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Titre original :  Joseph-Adolphe Tessier

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TESSIER, JOSEPH-ADOLPHE, avocat, homme politique, officier de milice et fonctionnaire, né le 17 décembre 1861 à Sainte-Anne-de-la-Pérade, Bas-Canada, fils de Louis-Gonzague Tessier, cultivateur, et de Rose de Lima Laquerre ; le 14 août 1888, il épousa à Trois-Rivières, Québec, Marie-Louise-Elmire Guillet, et ils eurent cinq enfants, dont deux moururent en bas âge ; décédé le 4 novembre 1928 à Trois-Rivières.

Né à Sainte-Anne-de-la-Pérade, vieux terroir agricole et pépinière d'hommes publics, Joseph-Adolphe Tessier fréquente d'abord l'académie Saint-Cyr dans son village, puis le séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières (1876–1881), l'université Laval à Montréal, où il fait des études de droit (1882–1884), et l'école d'infanterie de Saint-Jean. Admis au barreau le 26 janvier 1885, il s'établit à Trois-Rivières, où il pratique le droit, participe à la vie du 86e bataillon d'infanterie et fréquente les partisans d'Honoré Mercier*, qui sont minoritaires dans une ville dominée par Mgr Louis-François Laflèche* et ses alliés de la bourgeoisie conservatrice.

À la fin du xixe siècle, Tessier gravite autour d'un grand notable libéral, Jacques Bureau*, avec lequel il fera équipe pendant une vingtaine d'années. Portés par la popularité de sir Wilfrid Laurier* et inspirés par le leadership de Bureau, élu député fédéral de Trois-Rivières en 1900, les libéraux de cette circonscription investissent tous les échelons du pouvoir local. Tessier devient alors un personnage de première importance, qui cumule les succès, les honneurs et les responsabilités : avocat de la ville (1896–1898 et 1901–1905), substitut du procureur général pour le district judiciaire de Trois-Rivières (1900–1904), député provincial de Trois-Rivières (1904–1921), lieutenant-colonel du 86e régiment (1906–1912) et maire de Trois-Rivières (1913–1921).

À Québec, où il est député à compter du 25 novembre 1904, Tessier retrouve son ancien confrère Lomer Gouin, qu'il appuie dans sa lutte pour prendre le contrôle du gouvernement dirigé par le libéral Simon-Napoléon Parent*. Dans le gouvernement Gouin, au pouvoir du 23 mars 1905 au 9 juillet 1920, le député de Trois-Rivières est tour à tour président du comité des bills privés (1908–1912), vice-président de la Chambre (1912–1914) et ministre de la Voirie à compter de 1914. Le réseau routier est une priorité du premier ministre, qui a procédé à la création de ce ministère en 1912 parce qu'il voulait « faire pour la voirie, pour les routes carrossables, ce qui s'[était] fait dans le passé pour les chemins de fer », avait-il précisé le 10 janvier 1912. D'abord sous la responsabilité du ministre de l'Agriculture, la Voirie devient un ministère indépendant à la nomination de Tessier. Ce dernier continuera d'occuper son poste dans le gouvernement de Louis-Alexandre Taschereau* de juillet 1920 à septembre 1921. À son entrée en fonction, la province compte quelque 10 000 véhicules ; quand il part, sept ans plus tard, on en dénombre six fois plus et l'on estime que le ministère a investi 30 millions de dollars pour rendre 3 500 milles de routes carrossables. Le premier ministre Taschereau, qui succède à Gouin, estime qu'il hérite de « la meilleure voirie au Canada ».

Tout en étant ministre, Tessier reste maire de Trois-Rivières, où règne une grande activité. Ses mandats coïncident avec des changements profonds qui vont faire de la Mauricie, région jusque-là rurale et forestière, une grande vallée industrielle, vivant à l'heure de l'électricité, de la pâte et du papier. Tessier aura donc comme défi de transformer le vieux « bourg » trifluvien en une ville industrielle moderne, bien adaptée aux nouvelles réalités sociales et économiques. De 1908 à 1921 entrent en production des géants industriels comme la Wabasso Cotton Company Limited [V. Charles Ross Whitehead*], la Canada Iron Corporation Limited, la Wayagamack Pulp and Paper Company, la Three Rivers Shipyard Company et l'International Power and Paper Company. Ce formidable élan industriel est appuyé par le conseil municipal, qui applique des mesures favorables aux investisseurs : crédits de taxes, prêts aux entreprises, acquisition d'un centre de développement industriel, ouverture d'un « Bureau de publicité et d'industrie ». L'essor industriel fait aussi bondir la démographie : de 1909 à 1913, on érige trois nouvelles paroisses et trois autres s'ajouteront peu après. En moins de 20 ans, la population doublera et ces nouveaux Trifluviens, ouvriers, journaliers et petits commerçants, seront fidèles au Parti libéral. Ils donneront des majorités écrasantes au député-maire Tessier, de même qu'au « grand patron » libéral, le député fédéral Jacques Bureau.

