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WHITE, JOHN HENRY, imprimeur, journaliste et homme d’affaires, né vers 1797 près de Birmingham, Angleterre ; décédé le 28 juillet 1843 à Goose River, lot 42, Île-du-Prince-Édouard.

On trouve peu de renseignements sur les premières années de White. Il apprit le métier de relieur à Warwick, en Angleterre ; en 1825, à Boston, on le désignait comme imprimeur et relieur, et peut-être élut-il domicile à Halifax dès l’année suivante. Il est impossible de vérifier l’assertion selon laquelle il aurait également vécu à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Son départ pour Charlottetown, en août 1829, fut peut-être déterminé par une annonce parue un an plus tôt dans des journaux de la Nouvelle-Écosse. L’avis faisait savoir qu’un comité de Charlottetown, qui comprenait James Bardin Palmer*, un homme aux grandes ambitions politiques, désirait fonder un journal qui serait « loyal, libéral et impartial » ; en pratique, ce journal servirait à exprimer les opinions qui ne trouvaient pas de place dans le Prince Edward Island Register de James Douglas Haszard*.

Peu importe ce qui incita White à déménager, il reste qu’une fois dans l’île, c’est Palmer qui lui confia l’un de ses premiers contrats d’impression, une affiche électorale datée du 7 septembre 1830. D’autres travaux d’impression suivirent. Vers juin 1832, il commença à imprimer un journal religieux, le Christian Visitor, pour un éditeur anglican non identifié. Le 6 août, après avoir patiemment recruté des abonnés, il lança son propre journal, le British American. En 1833, sa soumission pour une impression révisée des lois de l’île l’emporta sur celle de Haszard et, au cours des années suivantes (1834, 1837, 1839), il imprima le Journal de la chambre d’Assemblée de même que diverses brochures éducatives et religieuses, dont une édition de poche des psaumes de David.

Parmi tous les ouvrages qu’il publia, le plus remarquable est son édition par stéréotypie de la Bible de 1611. Il en avait commencé l’impression à Halifax et l’acheva une fois installé à Charlottetown. À l’aide de plaques vraisemblablement obtenues à Boston, il réalisa l’ouvrage en format in-quarto, qu’il disait « incontestablement le meilleur pour l’usage familial ». La Bible de White était agrémentée d’illustrations lithographiées ainsi que d’une section destinée au registre familial, et se vendait en deux volumes reliés en cuir. White la décrivait comme « le seul ouvrage d’envergure imprimé dans la colonie et dans toutes les possessions de sa Majesté britannique en Amérique du Nord » ; effectivement, elle semble avoir le mérite d’être la première Bible de 1611 éditée dans le territoire qui forme aujourd’hui le Canada. Outre les risques financiers habituels, il pesait sur l’entreprise de White une menace supplémentaire du fait que la couronne britannique s’était réservé le droit exclusif de publier cette version de la Bible. Toutefois, rien ne démontre que son initiative ait attiré à White des ennuis, ni même qu’on ait remarqué la transgression commise. Il évita donc le sort du ministre presbytérien américain d’York (Toronto) qui, malgré l’interdit, avait tenté en 1827 d’importer des exemplaires d’une édition américaine de cette même version de la Bible, et qui avait été dénoncé le même été par William Lyon Mackenzie* dans une feuille imprimée et dans son journal, le Colonial Advocate.

Si White échappa à la controverse quand il édita la Bible, il s’y heurta à presque tous les autres tournants de sa carrière d’imprimeur. Les opinions conservatrices exprimées dans le Christian Visitor soulevaient de vives réactions aussi bien dans la Royal Gazette de l’Île-du-Prince-Édouard que, dans le Colonial Patriot de Pictou, en Nouvelle-Écosse. Ce dernier, tout en convenant que White ne faisait qu’imprimer le journal, le mit en garde contre le danger de se laisser entortiller par les dirigeants de celui-ci. White utilisait son propre journal, le British American, pour favoriser les ambitions politiques de ses commanditaires, le groupe de Palmer, en critiquant fréquemment la faction au pouvoir. Son parti pris lui valut de nombreux ennemis. Ainsi les commissaires chargés de superviser l’impression révisée des lois refusèrent son ouvrage, lorsqu’il en présenta une partie pour approbation au début de 1834 ; ils confièrent la tâche à Haszard et, par la suite, poursuivirent White pour rupture de contrat. White engagea alors William Young*, un avocat de Halifax, pour le défendre. Au cours du procès, tenu en juillet 1835 devant le juge en chef Edward James Jarvis*, Young fit valoir, entre autres, que les inimitiés soulevées par le British American étaient en grande partie responsables de cette poursuite. Le jury se prononça en faveur de White et, en 1839, un comité de la chambre d’Assemblée décida que ses frais judiciaires devaient lui être remboursés.

