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WENEMOUET (Wenemowet, Wenemuit, Winnenimmit, Awenemwet, Nimimitt, Nimquid et, après 1726, Wenongonet, Wenungenit, Wenoggenet, Wanungonet, Ouenanguenet), chef de la tribu des Pentagouets de la confédération abénaquise, mort en mars 1730.

Dans le dialecte abénaquis, le nom de Wenemouet se dit winί-mαw∂wet et signifie « chef de guerre sans courage ». Il était au nombre des 14 chefs abénaquis qui signèrent, avec les Anglais, le traité de paix de Mares Point (aujourd’hui Merepoint, Maine), le 7 janvier 1698/1699. Il faisait vraisemblablement partie de la délégation comprenant plus de 40 Pentagouets, qui accompagna le père Pierre de La Chasse*, lors de sa visite au gouverneur de Callière, à Québec en octobre 1702. L’idée de combattre aux côtés des Français ne suscitait guère d’enthousiasme chez les Pentagouets. Ils ne se seraient résolus à cette éventualité que si Québec avait été en réel danger, car ils auraient alors perdu le soutien des Français dans leur lutte contre la Nouvelle-Angleterre. La délégation demanda à Callière s’il pouvait leur faire obtenir des provisions à bon prix et le gouverneur intervint auprès des commerçants de Québec pour qu’ils leur fournissent des marchandises à bon marché. À la fin de la guerre de Succession d’Espagne, Wenemouet et 18 autres chefs abénaquis signèrent la paix avec les Anglais, à la seconde conférence de Portsmouth, le 28 juillet 1714.

En 1722, les Pentagouets vinrent renforcer les rangs des autres Abénaquis en guerre contre les Anglais [V. Mog]. Vers la fin de 1724 ou au début de 1725, Wenemouet fut fait grand chef des Pentagouets. Il se rendait compte de la vulnérabilité de leurs villages et du peu de soutien que sa tribu recevait des Français. C’est pourquoi, en décembre 1724, les Pentagouets répondirent favorablement aux offres de paix des Anglais. L’été suivant, la tribu envoya à ses alliés, les Abénaquis du Canada et les Hurons de Lorette, des ceintures de porcelaine et leur proposa de faire la paix avec les Anglais. Ces Indiens repoussèrent de telles propositions et il s’ensuivit sur le plan politique une scission partielle entre les Pentagouets et les autres tribus de la nation abénaquise, et les Français du Canada. Toutefois, la rupture ne fut jamais totale.

À la suite de négociations préliminaires entre le gouverneur Dummer, du Massachusetts, et Wenemouet, on se mit d’accord pour un cessez-le-feu, à l’est de la rivière Kennebec et, le 31 juillet 1725, Dummer ordonna la fin de toutes les hostilités contre les Pentagouets de la confédération abénaquise. À deux reprises, à l’automne de cette année-là, Wenemouet envoya à Boston des émissaires chargés de négocier une paix durable et consentit à exhorter les autres tribus abénaquises à se joindre à lui. Les Abénaquis du Canada et certains de leurs alliés n’en continuèrent pas moins leurs incursions en Nouvelle-Angleterre et ne prirent pas part au traité que Wenemouet et une quarantaine d’hommes de sa tribu conclurent avec les Anglais, le 6 août 1726. Wenemouet parla peu au cours des interminables pourparlers, car il était souffrant, et ce fut Sauguaaram* (Loron) qui y déploya le plus d’éloquence. Dummer rassura les Pentagouets au sujet de leurs droits de propriété et leur garantit les mêmes privilèges qu’aux autres sujets anglais.

En septembre 1726, lors d’une réunion des chefs et des anciens de la tribu des Pentagouets, le nom de Wenemouet fut officiellement changé en celui de Wenongonet, pour honorer et perpétuer le nom d’un ancien chef qui avait été à la tête de la tribu de 1698 à 1724.

En octobre de la même année, Wenemouet envoya à Québec deux messagers, Alexis et François-Xavier, pour demander au nouveau gouverneur Charles de Beauharnois* de La Boische « d’arrêter la hache de guerre de leurs frères » établis au Canada, car, disaient-ils, « ils en supporteraient inévitablement les conséquences ». Ce fut en vain que les Français incitèrent les Pentagouets à poursuivre la guerre contre les Anglais. Les deux envoyés se rendirent à Québec, Bécancour, Saint-François et Caughnawaga. Passant outre aux objections de Beauharnois et des pères Aubery* et La Chasse, ils parvinrent à convaincre la majorité des Abénaquis du Canada et les Iroquois des missions de mettre un terme à la guerre.