Il existe toutefois des tensions entre les deux députés. Des observateurs de la scène municipale, entre autres le journal le Bien public, remarquent la mainmise de Bureau sur le conseil municipal de Trois-Rivières, où le maire Tessier a visiblement des problèmes à diriger ses collègues. Quelques affaires louches tournent au scandale : une compagnie, qui appartient à un échevin, déclare faillite après avoir encaissé un prêt de la ville ; un autre échevin touche une commission dans une importante transaction immobilière où la ville a des intérêts ; le même échevin, qui est aussi le trésorier de l'organisation Bureau, confie une grosse émission d'obligations à une firme qui contribue à la caisse des libéraux de Trois-Rivières. Aussi, la Cour supérieure est-elle saisie d'une demande d'enquête à la fin de 1919. Le juge enquêteur, Louis-Joseph-Alfred Désy, est un ancien militant conservateur qui a déjà fait la lutte à Tessier. Il a alors l'occasion de démonter, pièce par pièce, la mécanique du « pouvoir rouge » de Trois-Rivières. Son enquête, menée en 1920, porte sur 11 affaires différentes impliquant le maire Tessier, trois échevins en poste, quatre anciens échevins et d'autres personnes, dont Jacques Bureau. Le rapport d'enquête paraît en janvier 1921. Il est accablant pour le conseil municipal, même si rien n'est retenu contre le maire lui-même : le juge reconnaît que Tessier a manqué de « précaution » et engagé le crédit de la ville de façon hasardeuse, mais qu'il était plutôt de bonne foi. Âgé de 59 ans, Tessier décide alors de quitter la politique active et accepte, en novembre 1921, la présidence de la Commission des eaux courantes de Québec. Cet organisme gouvernemental, créé en 1910, s'occupe surtout de régulariser le débit des rivières, notamment par la construction de barrages.

À Trois-Rivières, la bataille politique continue donc sans Tessier. Le libéral « populiste » Arthur Bettez s'imposera, malgré la volonté du vieux leader Jacques Bureau, et un jeune avocat conservateur du nom de Maurice Le Noblet Duplessis* profitera de la désunion des libéraux et du discrédit que leur a apporté l'enquête Désy.

Joseph-Adolphe Tessier meurt en poste en 1928. Il aura été l'un des artisans du Québec moderne, particulièrement dans sa région natale de la Mauricie. À Trois-Rivières, on se souviendra de lui comme d'un « développeur » efficace, mais qui n'a pas réussi à placer son administration au-dessus des intérêts particuliers.

François Roy

ANQ-MBF, CE401-S21, 18 déc. 1861 ; CE401-S48, 14 août 1888.— Arch. de la ville de Trois-Rivières, Québec, Procès-verbaux du conseil municipal, 1913–1921 ; Rapport de l'honorable juge Désy (texte dactylographié, 1921).— Le Bien public (Trois-Rivières), 1910–1921.— L'Éveil (Trois-Rivières), 1918–1919.— Le Journal des Trois-Rivières, 1890–1891.— Le Nouveau Trois-Rivières, 1908–1914.— Le Nouvelliste (Trois-Rivières), 1920–1928.— La Paix (Trois-Rivières), 1888.— St. Maurice Valley Chronicle (Trois-Rivières), 1919.— Le Bottin parlementaire du Québec ([Montréal], 1962).— Alain Gamelin et al., Trois-Rivières illustrée (Trois-Rivières, 1984).— François Roy, « le Crépuscule d'un rouge : J.-A. Tessier, maire de Trois-Rivières et l'enquête Désy de 1920 » (mémoire de m.a., univ. du Québec à Trois-Rivières, 1989).— RPQ.— Robert Rumilly, Hist. de la prov. de Québec, 12–17 ; Maurice Duplessis et son temps (2 vol., Montréal, 1973).

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François Roy, « TESSIER, JOSEPH-ADOLPHE », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/tessier_joseph_adolphe_15F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   23 avril 2014