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THELLER, EDWARD ALEXANDER, patriote et auteur, né le 13 janvier 1804 à Coleraine (Irlande du Nord) ; vers 1827, il épousa à Burlington, Vermont, Ann Wilson, née Platt, et ils eurent cinq enfants ; décédé le 7 février 1859 à Hornitos, Californie.

Comme Edward Alexander Theller venait d’une famille « hautement respectable », il reçut une bonne éducation en Irlande et devint professeur à la Belfast Grammar School. Son père, qui était encanteur, laissa à sa mort, en 1825, « une famille nombreuse dans un dénuement relatif ». On dit qu’à peu près à cette époque, Theller devint aide-chirurgien dans la marine royale et y servit quelque temps, mais cela semble peu probable puisqu’en 1826 il s’embarqua pour le Bas-Canada. À Montréal, il étudia la médecine un certain temps chez le docteur Daniel Tracey*, Irlandais lui aussi, qui devint plus tard un rédacteur en chef radical et qui, selon un parent de Theller, finit par se faire « une très mauvaise opinion [du] caractère [de Theller] et tint des propos désobligeants sur ses capacités ». De son propre aveu, Theller était « indiscipliné et téméraire » pendant sa jeunesse. En 1827, il s’enfuit au Vermont en compagnie de sa future femme. Au cours des années suivantes, incapable d’obtenir un permis de pratique médicale et souvent aux prises avec la justice, il déménagea constamment, vivant quelque temps à Burlington, puis dans le Bas-Canada et à Washington. Enfin, vers 1836, il s’installa à Detroit, où il pratiqua la médecine et tint une épicerie et une pharmacie. Grâce à son éloquence et à son charme naturel, il acquit de l’influence sur « la classe inférieure des électeurs » et occupa des charges publiques mineures.

Après l’échec des rébellions de 1837 dans le Haut et le Bas-Canada, des réfugiés canadiens et des sympathisants américains projetèrent d’envahir les deux provinces. Selon Theller, il était du devoir des Américains « d’aider » cette cause. Secrétaire de deux assemblées de patriotes tenues en décembre à Detroit, il devint ensuite « général » de la « division ouest de l’armée des patriotes ». Au début de janvier 1838, il participa à une tentative d’attaque contre le fort Malden à Amherstburg, dans le Haut-Canada. Le 9, tandis qu’il parcourait la rivière de Detroit sur le schooner Anne, dont il était le commandant, le bateau échoua près du fort. Les miliciens canadiens, sous le commandement du colonel Thomas Radcliff*, ouvrirent le feu, prirent le navire d’assaut et capturèrent les 21 hommes qui se trouvaient à bord, dont Theller, qui arborait « une espèce d’uniforme » et une blessure.

En avril, Theller fut jugé pour trahison à Toronto. « Assura[nt] lui-même, en partie, sa défense », il allégua que l’accusation portée contre lui était inapplicable puisqu’il avait obtenu la citoyenneté américaine. Le juge en chef John Beverley Robinson*, président du tribunal, lui répliqua que « l’obligation d’allégeance naturelle [...] était [...] perpétuelle et inaliénable ». Theller fut trouvé coupable et condamné à mort le 10 avril. Même si, d’après certains, dont le procureur général Christopher Alexander Hagerman*, « la Loi et la Justice exige[aient] que Theller soit exécuté », il ne le fut pas, en grande partie parce que Robinson croyait dès lors (chose assez étrange) que l’argument de l’allégeance irrévocable avait été employé avec exagération. Après avoir été envoyé à la citadelle de Québec, en juin, Theller apprit qu’il serait exilé à vie dans la Nouvelle-Galles du Sud (Australie).

À Québec, Theller partageait la même cellule que plusieurs patriotes. Même si les gardiens étaient assez nombreux pour « éliminer la plus faible lueur d’espoir d’évasion », les prisonniers réussirent à limer les barreaux de la fenêtre. Aux premières heures du 16 octobre, aidés de Charles Drolet* et de John Heath*, Theller et quatre autres compagnons de cellule s’enfuirent ; « homme de petite taille et corpulent », Theller eut du mal à passer par la fenêtre. Trois des évadés furent bientôt repris, mais Theller et William Wallin Dodge demeurèrent an large. Grâce à l’aide de sympathisants, ils se dirigèrent vers le sud et franchirent la frontière américaine le 6 novembre. L’évasion fit sensation, et Theller entreprit une tournée triomphale dans plusieurs grands centres des États-Unis. À son grand plaisir, il fut « fêté et traité comme un héros ». D’après lui, cette tournée était « une initiative impudente, mais heureuse », qui fit « plus pour la cause du malheureux Canada » que toute autre chose.

