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VOYER, LUDGER-NAPOLÉON, militaire et écrivain, né à Québec le 20 avril 1842, fils de Louis Voyer, charron, décédé accidentellement à Québec le 22 février 1876.

Les renseignements sur l’enfance de Ludger-Napoléon Voyer sont pour ainsi dire inexistants. Nous savons cependant qu’il fut admis au collège Sainte-Anne-de-la-Pocatière en 1854, à l’âge de 12 ans. C’est là que, sous l’influence de l’abbé Pierre-Stanislas Vallée, professeur au collège et passionné d’histoire militaire, il opta pour la carrière des armes.

En 1858, Londres obtint des autorités canadiennes l’autorisation de lever un régiment d’infanterie au Canada, le 100e régiment d’infanterie Royal Canadian. C’était la première fois qu’un régiment de soldats réguliers était recruté au Canada pour servir à l’étranger les intérêts impériaux. Rapidement, 1 027 hommes furent engagés. Voyer fut l’un d’eux. Il fut assermenté, le 25 juillet 1859, grâce à l’appui de « hautes protections ». Le 9 novembre de la même année, il s’embarquait à Québec, à destination de l’Angleterre.

Nous ne savons que fort peu de chose sur les motifs qui ont poussé le jeune homme de 17 ans à s’engager dans l’armée britannique. Nous n’avons que des indices. Dans le journal qu’il tint de 1859 à 1870 nous lisons le passage suivant : « Mon engagement, l’honneur, le devoir m’éloignent encore davantage de mon pays. Ma seule, ma grande espérance est de me distinguer, de mêler mon nom à quelque mérite, à une action d’éclat, pour qu’on le répète au foyer et qu’on s’intéresse à moi parmi les amis [...]. » Si ce texte apporte quelque lueur sur les motifs il ne nous renseigne aucunement sur les raisons sociales, familiales et autres à l’origine de cette décision. André-Napoléon Montpetit*, un de ses amis, ne fait que rapporter qu’il s’est engagé « en dépit de ses parents, de ses protecteurs, de ses amis ».

De 1859 à 1863 sa carrière militaire à l’étranger fut sans histoire. Il semble avoir accepté avec beaucoup de calme et de patience la vie de caserne à Parkhurst, dans l’île de Wight, et à Gibraltar. Il en profita pour se cultiver en se livrant à l’étude des langues, de l’histoire, du commerce et pour observer le comportement des Britanniques, des Espagnols, etc. Son journal personnel nous révèle alors certains traits de sa personnalité notamment la persévérance, la tolérance, le sens de l’observation, l’esprit de discipline. Le 15 avril 1863, il obtint un congé de trois mois pour venir au Canada. Il ne devait plus en repartir.

Dès le 15 juin 1863, en effet, sir Étienne-Paschal Taché*, ministre de la Milice, le nomme instructeur spécial de la milice canadienne ; le 20 juillet cette nomination est confirmée par le duc de Cambridge, commandant en chef de l’armée britannique. Il exerça son métier d’instructeur à différents endroits : Rivière-du-Loup, Trois-Pistoles, le collège Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Québec et Lévis. Le 31 juillet 1865, il acheta son congé du 100e régiment. L’année suivante, le 9 janvier, il est nommé capitaine au 9e bataillon des Voltigeurs de Québec, formé plus tôt à partir de compagnies de milice de Québec. Il servit comme tel pendant quatre ans et six mois. À vrai dire sa carrière d’officier à Québec ne fut pas plus animée que sa carrière de soldat dans le 100e régiment. Pendant toute la crise des Féniens qui alarma plus que de raison les autorités du Canada il ne fit que du service de garnison à Québec et dans les Cantons de l’Est.

Il n’est pas improbable que Voyer ait souffert du peu de relief de sa carrière militaire, lui qui exaltait les vertus guerrières et qui idéalisait la vie du soldat. « Chacun d’eux, écrivait-il en 1865 dans les Qualités morales du bon militaire, en se revêtant de ses armes, reçoit comme en dépôt la sûreté de nos campagnes, le repos de nos villes, la vie, la liberté de ses frères ; il devient l’épée et le bouclier de celui qui n’en a point, ou dont les bras trop faibles pour les porter, ne saurait en faire usage. »

Être soldat pour Voyer ce n’était pas seulement servir son pays, c’était aussi et peut-être davantage un moyen de promotion sociale. Ainsi écrit-il les Qualités morales du bon militaire afin de « faire voir aux Canadiens que c’est un grand honneur que de porter l’habit militaire ». Son ami Montpetit écrit que, après son retour en 1863, il vivra toujours « un pied dans la société civile » gagnant des sympathies et des protections nouvelles. Fils de charron, il épousera, le 2 janvier 1869, Arline Laroche « qui a reçu son éducation aux Ursulines ».

En 1870 son ascension sociale se poursuit grâce à sa nomination comme surintendant principal de la Police provinciale de Québec. Il le demeurera jusqu’en 1876. En janvier 1871 il est promu major. Nous ne savons à peu près rien de ses activités au poste de surintendant sauf qu’il était apprécié de ses subordonnés à qui il s’efforça d’inculquer l’esprit de la discipline militaire.

Le 22 février 1876, il mourut d’une blessure qu’il s’était infligée accidentellement la veille en maniant une arme à feu. Il laissait dans le deuil son épouse et trois jeunes enfants âgés d’un mois à six ans.

Yves Roby

L.-N. Voyer, Les qualités morales du bon militaire (Québec, 1865).— A.-N. Montpetit, Major L. N. Voyer, surintendant de la Police provinciale (Québec, 1876).

C. P. Stacey, Canada and the British Army, 1846–1871 (2e éd., Toronto, 1963).— G. F. G. Stanley, Canada’s soldiers ; the military history of an unmilitary people (Toronto, 1960).

Bibliographie générale

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Yves Roby, « VOYER, LUDGER-NAPOLÉON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/voyer_ludger_napoleon_10F.html.

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Auteur de l'article:   Yves Roby
Titre de l'article:   VOYER, LUDGER-NAPOLÉON
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   24 avril 2014