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TONGE, WINCKWORTH, Officier, fonctionnaire et propriétaire foncier, né le 4 février 1727/1728 dans le comté de Wexford (République d’Irlande) ; il épousa Martha Cottnam, et de ce mariage naquirent quatre fils, dont William Cottnam* ; décédé le 2 février 1792 à Halifax.

Winckworth Tonge exerça le métier des armes durant sa jeunesse. Il servit tout d’abord en 1743 comme volontaire dans l’expédition du capitaine Charles Knowles contre les colonies hispanoaméricaines. Il devint par la suite enseigne du 45e d’infanterie et servit en garnison à Louisbourg, île du Cap-Breton, de 1746 à 1749, alors que son régiment fut envoyé aider à l’établissement de Halifax [V. Cornwallis]. Nommé lieutenant le 8 avril 1755, Tonge servit comme assistant ingénieur de John Brewse lors de la capture, cette même année, du fort Beauséjour (près de Sackville, Nouveau-Brunswick) [V. Monckton]. Il servit sous les ordres d’Amherst lors du siège de Louisbourg en 1758 et sous Wolfe* à Québec l’année suivante. Sa carrière militaire active prit fin avec la capitulation de Québec ; apparemment, il quitta l’armée entre 1763 et 1765.

Cependant, Tonge avait déjà commencé à acquérir de grandes étendues de terre en Nouvelle-Écosse. Peu après la chute du fort Beauséjour, il obtint une première concession d’environ 130 acres dans la région qui allait bientôt devenir le comté de Cumberland. En 1759 et 1760, il reçut quelque 5 000 acres dans le secteur qui devint par la suite le comté de Hants. Durant les 15 années qui suivirent, il consacra beaucoup de temps et d’argent à l’exploitation de ses propriétés ; le gouverneur Francis LEGGE écrivait en 1774 que Tonge avait dépensé plus de £3 000 pour l’amélioration de l’agriculture. Lorsque la Révolution américaine éclata, il s’engagea comme volontaire et, le 5, septembre 1781, fut nommé colonel dans la milice. Parce que ses fonctions le tenaient très occupé et qu’il subit de lourdes pertes aux mains des corsaires américains, il avait, à la fin de la guerre, « dépensé [ses économies] et contracté de fortes dettes ». Il fut incapable de rétablir sa situation financière ; en 1789, il avait dû vendre la plus grande partie de ses terres, y compris « Winckworth », sa propriété du comté de Hants.

Bien que ses affaires eussent pris mauvaise tournure, Tonge demeurait un homme politique en vue dans la colonie. Après avoir siégé à la chambre d’Assemblée comme député du comté de Cumberland en 1759–1760, il représenta le comté de Kings de 1765 à 1783, puis le comté de Hants de 1785 jusqu’à sa mort. Selon les mêmes écrits de Legge, Tonge était estimé de ses commettants et « très attaché aux intérêts du pays ». Il se consacra largement aux affaires de la province. En diverses occasions, il servit comme juge de paix, custos rotulorum (juge de paix et gardien des registres dans un comté) dans Hants, juge de la Cour inférieure des plaids communs dans ce même comté et arpenteur provincial ou surintendant des routes, ponts et travaux publics.

Tonge obtint son poste le plus prestigieux en 1773, alors qu’il fut assermenté comme intendant du commerce maritime (naval officer) de la colonie. Ayant pour tâche principale d’administrer le commerce maritime entre la Nouvelle-Écosse et l’Europe, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique, il se trouva bientôt au centre d’une controverse politique qui allait durer plusieurs années. Quelques mois seulement après sa nomination, il se brouilla avec le gouverneur, lord William Campbell, voulant désigner lui-même des représentants dans les diverses régions de la colonie, privilège exercé jusque-là par le gouverneur. Tonge chercha à diriger les activités de ces fonctionnaires et réclama la moitié de leurs redevances. Par ses interventions, il souleva l’indignation des milieux commerciaux et politiques, surtout quand il haussa le montant des redevances. Des demandes d’allégement furent envoyées d’urgence au Board of Trade. Lord Dartmouth, secrétaire d’État des Colonies américaines, indiqua que Tonge avait « le droit en vertu de sa commission [...] de nommer des représentants » et qu’il avait le pouvoir de percevoir des redevances. Il précisa, toutefois, que le Board of Trade s’opposait à la perception des redevances, estimant que le salaire de l’intendant suffisait à ses besoins : « Si monsieur Tonge, écrivait-il, juge bon de se prévaloir de la loi du parlement et reçoit des redevances, leurs Seigneuries ne le considéreront pas en droit de toucher son salaire. » Tonge choisit le salaire, car les redevances étaient peu élevées.

