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YOUNG, GEORGE RENNY, éditeur, avocat, auteur et homme politique, né le 4 juillet 1802 à Falkirk, Écosse, fils de John Young* et d’Agnès Renny ; décédé le 30 juin 1853 à Halifax.

Comme son frère William*, George Renny Young fut complètement façonné par son père au cours de ses années de formation. John Young, le célèbre Agricola, débarqua à Halifax en avril 1814 déterminé à accumuler « une fortune aussi rapidement que possible, sous n’importe quel drapeau », et convaincu qu’il pouvait être en même temps marchand et homme de lettres. Bien qu’il n’ait eu que 12 ans, George Renny se rendit à Castine, dans le Maine, après que des troupes britanniques commandées par sir John Coape Sherbrooke* se furent emparées de l’endroit en septembre 1814, et, durant sept mois, il aida son père à faire des affaires d’or avec une grande quantité de marchandises sèches que les Young avaient apportée de Grande-Bretagne. Comme il s’en tirait bien, il mérita les éloges de son père, qui écrivit que ses aptitudes commençaient « à se manifester et [qu’]il se révéler[ait] un garçon plus malin qu’[il] ne l’a[vait] cru ». John Young ajoutait : « s’il persiste dans sa conduite actuelle, qui est fort louable, je devrai lui donner une part des bénéfices ». Plus que ses frères, George Renny aspirerait avec le temps à associer une carrière littéraire à son travail, comme l’avait fait son père, et il se ferait le plus grand défenseur de ce dernier : il déplorerait « l’ingratitude des Néo-Écossais qui, « après avoir tué un patriote, refusèrent d’ériger un monument à sa mémoire ».

Durant les cinq ou six années suivantes, Young continua à travailler avec son père dans le commerce et l’agriculture. En 1815, il prit un petit bateau pour se rendre à l’île Fox, dans la baie de Chedabouctou, et échangea des marchandises contre du poisson. Il trouva que les îles étaient le pire endroit de vice qu’il ait jamais vu ; quand les pêcheurs ne travaillaient pas, ils étaient en train « de se battre, de s’amuser, de boire ou de fumer ». En 1821, il commença ses études à la Pictou Academy, en dépit des objections de son frère William, qui pensait que ce n’était pas un endroit pour lui. George s’inscrivit au cours de morale du directeur Thomas McCulloch*, et il trouva qu’en dépit de « toutes ses singularités de caractère » c’était « un homme d’un savoir profond et précis », qui s’expliquait si clairement et si complètement que personne ne pouvait manquer de le comprendre.

À la fin de 1824, Young lança un hebdomadaire, le Novascotian, or Colonial Herald. Les premiers temps, il évitait tout ce qui sentait le radicalisme et déclarait son attachement à la constitution britannique et au « caractère éclairé » de la politique coloniale de la Grande-Bretagne. Plutôt que d’entraîner la colonie dans des querelles politiques, il fit ce qui était en son pouvoir pour favoriser le progrès matériel. Ainsi, le Novascotian contenait quantité d’articles originaux sur l’agriculture, l’industrie et le commerce de la province, ce qui en faisait un journal unique en Nouvelle-Écosse. Les rares incursions de Young dans la politique furent pour reprocher à la chambre d’Assemblée de ne pas encourager la mise en valeur de la province. En 1826, après que seulement 20 des 41 anciens députés eurent été réélus, il émit l’opinion que ceux qui avaient été défaits avaient subi les conséquences de leur attitude négative à cet égard. Young eut la chance de jouir de nombreux avantages dans sa tâche d’éditeur de journal : sa famille veillait à ce qu’il ne manque pas de capitaux ; son père et son frère William collaboraient fréquemment au journal ; et les relations de son père dans l’est de la Nouvelle-Écosse et en Grande-Bretagne lui garantissaient des correspondants à l’extérieur de Halifax. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait rapidement fait du Novascotian le meilleur journal non spécialisé de la province. Joseph Howe*, qui ne pouvait pas compter sur une aide semblable, était quelque peu craintif quand il publia son premier numéro au début de 1828.

