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Bridgwood, Florence Annie (Solter ; Woodring ; Bolton), dite Florence Lawrence et the Biograph Girl, actrice, née le 2 janvier 1886 à Hamilton, Ontario, troisième enfant de George Bridgwood et de Charlotte Amelia Dunn ; le 30 août 1908, elle épousa à Elizabeth, New Jersey, Henry Lewis Solter (1873–1920), puis le 12 mai 1921, à San Francisco, Charles Bryan Woodring (1896–1952) ; divorcée en février 1931, elle épousa le 27 novembre 1933, à Yuma, Arizona, Henry Bolton (dates inconnues) ; ils divorcèrent en avril 1934 ; aucun enfant ne naquit de ces mariages ; décédée le 28 décembre 1938 à West Hollywood (Los Angeles).
Le père de Florence Annie Bridgwood, George, était un fabricant de voitures, et sa mère, Charlotte Amelia Dunn, une actrice connue sous le nom de scène de Lotta (Lottie) Lawrence. La première femme de George avait succombé à un cancer du sein en 1878, le laissant veuf avec quatre enfants adultes, tous plus âgés que celle qui devint leur belle-mère en 1880, et qu’ils n’acceptèrent pas. Charlotte Amelia n’avait pas 20 ans, et George était dans la cinquantaine. On ne sait pas si leur différence d’âge causa la rupture du mariage. Ils n’habitaient déjà plus ensemble quand leur petite fille, Florence Annie, avait quatre ans. En 1889 ou 1890, Charlotte Amelia installa la famille à Buffalo, dans l’État de New York, où elle vécut avec sa mère veuve et tint un certain temps un saloon et une pension. Accompagnée de sa fille et de ses deux fils, elle avait commencé à faire des tournées dans le Midwest et l’Ouest américain avec sa troupe, la Lawrence Dramatic Company. Pendant que la famille était sur la route, Florence Annie, qui prit le nom de scène de sa mère, noua avec elle un lien profond, qui perdurerait jusqu’à la mort de Charlotte Amelia.
À un moment donné, Charlotte Amelia retira ses enfants de la scène pour remédier à leur scolarité irrégulière. Dans son autobiographie, Florence Lawrence indiquerait avoir obtenu un diplôme de l’école publique no 10 à Buffalo. Cette information est invérifiable et on ne sait pas si elle fit des études secondaires ; aucun document ne signale sa présence dans le réseau scolaire de la ville. En entrevue, elle dirait avoir fréquenté la Loretto Abbey de Toronto, où il n’y a nulle trace de son passage. Quoi qu’il en soit, elle affirma avoir appris l’équitation au cours de sa formation, et ces leçons s’avéreraient un atout dans ses débuts cinématographiques. Comme sa contemporaine Mary Pickford [Gladys Louise Smith*], Florence Lawrence constata que son bagage d’enfant actrice – qui comportait l’apprentissage rapide de rôles et la nécessité de s’adapter au pied levé à de nouvelles situations – lui avait servi pendant ses premières années dans le cinéma muet.
Florence Lawrence s’installa avec sa mère à New York en 1906. Quatre ans plus tard, elle dit à un journaliste qu’elle avait trouvé difficile de reprendre sa carrière théâtrale une fois devenue adulte : ses auditions et ses démarches auprès des directeurs de théâtre de Broadway restèrent vaines. Sa pause professionnelle, qui la laissa sans expérience récente, la désavantagea sans doute. De plus, des changements dans le monde du théâtre américain compliquèrent peut-être la recherche d’emploi, car les tournées coûtaient plus cher et le nombre de productions avait diminué. Florence et Charlotte Amelia tentèrent de décrocher des rôles dans le film de l’Edison Manufacturing Company Daniel Boone ; or, pioneer days in America, présenté en 1907 ; Charlotte Amelia obtint celui de Mme Boone et Florence celui d’une des filles de Boone, rôle qui lui donna l’occasion de mettre à profit son expérience équestre. Contrairement aux mélodrames mis en scène plus tôt au xixe siècle, où l’on montrait de jeunes femmes victimes de l’oppression fondée sur la classe sociale et le sexe, Daniel Boone et les autres films muets dans lesquels joua Florence dépeignaient ses personnages comme de jeunes femmes saines et aventureuses. Grâce au courage et aux aptitudes physiques dont elle faisait preuve dans ces rôles, ses personnages surmontaient des situations dangereuses, telles, par exemple, leur rapt par des Autochtones américains. Charlotte Amelia préférait toutefois que sa fille reste sur les planches. Elles apparurent ensuite toutes deux dans The seminary girl : a farce with music, production de Melville B. Raymond, qui effectua une tournée dans le Midwest en 1907 et au début de 1908. Florence éprouvait toutefois une fascination accrue pour les films. Elle retourna à New York et commença à travailler pour la Vitagraph Company of America, l’une des grandes entreprises de cinéma muet de la ville. Elle tint le premier rôle dans The boy, the bust and the bath, présenté à partir d’août 1907, puis jouerait dans l’adaptation, par la Vitagraph, de la pièce The shaughraun de Dion Boucicault, en attendant le début des répétitions pour The seminary girl.
