville au cimetière Mount Pleasant.

Durant une bonne partie du xxe siècle, le nom de Tamblyn surmonta les portes de pharmacies partout en Ontario. Le fondateur de la chaîne, Charles Allen Gordon Tamblyn, naquit à Belwood, petite communauté du canton de West Garafraxa, au nord de Guelph. Il était encore un enfant quand il perdit sa mère. Son père ne tarda pas à se remarier avec Catharine Annie Quarrie ; il mourut à son tour pendant l’adolescence du jeune homme. Charles Allen Gordon fit ses études primaires à Belwood, ses études secondaires à Guelph et à Markham, et décida de devenir pharmacien. Il entreprit un apprentissage auprès d’un pharmacien à Whitby, mais se rendit rapidement compte qu’il devait acquérir une éducation postsecondaire en bonne et due forme. En octobre 1899, Tamblyn s’inscrivit à l’Ontario College of Pharmacy à Toronto [V. Robert Watt Elliot*], où il excella ; il obtint son diplôme en mai de l’année suivante, et remporta une médaille d’or pour ses aptitudes. Il travailla ensuite comme commis au service de la Burgess-Powell Company, qui exploitait une pharmacie sur la rue Yonge.

L’ambition croissante de Tamblyn, ajoutée à sa rigoureuse éthique professionnelle et sa frugalité, lui permit d’ouvrir sa propre pharmacie en 1904 au coin de l’avenue Lee et de la rue Queen Est, dans ce qui deviendrait le quartier des Beaches de Toronto. Il y avait des petites maisons un peu partout dans ce secteur situé à la pointe est de la ville, mais une ligne de tramway y amenait une foule de gens des quartiers centraux, en quête de détente estivale. Pour répondre à leurs besoins, Tamblyn installa une distributrice de boissons gazeuses. Il offrit aux résidents de l’endroit un service de livraison, qu’il assurait souvent lui-même. Dans une entrevue parue en 1930 dans le Toronto Daily Star, il se rappellerait que, à sa première pharmacie, « [il était] tout le personnel [:] propriétaire, commis, réparateur de chaudière et homme à tout faire ».

Le nom du magasin, Tamblyn’s Cut Rate Drugs, résumait le fruit des réflexions du fondateur : vendre un volume important de produits, même avec une faible marge de bénéfice, s’avérait le plus avantageux. Tamblyn mettait l’accent sur la propreté et l’ordre. La distributrice de boissons gazeuses, immaculée, contrastait avec les fontaines, souvent sales, des concurrents. Les tablettes, peintes en blanc, étaient époussetées deux fois par jour. Grâce à la disposition soignée de la marchandise – innovation en matière de libre-service dans le commerce de détail –, les consommateurs pouvaient facilement faire leur choix. Tamblyn pratiquait également la technique du prix d’appel, soit la vente de certains articles à perte, afin d’attirer les clients qui achetaient alors d’autres choses à prix courant. En 1906, il s’associa avec William Edward Corlett, qui fournit 1 000 $ de capital.

Avec ses méthodes d’avant-garde, Tamblyn connut du succès dans les Beaches et ses généreux profits lui permirent d’ouvrir un deuxième magasin en 1907. Trois ans plus tard, il avait atteint sa vitesse de croisière et constitua juridiquement la firme G. Tamblyn Limited, dont il assuma la présidence et Corlett la vice-présidence. Plus ambitieux que jamais, Tamblyn s’attela à bâtir une importante chaîne de pharmacies. Sachant que, avec son propre capital seulement, la G. Tamblyn Limited se condamnait à une croissance désespérément lente, il la vendit en 1914 à la United Cigar Stores (qu’acquerrait bientôt l’Imperial Tobacco). Tamblyn et Corlett continuèrent à gérer l’entreprise. Des magasins s’ajoutèrent presque annuellement, d’abord à Toronto, puis ailleurs en Ontario. En 1928, insatisfait de l’entente avec l’Imperial Tobacco, Tamblyn racheta la chaîne, forma une nouvelle compagnie – également nommée G. Tamblyn Limited – et vendit des actions en bourse tout en conservant une participation majoritaire.

Grâce à son pouvoir d’achat élevé, Tamblyn exerçait une certaine influence sur les fournisseurs. Il ouvrit un entrepôt pour profiter des conditions du marché et négocier directement avec les fabricants, en évitant autant que possible les grossistes. Il se rendait régulièrement dans ses pharmacies afin de s’assurer qu’elles respectaient ses rigoureuses normes de propreté, de disposition et de présentation des produits. Chaque point de vente proposait des marchandises adaptées à son emplacement géographique et à sa clientèle habituée, mais on s’efforçait de ne pas trop modifier l’aspect des magasins, qui arboraient tous les couleurs de la compagnie, soit l’orange et le vert. La plupart des consommateurs aimaient faire leurs courses dans cet environnement aseptisé et bien éclairé ; certains trouvaient toutefois l’expérience désagréable et la comparaient à la visite d’une salle d’opération d’hôpital. Patron strict, Tamblyn exigeait que son personnel ait une apparence propre et soignée. Il se souciait cependant aussi de son bien-être : il offrait une assurance collective aux employés, un régime de retraite aux gérants de magasin, et hésitait à licencier des travailleurs en période de ralentissement économique.

