L’Inuite Mikak (morte en 1795) occupe une place importante dans l’histoire des contacts entre Européens et Autochtones du Labrador. À l’âge d’environ 27 ans, elle fut enlevée avec son fils et envoyée en Angleterre. On l’accueillit comme une célébrité à Londres, où elle posa pour un artiste qui peignit son portrait et parla au nom des frères moraves, qui espéraient obtenir des terres pour y établir une mission. Après l’installation d’une mission à Nain, Mikak conserva ses liens d’amitié avec les missionnaires, sans jamais se faire baptiser, et garda une place prépondérante au sein de sa propre communauté.

MIKAK (Micoc, Mykok), Inuite du Labrador, née vers 1740, fille du chef Nerkingoak ; elle épousa le fils d’un chef inuit vers 1762, Tuglavina vers 1770, puis Serkoak en 1783, et fut mère d’au moins un fils et une fille ; décédée le 1er octobre 1795 à Nain, Labrador.

Mikak est l’une des premières à se distinguer en tant qu’individu dans l’histoire des rapports entre les Européens et les Inuits du Labrador. En 1765, les frères moraves envoyèrent quatre missionnaires en expédition de reconnaissance dans le but de prendre contact avec les Inuits du Labrador. À partir de la station britannique de la baie des Châteaux, dans le détroit de Belle-Isle, les missionnaires visitèrent des campements établis dans le voisinage par des Inuits venus au sud faire la traite pendant l’été. En septembre, une tempête soudaine obligea les missionnaires Jens Haven et Christian Larsen Drachart à passer la nuit sous la tente d’un angakok (chef religieux autochtone). Mikak, qui se trouvait là, apprit le nom des deux hommes et garda en mémoire une prière que Drachart lui enseigna.

C’est dans des circonstances moins heureuses que devait se produire ce qui fut la seconde rencontre de Mikak avec des Européens. En novembre 1767, un groupe d’Inuits attaqua le poste de pêche de Nicholas Darby au cap Charles, au nord-est de la baie des Châteaux ; les assaillants tuèrent quelques hommes et volèrent des bateaux. Un détachement venu du fort York à la baie des Châteaux poursuivit les Inuits, tuant les hommes et capturant les femmes et les enfants. Mikak fut conduite à la baie des Châteaux avec les autres prisonniers et elle passa l’hiver au fortin. Son intelligence manifeste attira l’attention du commandant en second de la garnison, Francis Lucas*. Elle s’initia rapidement à l’anglais avec son aide et, en retour, elle lui enseigna quelques mots d’inuktitut. À l’automne de 1768, Hugh Palliser, alors gouverneur de Terre-Neuve, prit les dispositions nécessaires pour que Mikak, son fils Tootac et un garçon plus âgé, Karpik, fussent envoyés en Angleterre. Il espérait que la puissance et la grandeur de ce pays allaient les impressionner, puis qu’ils se feraient les défenseurs de la coopération et du commerce avec les Anglais une fois de retour. En arrivant à Londres, Mikak rencontra de nouveau Jens Haven et apprit que les frères moraves désiraient obtenir une concession en vue de fonder une mission sur la côte du Labrador.

À cette époque où les « bons sauvages » étaient à la mode, Mikak bénéficia du patronage de la société londonienne. Elle reçut des cadeaux, dont une somptueuse robe chamarrée d’or qui lui fut donnée par Augusta, princesse douairière de Galles. Sur les instances du naturaliste Joseph Banks*, Mikak posa pour John Russell, peintre à la mode. Le tableau, qui fut exposé à la Royal Academy of Arts, à Londres, se trouve à l’Institut d’ethnologie de l’université de Göttingen, en Allemagne. Vêtue de la robe qui lui avait été donnée, Mikak est représentée avec un regard fin et pénétrant. À plusieurs reprises, elle plaida la cause des frères moraves auprès de ses influents protecteurs, et c’est en partie grâce à elle qu’ils obtinrent, en mai 1769, la concession qu’ils avaient demandée. Les missionnaires, toutefois, n’approuvaient pas le voyage des Inuits en Angleterre, estimant que ce contact avec la société européenne risquait de leur faire perdre le goût de l’existence à laquelle ils devaient revenir.

