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WAHPASHA (Wabasha, Wapasha, Ouabachas, La Feuille, La Oja, dont le nom indien signifie feuille rouge), chef civil de la bande Mdewakanton des Sioux-Santees, né probablement vers 1720 ; il eut au moins un fils, Wahpasha, et une fille, Mar-pi-ya-roto-win (Grey Cloud), qui fut la femme de James Aird ; décédé vraisemblablement avant 1805.

En mars 1740, Wahpasha et Ninsotin se livrèrent à Paul Marin* de La Malgue à la rivière à la Roche (Illinois/Wisconsin), pour présenter des excuses relativement au meurtre récent de deux Outaouais, alliés de la France, par un groupe de Sioux. L’attaque, qui avait eu lieu au portage du Wisconsin (près de Portage, Wisconsin), avait été provoquée par des rumeurs voulant que deux émissaires sioux, dépêchés à Montréal vers 1738, aient trouvé la mort aux mains des Français. Des chefs de la tribu reconnaissaient pourtant la nécessité de maintenir de bonnes relations avec la France. En effet, depuis les années 1730, les Sioux étaient en guerre avec les Sauteux, qui, du Nord où ils vivaient, cherchaient à s’étendre au Sud, et les marchandises européennes, en particulier les fusils et la poudre, étaient une nécessité vitale pour cette lutte. Après que Marin eut accepté les excuses, Wahpasha et un autre jeune Sioux, Sintez, l’accompagnèrent à Montréal. Wahpasha y plaida en faveur de l’amélioration des relations dans le domaine de la traite. Toutefois, au mois de juillet suivant, il fut accusé du meurtre d’un des fils d’un dénommé Gatineau, près du fort Saint-Joseph (Niles, Michigan). Plus tard dans les années 1740, il participa probablement à la bataille de Kathio, au cours de laquelle on vit les Sioux, munis d’armes traditionnelles, être défaits par les Sauteux, armés de fusils français, et chassés de leurs villages autour du lac des Mille Lacs (Minnesota). Wahpasha aurait dirigé une migration de Sioux vers Kioxsa (Winona, Minnesota), où ils s’établirent finalement.

Tant que les Français conservèrent la maîtrise des Grands Lacs et de la traite des fourrures dans l’Ouest, les Sioux durent maintenir leurs relations avec eux. La chute du Canada, en 1760, rendit nécessaire une nouvelle alliance. En 1763, James Gorrell*, commandant britannique à La Baye (Green Bay, Wisconsin), eut une rencontre avec 12 Sioux qui, en plus de lui offrir le commandement de leurs guerriers, lui parlèrent de leur haine des Sauteux, exprimèrent leur désir d’obtenir des marchandises de traite britanniques et manifestèrent le souhait de revenir l’année suivante avec leur « roi ». Ce roi était probablement Wahpasha. Ce dernier dut, au cours des années suivantes, resserrer ses liens avec le nouveau pouvoir impérial, puisqu’à l’époque du déclenchement de la Révolution américaine, les Britanniques le considéraient comme un important allié.

Ayant reçu l’ordre de recruter les Indiens dans le Haut-Mississippi pour le compte des Britanniques, le trafiquant Charles Gautier de Verville se mit en rapport avec Wahpasha à la fin de l’hiver de 1778. En mars, le chef arrivait au campement de Gautier, à l’embouchure de la rivière St Croix (Wisconsin), en compagnie de 20 hommes ; tous ensemble, ils remontèrent le Mississippi pour en rassembler d’autres. En juin, le groupe formé de plus de 200 guerriers de diverses nations et de leurs familles était parvenu à La Baye ; peu après, il poursuivit sa route vers Montréal. On ignore si Wahpasha l’accompagna dans l’Est.

À la fin de l’hiver ou au début du printemps de 1779, Wahpasha partit rejoindre Henry Hamilton* à Vincennes (Indiana), mais il s’arrêta à Prairie du Chien (Wisconsin) quand il apprit la capitulation de Hamilton. Il envoya son fils au fort Michillimakinac (Mackinaw City, Michigan) pour demander des instructions et suggéra une attaque contre les Sauks et les Renards, qui avaient entrepris des pourparlers avec les Américains. Le commandant Arent Schuyler DePeyster*, craignant les effets d’une guerre intertribale sur les visées britanniques dans l’Ouest, envoya des présents à Wahpasha et lui déconseilla probablement d’attaquer les tribus fautives. Le gouverneur Haldimand qualifia la proposition du chef de « très rare de la part d’un Indien » et ajouta : « le zèle qu’il a manifesté mérite notre attention ».