Les difficultés dues à ses liens avec le British American, dont le dernier numéro conservé date du 29 juin 1833, limitèrent le nombre de contrats que White put obtenir du gouvernement et l’obligèrent à se tourner vers d’autres occupations. En août 1835, il lança un sloop qu’il baptisa Triumph en souvenir de sa victoire du mois précédent. Incapable de le vendre avec le profit qu’il avait escompté, il en fit lui-même l’exploitation. Le 25 juillet 1843, après avoir déchargé une cargaison à Goose River, le Triumph fut jeté à la côte. Trois jours plus tard, pendant que White essayait de sauver le gréement du bateau, le mât se brisa et, en tombant sur lui, le tua.

La carrière de John Henry White démontre bien que, dans une petite colonie, la vie était loin d’être assurée pour un imprimeur qui obtenait peu de contrats du gouvernement. Malgré les réalisations qui émaillèrent ses 14 années à l’Île-du-Prince-Édouard, White y éprouva des difficultés que seule sa mort prématurée put lever. Il ne laissa aucun parent dans l’île.

Marianne G. Morrow et Nicolas de Jong

On trouve le livre de John Henry White, The Holy Bible, containing the Old and New testaments : translated out of the original tongues [...] (3 vol. en 2), dans cinq dépôts : American Bible Soc. Library (New York) ; Dalhousie Univ. Library, Special Coll. (Halifax) ; Newberry Library (Chicago) ; PAPEI ; et Acadia Univ. Library, Rare Book Coll. (Wolfville, N.-É.). Tous les volumes furent édités à Halifax, sauf deux des trois exemplaires de l’Acadia Univ. qui furent imprimés à Charlottetown. Aucun volume ne porte de date de publication. La presse typographique et les bibles de White, de même que quelques planches, comptaient parmi les nombreux articles vendus à l’encan peu après son décès ; on ignore ce qui est advenu des planches. Aucun numéro du Christian Visitor (Charlottetown) n’a été conservé et son rédacteur en chef n’a jamais été identifié. La seule série connue du British American (Charlottetown), 6 août 1832–29 juin 1833, se trouve aux PAPEI.

APC, RG 42, E1, 1349.— PAPEI, Acc. 2702/859 ; RG 3, petitions, 1836.— St Paul’s Anglican Church (Charlottetown), Reg. of burials, 30 juill. 1843 (mfm aux PAPEI).— Î.-P.-É., House of Assembly, Journal, 1836 : 54.— Report of the trial held at Charlotte-town, Prince Edward Island, July 8th, 1835 [...] (s.l.n.d. ; copie aux PANS).— Colonial Herald, and Prince Edward Island Advertiser (Charlottetown), 29 juill. 1843.— Colonial Patriot, 18 avril 1828, 1er, 15 sept., 6 oct. 1832.— Islander, 4 août, 1er sept. 1843.— Phenix (Charlottetown), 21 avril 1828.— Royal Gazette (Charlottetown), 17–24 juill. 1832, 1er août 1843.— The Boston directory, 1825, 1826.— The English Bible in America ; a bibliography of editions of the Bible & the New Testament published in America, 1777–1957, M. T. Hills, édit. (New York, 1961 ; réimpr., 1962), xviii-xix, 86.— M. G. Morrow, « John Henry White, the unknown printer », Island Magazine (Charlottetown), no 22 (automne-hiver 1987) : 29–30.

Bibliographie générale

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Marianne G. Morrow et Nicolas de Jong, « WHITE, JOHN HENRY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/white_john_henry_7F.html.

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Auteur de l'article:   Marianne G. Morrow et Nicolas de Jong
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   30 octobre 2014