Pendant qu’il était éditeur du Novascotian, Young avait entrepris des études de droit, même si un Écossais qu’il connaissait l’avait prévenu que, comme avocat, il passerait son temps « à confondre le bien et le mal », que « la ligne de démarcation » entre les deux deviendrait complètement brouillée et qu’il finirait par n’avoir qu’un seul objectif : gagner ses procès quel que soit « le tort ou l’injustice [...] causé ». À la fin de 1827, il vendit le Novascotian pour poursuivre ses études de droit à plein temps, surtout en Grande-Bretagne ; il reçut le titre d’attorney le 22 janvier 1833, et celui de barrister le 22 juillet 1834. Par la suite, il exerça sa profession à Halifax avec son frère William, dont il était l’associé. En tant qu’avocat, il fut peut-être surpassé, comme le dirait plus tard un biographe, en ce qui a trait aux « grâces extérieures de l’éloquence judiciaire », mais personne ne pouvait lui en remontrer en fait de « perspicacité en matière de droit, et [de] recherches très poussées », particulièrement quand il s’agissait de « fouill[er] à fond les sources et les précédents juridiques ».

Juste avant de commencer à exercer, Young avait fait parler de lui en deux occasions, mais sans l’avoir toujours cherché. Comme il faisait partie d’une famille très unie, il travailla activement en 1832 pour faire élire William dans la circonscription de Cap-Breton. Il contribua à faire de cette campagne électorale une des plus célèbres de toute l’histoire de la province du fait qu’un comité de la chambre déclara que Young était un des chefs de la cohue qui, « armée de bâtons », avait expulsé les amis du candidat adverse de la tribune électorale et leur avait infligé des blessures physiques ainsi que « les pires insultes et les plus mauvais traitements ». Par ailleurs, pendant son séjour en Grande-Bretagne en 1833, Young avait été consterné de voir que les chefs de file de l’opinion anglaise n’étaient pas au courant des ressources et des progrès des colonies. Le résultat fut la publication, en 1834, d’un ouvrage intitulé The British North American colonies [...], dans lequel Young, comme le ferait Howe plus tard, montrait l’importance des colonies et du commerce colonial pour la Grande-Bretagne et soulignait particulièrement le fait que la marine royale avait besoin d’être appuyée par une marine marchande qui ferait la navette entre la Grande-Bretagne et les colonies. De plus, il soutenait que les pêcheurs des colonies constituaient la meilleure pépinière de marins pour la marine royale et que les colonies fournissaient l’endroit le plus approprié pour entretenir une marine de guerre contre les États-Unis.

Le long voyage que Young fit en Grande-Bretagne en 1837–1838 revêtit une importance encore plus grande. C’est pendant ce voyage qu’il apprit la mort de son père (choc émotionnel pour toute la famille) et qu’il reçut des lettres de sa mère, dans lesquelles celle-ci le suppliait d’épouser « une gentille femme du pays » qui pourrait la seconder dans la direction de l’exploitation agricole de Willow Park. Sa mère insistait sur le fait qu’il ne pourrait jamais être heureux avec une femme qui « ne se soucierait pas de [ses] sentiments [...], [serait] indifférente à [sa] personne » ou qui aurait « un goût extrême pour la mode ». Mais le 12 avril 1838, avant même qu’elle n’écrive, il avait épousé une élégante Londonienne, Jane Brooking, qui était la fille de Thomas Holdsworth Brooking*, homme riche, partisan de l’élitisme et de l’autorité. Le second but personnel du voyage de Young était d’assurer son avenir à un moment où la séparation du Conseil de la Nouvelle-Écosse en deux branches, l’une exécutive et l’autre législative, paraissait imminente. Après avoir échoué dans ses premières tentatives pour être nommé au Conseil législatif, Young obtint de son beau-père qu’il intervienne en sa faveur auprès du secrétaire d’État aux Colonies, lord Glenelg. Brooking ne réussit qu’à se faire dire que cette question était une affaire entre le lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, sir Colin Campbell*, et Young lui-même. Comme il n’était pas habitué à se faire rabrouer, Brooking fut convaincu que « quelque chose de louche quelque part » serait découvert « lorsqu’on en arriver[ait] à passer cette affaire au crible ». Mais il était tout à fait absurde de s’attendre à ce qu’un jeune homme sans expérience comme Young reçoive un honneur de ce genre.