L’entrée de l’Espagne dans le conflit ouvrit un nouveau front, et, au début de 1780, les Britanniques pressèrent Wahpasha d’attaquer le territoire espagnol. Au mois d’avril de la même année, à Prairie du Chien, le chef reçut une commission de « général » ; on rapporta qu’il en était « bien content ». En mai, Emmanuel Hesse et lui partirent avec quelques trafiquants et un bon nombre d’Indiens pour se joindre à une grande expédition contre les Espagnols à St Louis (Missouri) [V. Patrick Sinclair]. Cette campagne marqua un point tournant dans les relations des Sioux avec les Sauteux, alors que Wahpasha et Madjeckewiss, un chef sauteux, prônèrent tous deux l’unité. En juin, Wahpasha était de retour à Michillimakinac, puisqu’il quitta le poste ce mois-là avec le trafiquant John Long*, à destination de Prairie du Chien, où des fourrures avaient été laissées, pour en assurer la bonne garde. L’année ne s’était pas écoulée qu’il était de nouveau à Michillimakinac, où il reçut des présents destinés à son peuple.

L’alliance des Indiens de l’Ouest, que les Britanniques avaient encouragée, s’avérait pour le moins fragile. En février 1783, un trafiquant fut tué dans un échange de coups de feu entre un des partis de guerre de Wahpasha et quelques Sauteux. On suspendit la traite dans le Haut-Mississippi et l’on tint conseil à Prairie du Chien le 24 mai. Les Renards se hâtèrent de jeter le blâme sur Wahpasha. En réponse, celui-ci donna l’assurance aux Britanniques que les « mauvais hommes qui avaient tué des Blancs » seraient remis à la justice, et il demanda que la traite soit rétablie. Mais, en 1786, la guerre était généralisée parmi les Indiens de l’Ouest. Wahpasha joua probablement un rôle de premier plan ; en juillet 1787, il assista à la conférence convoquée par les Britanniques et tenue au fort Michillimakinac (déplacé depuis à Mackinac Island, Michigan) [V. Joseph-Louis Ainsse]. Après avoir conclu la paix entre eux, les Indiens signèrent un traité avec les Blancs. Ils promettaient de ne point molester les trafiquants et convenaient de payer leurs dettes, de rendre les meurtriers des Blancs et de dénoncer ceux qui voudraient miner leur loyauté envers le roi. Wahpasha fut l’un des signataires de ce traité.

La tradition veut que Wahpasha ait été expulsé de sa tribu à cause de jalousies internes et qu’il ait passé le reste de ses jours dans la vallée de la rivière Hoka (Root River, Minnesota). L’explorateur américain Zebulon Montgomery Pike conversa sur le Mississippi, en 1805, avec Wahpasha fils, et le fait que le jeune chef avait pris le nom de son père laisse croire qu’à cette date le vieux chef était mort.

On a affirmé que Wahpasha fut le premier chef civil héréditaire des Sioux. Selon cette version, il se serait rendu dans la province de Québec quelque temps après la Conquête, pour solliciter la reprise du commerce, qu’on aurait aboli à la suite de l’assassinat d’un trafiquant par un Sioux, près de Mendota (Minnesota). Impressionnés par le sérieux du chef, les Britanniques lui auraient donné une médaille qui serait devenue un symbole de son autorité et aurait servi à affermir le poste de chef civil, qui serait devenu héréditaire. Ce récit est sans doute le résultat de la distorsion typique de la tradition orale. Il n’y a, en effet, aucune preuve, dans les documents, que Wahpasha ait visité la province de Québec sous le Régime anglais, et, bien qu’il soit difficile de démontrer l’existence de fonctions héréditaires chez les Sioux avant le contact avec les Blancs, il est certain que ce genre de poste se rencontrait dans les années 1760. Il est vrai, par ailleurs, que Wahpasha devait beaucoup de son prestige – qu’il transmit à son fils – à ses liens avec les Français et les Britanniques. Son autorité ne reposait pas seulement sur son habileté au combat, mais aussi sur sa capacité d’obtenir des présents, d’une importance extrême pour la survie de son peuple. Cette autorité, d’autre part, accroissait son importance aux yeux des Blancs. Sinclair le désignait comme un chef « d’une habileté très singulière et peu commune », et déclarait que les Sioux étaient « un peuple non débauché et appliqué à la guerre », « accoutumé à toute l’attention et à l’obéissance que requérait la discipline ». Sa capacité de lever facilement 200 guerriers de cette sorte mettait Wahpasha dans une position de force quand il s’agissait de négocier avec les Blancs. Pendant une courte période, les Sioux ont pu exploiter à leur avantage les rêves d’empire qui mettaient aux prises, entre eux, les Français, les Britanniques et les Américains. La suite de l’histoire ne leur a pas été aussi favorable.

