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WEEKS, OTTO SCHWARTZ, avocat, fonctionnaire, journaliste et homme politique, né en 1830 à Halifax, aîné des neuf enfants du révérend Otto Richard Schwartz Weeks et de Maria Morris ; le 24 janvier 1865, il épousa Seraph Cutler Ruggles d’Annapolis Royal, Nouvelle-Écosse ; décédé le 4 février 1892 dans sa ville natale.

Après avoir étudié à Halifax et reçu une formation juridique au cabinet d’Alexander James, Otto Schwartz Weeks fut admis au barreau de la Nouvelle-Écosse à titre d’attorney le 28 novembre 1853, et de barrister le 24 décembre 1854. Il manifesta toutefois peu d’enthousiasme pour la pratique du droit. En 1858 et 1859, il remplit la fonction de sténographe officiel à la chambre d’Assemblée, prêta aussi son concours à ce titre durant les années qui suivirent, et fut à l’occasion chroniqueur parlementaire pour certains journaux. C’est durant cette période qu’il prononça, de temps à autre, des conférences sur des sujets littéraires, et il excellait notamment comme lecteur de poésie. Vers 1865, il ouvrit un cabinet à Windsor et acquit rapidement la réputation de pouvoir influencer les jurys, en raison, disait-on, de son sens inégalé de la répartie.

La carrière politique de Weeks débuta en novembre 1875 lorsque le premier ministre de la province, Philip Carteret Hill, l’invita à devenir procureur général. Hill était alors aux prises avec le départ de nombreux députés libéraux provinciaux de talent qui avaient accepté des postes au sein du gouvernement fédéral d’Alexander Mackenzie et, « en homme élégant et d’un goût exquis », il était incapable de lutter efficacement contre l’opposition la plus hargneuse de l’histoire de la province. Il est clair que Hill courait un risque, car l’intempérance et les excentricités de son nouveau ministre étaient bien connues. Un jour, Weeks avait tiré un coup de feu en direction de sa femme et l’avait blessée d’un plomb à la jambe ; à une autre occasion, tandis qu’il était couché dans son lit, il s’était amusé à tirer au plafond de sa chambre d’hôtel. Pour entrer au Parlement, Weeks se présenta à une élection complémentaire dans la circonscription de Guysborough. Accusé d’y avoir été imposé par des forces extérieures, il répliqua en faisant allusion au fait que son arrière-grand-père, le loyaliste Joshua Wingate Weeks, y avait jadis servi comme missionnaire de l’Église d’Angleterre, et que la circonscription était devenue « l’objet de [son] attention en raison de vieilles relations de famille ». Le 20 décembre, il remporta la victoire par la mince marge de huit voix.

Weeks fit bonne figure à la session de 1876 en remportant la victoire contre des conservateurs coriaces et farouchement partisans, tels Simon Hugh Holmes*, Avard Longley et Douglas Benjamin Woodworth. Comme toujours, il sut imposer sa présence avec sa « redingote noire, un large plastron, une cravate blanche et une longue chaîne en or autour du cou terminée par une petite montre enfouie dans sa poche de veste, le tout couronné d’un haut chapeau de castor gris ». Après la session, toutefois, et bien qu’on l’ait nommé conseiller de la reine en mai 1876, il reprit ses vieilles habitudes. Son penchant pour l’alcool l’amenait à s’absenter durant de longues périodes et à délaisser les affaires de son ministère, ce qui retardait la prise de décisions. Pis encore, « l’atmosphère était lourde d’accusations contre sa personne, dont aucun gouvernement ne pouvait ne pas tenir compte ». Lorsqu’on lui demanda de démissionner, il refusa ; il fallut que le lieutenant-gouverneur Adams George Archibald le démette de ses fonctions en novembre 1876, sur l’avis unanime des autres membres du Conseil exécutif. Weeks est d’ailleurs le seul ministre d’un cabinet de la Nouvelle-Écosse à avoir été destitué par décret.

Durant la session de 1877 et de 1878, Weeks adopta une position plutôt indépendante : il mit plus d’une fois le gouvernement dans l’embarras en appuyant l’opposition ou en préconisant des initiatives de son cru. Bien qu’il perdît la mise en nomination officielle comme candidat libéral dans Guysborough en 1878, il fit néanmoins campagne sous la bannière du parti, affirmant qu’on l’avait injustement démis de ses fonctions. À contrecœur, Hill expliqua alors pour la première fois en public les raisons de la destitution de Weeks. Jouissant toujours malgré tout d’une forte popularité, ce dernier réussit à enlever aux candidats libéraux officiels un nombre assez élevé de voix pour faire élire deux candidats conservateurs. Aux élections de 1882 et de 1886, il était de nouveau solidement établi dans les rangs des libéraux et remporta facilement l’un des sièges de Guysborough. Son jeune cocandidat, James A. Fraser, manifestait beaucoup de respect à son endroit, l’appelant un jour « prince des chics types » et l’homme le plus apte de la chambre « en ce qui concerne l’éloquence, les connaissances et la formation véritables ».

Pour des raisons évidentes, Weeks ne fut pas rappelé au cabinet, même si les premiers ministres provinciaux William Thomas Pipes* et William Stevens Fielding* tentèrent de l’aider. En 1882, il fut au nombre des trois commissaires que Pipes affecta à la refonte des lois provinciales. Au cours des années 1880, il réduisit sa participation à l’Assemblée, même s’il accorda son appui enthousiaste aux efforts de Fraser en vue d’amener la Nouvelle-Écosse à quitter la fédération canadienne. En 1890, il était revenu à ses anciennes manières. Même après avoir perdu la candidature libérale dans la circonscription de Guysborough, il se présenta aux élections et obtint suffisamment d’appuis libéraux pour infliger la défaite aux candidats officiels du parti, y compris Fraser. Cette victoire ne devait cependant pas se reproduire une troisième fois, car il mourut deux ans avant l’élection de 1894. Il s’était retrouvé malade et peu fortuné à la fin de sa vie ; la chance ne lui souriait décidément pas.

Malgré ses talents et son charme, Otto Schwartz Weeks fut en quelque sorte une figure tragique. À cause de son penchant pour l’alcool et de ses excentricités, il n’avait pas eu la brillante carrière juridique à laquelle il semblait promis, ni la carrière politique remarquable qu’il avait tant souhaitée.

J. Murray Beck

PANS, MG 2, 503, Fraser à D. W. Crockett, 21 févr. 1883.— N.-É., House of Assembly, Debates and proc., 1876–1878 ; 1883–1890 ; Journal and proc., 1876–1878 ; 1883–1890.— Morning Chronicle (Halifax), 1875–1878, 1882–1890.— Morning Herald (Halifax), 1875–1878, 1882–1890.— Cyclopædia of Canadian biog. (Rose et Charlesworth), 2.— J. M. Beck, Politics of Nova Scotia (2 vol., Tantallon, N.-É., 1985–1989).— John Doull, Sketches of attorney generals of Nova Scotia, 1750–1926 (Halifax, 1964).— J. M. Beck, « Philip Carteret Hill : political misfit », N.S. Hist. Soc., Coll., 42 (1986) : 1–16.— [John] Doull, « Four attorney-generals », N.S. Hist. Soc., Coll., 27 (1947) : 12–16.

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J. Murray Beck, « WEEKS, OTTO SCHWARTZ », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/weeks_otto_schwartz_12F.html.

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Auteur de l'article:   J. Murray Beck
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   31 juillet 2014