Sur le plan professionnel, Young représenta au cours de ce voyage deux propriétaires absentéistes de l’Île-du-Prince-Edouard, David et Robert Bruce Stewart, qui faisaient face à des menaces de non-paiement des loyers de la part de leurs locataires et à des mesures législatives hostiles de la part du Parlement. Il reçut l’assurance du secrétaire d’État aux Colonies que celui-ci ne prendrait pas de mesures pour confisquer les terres des propriétaires absentéistes et, à son tour, il proposa un plan, développé plus tard dans une brochure, qui, on l’espérait, éliminerait tout motif de plainte et mettrait fin à l’agitation qui entourait la question de l’escheat. Plus tard en 1838, Young, agissant au nom de ses clients et propriétaires, travailla avec Samuel Cunard*, un des plus gros propriétaires fonciers de l’île, pour dresser les plans de la Prince Edward Island Land Company, dans laquelle les propriétaires participants devaient unir leurs biens fonciers pour constituer un vaste projet d’immigration. La mère de Young craignait pour son fils parce que le pouvoir de Cunard était « immense et [... que] les gens [avaient] tellement peur de lui qu’ils rest[aient] tranquilles et soumis ». Elle ajoutait : « Il n’a jamais été favorablement disposé envers notre famille et il te portera un coup quand il en aura l’occasion. » Le projet tomba à l’eau quand Cunard insista pour rompre quelques-uns des arrangements initiaux, dont la désignation du frère de Young, Charles, au poste d’avocat de la compagnie. Brooking était tellement indigné de la façon dont Cunard avait traité son gendre qu’il espérait avoir « une occasion de le lui dire en personne ».

Young ne pouvait être accusé d’inactivité dans les domaines de l’information et de l’éducation. Au cours de son voyage en Grande-Bretagne en 1837–1838, il publia une brochure sur les activités bancaires et la monnaie, dans laquelle il recommandait que la livre sterling soit adoptée comme monnaie de compte. Il aida Abraham Gesner*, qui devait plus tard découvrir le kérosène, à établir une correspondance avec des naturalistes de Grande-Bretagne. Ancien président et conférencier habituel du Halifax Mechanics’ Institute, il s’occupa de mettre cet institut en communication avec des organisations sœurs de Grande-Bretagne, et, en 1842, le Central Board of Agriculture le remercia de l’avoir aidé à établir des relations semblables. Après la mort subite de sa femme, survenue en décembre 1841, il se consacra à la réalisation d’une idée qu’il avait eue plus tôt, celle de réunir dans un livre des essais, à la manière de David Hume et de sir William Blackstone, sur l’éducation dans les colonies. Le résultat fut la publication en 1842 d’un recueil de 12 conférences intitulé On colonial literature, science and education [...], qui portait sur la littérature et la science en général, les systèmes d’enseignement nationaux, l’éducation dans les colonies et l’éloquence, ancienne et moderne. Les deux autres volumes qui devaient suivre ne furent pas publiés ; la parution du recueil suscita peu d’intérêt et, aujourd’hui, ce n’est plus qu’une curiosité.

Young se mit aussi à écrire un conte romantique qu’il intitula : The Prince and his protégé [...]. Il fut publié anonymement en huit feuilletons dans le Halifax Morning Post & Parliamentary Reporter au début de 1844 et parut un peu plus tard sous le nom de son auteur dans l’Albion de New York. Hautement moralisateur, ce conte peut être jugé d’après ses deux dernières phrases : « Si Darnley n’avait pas été chrétien, Edith Conway n’aurait jamais été à lui. La religion représentait pour lui ce qu’elle est toujours ici, la source de tous nos bonheurs les plus exquis. » Les papiers de Young révèlent qu’il essaya aussi d’écrire de la poésie, apparemment sans grand succès.

Comme son père et son frère, Young avait adhéré à la cause réformiste et, comme eux, il ne reçut pas la considération qu’il espérait parce que sa voie, en politique, semblait déterminée par l’intérêt personnel. Il est certain que le libéralisme des Young était fortement de tendance whig et anti-démocratique ; d’Angleterre, le beau-père de Young les avertit d’avoir aussi peu de rapports que possible avec ce démagogue verbeux qu’était Howe ; Brooking ne pouvait être arrivé à cette conclusion qu’à partir de renseignements fournis par les Young eux-mêmes. Peu après que Howe eut adressé ses célèbres lettres sur le gouvernement responsable à lord John Russell en 1839, Young envoya ses propres lettres sur le même sujet. Quoique pertinentes en substance, les lettres de Young étaient hautement légalistes et dépourvues des analogies frappantes et des exemples que seul un Howe pouvait fournir.

