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TAYLOR, JOHN FENNINGS, auteur et fonctionnaire, né le 14 mars 1817 à Londres, troisième fils de George Taylor, de Camberwell (maintenant partie de Londres) ; le 5 décembre 1838, à Toronto, il épousa sa cousine au second degré, Mary Elizabeth (décédée en 1851), deuxième fille du colonel George Taylor Denison I, et ils eurent un fils et deux filles, puis Georgina Rosalie Nanton, de Londres, et de ce mariage naquirent cinq fils et une fille ; décédé le 4 mai 1882 à Old Point Comfort, Virginie.

Après avoir complété sa formation scolaire à Radley, Oxfordshire, Angleterre, John Fennings Taylor immigra dans le Haut-Canada en 1836 et s’installa à Toronto. Grâce à l’influence de son oncle, qui s’appelait aussi John Fennings Taylor (1801–1876), greffier adjoint du Conseil législatif du Haut-Canada, Fennings Taylor – on appelait ainsi le jeune homme pour éviter la confusion – fut nommé premier commis-greffier du conseil le 4 décembre 1836. En 1841, à la suite de l’Acte d’Union, il fut muté au bureau du Conseil législatif de la province du Canada où il devint, l’année suivante, premier commis-greffier. Il fut nommé sous-greffier surnuméraire en 1846, promu greffier adjoint et sous-greffier en 1855, et, en 1856, devint, en plus, maître en chancellerie. Après la Confédération en 1867, on le nomma au bureau du sénat du Canada à titre de greffier adjoint, fonction qu’il exerça consciencieusement jusqu’à sa mort ; il devint premier sous-greffier en 1868 et, plus tard, maître en chancellerie. Taylor détenait aussi un brevet honoraire de lieutenant-colonel dans la milice et exerçait d’office la fonction de commissaire chargé de faire prêter le serment d’allégeance et de contrôler le cens électif des sénateurs, ainsi que la fonction de commissaire préposé aux déclarations sous serment à la Cour du banc de la reine en Ontario. Tout comme un nombre croissant de Canadiens au milieu du xixe siècle, il mena, sa vie durant, une carrière de fonctionnaire, s’élevant graduellement à une position de premier plan.

Fennings Taylor se fit cependant mieux connaître par sa contribution à la littérature historique canadienne, surtout en tant que biographe. Sa première œuvre, et aussi sa plus remarquable, fut sa collaboration à titre d’écrivain avec le photographe montréalais William Notman* dans Portraits of British Americans, with biographical sketches. L’ouvrage adoptait une « formule ayant trouvé la faveur en Angleterre » ; il parut d’abord en fascicules mensuels puis dans une publication en trois volumes, en 1865–1868. La rédaction des 84 courtes biographies d’éminents hommes d’État canadiens, ecclésiastiques, hommes de loi, commerçants et, en particulier, Pères de la Confédération, représentait une tâche pour laquelle Taylor était spécialement bien placé. En effet, son poste lui permettait d’avoir à la fois un accès facile à la bibliothèque du parlement et des relations personnelles étroites sur une base non partisane avec bon nombre de ses personnages. Et, comme Henry James Morgan* et sir John George Bourinot*, son rang élevé dans la fonction publique lui procurait les moyens financiers et le temps de s’adonner à ses penchants littéraires.

Les biographies de Taylor rédigées pour Portraits furent fortement influencées par le nationalisme romantique naissant de l’époque de la Confédération et par l’assurance fervente que le Canada était à la veille de devenir une grande nation. Les esquisses, habile mélange d’actualité et de patriotisme, étaient pénétrées du sentiment exubérant d’une réalisation primordiale, jaillissant de la conviction de Taylor que « des événements d’une grande importance nationale se produisaient à toute heure dans l’histoire ». Sa grandiloquence patriotique s’était déjà manifestée dans des compositions pleines de brio telles que l’hymne national qu’il avait proposé, God bless our new-born nation. Mais, dans son œuvre maîtresse, elle était tempérée par des évaluations judicieuses de ses personnages où se reflétait sa conviction que les biographies devaient être écrites « avec honnêteté et impartialité, à la fois sans éloge outré [...] ni méchanceté cynique ». Même si le recueil évitait la flagornerie, les biographies étaient pour la plupart fort bienveillantes. Dans l’introduction, Taylor se plaignit de la tendance qu’il observait parmi les Canadiens à « dénigrer la position [...] de nos hommes publics ; [...] à douter généralement de l’existence de principes élevés et, particulièrement, à mettre en question toute affirmation de motifs patriotiques ». Il alla jusqu’à verser dans des longueurs incroyables pour maintenir une impartialité équilibrée, parfois même trop généreuse. En évaluant les hauts et les bas de la carrière de sir Francis Hincks, par exemple, il remarqua que celui-ci fut un « homme d’État qui eut le courage d’utiliser à des fins patriotiques aussi bien des procédés peu recommandables que de nobles qualités, et qui, sans se préoccuper ni de la suspicion dissimulée ni de la censure ouverte, osa unir le bien et le mal pour le bienfait permanent du Canada ». Les esquisses, en général, étaient soigneusement documentées et écrites dans un style plein d’élégance et de dignité. Elles révélaient à la fois une intégrité magnanime et le zèle de l’historien amateur.

