Pionnier de l’Okanagan, Price Ellison (1852–1932) fut un entrepreneur ambitieux qui, à la force du poignet, fit fortune dans l’agriculture et l’aménagement foncier. Député provincial conservateur, puis commissaire en chef des Terres et des Travaux publics, et ministre des Finances et de l’Agriculture de la Colombie-Britannique, il contribua à la réalisation de projets d’irrigation dans l’Okanagan et à la création de plusieurs établissements dans cette région, notamment des hôpitaux et des écoles. Cependant, sa désinvolture face à ses conflits d’intérêts causa sa chute politique, tandis que son association avec la Dominion Stock and Bond Corporation lui fit perdre un important patrimoine foncier et boursier.
Titre original :

Provenance : Lien

ELLISON, PRICE, métallurgiste, fermier, éleveur, agent de police, homme d’affaires, magistrat et homme politique, né le 6 octobre 1852 à Dunham Massey, Angleterre, septième enfant de James Ellison et d’Ellen Fearnett ; le 7 décembre 1884, il épousa à Priest’s Valley (Vernon, Colombie-Britannique) Sophie Christine Johnson, et ils eurent quatre filles et quatre fils ; décédé le 10 décembre 1932 à Vernon.

Éducation et immigration

Le jeune Price Ellison perdit son père, un cordonnier et inspecteur des canaux analphabète, en 1860. L’année suivante, sa mère épousa James Wood, qui l’aida à élever les enfants de son premier lit. Ellison fréquenta l’école à Bowden, dans le Cheshire, en Angleterre, et à Manchester. En 1868, il entama un apprentissage de forgeron et de ferblantier qui dura environ cinq ans. Ellison émigra aux États-Unis en 1873 et alla chercher fortune dans les gisements aurifères de Californie. Déçu de ses prospections, il partit tenter sa chance en Colombie-Britannique et débarqua à Victoria au début de 1876. De là, il gagna les mines d’or du ruisseau Cherry, dans le nord de la région d’Okanagan, où, avec trois associés, il travailla sur une concession minière alluviale. Forbes George Vernon l’engagea ensuite au Coldstream Ranch.

Déplacement des Autochtones et aménagement foncier dans l’Okanagan

Ellison se fixerait dans le nord de l’Okanagan, à proximité de terres dont on avait récemment déplacé les occupants autochtones. En 1861, sous la direction du gouverneur James Douglas*, on avait créé une réserve dans ce secteur, plus tard nommée Priest’s Valley (en référence au missionnaire oblat Paul Durieu* qui y construisit sa maison en 1862). Cependant, en 1865, les autorités coloniales avaient déjà concédé au juge de paix John Carmichael Haynes* le pouvoir de réduire sa superficie pour faire de la place aux colons : de la réserve initiale subsista un petit terrain sur la berge du lac Okanagan, et on établit deux nouvelles réserves à la tête du lac. En quelques années, des éleveurs, dont Luc Girouard, Edward John Tronson, Francis Jones Barnard*, Charles Frederick Houghton* et Cornelius O’Keefe*, acquirent ou préemptèrent une grande partie des terres naguère réservées aux Autochtones et celles autour. En 1878, il restait encore des terres dans la région de Priest’s Valley ; Ellison exerça un droit de préemption sur 320 acres, et s’y fit forgeron, fermier et éleveur. Il reçut son certificat de mise en valeur pour cette terre en 1883 et, afin d’obtenir sa concession de la couronne, l’acheta peu après. Il augmenta ses avoirs si bien qu’en 1890, son ranch s’étendait sur environ 1 200 acres au sud et à l’est de la localité qui, deux ans plus tard, serait constituée sous le nom de Vernon. Il entreprit alors de subdiviser ces terres en lots résidentiels, opération qui lui fournit sans doute le capital nécessaire pour se procurer d’autres propriétés. Ellison acquit quatre ranchs en 1891 et 1892, puis d’autres dans la région de l’Okanagan au fur et à mesure de leur apparition sur le marché, qu’il divisa et vendit en lots petit à petit. Il finirait par posséder 11 000 acres, où il mit 2 500 têtes de bétail, 1 500 moutons et 300 chevaux en pâturage. En 1890, il avait déjà commencé à améliorer ses pratiques agricoles. Il acheta des reproducteurs de race pure, grâce auxquels il remporta, en 1891, le prix du meilleur étalon et du meilleur bélier à l’Okanagan and Spallumcheen Agricultural Society Exhibition. La même année, il fit aussi creuser un canal d’irrigation de trois milles de long pour alimenter en eau sa propriété de Vernon, y compris son verger de pommiers ; à l’été de 1892, il planta des arbres fruitiers sur sa nouvelle propriété à Okanagan Mission (Kelowna). L’orge qu’il présenta l’année suivante à l’Exposition universelle de Chicago lui valut le premier prix. En 1894, Ellison jouissait déjà de la réputation de plus grand producteur de blé de l’Okanagan.