Les deux Pentagouets revinrent dans leur village en mars 1727, apportant la nouvelle que la paix avait été acceptée par presque tous les Indiens du Canada. Seuls y demeuraient hostiles 16 hommes et deux chefs, Gray Lock*, de Saint-François, et Onedahauet (Comhommon), de Missiassik (sur la rivière Missisquoi, Vermont). Au début de mars, Wenemouet avait affirmé qu’il ignorait tout de l’activité de Gray Lock mais au retour des deux envoyés il fit à John Gyles*, pour que ce dernier le transmît à Dummer, un rapport détaillé sur les résultats de la mission.

Wenemouet se dévoua à l’établissement d’une paix durable. Vers la fin du mois d’avril, il envoya des messagers à toutes les tribus abénaquises, aux Malécites et aux Micmacs, leur demandant d’assister à la réunion annuelle des Pentagouets où l’on parlerait de la paix.* En mai, il fit parvenir aux Abénaquis du Canada une ceinture de porcelaine, pour bien affirmer sa violente opposition à la poursuite des hostilités. Un groupe de Canibas quittèrent le Canada en mai 1727, pour retourner s’établir dans leur ancien village, et de nombreux Abénaquis et Iroquois du Canada campèrent à Taconock (l’actuel Winslow, Maine), sur les bords de la rivière Kennebec, en attendant de connaître les dispositions du traité de paix définitif. Finalement, le 27 juillet, à Falmouth (Portland, Maine), Dummer et une délégation de la Nouvelle-Angleterre conclurent une paix satisfaisante avec toutes les tribus des Abénaquis. Au nom des Pentagouets, Wenemouet demanda qu’on leur fournît un armurier et que Gyles soit maintenu au poste de commandant du fort de la rivière Saint-Georges.

En 1729, Wenemouet s’éleva contre « l’abattage des arbres » et contre l’empiétement des établissements anglais sur les terres des Abénaquis. Il envoya aux autorités du Massachusetts un avis, dans lequel il disait : « Quiconque viendrait s’établir au-delà de la rivière Saint-Georges, ne serait pas considéré comme un ami ».

Vers la fin de sa vie, Wenemouet était considéré comme « un homme qui paraissait bien, ressemblant plutôt à un Français qu’à un Indien », et qui semblait « sérieux et réservé ». Il mourut en mars 1730. En rompant les liens entre les Pentagouets et les Français et en recherchant un accommodement avec les Anglais, il évita à son peuple des combats désastreux et lui permit de conserver, jusqu’à notre époque, au moins une partie de son territoire. Bien que le vieux Moxus, de la tribu des Canibas, ait été, de nom, le chef de la nation abénaquise, ce fut Wenemouet qui tacitement assuma le commandement et persuada toutes les tribus abénaquises de renoncer à leur ancienne alliance avec Québec et de rechercher la paix. Après sa mort, les colons de la Nouvelle-Angleterre continuèrent d’empiéter sur les terres des Abénaquis et forcèrent, une fois de plus, cette nation à renouer l’alliance avec les Français et leurs alliés indiens, qui avaient soutenu les Abénaquis en 1722.

Frank T. Siebert, Jr.

Joseph Baxter, Journal of several visits to the Indians of the Kennebec River, 1717, Elias Nason, édit. (Boston, 1867), 16.— The conference with the Eastern Indians at the ratification of the peace held at Falmouth in Casco-bay in July and August 1726 (Boston, 1726).— The conference with the Eastern Indians at the further ratification of the peace held at Falmouth in Casco-bay in July 1727 (Boston, 1727).— Documentary hist. of Maine, X— 317s., 358, 365s., 375378, 385387, 389392, 408s., 445447, 458468 ; XI : 150s. ; XXIII : 235.— Journal of Edward Goddard, 1726, Trans., 1917–19 ( « Col. Soc. Mass. pub. », XX, Boston, 1920), 128147.— Maine Hist. Soc. Coll., I re sér., III (1853) : 355358, 377447.— New Eng. Hist. and Geneal. Register, XXI (1867) : 58.— NYCD (O’Callaghan et Fernow), IX : 736738, 955s., 990s.— Penhallow, History of wars with Eastern Indians (1726), 118, 129.— [Thomas Westbrook, et al.], Letters of Colonel Thomas Westbrook and others relative to Indian affairs in Maine 1722–26, W. B. Trask, édit. (Boston, 1901),157.— Frederick Kidder, The Abenaki Indians, their treaties of 1713 and 1717... (Portland, 1859),1921.

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Frank T. Siebert, Jr., « WENEMOUET », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/wenemouet_2F.html.

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Année de la publication:   1969
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