Gus Richardson

APC, MG 19, A13, 2 : 381 (transcription).— BL, Add. mss 21758 : ff.214–215, 220–221 (transcriptions aux APC).— Jonathan Carver, Travels through the interior parts of North-America, in the years 1766,1767, and 1768 (Londres, 1778 ; réimpr., Toronto, 1974), 257.— [A. S. DePeyster], Miscellanies, by an officer (Dumfries, Écosse, 1813).— John Long, Voyages and travels of an Indian interpreter and trader [...] (Londres, 1791 ; réimpr., New York, 1968, et Toronto, 1971), 185–190.— Mich. Pioneer Coll., 9 (1886) : 382, 384, 544, 548, 568 ; 11 (1887) : 483–493 ; 23 (1893) : 606–608.— New light on early hist. of greater northwest (Coues), 1 : 273.— J.-B. Perrault, « Narrative of the travels and adventures of a merchant voyageur in the savage territories of northern America [...] », J. S. Fox, édit., Mich. Pioneer Coll., 37 (1909–1910) : 538.— Z. M. Pike, The journals of Zebulon Montgomery Pike, with letters and related documents, Donald Jackson, édit. (2 vol., Norman, Okla., 1966), 1 : 93, 126 ; 2 : 25, 211 ; « Pike’s explorations in Minnesota », Minn. Hist. Soc., Coll. (St Paul), 1 (1872) : 370n.— Wis., State Hist. Soc., Coll., 1 (1855) : 36–41 ; 6 (1872) : 250s. ; 11 (1888) : 111–164 ; 12 (1892) : 49 ; 17 (1906) : 323, 362, 397.— DAB. –« Haldimand collection, calendar : continuation », APC Report, 1886 : 685, 688, 697, 703, 706, 715.— Handbook of American Indians (Hodge), 2.— The aborigines of Minnesota : a report [...], N. H. Winchell, compil. (St Paul, 1911), 532, 540–543.— T. C. Blegen, Minnesota : a history of the state (Minneapolis, Minn., 1963), 21s.— Harold Hickerson, Mdewakanton band of Sioux Indians (New York et Londres, 1974).— Thomas Hughes, Indian chiefs of southern Minnesota ; containing sketches of the prominent chieftains of the Dakota and Winnebago tribes from 1825 to 1865 ([2e éd.], Minneapolis, 1969), 21–24.— W. R. Hurt, Dakota Sioux Indians (New York et Londres, 1974).— Gontran Laviolette, The Sioux Indians in Canada (Regina, 1944), 23.— R. W. Meyer, History of the Santee Sioux : United States Indian policy on trial (Lincoln, Nebr., 1967).— E. D. Neill, The history of Minnesota : from the earliest French explorations to the present time (Philadelphie, 1858), 225–231.— Doane Robinson, A history of the Dakota or Sioux Indians [...] (Aberdeen, S. Dak., 1904 ; réimpr., Minneapolis, 1967), 57, 64, 119s.— H. R. Schoolcraft, Historical and statistical information, respecting the history, condition and prospects of the Indian tribes of the United States [...] (6 vol., Philadelphie, 1851–1857 ; réimpr., New York, 1969), 2 : 169n., 182 ; 3 : 613.— J. H. Case, « Historical notes of Grey Cloud Island and its vicinity », Minn. Hist. Soc., Coll. (St Paul), 15 (1915) : 371.— L. F. Jackson, « Sioux land treaties », N. Dak. Hist. Soc., Coll. (Bismarck), 3 (1910) : 498–528.— E. D. Neill, « Dakota land and Dakota life », Minn. Hist. Soc., Coll. (St Paul), 1 (1872) : 262, 290s.— C. C. Willson, « The successive chiefs named Wabasha », Minn. Hist. Soc., Coll. (St Paul), 12 (1908) : 503–512.

Bibliographie générale

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Gus Richardson, « WAHPASHA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/wahpasha_5F.html.

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Auteur de l'article:   Gus Richardson
Titre de l'article:   WAHPASHA
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   30 août 2014