En dehors du bref retour sur scène dans des vaudevilles qu’elle effectuerait au milieu des années 1920, Florence Lawrence se consacra principalement au cinéma à partir de 1908. Entre l’été de 1907 et la fin de 1908, elle tourna dans 13 films pour la Vitagraph et rencontra ainsi son premier mari, l’acteur Henry (Harry) Lewis Solter. Ce dernier la convainquit de le suivre à l’American Mutoscope and Biograph Company, où il occupait depuis peu les fonctions d’assistant-réalisateur de David Lewelyn Wark (D. W.) Griffith. On lui avait confié la tâche de dénicher, à la Vitagraph, une actrice pour jouer dans des westerns de Griffith. Une fois de plus, les aptitudes équestres de Florence lui profitèrent. Elle débuta dans The girl and the outlaw, et tournerait tout près de 100 films pour la Biograph Company (nom usuel de l’entreprise) ; elle devint une figure si populaire qu’on la surnomma the Biograph Girl (à l’époque, les acteurs ne figuraient pas au générique). Avant l’automne de 1909, cependant, mécontents du rythme de tournage toujours plus soutenu de Griffith, Solter et sa femme sollicitèrent du travail à l’Essanay Film Manufacturing Company de Chicago ; celle-ci fit part de leur démarche à la Biograph Company, qui les congédia rapidement. (Un certain nombre d’entreprises cinématographiques, notamment la Biograph, l’Essanay, la Vitagraph, l’Edison et la Pathé Company, avaient créé la Motion Picture Patents Company, qui voyait d’un mauvais œil le fait que des employés tentent de passer d’une firme à l’autre.) Florence et Henry Lewis se joignirent à l’Independent Motion Picture Company of America de Carl Laemmle. Ils tournèrent environ 50 films pour Laemmle entre novembre 1909 et septembre 1910, puis travaillèrent pour Siegmund Lubin à Philadelphie jusqu’en janvier 1912. Quelques mois plus tard, le couple fonda sa propre entreprise à New York, la Victor Film Company, qui s’associa à la nouvelle Universal Film Manufacturing Company de Laemmle et fut finalement absorbée par elle. Au cours de cette autre aventure professionnelle, l’actrice joua dans quelque 45 films pour la Victor Film Company, dont l’action portait sur des intrigues romantiques, des énigmes et des préoccupations sociales (comme le mariage interconfessionnel, l’adoption et la maladie mentale), notamment dans une production sur le commerce illicite des armes en Amérique centrale.