Le capital politique de Tonge semble s’être accru considérablement en 1774 quand le gouverneur Legge recommanda sa nomination au Conseil de la Nouvelle-Écosse en affirmant qu’il le tenait pour « un homme de bons caractère et réputation ». Cette manœuvre politique, visant à former une alliance entre le gouverneur et un des principaux membres d’une Assemblée hostile, subit un échec : Tonge se déroba aux avances de Legge et le gouverneur retira sa recommandation.

Comme intendant du commerce maritime, Tonge entra une nouvelle fois en conflit avec l’Assemblée et les marchands après la guerre d’Indépendance américaine. Dans le but de réduire l’activité, fort considérable, des contrebandiers, il s’efforça d’appliquer sévèrement les lois relatives à la navigation et il recommença à percevoir des redevances pour augmenter son revenu. La réaction ne se fit pas attendre. Le procureur général, Sampson Salter Blowers*, se plaignit, en 1786, que Tonge outrepassait ses pouvoirs et l’Assemblée alla jusqu’à débattre la possibilité d’abolir son poste. Attaqué de toutes parts, Tonge répliqua : « En vérité, je déclare et je puis prouver que je n’ai demandé en toutes circonstances rien d’autre que ce qui est pleinement autorisé par les lois du parlement [...] et que, loin d’être excessif dans mes demandes de redevances, celles-ci ne compensent en aucune façon les soucis et les frais occasionnés par la nécessité de tenir des bureaux. »

Le conflit opposant Tonge à l’Assemblée et aux marchands se poursuivit durant quelques années. En 1790, la question fut réglée et on établit un barèmedes redevances. On limita quelque peu les attributions de l’intendant du commerce maritime, mais le poste existait toujours lorsque Tonge, demeuré résolu malgré la fatigue, s’éteignit en 1792.

Ronald H. Mcdonald

PANS, MG 1, 250A (doc. de la famille Cunningham), 2, doc. 88–92 ; RG 1, 31–33, 40–48 ; RG 5, A, 2, 1786, 3, 25 mars 1790.— PRO, CO 217/26, pp.161, 165ss ; 217/35, pp.236ss ; 217/50, pp.3ss, 127ss ; 217/58, pp.318ss, 324ss ; 218/5–12 ; 218/14 ; 218/17–21 ; 218/25–27 (mfm aux PANS).— G.-B., WO, Army list, 1756, 1763, 1765.— N.-É., House of Assembly, Journal, 1759–1792.— Directory of N.S. MLAs.— Beck, Government of N.S.— Brebner, Neutral Yankees.— M. G. MacG. Morison, The evolution of political parties in Nova Scotia, 1758–1848 (thèse de {{m.a}}., Dalhousie University, Halifax, 1949).— Murdoch, History of N.S.— Porter, History of Royal Engineers, I : 171.— A. W. H. Eaton, Rhode Island settlers on the French lands in Nova Scotia in 1760 and 1761, Americana (New York), X (1915) : 1–43, 83–104, 179–197.

Bibliographie générale

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Ronald H. Mcdonald, « TONGE, WINCKWORTH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/tonge_winckworth_4F.html.

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Auteur de l'article:   Ronald H. Mcdonald
Titre de l'article:   TONGE, WINCKWORTH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   1 novembre 2014