À l’été de 1769, Francis Lucas, devenu lieutenant, débarqua Mikak dans une île située au nord-ouest de la baie de Byron (au nord de l’inlet de Hamilton), et, l’année suivante, les frères moraves y envoyèrent un bateau à la recherche d’un endroit où ils pourraient établir une mission. En juillet 1770, les missionnaires Drachart et Haven rencontrèrent Mikak et sa famille près de la baie de Byron. Elle les accueillit vêtue de sa robe brodée d’or, une médaille, que lui avait donnée le roi, sur la poitrine, et accompagnée de son nouvel époux, Tuglavina. En qualité d’angakok, Tuglavina exerçait une grande influence auprès de ses compatriotes ; son intelligence, son courage et son « caractère turbulent » inspiraient aux frères moraves un respect mêlé de crainte. Les missionnaires expliquèrent à Mikak qu’ils étaient venus dans le but de chercher un endroit convenable pour y bâtir une mission, si les Inuits le leur permettaient, ajoutant toutefois un sévère avertissement : le vol ou le meurtre seraient punis. Elle déclara avec une certaine vivacité être « désolée d’apprendre [qu’ils avaient] une si piètre opinion des gens de [son] pays », rapportèrent-ils ; elle fit observer qu’il arrivait aussi aux Anglais de voler puis elle finit par dire que les Inuits les « aimaient beaucoup et souhaitaient [qu’ils vinssent] vivre avec eux ». Par la suite, Mikak et Tuglavina guidèrent les missionnaires vers le nord et les aidèrent à choisir l’emplacement du premier poste de mission, qui fut appelé Nain.

Lorsque ce poste fut établi par les frères moraves en août 1771, Mikak et sa famille le visitèrent mais ils préférèrent ne pas y vivre. Mikak et Tuglavina prirent des leçons préparatoires au baptême, sans toutefois aller plus loin. À compter de 1782, ils se joignirent à d’autres Inuits et, contre l’avis des missionnaires, ils allèrent souvent trouver les trafiquants européens des environs de la baie des Châteaux, avec lesquels ils échangeaient des fanons de baleine et des fourrures contre des fusils, des munitions et de lalcool. Séduite par les manières sans façon de ces trafiquants, Mikak ne retourna à Nain qu’à la fin de sa vie, en 1795. Elle chercha alors un réconfort auprès des missionnaires, disant qu’elle n’avait pas oublié ce qu’elle avait appris au sujet du Sauveur ni ce qu’elle avait promis en devenant catéchumène.

En 1824, le missionnaire méthodiste Thomas Hickson rencontra dans l’inlet de Hamilton deux Inuits, le père et le fils, qui avaient chacun deux femmes. Le plus âgé n’était nul autre que Tootac. L’une de ses épouses était vêtue de la robe brodée d’or que Mikak avait reçue bien des années auparavant, et Tootac lui-même portait le nom de Palliser en souvenir du gouverneur de Terre-Neuve qui leur avait manifesté de l’amitié.

Fort intelligente, Mikak avait un esprit observateur et apprenait rapidement. Elle savait être bonne et généreuse, comme lorsqu’elle défendit la cause des frères moraves à Londres et qu’elle les aida à s’établir au Labrador. Il semble qu’elle resta fidèle à elle-même : elle se montra réceptive aux enseignements des frères moraves, mais non sans une certaine réserve ; elle prit plaisir à la société européenne tout en demeurant consciente de son influence et de son rang dans la communauté inuite.

William H. Whiteley

APC, MG 17, D1, Voyage to Labrador, 1770.— Methodist Missionary Soc. (Londres), Wesleyan Methodist Missionary Soc. correspondence, T. Hickson’s journal on the Labrador C.— PRO, Adm. 51/629 ; CO 194/16 ; 194/27 ; 194/28.— Account of the Esquimaux Mikak, Periodical accounts relating to the missions of the Church of the United Brethren, established among the heathen (Londres), II (1798) : 170s.— Daniel Benham, Memoirs of James Hutton ; comprising the annals of his life, and connection with the United Brethren (Londres, 1856).— Hiller, Foundation of Moravian mission.— The Moravians in Labrador (Édimbourg, 1833).— H. W. Jannasch, Reunion with Mikak, Canadian Geographical Journal (Ottawa), LVII (1958) : 84s.

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William H. Whiteley, « MIKAK (Micoc, Mykok) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 juill. 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/mikak_4F.html.

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Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    1980
Année de la révision:    2026
Date de consultation:    17 juill. 2026