Les années 1908 à 1914 marquèrent l’apogée de la carrière de Florence Lawrence. L’actrice se blessa dans un accident sur le plateau de The pawns of destiny en mars 1914 ; même si elle continua pendant un temps à travailler, son dernier film cette année-là sortit en novembre et on ne la revit pas au cinéma avant 1916. Elle se rétablit à la maison qu’elle avait acquise depuis peu à Westwood, dans le New Jersey, où elle s’adonna à sa passion pour la culture des roses. Son retour à l’écran – dans son premier long métrage, intitulé Elusive Isabel – n’eut pas de succès, et on lui offrit de moins en moins de rôles par la suite. Elle dirait plus tard : « C’est très difficile, à l’âge de trente et un ans, d’être abandonnée, oubliée par une industrie que vous avez tant aidé à développer. »
Florence et Henry Lewis, dont le mariage était houleux, se séparèrent définitivement en 1916 et présentèrent une requête en divorce. Ils ne poursuivirent pas la procédure, cependant, et leur union ne prit fin qu’avec la mort de Solter, d’un accident vasculaire cérébral, le 2 mars 1920. Florence partit en Californie plus tard dans l’année, apparemment pour diriger une école d’expression dramatique à San Francisco, et tenta en vain un retour au cinéma à Los Angeles en 1921. Même si elle continua d’y jouer dans des films, elle ne regagna jamais son statut d’actrice principale. Affligée depuis des années d’une mauvaise santé et rejetée par son industrie, elle se tourna vers d’autres activités : elle fit du bénévolat pour l’American National Red Cross pendant la Première Guerre mondiale, elle conçut des clignotants et des signaux d’arrêt mécaniques pour les automobiles, inventions qui reflétaient son amour des voitures, et elle lança une entreprise de cosmétiques avec son deuxième mari dans les années 1920. Sa vie connut un tournant sombre après la mort de sa mère, le 20 août 1929, et sa séparation d’avec Charles Bryan Woodring, en décembre de la même année. Pendant la procédure de divorce, en février, elle tint ces propos plutôt poignants : « Il m’a dit qu’il en avait assez de moi, que je ne me gardais pas aussi jolie qu’avant. Il a dit qu’il en aimait une autre. » Son dernier mariage, avec Henry Bolton, ne dura guère. Alcoolique au tempérament brutal, celui-ci était violent physiquement, et Florence divorça après qu’il l’eut frappée, la laissant avec des coupures au visage et de graves contusions.
Florence Lawrence tint de petits rôles dans des productions de la Metro-Goldwyn-Mayer de 1936 jusqu’à la toute fin de sa vie, mais pour elle (comme pour le studio), ce travail constituait un geste de charité à l’égard des acteurs vieillissants. À cette époque, elle développa une maladie osseuse douloureuse et débilitante. Elle sombra de plus en plus dans la dépression. Le 28 décembre 1938, on l’amena au Beverly Hills Emergency Hospital : elle avait avalé un mélange de sirop contre la toux et d’insecticide à fourmis. Elle avait laissé une note : « Je suis fatiguée. Espère que ça va marcher. » Elle mourut peu après et on l’inhuma le 30 au cimetière Hollywood Memorial (Hollywood Forever) du boulevard Santa Monica.
La triste fin de Florence Annie Bridgwood ne doit pas occulter les aspects importants de sa vie. Entre autres choses, elle figure parmi un certain nombre de jeunes femmes nées ou élevées au Canada qui, à la fin du xixe siècle et au début du xxe, entreprirent une carrière d’actrice au théâtre ou au cinéma, s’insérant ainsi dans un réseau transnational de circuits de spectacles. (À l’instar de plusieurs de ses contemporaines, dont Julia Arthur, également originaire de Hamilton, Florence Lawrence était parfois considérée comme une Canadienne, même si elle avait passé presque toute sa vie aux États-Unis.) Sa beauté contribua assurément à sa notoriété, tout comme son talent de comédienne. Selon un certain nombre d’historiens du cinéma, elle avait le don de rendre ses personnages attrayants. Solter et elle possédaient de plus un sens aigu du culte de la célébrité qui régnait au début du xxe siècle. En 1910, ils prirent part à ce que certains historiens du cinéma qualifièrent de premier coup de publicité pour un film : Laemmle fit circuler des rumeurs contradictoires sur la mort de Florence Lawrence dans un accident de la route et continua d’alimenter le suspense pour attirer des foules nombreuses, jusqu’à ce qu’elle apparaisse finalement en personne à Saint Louis, dans le Missouri. La carrière de l’actrice se distingua aussi par le sujet de beaucoup de ses films, qui, combiné à son énergie et à ses qualités athlétiques, en fit une représentante importante de la féminité nord-américaine jeune et moderne. On la compara parfois à Pickford. Avec la même ambition et le même sens des affaires que celle-ci, Florence Lawrence aurait très bien pu mener une carrière plus longue et plus lucrative. Dans les faits, sa vie illustre la précarité ainsi que l’excitation et le prestige caractéristiques de l’époque du cinéma muet. Après sa mort, elle tomba dans l’oubli, mais à la fin du xxe siècle, l’intérêt des chercheurs et du grand public pour les premières femmes de l’industrie cinématographique raviva son souvenir et entraîna une réévaluation de son legs.