De retour à Detroit en décembre, Theller fut arrêté sans délai pour violation des lois américaines sur la neutralité, puis libéré, probablement sous caution. Son procès, à l’été de 1839, déboucha sur un acquittement et ne refroidit nullement son enthousiasme pour la cause des patriotes. En août, il lança un journal, Spirit of ‘76. Il avait « des communications presque quotidiennes » avec des patriotes d’outre-frontière. Dans une lettre adressée à William Lyon Mackenzie*, avec qui il correspondit fréquemment de façon chaleureuse et amicale, il parla avec joie de la perspective de courir tous ensemble, encore une fois, « le risque d’être abattus d’une balle ou pendus ». Toutefois, sa situation financière s’étant détériorée, il dut en 1841 amener sa famille dans le nord de l’état de New York, après quoi ils s’installèrent à Rochester. La même année, poussé par ses convictions patriotes, Theller tenta avec quelques autres de faire sauter une écluse du canal Welland et planifia la destruction de deux navires canadiens ancrés dans la rivière Niagara. Toujours en 1841, il contribua de nouveau à la cause en publiant un livre intitulé Canada in 1837–38 [...]. À l’époque, l’anglophobie était à son comble aux États-Unis. D’un style grandiloquent mais d’une lecture facile, le livre ne contribua guère à contrer cette tendance, puisque Theller y racontait avec éclat les luttes des patriotes contre les tyrans britanniques, en prenant bien soin de ne pas sous-estimer la part qu’il y avait prise. L’année suivante, avec John Sheridan Hogan et d’autres, il tenta sans succès d’amener l’opinion américaine à protester, cette fois contre la destruction, en décembre 1837, du Caroline, navire ravitailleur des patriotes, et contre la mort d’Amos Durfee, de Buffalo [V. Andrew Drew* ; John Emsley*]. À tout prendre, Theller était un patriote dévoué, dangereux aux yeux des autorités canadiennes, qui entendaient bien le surveiller au cas où de nouveaux raids auraient lieu.

Pourquoi Theller joua-t-il un rôle si actif au sein du mouvement des patriotes et se montra-t-il si violemment opposé à la présence des Britanniques en Amérique du Nord ? Le surnom de « parfait vagabond » que lui donna le lieutenant-gouverneur sir George Arthur suggère une réponse : Theller était homme à chercher l’aventure et à s’y complaire. Pourtant, on ne saurait négliger le fait qu’il agissait par conviction. À Montréal, il s’était associé aux radicaux et en était venu à considérer leur cause comme celle des Canadas. Son origine irlandaise venait renforcer ses conclusions, puisqu’il établissait un parallèle entre l’oppression anglaise en Irlande et le despotisme, tel qu’il le voyait, dans les Canadas. De plus, il semble avoir travaillé à réunir ces deux cas dans l’esprit de la population. Fait significatif, au début de 1838, il lui incomba, à titre de chef de file patriote, d’appeler à la révolution les résidents irlandais et canadiens-français du Haut-Canada. Lors de son procès à Toronto, rappela-t-il dans son livre, il dénonça les torts que l’Angleterre avait infligés à l’Irlande. Pendant sa tournée triomphale aux États-Unis, il défendit la cause des patriotes dans plusieurs villes qui comptaient nombre d’Irlando-Américains. En outre, dans Canada in 1837–38, il tenta de relier ses convictions patriotes et irlandaises à la pensée nationaliste américaine en évoquant la lutte des Grecs pour l’indépendance, la répression russe en Pologne et la création d’une république au Texas. Son attachement pour l’Irlande ne se démentit jamais. Après s’être établi à Rochester, il devint une figure dominante de la communauté irlandaise de la ville, apparaissant à des assemblées et à des dîners publics et devenant membre de la section locale de la Repeal Association, qui visait la dissolution de l’union parlementaire entre l’Irlande et la Grande-Bretagne.

Les activités de Theller en faveur des patriotes furent aussi influencées par la grande part d’utopie qu’il portait en lui. Nommé directeur de la Fourier Association de Rochester en 1843, il salua ceux qui s’installèrent dans la première colonie communautaire de la région comme les « pionniers de l’organisation industrielle ». Il souhaitait que « leur succès puisse être tel que d’autres suivr[aient] bientôt leur glorieux exemple et fer[aient] de la terre ce que Dieu en a[vair] voulu ». Pour Theller, il était évident que les hommes de bonne volonté devaient se montrer actifs (sans quoi le plan de Dieu tarderait à se réaliser), s’unir et reconnaître l’unité essentielle de leur cause. Ainsi il enjoignit aux membres de la Repeal Association de se déclarer « ennemis de l’esclavage sous toutes ses formes et sous tous les climats, et amis des opprimés de toute croyance et de toute couleur ». Plus tard, l’historien Robert B. Ross le décrivit comme « un homme sincère et oublieux de soi, un ami chaleureux et un ennemi implacable ».