Agent de police et magistrat

Malgré les objections de l’agent du gouvernement local, Ellison avait été nommé agent de police en 1879. Il attira l’attention du public en 1882 : cette année-là, il passa plus de deux mois à rechercher, en vain, un homme connu sous le pseudonyme de Smart Aleck, assassin présumé du percepteur d’impôt Aeneas Dewar, dans les camps de mineurs du nord-ouest du Pacifique. Les habitants de l’Okanagan aimaient bien Ellison ; en effet, en avril 1883, 54 d’entre eux réussirent à convaincre le gouvernement de le réintégrer dans ses fonctions d’agent de police rémunéré.

Ellison s’engagea dans deux batailles judiciaires en 1885. L’une concernait un différend avec Francis Walker sur la propriété d’une terre. L’agent du gouvernement Walter Dewdney écrivit à son supérieur que « l’une ou l’autre des parties se parjurait », et finit par rendre une décision favorable à Walker. Dans la seconde affaire, le même magistrat ordonna à Ellison d’enlever la clôture qu’il avait dressée sur une route publique traversant sa propriété. Selon la correspondance de Dewdney, Ellison, mécontent, devint « si violent dans ses propos » que le magistrat le somma de sortir de son bureau. Malgré ces incidents, on nomma Ellison juge de paix en 1893 – après la mort de Dewdney –, puis magistrat rémunéré l’année suivante.

Mariage et le Vernon News

En 1884, Ellison avait rencontré et épousé Sophie Christine Johnson. Avant son mariage avec Ellison, celle-ci, partie de Peoria, dans l’Illinois, avec un cousin afin de rendre visite à un oncle à Priest’s Valley, enseigna dans la première école de l’endroit. En 1893, Ellison s’associa au Vernon News. Trois ans plus tard, avec deux autres partenaires, il fonda la Vernon Printing and Publishing Company pour gérer et imprimer le journal. À la suite de quelques réorganisations en 1914, Ellison, sa femme et des membres de la famille détenaient environ 90 % des actions. Myra King, fille des Ellison, et Howard Clarke DeBeck (qu’elle épouserait en 1920) joueraient un rôle de plus en plus important dans l’entreprise jusqu’à sa vente en 1933. Mme Ellison s’intéressa également aux affaires communautaires et servit comme première présidente du Women’s Institute de Vernon [V. Adelaide Sophia Hunter*], fondé en 1916.

Politique provinciale

La participation majoritaire d’Ellison et de sa femme dans le Vernon News contribua sans aucun doute à l’avancement de la carrière politique de l’homme d’affaires. Il se fit d’abord élire à l’Assemblée législative de Colombie-Britannique en 1898, dans la circonscription de Yale East, en tant que partisan du gouvernement sortant de John Herbert Turner*. (Les lignes de parti n’apparurent sur la scène politique en Colombie-Britannique qu’en 1903.) Réélu en 1900, Ellison remporta le siège de la nouvelle circonscription d’Okanagan sous la bannière conservatrice en 1903, 1907, 1909 et 1912. Il servit dans le gouvernement de Richard McBride* comme commissaire en chef du bureau des Terres et des Travaux publics du 1er novembre 1909 au 10 octobre 1910, puis comme ministre des Finances et de l’Agriculture.

