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ZEISBERGER, DAVID, ministre morave, né le 11 avril 1721 à Zauchtenthal (près d’Ostrava, Tchécoslovaquie), fils de David Zeisberger et d’une prénommée Rosina (Anna) ; le 4 juin 1781, il épousa à Lititz, Pennsylvanie, Susanna Lekron (Susan Lecron) ; décédé le 17 novembre 1808 à Goshen (près de Gnadenhutten, Ohio).

En 1726 ou 1727, la famille Zeisberger alla s’installer à Herrnhut, dans le duché de Saxe (République démocratique allemande), où des coreligionnaires de la secte des frères moraves s’étaient établis. Lorsque les parents de David Zeisberger immigrèrent dans une colonie morave de Géorgie en 1736, celui-ci demeura sur place afin de poursuivre ses études. Il rejoignit ses parents deux années plus tard et les suivit lorsqu’ils s’installèrent dans la partie est de la Pennsylvanie, en 1740. Même si les ministres avaient décidé qu’il devait retourner en Europe, au début de 1743, l’évêque David Nitschmann, constatant la tristesse du jeune homme à l’idée de partir, lui conseilla de rester. Zeisberger passa les deux années suivantes à apprendre la langue des Loups (Delawares) et celle des Agniers en vue de son œuvre missionnaire. Il devait par la suite maîtriser les langues des Onontagués, des Goyogouins, des Mohicans et des Sauteux ainsi qu’un autre dialecte des Loups (Delawares). Vers la fin des années 1740, il desservit les Loups (Delawares), à Shamokin (Sunbury, Pennsylvanie), et il reçut les ordres le 27 février 1750. Vers la fin de cette année-là, il se rendit à Herrnhut où il fit un compte rendu du succès des missions. Par suite de la grande estime que le chef des frères moraves, le comte von Zinzendorf, avait pour lui, il fut nommé, à la même époque, missionnaire « perpétuel » auprès des Indiens. Pendant la décennie qui suivit, il desservit différents endroits dans les Treize Colonies, tout en servant d’interprète à l’occasion.

Le pacifisme faisait partie des croyances des frères moraves, et les Indiens trouvèrent extrêmement difficile de le pratiquer pendant la guerre de Sept Ans et le soulèvement de Pondiac*. Plusieurs néophytes abandonnèrent la mission ou furent tués. Au printemps de 1765, après que la paix fut rétablie dans l’Ouest, Zeisberger conduisit les Indiens survivants de sa secte, dont la plupart étaient des Loups (Delawares) et des Mohicans, en amont de la branche est de la rivière Susquehanna pour y fonder la colonie de Friedenshütten (près de Wyalusing, Pennsylvanie). Pendant les quelques années qui suivirent, il exerça surtout son ministère parmi les différentes bandes d’Indiens de la région éloignée du nord de la Pennsylvanie.

Les pressions exercées par des colons blancs de la vallée de la Susquehanna commencèrent à rendre la vie difficile aux Indiens de la secte qui y étaient installés. C’est pourquoi, à la suite d’une invitation de Netawatwees (King Newcomer), le chef des Loups (Unamis), les Indiens quittèrent Friedenshütten et une colonie voisine pour se rendre dans la vallée de la Muskingum (Tuscarawas). Là-bas, à Schœnbrunn (près de Gnadenhutten, Ohio), Zeisberger fonda une nouvelle colonie, en 1772, et plusieurs autres communautés s’y établirent par la suite. Pendant la Révolution américaine, il tenta de convaincre les Indiens de la secte des frères moraves et leurs voisins loups (delawares) de rester neutres, mais les belligérants des deux camps les tinrent pour suspects, lui et ses néophytes dont plusieurs furent tués [V. Glikhikan*]. En 1781, la colonie de Schœnbrunn fut déplacée de force par un imposant parti qu’accompagnait l’agent britannique des Affaires indiennes, Matthew Elliott, et les membres de la mission furent dispersés le long des rives du lac Érié au cours de l’année suivante. Amené à Detroit en 1782, Zeisberger subit l’interrogatoire du commandant britannique Arent Schuyler DePeyster*, puis fut remis en liberté. Il réunit un certain nombre de ses néophytes dispersés çà et là, et, avec l’aide du commandant, il établit une colonie temporaire au nord de Detroit, à New Gnadenhütten (Mount Clemens, Michigan). En 1786, après avoir entendu dire que les Américains avaient réservé des terres pour les Indiens moraves dans la vallée de la Muskingum, il les mena vers cet endroit. Toutefois, les Loups (Delawares) de l’endroit leur conseillèrent fortement de ne pas s’installer dans les terres réservées, et Zeisberger conduisit ses ouailles plus près du lac Érié où ils fondèrent New Salem (près de Milan, Ohio).