Young débuta dans la politique active en 1843 en se faisant élire député de la circonscription de Pictou à l’Assemblée et, en peu de temps, il devint un puissant porte-parole des réformistes. En 1845, après avoir entendu un discours de Young qui condamnait le lieutenant-gouverneur lord Falkland [Cary*] pour avoir rendu publiques certaines dépêches défavorables à Howe, un journaliste écrivit : « Nous avons entendu bon nombre de discours dans notre vie, mais jamais nous n’en avons entendu un qui possédait plus de puissance et [contenait plus] d’attaques directes et brutales. » En 1846, le chemin de fer entre Halifax et Québec devint la principale préoccupation de Young, et cela devait avoir une influence majeure sur le reste de sa vie. Quand le projet lui avait été proposé pour la première fois en Grande-Bretagne en 1845, il l’avait jugé « en avance sur l’époque », mais un voyage ultérieur dans la province du Canada et au Nouveau-Brunswick ainsi qu’un examen des données statistiques le convainquirent que le projet était réalisable, et il devint apparemment le premier citoyen en vue de l’Amérique du Nord britannique à faire des pressions énergiques pour obtenir ce chemin de fer. En 1846, il persuada l’Assemblée de s’engager à soutenir la réalisation de ce projet aussitôt qu’elle pourrait être « entreprise [...] avec sagesse et opportunité ». Au cours de la même session, Falkland, qui avait perdu tout sens de l’objectivité politique, ordonna que soit présentée devant le Parlement une dépêche destinée au secrétaire d’État aux Colonies, lord Grey, dans laquelle il accusait William et George Renny Young de s’être associés avec des spéculateurs anglais de réputation douteuse et d’avoir mis les noms de Néo-Écossais respectables sur des prospectus du chemin de fer sans leur consentement. Outré, Howe laissa échapper qu’une telle attitude conduirait un colon à « engager un Noir pour cravacher un lieutenant-gouverneur dans les rues ». Les frères Young, qui étaient devenus les conseillers juridiques de la compagnie de chemin de fer dans la colonie, démontrèrent que les prospectus en question étaient des épreuves destinées à rester secrètes, et il semble que toute action condamnable de leur part était, au pis aller, énormément exagérée. En 1847, en partie grâce aux efforts soutenus des Young, George Renny réussit à faire adopter par l’Assemblée une adresse qui protestait contre le monopole dont jouissait la General Mining Association sur les mines et les minéraux de la Nouvelle-Écosse.

Young fut réélu député de la circonscription de Pictou lors de la victoire réformiste de 1847 et, le 2 février 1848, il devint ministre sans portefeuille dans le cabinet de James Boyle Uniacke ; c’était le premier gouvernement totalement « responsable » à voir le jour dans une colonie. Durant tout le temps où les ministres qui avaient des portefeuilles s’occupèrent de se faire réélire, Young fut, parmi les porte-parole du gouvernement, celui qui s’exprimait avec le plus d’aisance. En 1849, il fut l’un des trois commissaires chargés de voir à ce que la construction du télégraphe électrique entre Halifax et la frontière du Nouveau-Brunswick se déroule de la façon la plus efficace et la moins coûteuse possible. Mais le désir insatiable des frères Young d’être les plus grands aux yeux du public créait déjà des difficultés au sein du cabinet. Dès 1848, Howe avait reproché à Young de vouloir enlever la responsabilité des routes secondaires aux députés des circonscriptions rurales pour la donner au Conseil exécutif, ce qui créerait une situation analogue à celle qui prévalait dans la province du Canada, où toutes les routes relevaient du gouvernement de la colonie. Selon Howe, comme sanction, on devrait obliger Young à traverser en voiture cette province, où lui-même, « une fois, s’était presque cassé le cou en voyageant en carrosse sur des routes raboteuses ». L’année suivante, le British Colonist se demandait si les frères Young avaient l’intention de prendre la tête d’un parti qui s’opposerait à Uniacke et à Howe.