Passionné de plein air, Ellison mena une expédition dans la région montagneuse de l’île de Vancouver en 1910, avec sa fille Myra King et d’autres personnes, pour étudier le terrain en vue de la création d’un parc. À titre de commissaire en chef des Terres et des Travaux publics, Ellison déposa peu après le projet de loi par lequel ce secteur de l’île deviendrait le parc Strathcona, premier parc provincial de la Colombie-Britannique.

À la tête du ministère de l’Agriculture, Ellison parraina des projets de loi sur les associations agricoles et les mauvaises herbes nuisibles ; il proposa en outre des modifications législatives à propos des feux de forêt, des maladies animales contagieuses, des empiètements territoriaux et de l’eau. À titre de ministre des Finances, il présenta un projet de loi visant à nommer un vérificateur général et d’autres personnes qui auraient la charge de modifier les lois sur les impôts, les licences commerciales et les assurances contre les incendies. L’intérêt d’Ellison pour l’irrigation, essentielle au développement de l’Okanagan, ne faiblit jamais. Il participa à diverses conférences sur le sujet dans l’Ouest canadien et préconisa toujours une implication plus importante du gouvernement dans les projets d’irrigation. Pendant qu’il siégeait comme député provincial, il avait encouragé ses collègues à adopter le Water Act en 1909. Plus tard, devenu ministre influent, Ellison appuya la promulgation d’une autre loi sur l’eau, présentée en 1914 par le ministre des Terres, William Roderick Ross ; celle-ci prévoyait notamment la création de communautés d’utilisateurs d’eau, d’entreprises privées de distribution d’eau et de sociétés publiques d’irrigation.

Dans sa région d’adoption, on se souvient d’Ellison pour les projets qu’il défendit dans sa circonscription d’Okanagan : outre des écoles dans tout le district, un palais de justice et une nouvelle prison à Vernon, un hôpital dans les villes de Vernon et de Kelowna. Dans un essai primé et publié dans le British Columbia Historical News, l’étudiant George Richard soutiendrait que des motifs personnels sous-tendaient les actions d’Ellison au sein du gouvernement. Le granit du palais de justice, souligne-t-il, provenait d’une carrière qui lui appartenait, et on avait bâti les écoles du district à proximité de ses lotissements afin de les rendre plus attrayants pour les acheteurs potentiels. Grand propriétaire foncier et promoteur, Ellison pouvait sans doute difficilement éviter les conflits d’intérêts. En outre, il ne fit apparemment aucun effort pour s’en éloigner ; cette attitude finirait par provoquer sa chute politique.

Chute

Le 8 mars 1915, Ellison démissionna comme ministre des Finances et de l’Agriculture (William John Bowser hérita des deux portefeuilles), dans la foulée d’un scandale lié à son achat privé de bétail provenant de la Colony Farm du Mental Hospital provincial d’Essondale (Coquitlam) [V. Henry Esson Young]. En Chambre, pour sa défense, il avait prétendu n’avoir tiré aucun profit personnel de l’opération. Si le Daily Colonist, à tendance conservatrice, et le Vernon News, propriété de sa famille, acceptèrent son explication, d’autres journaux le clouèrent au pilori, notamment le Vancouver Daily Province, qui publia un éditorial le 9 mars 1915 : « L’explication d’Ellison […] se résume ainsi : l’ensemble de la transaction n’ayant pas été profitable, il n’y a donc pas eu faute [;] ce que M. Price Ellison ne semble pas comprendre, c’est le caractère inapproprié de la transaction en elle-même. »

En 1916, Ellison commença à connaître des difficultés financières liées à la Dominion Stock and Bond Corporation, dont il était président et principal garant. La situation atteignit un point critique en octobre de cette année-là : la Banque royale du Canada obtint contre Ellison un jugement de 15 000 $ pour couvrir les dettes de la société. Le mois suivant, ce dernier perdit presque tous ses biens fonciers au profit de ses créanciers. Leurs titres de propriété se trouvant au nom de membres de sa famille, sa résidence à Vernon et quelques parcelles de terre échappèrent à la saisie. Ellison et sa famille demeurèrent également actionnaires majoritaires du Vernon News.