En 1788, la communauté comprenait 164 personnes, soit un tiers du nombre de ceux qui avaient vécu dans les villages de la Muskingum avant la Révolution américaine, et la guerre était toujours menaçante. Une ligue des tribus indiennes de la région située au sud des Grands Lacs avait été formée dans le but d’empêcher le progrès de la colonisation américaine [V. Michikinakoua]. Les affrontements qui s’ensuivirent entre les Indiens et les Blancs entraînèrent l’évacuation des résidents de New Salem en 1791. Cherchant refuge en territoire britannique, ils traversèrent la rivière de Detroit et établirent un village temporaire près de ce qui s’appelle aujourd’hui Amherstburg, en Ontario. Zeisberger tenait à ce que ses ouailles vivent à l’abri des menaces et des tentations de la société blanche. C’est pourquoi, au début de 1792, il vit à se faire accorder la permission de fonder un établissement le long de la rivière La Tranche (rivière Thames) où, en retrait de la nouvelle ville de Thamesville, ils purent enfin se sédentariser. Sous sa gouverne, la colonie récente de Schœnfeldt ou de Fairfield, comme on l’appelait en anglais, commença à progresser. On projeta un village, comprenant 38 lots, où furent construits un temple, des écoles et des granges. Les colons s’adonnèrent à la culture du maïs, du blé et des légumes, à l’élevage bovin, à l’apiculture et à la production de sacre d’érable. Ils purent, de plus, s’approvisionner en sel et en huile dans des sources situées non loin de là. La colonie de Fairfield fut l’hôte du lieutenant-gouverneur Simcoe et de sa suite en février 1793. Même si Simcoe reprochait aux missionnaires d’entretenir des relations trop étroites avec les dirigeants de l’Église des frères moraves à Bethlehem, en Pennsylvanie, il leur octroya plus de 50 000 acres de terre en juillet. Vers 1798, la colonie vendait environ 2 000 boisseaux de maïs par année à la North West Company et produisait 5 000 livres de sucre d’érable.

Toutefois, la vie de Zeisberger à Fairfield ne fut pas de tout repos. Au sujet des Blancs qui venaient s’établir dans les environs et convoitaient les terres, Zeisberger écrivit : « s’ils pouvaient nous chasser d’ici [...] ils le feraient avec plaisir ». Des partis de guerre passant par là exhortèrent les Indiens de la mission à se joindre à eux dans leur lutte pour sauver les terres des Indiens au sud du lac Érié. Des commerçants et des voisins, blancs, indiens ou noirs, leur offrirent de l’alcool. De plus, il leur était difficile d’abandonner leurs croyances et coutumes ancestrales, et leur nouvelle religion les laissait souvent perplexes. Maintes fois certains d’entre eux, subissant l’ultime mesure disciplinaire, devaient être chassés de la communauté. Plusieurs y retournaient et tentaient de nouveau de s’adapter aux normes exigées, mais des parents et des amis non convertis continuaient de les supplier de revenir à leur ancien mode de vie. Le journal de Zeisberger fait souvent allusion à « des relaps et des transgresseurs » parmi « les frères », et au « ténébreux paganisme » de leurs voisins sauteux qui venaient quémander de la nourriture sans toutefois se convertir. Vers la fin de l’année 1793, l’établissement comptait 159 Indiens ; quatre années plus tard, leur nombre n’était passé qu’à 172.

Dans l’intervalle, les terres de la vallée de la Muskingum avaient été arpentées, en 1797, et les Indiens de Fairfield furent incités conjointement par le gouvernement américain et par l’évêque des frères moraves à Bethlehem, John Ettwein, à y retourner. Laissant son sens du devoir l’emporter sur son discernement, Zeisberger prit l’angoissante décision de partir, ayant toutefois convenu que deux missionnaires et la plupart des Indiens demeureraient sur place. Lorsqu’il quitta Fairfield en août 1798, ce fut l’âme et le dynamisme de la mission qui disparurent. Totalement dévoué à son ministère, Zeisberger possédait de grandes qualités de chef. Un missionnaire qui avait œuvré avec lui écrivit plus tard : « Dans des circonstances affligeantes et dangereuses, non seulement ses collègues mais les Indiens convertis comptaient invariablement sur lui ; et son courage, son intrépide volonté d’agir [et] ses paroles de réconfort relevaient le moral de tous. »

La nouvelle colonie de Goshen fut établie dans la vallée de la Muskingum, non loin des anciens établissements, et c’est là que David Zeisberger passa les dix dernières années de sa vie, hanté par l’idée de l’échec. De fait, même s’il ne réalisa pas un nombre élevé de conversions, il laissa une œuvre précieuse. Au fil des années, il avait écrit de multiples ouvrages sur la langue des Loups (Delawares) et des Onontagués, qui sont toujours fondamentaux pour ceux qui veulent l’étudier, et ses journaux personnels et officiels constituent une source de référence importante pour ceux qu’intéresse l’histoire des tribus parmi lesquelles il passa plus de 60 ans de sa vie. Les Américains rasèrent Fairfield pendant la guerre de 1812, mais après sa reconstruction de l’autre côté de la rivière Thames, sous le vocable de New Fairfield, la mission des frères moraves put continuer d’y exister jusqu’en 1903. Les descendants des ouailles de Zeisberger vivent encore dans ce qui reste des terres connues présentement comme la Moravian Indian Reserve.