En 1868, à la suite de l’assassinat de Thomas D’Arcy McGee*, Taylor développa l’esquisse biographique de celui-ci parue dans Portraits en une brochure élogieuse, Thos. D’Arcy McGee : sketch of his life and death. Démontrant une grande affinité pour les prophéties romantiques de McGee au sujet d’un grand dominion du Nord et la création d’une nouvelle nationalité, Taylor inséra, sur un ton approbateur, de longues citations tirées des discours passionnés de McGee sur la Confédération. Dans cet éloquent panégyrique, McGee est dépeint comme un courageux visionnaire dont le génie pour l’art oratoire avait été un dépôt sacré accordé par la divine Providence pour aider à la réalisation de la Confédération. L’année suivante, Taylor puisa de nouveau dans Portraits, pour amplifier ses exposés sur Francis Fulford*, George Jehoshaphat Mountain* et John Strachan* dans The last three bishops, appointed by the crown, for the Anglican Church of Canada. Avec une admiration non contenue, frisant parfois l’hagiographie, Taylor retraça la vie et la carrière des trois évêques canadiens. Il parla surtout de leur incessant labeur pour consolider l’Église d’Angleterre au Canada, labeur qui contribua beaucoup à soustraire les questions religieuses de la surveillance du parlement.

Dix ans plus tard, Taylor se remit à écrire sur l’histoire, faisant montre de ses connaissances parlementaires dans Are legislatures parliaments ? A study and review. Dans cette étude pour laquelle il avait mené des recherches approfondies, y rapportant des précédents britanniques et canadiens rigoureusement choisis, il chercha à différencier les termes parlement et législature. Loin de s’engager dans des distinctions étymologiques spécieuses, cet ouvrage reflète la méthode d’interprétation stricte que Taylor adopta dans son convaincant plaidoyer pour l’exactitude sémantique. S’inspirant à la fois de la vaste expérience parlementaire et des talents d’historien de l’auteur, ce livre représentait un sommet approprié de la carrière littéraire de Taylor. Il fut aussi en grande partie à l’origine de la publication en 1880 de l’ouvrage intitulé The powers of Canadian parliaments, où Samuel James Watson insista sur l’interprétation évolutive plutôt que stricte du développement des parlements et législatures canadiens.

Fennings Taylor mourut le 4 mai 1882 en Virginie où il était allé refaire sa santé. Comme le fit remarquer la Gazette de Montréal, « ses manières polies, sa bonne humeur et ses nombreuses et solides qualités le faisaient aimer de ceux qu’il rencontrait, et son esprit cultivé ainsi que sa perception pénétrante et humoristique des événements rendaient sa conversation divertissante et instructive ». Une verrière rappelle sa mémoire dans l’église St Alban the Martyr à Ottawa, qu’il fréquentait dévotement. Il participa aussi activement à un niveau plus grand aux affaires de l’Église anglicane, étant fréquemment choisi comme délégué laïc aux synodes diocésains et provinciaux. Sa carrière publique et ses intérêts en histoire reflètent de façon significative bon nombre des préoccupations et des progrès littéraires, intellectuels et historiques que connut le Canada à l’époque de la Confédération.

Murray Barkley

En collaboration avec William Notman, John Fennings Taylor écrivit Portraits of British Americans. De plus, il est l’auteur de : Thos. D’Arcy McGee : sketch of his life and death (Montréal, 1868 ; nouv. éd. parue sous le titre de The Hon. Thos. D’Arcy McGee : a sketch of his life and death (Montréal, 1868) ; The last three bishops, appointed by the crown, for the Anglican Church of Canada (Montréal, 1869) ; et de Are legislatures parliaments ? A study and review (Montréal, 1879).

APC, MG 24, I56 ; RG 14, E2, 1835.— Gazette, 9 mai 1882.— CPC, 1881 : 89.— R. L. Denison, The Canadian pioneer Denison family of county York, England and county York, Ontario : a history, genealogy and biography (4 vol., Toronto, 1951–1952).— Dominion annual register, 1882 : 362.— Morgan, Bibliotheca Canadensis, 367s.— Watters, Checklist, 585.— W. S. Wallace, « The two John Fennings Taylors », CHR, 28 (1947) : 459.

Bibliographie générale

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Murray Barkley, « TAYLOR, JOHN FENNINGS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/taylor_john_fennings_11F.html.

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Auteur de l'article:   Murray Barkley
Titre de l'article:   TAYLOR, JOHN FENNINGS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   24 avril 2014