La même année, Ellison se porta candidat pour les conservateurs dans la circonscription de North Okanagan ; il mordit la poussière. Il ne se représenta pas en 1920, puis tenta en vain de se faire élire comme indépendant en 1924. L’année suivante, un accident vasculaire cérébral le laissa partiellement paralysé. Il mourut en 1932 d’une bronchopneumonie.

Bilan

Pionnier de l’Okanagan, l’ambitieux Price Ellison partit de zéro pour bâtir seul sa fortune grâce à la spéculation foncière et l’agriculture ; il devint ainsi une figure respectée dans son coin de pays. Comme député et ministre provincial, il contribua à la réalisation de projets d’irrigation publics dans la région, et participa à la fondation de nombreux établissements, dont des hôpitaux, des écoles et le palais de justice de Vernon. Il géra les finances de la Colombie-Britannique avec parcimonie et il présenta le projet de loi qui créa le premier parc provincial. Néanmoins, il n’hésitait pas à s’exposer à des conflits d’intérêts, attitude qui finit par provoquer sa chute politique, tandis que son association avec la Dominion Stock and Bond Corporation lui fit perdre presque tout son patrimoine foncier et boursier. Son nom reste toutefois très présent dans la région de l’Okanagan, où on le donna à une localité (aujourd’hui intégrée à la ville de Kelowna), un lac et un parc provincial.

Duane Thomson

BCA, GR-0429 (Selected Attorney-General corr. inward), 160 (Price Ellison in pursuit of Smart Alec), 161 (Price Ellison needs $150), 162 (Smart Alec may be found amongst 6000 Chinese men at Missoula, Montana), 163 (Ellison needs $150 to go to Walla Walla and Portland), 164 (Give up the search for Smart Alec), 165 (Ellison did not find Smart Alec), 178 (Petition for Ellison to be appointed constable) ; GR-0868 (Chief Commissioner of Lands and Works, corr. inward), 3.27.19 (Price Ellison as constable), 3.28.1 (Government agent objects to Price Ellison appointment) ; GR-1440.20 (Lands branch, corr. files with regard to crown lands, files 2899/85–3261A/85, 1/86–1286/86), files 3104/85, 3105/85, 3223/85 (Walter Dewdney to the Chief Commissioner of Lands and Works, 28 nov., 5, 17 déc. 1885).— Find a Grave, « Price Ellison », memorial no.146943599.— GRO, Reg. of births, Price Ellison, Altrincham, Angleterre, 6 oct. 1852.— Greater Vernon Museum and Arch. (Vernon, C.-B.), Price Ellison fonds : 1868–1929.— Daily Colonist (Victoria), 7 mars 1915.— Inland Sentinel (Yale, C.-B.), 9 nov. 1882.— Vancouver Daily Province, 9 mars 1915.— Vancouver Sun, 9, 13 mars 1915.— Vernon News (Vernon), 30 juill., 15 oct., 5 nov. 1891 ; 31 mars, 2 juin, 21 juill. 1892 ; 9 nov. 1893 ; 19 avril, 4 oct. 1894 ; 3 déc. 1901 ; 11 mars 1915.— K. V. Ellison, Price Ellison : a short history of an Okanagan valley pioneer (Oyama, C.-B., 1988).— George Richard, « Price Ellison : a gilded man in British Columbia’s Gilded Age », British Columbia Hist. News (Victoria), 31 (1998), no 3 : 8–15.

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Duane Thomson, « ELLISON, PRICE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 mars 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/ellison_price_16F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique


Permalien: https://www.biographi.ca/fr/bio/ellison_price_16F.html
Auteur de l'article:    Duane Thomson
Titre de l'article:    ELLISON, PRICE
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2026
Année de la révision:    2026
Date de consultation:    24 mars 2026