Theller était certainement prêt à aider ceux qui habitaient sous d’autres climats. En 1849, il s’installa à Panama pour y combattre une épidémie de fièvre jaune ; par la suite, il y tint un hôtel et devint le rédacteur en chef d’un journal. Fait peu surprenant, on rapporte qu’il fut capturé pour avoir participé à une rébellion qui visait à séparer Panama de la Nouvelle-Grenade (Colombie). Comme la rébellion canadienne, elle échoua et il se trouva de nouveau en prison.

En 1853, Edward Alexander Theller s’établit avec sa famille à San Francisco, où il fut rédacteur en chef de deux journaux et fut élu en 1856 surintendant des écoles publiques. Environ deux ans plus tard, il alla s’installer à Hornitos, dans les régions aurifères de la Californie, et pratiqua la médecine. Il y mourut subitement en 1859, laissant, selon le San Francisco Daily Herald, le souvenir d’un homme « de cœur », « doué », « généreux à l’excès ». Plus près de la scène où s’étaient déroulées les activités de Theller en faveur des patriotes, le Boston Weekly Courier (qui prétendit qu’il avait visité la capitale du Massachussets à la fin des années 1840 afin de recueillir des fonds pour les annexionnistes des Canadas [V. Thomas D’Arcy McGee*]) avait des souvenirs plus précis à rappeler. Theller, écrivit le journal, « était un écrivain clair et direct, mais il ne s’entendait pas beaucoup mieux à diriger un journal qu’une révolution. Dans ces deux types d’entreprise, il prit plusieurs départs fougueux mais s’arrêta toujours au bout de quelques mois. Il était aussi courageux, honnête et sincère qu’agité et visionnaire. »

Colin Frederick Read

Edward Alexander Theller est l’auteur de : Canada in 1837–38, showing, by historical facts, the causes of the late attempted revolution, and of its failure ; the present condition of the people, and their future prospects, together with the personal adventures of the author, and others who were connected with the revolution (2 vol., Philadelphie et New York, 1841).

AO, MS 4 ; MS 74, package 10, item 11 ; MS 516.— APC, MG 24, B42 ; RG 5, A1 : 103568–103569, 103704–103705, 106067–106070, 106335–106338, 106356–106362, 106571–106572, 109700–109702, 109727–109728, 110317–110326, 125306–125334, 126569–126574, 136912–136926, 139298–139299 ; RG 7, G12, 62 : 175.— PRO, CO 42/446 (mfm aux APC).— Arthur papers (Sanderson).— Rochester Daily Advertiser (Rochester, N. Y.), 21 mars, 16 avril, 8 juill., 19 août, 8 sept. 1843, 12 nov. 1850.— Rochester Daily Democrat, 25 mars 1842, 18 avril, 7 juin, 8 juill., 8 sept., 15 nov. 1843, 8 janv., 8 févr. 1844.— Rochester Union and Advertiser, 11 mars 1858, 11 mars 1859.— Western Herald, and Farmers’ Magazine (Sandwich [Windsor, Ontario]), 5 juin 1838.— « Calendar of state papers », APC Report, 1936 : 588–589 ; « State papers – U.C. », APC Report, 1944 : 28–29.— E. T. H. Bunje et al., Journals of the Golden Gate (Berkeley, Calif., 1936), 14, 29, 46.— A. B. Corey, The crisis of 1830–1842 in Canadian-American relations (New Haven, Conn., et Toronto, 1941).— W. R. Cross, The Burned-over District ; the social and intellectual history of enthusiastic religion in western New York, 1800–1850 (Ithaca, N.Y., 1950).— Guillet, Lives and limes of Patriots.— O. A. Kinchen, The rise and fall of the Patriot Hunters (New York, 1956).— Hereward Senior, The Fenians and Canada (Toronto, 1978), 1, 19–20.— R. B. Ross, « The Patriot War », Mich. Pioneer Coll. (Lansing), 21 (1892) : 509–609.

Bibliographie générale

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Colin Frederick Read, « THELLER, EDWARD ALEXANDER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/theller_edward_alexander_8F.html.

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Auteur de l'article:   Colin Frederick Read
Titre de l'article:   THELLER, EDWARD ALEXANDER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   21 octobre 2014