De nouveau, en 1850, au moment où Howe faisait pression pour obtenir la construction d’un chemin de fer entre Halifax et Windsor – projet d’abord présenté par William Scarth Moorsom* – les frères Young exprimèrent leur manque de confiance dans les levés et leurs craintes quant au coût de ce projet, peut-être parce qu’ils ne voulaient pas que cette ligne supplante celles auxquelles ils s’intéressaient. D’un ton indigné, Howe fit remarquer qu’ils avaient associé leurs noms à une entreprise beaucoup plus risquée en 1845 et il exprima son dégoût pour « ce demi-soutien à une mesure – ce qui lui enlev[ait] toute chance de réussir ». Après que l’Assemblée eut refusé de s’engager dans ce projet à moins que la moitié des fonds ne soit versée par des intérêts privés, le Sun, propriété de Richard Nugent, rejeta la responsabilité du geste de l’Assemblée sur « l’intervention beaucoup trop empressée des MM. Young » et leur « amour et [leur] admiration d’eux-mêmes ». La rupture entre Young et le cabinet réformiste se produisit en 1851, après que des nouvelles en provenance d’Angleterre eurent indiqué que Howe avait obtenu une garantie de Londres pour la réalisation du chemin de fer intercolonial. Quand Uniacke tenta d’obtenir l’approbation de l’Assemblée, Young qualifia l’offre du gouvernement britannique de « mesquine » et soutint que Londres devrait payer la moitié du coût de la voie ferrée jusqu’à Québec. Il se défendrait plus tard en disant qu’une opposition à l’action du gouvernement provincial était en train de se former et qu’il avait essayé une ruse de guerre qui, en occupant la position de ses adversaires, les désarmerait, mais on le soupçonnait fortement de ne pouvoir accepter qu’un projet qu’il avait lui-même lancé soit repris par quelqu’un d’autre. Quoi qu’il en soit, à son retour de Grande-Bretagne, Howe trouva dans la presse des insinuations selon lesquelles le Conseil exécutif était aux prises avec « une vilaine maladie » dont « rien d’autre qu’un couteau de chirurgien [ne pouvait] venir à bout ». Il apprit aussi qu’Uniacke avait offert sa démission et refusait d’être en fonction plus longtemps aux côtés de Young. Quoiqu’il ait hésité à intervenir dans une affaire survenue pendant son absence, Howe, en sa qualité de secrétaire de la province, obtint la démission de Young à la demande du lieutenant gouverneur, sir John Harvey. Dans la lettre qu’il adressa à ce dernier, Young affirmait que la vérité constituait « le plus sûr guide en fin de compte » et que, même s’il n’avait pas de différends avec ses autres collègues, il ne pouvait plus agir utilement aux côtés d’Uniacke.

En juillet 1851, Young informa ses électeurs qu’il ne se présenterait pas aux élections générales qui devaient se tenir le mois suivant. Cela était dû en partie au fait qu’il ne pouvait « contenter tout le monde [...] dans une circonscription si divisée » – ses papiers montrent de grandes divergences entre les habitants de la circonscription de Pictou sur des sujets tels que la division du comté –, mais c’était surtout parce qu’il ne voulait pas que la province s’engage à payer le tiers du coût du chemin de fer entre Halifax et Québec, et qu’il était peu disposé à « se laisser entraîner dans tout affrontement violent avec [ses] anciens amis en politique » sur ce sujet.

Dans une lettre adressée à lord Grey, Howe attribuait la conduite aberrante de Young à une chute de cheval : il était tombé « sur la tête, sur une route très dure, en rentrant d’un dîner à la campagne, il y a[vait] quelques années ». Il ajoutait : « Je ne crois pas qu’il se soit porté tout à fait bien depuis ; c’est maintenant un monomaniaque chronique. » Young était dans un de ses plus mauvais moments lorsqu’il rédigea une série de plus de 20 lettres, publiées dans le British North American entre juillet et octobre 1852, dans lesquelles il se figurait pouvoir discréditer la presse et les leaders des deux partis, et « chevaucher un nouveau monde issu du chaos ». Ses attaques les plus virulentes étaient dirigées contre Howe, William Annand* et Nugent, à qui il disait de « mettre de côté leur canaillerie et leurs masques [...] si [la province devait] avoir un régime responsable ». Nugent répliqua en disant à Young que tout le monde savait qu’il fréquentait « des individus qu’il [Nugent] ne nommerait pas », qu’il était coupable d’ « actes bestiaux » et que la connaissance de ces faits avait brisé « le cœur d’une dame pleine de courage, dont l’importante « dot » servait à payer ses satisfactions libertaires ». Pourquoi, se demandait Nugent, un de ses amis ne prenait-il pas à sa charge ce qu’il en coûterait pour « l’expédier là où les fous sont soignés et rééduqués » ? Peu importe la justesse des commentaires de Nugent, la condition mentale de Young durant les toutes dernières années de sa vie était telle qu’aucun geste de sa part n’aurait été surprenant. En plus de ses « périodes noires », Young souffrait de graves maladies physiques (insuffisance de son système digestif, perte de ses forces et violentes douleurs) qui transformèrent les derniers mois de sa vie en cauchemar.