Daniel James Brock

Entre autres multiples activités, David Zeisberger a publié plusieurs ouvrages dans la langue des Loups (Delawares). Mentionnons sa traduction, à partir de l’allemand et de l’anglais, d’hymnes de l’Église morave, quia paru sous le titre de A collection of hymns, for the use of the Christian Indians, of the missions of the United Brethren, in North America (Philadelphie, 1803) ; aussi, Essay of a Delaware-Indian and English spelling-book, for the use of the schools of the Christian Indians on Muskingum River (Philadelphie, 1776) ; une seconde édition, sans appendice, a été publiée sous le titre de Delaware Indian and English spelling book, for the schools of the mission of the United Brethren ; with some short historical accounts from the Old and New Testaments (Philadelphie, 1806) ; et une collection intitulée Sermons to children, publiée avec la traduction (faite par Zeisberger) du traité de A. G. Spangenberg, Something of bodily care for children (Philadelphie, 1803).

Zeisberger a aussi laissé de nombreux manuscrits concernant la langue des Loups (Delawares) et des Onontagués. Les documents de la mission indienne de l’Église morave, conservés aux Moravian Arch. (Bethlehem, Pa.), contiennent une grande quantité de papiers de Zeisberger parmi lesquels se trouvent le manuscrit de son principal ouvrage, le « Deutsch und Onondagoische wörter-buch », un lexique allemand-onontagué en sept volumes, et une grammaire onontaguée intitulée « Onondagoisch grammatica ». Peter Stephen Du Ponceau a fait une traduction anglaise de ce dernier ouvrage portant le titre de « A grammar of the Onondago language », qui, semble-t-il, est restée à l’état de manuscrit. Elle est conservée aux Moravian Arch. La Harvard College Library, Harvard Univ. (Cambridge, Mass.), possède une collection de 20 manuscrits de Zeisberger qui portent sur la langue des Loups (Delawares) et d’autres (Ms Am 767), et la bibliothèque de l’American Philosophical Soc. de Philadelphie conserve plusieurs manuscrits de Zeisberger, dont « Onondago & German vocabulary ».

Trois des manuscrits de Zeisberger ont été publiés après sa mort. Une grammaire de la langue des Loups (Delawares), conservée à Harvard (ms Am 767, 6) a été traduite et publiée par Du Ponceau et a paru sous le titre de Grammar of the language of the Lenni Lenape or Delaware Indians (Philadelphie, 1827). Un dictionnaire de langue indienne dont le manuscrit se trouve aussi à Harvard (ms Am 767, 1) a été édité par Eben Norton Horsford et publié sous le titre de Zeisberger’s Indian dictionary, English, German, Iroquois : the Onondaga, and Algonquin : the Delaware (Cambridge, 1887). La traduction de Zeisberger dans la langue des Loups (Delawares) d’une vie du Christ, compilée par Samuel Lieberkühn, a paru à New York en 1821 sous le titre de The history of Our Lord and Saviour Jesus Christ : comprehending all that the four evangelists have recorded concerning him ; all their relations being brought together in one narration [...] in the very words of Scripture. La copie du manuscrit de Zeisberger se trouve à Harvard (ms Am 767, 2).

Deux journaux de Zeisberger ont aussi été publiés. Celui couvrant les années 1781–1798 a paru sous le titre de Diary of David Zeisberger, a Moravian missionary among the Indians of Ohio, E. F. Bliss, trad. et édit. (2 vol., Cincinnati, Ohio, 1885). Le journal officiel de Zeisberger, destiné à l’Église morave de Bethlehem, est reproduit dans « David Zeisberger’s official diary, Fairfield, 1791–1795 », P. E. Mueller, trad. et édit. La traduction de Mueller, qui a d’abord été présentée comme thèse de ph.d. (Columbia Univ., New York, 1956), a été publiée avec une courte introduction dans Moravian Hist. Soc., Trans. (Nazareth, Pa.), 19 (1963) : 3–229. D’après Mueller, Zeisberger « utilisait son journal personnel comme base, le copiant quelquefois mot à mot ou reproduisant le contenu de celui-ci, y ajoutant à plusieurs reprises des renseignements ». Ce volume complète l’ouvrage de Bliss, et l’introduction de 33 pages complète par ailleurs la biographie de Zeisberger écrite par E. [A.] De Schweinitz, The life and times of David Zeisberger, the western pioneer and apostle of the Indians (Philadelphie, 1870).

D’intéressantes études de la vie de Zeisberger ont paru dans DAB et dans E. E. et L. R. Gray, Wilderness Christians, the Moravian mission to the Delaware Indians (Toronto et Ithaca, N.Y., 1956).  [d. j. b.]

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Daniel James Brock, « ZEISBERGER, DAVID », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/zeisberger_david_5F.html.

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Auteur de l'article:   Daniel James Brock
Titre de l'article:   ZEISBERGER, DAVID
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   23 septembre 2014