Au début des années 1930, Tamblyn se plaisait à partager son savoir avec les journalistes, et à se voir décrire comme l’instaurateur du magasin à succursales dans le domaine de la vente au détail de médicaments en Ontario. (Ses contemporains Theodore Pringle Loblaw et William James Pentland avaient également adopté cette approche pour les articles d’épicerie.) Tamblyn avait en fait créé la plus grande chaîne de pharmacies au Canada : dans une publicité parue dans le Toronto Daily Star le 16 août 1933, la G. Tamblyn Limited se targuait de compter 59 magasins offrant les « mêmes bas prix de Windsor à Oshawa ». Le 18, Tamblyn prit congé pour aller jouer au golf – un de ses rares passe-temps – au Rosedale Golf Club à Toronto. Au septième trou, il se plaignit de vives douleurs à l’arrière de la tête. Il s’effondra peu après sur le vert, victime d’une crise cardiaque. On l’amena rapidement dans le pavillon, où deux médecins lui portèrent assistance, mais en vain. Tamblyn mourut quelques minutes plus tard, à l’âge de 55 ans.

Charles Allen Gordon Tamblyn laissa dans le deuil sa femme et ses quatre enfants. Aucun membre de sa famille ne lui succéda dans la gestion de la firme. Celle-ci survécut aux années difficiles de la grande dépression et de la Deuxième Guerre mondiale, puis prospéra. En 1946, selon un texte paru dans l’Ottawa Citizen sur l’ouverture du troisième magasin de la chaîne à Ottawa, l’entreprise valait 2 750 000 $ et comptait 61 succursales en Ontario, ainsi que des laboratoires et un entrepôt à Toronto. Les distributrices de boissons gazeuses des premiers jours avaient disparu, et la chaîne se concentrait sur la vente de médicaments d’ordonnance et brevetés, de cosmétiques, d’articles de photographie et de produits du tabac. Au début des années 1950, la G. Tamblyn Limited s’implanta dans l’ouest du Canada. La compagnie mise sur pied par George Weston* en fit l’acquisition vers 1960. La chaîne s’introduisit dans les Maritimes au milieu de cette décennie, mais, ne parvenant pas à maintenir ses parts de marché à travers le pays, elle dut fermer de nombreuses succursales. Une firme britannique, Boots the Chemists, acheta ce qui restait de la société en 1977 et cessa bientôt d’utiliser sa marque de commerce. Les magasins qu’avait possédés le fondateur finirent par appartenir à Pharma Plus, l’une des plus grandes entreprises du genre au Canada.

Stephen Thorning

BAC, R233-35-2-F, Ontario, dist. Wellington Centre (152), sous-dist. Garafraxa West (H), div. 2 : 49 ; R233-36-4-F, Ontario, dist. Simcoe South (118), sous-dist. Beeton (B) : 21–22 ; R233-37-6-F, Ontario, dist. Toronto East (117), sous-dist. Ward 2 (B), div. 13 : 3 ; R233-114-9-F, Ontario, dist. Toronto North (132), sous-dist. Ward 2 (2) : 21.— FamilySearch, « Canada, Ontario, births, 1869–1912 », Charles A. G. Tamblyn, Garafraxa, 8 juin 1878 ; « Canada, Ontario, marriages, 1869–1927 », Charles Allen Gordon Tamblyn et Edna Bessie Hurry, Owen Sound, 17 sept. 1913 ; « Canada, Ontario, deaths, 1869–1937 and overseas deaths, 1939–1947 », Gordon Tamblyn, York, Rosedale Golf Club, 18 août 1933.— Fergus News-Record (Fergus, Ontario), 5 mars 1931.— Globe, 16 mai 1910 ; 22 févr. 1928 ; 19, 22 août 1933.— Ottawa Citizen, 7 oct. 1946.— Stephen Thorning, « Founder of Tamblyn Drug chain grew up at Belwood », Wellington Advertiser (Fergus), 15 août 2008.— Toronto Daily Star, 4 sept. 1930, 16 août 1933.— Mark Kearney et Randy Ray, I know that name ! The people behind Canada’s best-known brand names from Elizabeth Arden to Walter Zeller (Toronto, 2002), 269–271.— Greg Oakes, « Prescription for success », Wellington County Hist. (Fergus), 16 (2003) : 111–115.

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Stephen Thorning, « TAMBLYN, CHARLES ALLEN GORDON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 7 oct. 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/tamblyn_charles_allen_gordon_16F.html.

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Auteur de l'article:    Stephen Thorning
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Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2026
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Date de consultation:    7 oct. 2026