George Renny Young possédait de nombreux talents. Parmi les Young, c’est lui qui produisit le plus sur le plan littéraire, et, de tous ses contemporains, il fut celui qui était le plus enclin à consacrer du temps à la recherche et à la collecte de données statistiques. Malgré cela, il connut une fin tragique. Comme son père et son frère William, il rechercha trop manifestement son intérêt personnel ; à la différence de William toutefois, il manqua de prudence, de sagacité et, surtout, il n’eut pas la chance d’être à la bonne place au bon moment. Ses talents le rendaient digne d’un meilleur sort.

J. Murray Beck

George Renny Young est l’auteur de : The British North American colonies [...] (Londres, 1834) ; History, principles, and prospects of the Bank of British North America, and of the Colonial Bank, with an enquiry into colonial exchanges, and the expediency of introducing « British sterling and British coin » in preference to the « dollar » (Londres, 1838) ; A statement of the « Escheat question », in the Island of Prince Edward ; together with the causes of the late agitation, and the remedies proposed (Londres, 1838) ; Upon the history, principles, and prospects of the Bank of British North America, and of the Colonial Bank ; with an enquiry into colonial exchanges, and the expediency of introducing « British sterling and British coin » in preference to the « dollar », as the money of account and currency, of the North American colonies (Londres, 1838) ; Letters on « Responsible government », and an union of the colonies of British North America to Lord John Russell (Halifax, 1840) ; Letters to the Right Hon. [...] Lord Stanley [...] (Halifax, 1842) ; On colonial literature, science and education [...] (Halifax, 1842) ; et Articles on the great colonial project of connecting Halifax and Quebec by a railroad : and ultimately the Atlantic and the waters of Lake Huron [...] (Halifax, 1847). Son conte romantique, The prince and his protégé ; or, « tis fifty years since : a provincial tale, founded on fact », parut anonymement, d’abord en huit feuilletons dans le Halifax Morning Post & Parliamentary Reporter, 4–23 janv. 1844, puis sous forme de brochure intitulée The prince and his protégé ; a tale of the early history of Nova-Scotia (Halifax, 1844), et, sous le nom de Young et portant le titre de The prince and his protégé : a tale of Nova Scotia, dans l’Albion (New York), 20, 27 avril 1844.

APC, MG 24, B29, particulièrement vol. 36 (mfm aux PANS).— PANS, MG 1, 550–558, particulièrement 554 ; MG 2, 719–725, 731–732.— N.-É., House of Assembly, Journal and proc., particulièrement 1833 ; 1846–1847.— Acadian Recorder, particulièrement 1821, 1851.— British Colonist (Halifax), particulièrement 1849, 1851.— British North American (Halifax), 1852.— Daily Sun (Halifax), particulièrement 1852.— Halifax Morning Post & Parliamentary Reporter, particulièrement 1844.— Halifax Sun, particulièrement 1850.— Morning Chronicle (Halifax), particulièrement 1851.— Novascotian, particulièrement 1826–1827, 1845–1846.— Times (Halifax), particulièrement 1844, 1848.— Belcher’s farmer’s almanack, 1836.— Directory of N.S. MLAs.— Beck, Government of N.S. ; Joseph Howe.— Robert Grant, Life and times of George R. Young (New Glasgow, N.-É., 1886).— D. C. Harvey, Pre-Agricola John Young, or a compact family in search of fortune », N.S. Hist. Soc., Coll., 32 (1959) : 125–159.

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J. Murray Beck, « YOUNG, GEORGE RENNY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/young_george_renny_8F.html.

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Auteur de l'article:   J. Murray Beck
Titre de l'article:   YOUNG, GEORGE RENNY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   18 décembre 2014