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WENGER, JOHANNES (connu plus tard sous le nom de John Winger), évêque tunker, né dans le comté de Lancaster, Pennsylvanie, fils de Christian Wenger ; le 24 août 1777, il épousa Elizabeth Eschlemann, et ils eurent dix enfants ; décédé en 1827 à Black Creek, canton de Bertie, Haut-Canada.

Johannes Wenger grandit dans le comté de Lancaster, au milieu de colons allemands et suisses qui étaient venus dans le Nouveau Monde pour trouver la liberté de religion. Selon la tradition familiale, sa grand-mère avait quitté la Suisse pour ne plus assister aux offices catholiques dans les occasions où la loi l’exigeait. Wenger devint l’un des chefs des Frères dans le Christ, connus aussi au Canada sous le nom de tunkers, groupe piétiste qui prit naissance en Pennsylvanie dans les années 1770. Comme certains des premiers ministres tunkers, dont le fondateur Jacob Engel, il avait d’abord été mennonite. La nouvelle Église, cependant, adopta aussi de nombreuses pratiques des baptistes allemands de la région, particulièrement le baptême par triple immersion.

La plupart des Frères dans le Christ demeurèrent en Pennsylvanie après la guerre d’Indépendance américaine. Ceux qui émigrèrent étaient loyalistes de cœur, même si leurs principes pacifistes les avaient empêchés de prendre les armes. En 1788, Wenger mena un groupe de parents et de voisins jusque dans la presqu’île du Niagara (Ontario). Ils s’établirent d’abord à Short Hills, qui leur rappelait le paysage montagneux de leur coin de Pennsylvanie. Ils y connurent les misères de l’année 1788–1789, surnommée l’« année de la faim », et en 1792 une violente tempête dévasta leurs récoltes, leurs bâtiments et leurs maisons. Quelque part entre 1792 et 1797, Wenger et sa famille s’installèrent dans le canton de Bertie.

Il semble qu’à son arrivée dans la presqu’île du Niagara, Wenger occupait les charges de ministre et de surintendant (évêque). Sous sa direction, une petite congrégation fut formée à Short Hills et, lorsqu’il alla s’établir dans le canton de Berne, la plus grande congrégation du Haut-Canada vit le jour. Comme les fidèles s’assemblaient dans les maisons ou les granges, la construction d’églises n’était pas une priorité. Toutefois, Wenger réserva une partie de sa ferme, sur les bords du ruisseau Black, aux fins d’un cimetière. Il supervisa la formation d’autres congrégations dans le comté d’ York et dans ce qui allait devenir le comté de Waterloo.

Wenger joua très probablement un rôle dans l’adoption des lois qui touchaient ses coreligionnaires. En vertu du Militia Act de 1793, les quakers, les mennonites et les tunkers pouvaient être exemptés du service militaire à condition de verser chaque année un droit de £1 en temps de paix et de £S en temps d’invasion ou d’insurrection. Pour être exempté, il fallait produire un certificat attestant que l’on était membre de l’une de ces Églises mais, comme elles réservaient le baptême aux adultes, bien des jeunes gens atteignaient l’âge du service militaire avant de devenir membres d’une Église. Une loi vint résoudre cette difficulté en 1810. Par ailleurs, en 1794, les mennonites et les tunkers, entre autres, réclamèrent que leurs ministres soient autorisés à célébrer des mariages. Tout changement dans ce sens ne se fit qu’après le départ du lieutenant-gouverneur Simcoe*. À la fin de 1798, entra en vigueur une loi qui accordait cette autorisation aux ministres de l’Église d’Écosse, aux ministres luthériens et calvinistes, et. il fut présumé que les tunkers étaient inclus parmi les calvinistes. Selon la tradition tunker, Wenger aurait été le premier pasteur non anglican à recevoir l’autorisation de célébrer des mariages.

Johannes Wenger devait sans doute porter une barbe (mais peut-être pas de moustache), ses cheveux devaient être longs et séparés par une raie centrale et il devait s’habiller, comme il convenait à un tunker, d’un manteau fait d’étoffe de fabrication domestique et d’un chapeau plat à larges bords. L’image du patriarche sied bien à celui qui fut à la fois chef d’Église et fermier dans une région encore peu habitée. Quant aux décisions politiques sur lesquelles il eut certes une influence, on peut dire que les concessions légales qui permirent aux tunkers de conserver leurs principes pacifistes, tout comme celles qui reconnurent la pratique du baptême des adultes et les mariages célébrés par leur clergé, contribuèrent à l’essor du pluralisme religieux dans le Haut-Canada.

Richard E. Ruggle

APC, RG 1, L3, 522 : W2/100 (mfm aux AO).— Corr. of Lieut. Governor Simcoe (Cruikshank), 3 : 4.— « U.C. land book B », AO Report, 1930.— A. W. Climenhaga, History of the Brethren in Christ Church (Nappanee, Ind., 1942).— George Cober, A historical sketch of the Brethren in Christ Church, known as Tunkers in Canada, et Supplement [...] (Gormley, Ontario, [1953]), 5–6, 43.— The history of the county of Welland, Ontario [...] ([Welland], 1889 ; réimpr. avec introd. de John Burtniak, Belleville, Ontario, 1972).— Origin and history of the Tunker Church in Canada as gathered from authentic and reliable sources, Asa Bearss et Wellington Duxbury, compil. (Ridgeway, Ontario, 1918).— G. E. Reaman, The trail of the black walnut (Toronto, 1957).— E. M. Sider, « History of the Brethren in Christ (Tunker) Church in Canada » (thèse de m.a., Univ. of Western Ont., London, 1955) ; « The early years of the Tunkers in Upper Canada », OH, 51 (1959) : 121–129.

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Richard E. Ruggle, « WENGER, JOHANNES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/wenger_johannes_6F.html.

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Auteur de l'article:   Richard E. Ruggle
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   24 octobre 2014