Florence Annie Bridgwood (Florence Lawrence) a écrit, en collaboration avec M. M. Katterjohn, « Growing up with the movies », publié dans Photoplay Magazine (Chicago), 6 (juin–novembre 1914), no 6 : 28–41 ; 7 (décembre 1914–mai 1915), no 1 : 91–100 ; no 2 : 95–107 ; no 3 : 142–146. Elle a également rédigé les articles « Just about myself », Pictures and the Picturegoer (Londres), 18 avril 1914 : 199–200, et « Why I came back », Motion Picture Magazine (New York), mars 1916 : 129–131. Le compte rendu le plus complet de sa vie figure dans K. R. Brown, Florence Lawrence, the Biograph Girl : America’s first movie star (Jefferson, N.C., et Londres, 1999). W. J. Mann en a fait le personnage principal de son œuvre de fiction intitulée The Biograph Girl (New York, 2000). La notice nécrologique de Mme Lawrence a paru dans de nombreux journaux, notamment : le Los Angeles Times, 29 déc. 1938 : 3 ; le New York Times, 29 déc. 1938 : 15 ; le Globe and Mail, 29 déc. 1938 : 1 ; et le Toronto Daily Star, 29 déc. 1938 : 19.
Natural Hist. Museum of Los Angeles County, Seaver Center for Western Hist. Research (Los Angeles), GC 1011 (Florence Lawrence (1886–1938) papers, 1904–1930), boxes 1–5 ; P-169 (Florence Lawrence (1886–1938) coll.), boxes 1–2.— « How stars were born », Los Angeles Times, 22 août 2011 : D3.— Kevin Thomas, « The silent treatment ends for actress Florence Lawrence », Los Angeles Times, 21 juin 2000 : D6.— Kay Armatage, The girl from God’s country : Nell Shipman and the silent cinema (Toronto et Buffalo, N.Y., 2003).— Martha Banta, Imaging American women : idea and ideals in cultural history (New York, 1987).— DHB, vol. 3.— Silent movie queen, « Florence Lawrence: biography. ».— [A. H.] Giebler, « Will Florence Lawrence, first queen of the movies, stage come back ? », Moving Picture World (New York), 13 nov. 1920 : 214, 235.— Eve Golden, Golden images : 41 essays on silent film stars (Jefferson, 2001).— Thomas Postlewait, « The hieroglyphic stage : American theatre and society, post-civil war to 1945 », dans The Cambridge history of American theatre, D. B. Wilmeth et Christopher Bigsy, édit. (3 vol., Cambridge, Angleterre, 1998–2000), 2 : 107–195.— F. J. Smith, « Unwept, unhonored and unfilmed : the results of a remarkable search for the stars of yesterday », Photoplay Magazine, 26 (juin–novembre 1924), no 2 : 63–67, 101–105.— Barbara Wallace Grossman, A spectacle of suffering : Clara Morris on the American stage (Carbondale, Ill., 2009).
Cecilia Morgan, « BRIDGWOOD, FLORENCE ANNIE (Solter ; Woodring ; Bolton), dite Florence Lawrence et the Biograph Girl », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 10 juill. 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/bridgwood_florence_annie_16F.html.
| Permalien: | https://www.biographi.ca/fr/bio/bridgwood_florence_annie_16F.html |
| Auteur de l'article: | Cecilia Morgan |
| Titre de l'article: | BRIDGWOOD, FLORENCE ANNIE (Solter ; Woodring ; Bolton), dite Florence Lawrence et the Biograph Girl |
| Titre de la publication: | Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16 |
| Éditeur: | Université Laval/University of Toronto |
| Année de la publication: | 2026 |
| Année de la révision: | 2026 |
| Date de consultation: | 10 juill. 2026 |