Ohtowaˀkéhson (morte en 1837), aussi connue sous le nom de Catharine Brant, était la matriarche du clan agnier (mohawk) de la Tortue et une figure centrale au sein de la Confédération iroquoise (haudenosaunee) des Six-Nations, dans la région qui deviendrait l’Ontario. Née près de la rivière Mohawk, dans l’État de New York, elle grandit profondément imprégnée par la culture agnière, même si son père était un agent du département des Affaires indiennes. En 1779, elle vivait au fort Niagara et épousa le chef agnier Thayendanegea [Joseph Brant]. Elle s’installa avec son mari dans le Haut-Canada, à l’embouchure de la rivière Grand, eut plusieurs enfants et continua d’exercer une grande influence au sein de sa communauté ; elle fut impliquée dans la nomination de son demi-frère à titre de grand sachem, dans des querelles politiques concernant des titres de propriété et dans certaines dissensions au sein des Iroquois. Après la mort de son mari en 1807, elle assura la succession de la lignée des Tekarihogen.
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OHTOWAˀKÉHSON (Ahdohwahgeseon, Adonwentishon, Catharine, Catharine Brant), matriarche du clan agnier (mohawk) de la Tortue, née vers 1759 au bord de la rivière Mohawk (New York), fille de George Croghan et d’une Agnière ; décédée le 23 ou le 24 novembre 1837 près de Brantford, Haut-Canada.

Ohtowaˀkéhson, connue sous le nom de Catharine, était la fille d’une Agnière de noble lignage qui fut probablement la matriarche du clan de la Tortue. Sa grand-mère, Sarah, épouse de Karaghtadie*, a aussi vraisemblement été matriarche. C’était là un titre important, qui habilitait à nommer ou à déposer le Tekarihogen, grand sachem de la Confédération iroquoise (haudenosaunee) des Six-Nations, non sans avoir mené auparavant une vaste consultation auprès de toutes les classes des Agniers. Le père de Catharine était un agent du département des Affaires indiennes, mais elle grandit dans un milieu entièrement agnier et préféra toujours vivre selon les coutumes autochtones. Même si elle comprenait l’anglais, elle n’accepta jamais de le parler, même jusque dans ses dernières années. Elle écrivit son nom, Katerin, à au moins une occasion, mais elle signait régulièrement par une croix.

Une union importante

En 1779, pendant la Révolution américaine, Catharine vivait au fort Niagara (près de Youngstown, New York), où nombre d’Autochtones demeurés loyaux à la couronne britannique avaient trouvé refuge. C’est à cet endroit qu’elle épousa Thayendanegea* [Joseph Brant], d’abord selon la coutume des Agniers, puis, au cours de l’hiver de 1779–1780, selon la loi anglaise. Des prisonniers américains rapportèrent que Brant (marié deux fois devant un ecclésiastique, et deux fois veuf), tout de suite après avoir vu le magistrat John Butler* célébrer un mariage, le pressa de tenir une cérémonie semblable pour Catharine et lui-même.

Aux Iroquois des Six-Nations qui ne voulaient pas vivre aux États-Unis, le gouverneur Frederick Haldimand* octroya en 1784 une vaste concession qui s’étendait de la source à l’embouchure de la rivière Grand (Ontario) ; les Brant allèrent s’y établir au printemps suivant. Installés dans la plus belle maison du village agnier, ils recevaient de nombreux invités. Ainsi, le voyageur écossais Patrick Campbell* leur rendit visite en février 1792. Catharine, rapporta-t-il, était une belle grande femme aux yeux noirs ; richement vêtue, elle éclipsait tout à fait deux jeunes et jolies Européennes qui étaient présentes. Déjà parents de plusieurs enfants, les Brant en eurent sept en tout.

Influence au sein des Six-Nations

De noble naissance, Catharine exerçait beaucoup d’influence sur les Six-Nations. Elle avait de l’ascendant sur Henry Tekarihogen*, son demi-frère aîné (ou peut-être son cousin) qu’elle-même ou sa mère avait nommé grand sachem avant 1787, et elle dut être particulièrement écoutée des femmes de la communauté, qui formaient une force politique non négligeable. En 1793, le lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, John Graves Simcoe*, refusa aux Six-Nations les droits de jouissance et de propriété sur la concession octroyée par Haldimand. Cette mesure, qui les empêchait de vendre des terrains, mécontenta profondément Joseph Brant. L’agitation se mit à régner à la rivière Grand et les femmes, réunies en conseil, chargèrent leurs guerriers de défendre le territoire. Il est impossible de ne pas voir l’influence de Catharine dans cet épisode, tout comme dans celui de mai 1802, où les femmes de la communauté s’excusèrent auprès de Brant de la part qu’elles avaient prise aux dissensions qui avaient failli mener à son assassinat.

Comme les querelles n’étaient pas éteintes, les Brant allèrent bientôt s’installer sur le futur territoire de Burlington, à l’extrémité ouest du lac Ontario, où Joseph avait construit une grande demeure – un château même, disaient certains – sur un domaine d’environ 700 acres, dans le voisinage des colons. Il aspirait à vivre comme un Anglais de la haute société, ce qui manifestement n’intéressait pas Catharine. Même si des domestiques étaient à sa disposition, quand elle avait besoin d’eau, elle n’hésitait pas à envoyer son petit John [Tekarihogen*] en chercher ; aux repas, elle plaçait son chat blanc sur le coin de la table et lui versait une soucoupe de lait. Sophia Burthen (Pooley), qui avait été enlevée à New York dans son enfance et mise en esclavage chez les Brant dans le Haut-Canada, rapporta que Catharine l’avait battue : « [elle] me disait en indien de faire telle chose puis me frappait avec ce qui lui tombait sous la main parce que je ne la comprenais pas ». Sophia se lia damitié avec plusieurs des enfants des Brant, mais décrivit Catharine comme une « créature barbare ». Elle nota, après un incident où Catharine lavait blessée au visage avec un couteau, que Joseph punit sa femme « comme si elle avait été une enfant ».

Poursuite des engagements politiques

Après la mort de son mari en 1807, Catharine retourna vivre dans son ancienne maison de la rivière Grand. Pendant des années, une faction favorable à Brant et une autre, opposée, subsistèrent parmi les Iroquois de l’endroit. Henry Tekarihogen, et sans nul doute Catharine elle-même, essayèrent de poursuivre les orientations politiques et économiques de Brant. Ils continuèrent longtemps à réclamer pour les Six-Nations les terres du haut de la rivière (qu’on leur refusait en raison d’une erreur dans l’acte de concession) et à tenter d’obtenir un acte qui reconnaîtrait leur pleine souveraineté sur tout le territoire. À la mort de Henry, en 1830, ou peut-être un peu avant, quand il devint complètement aveugle, Catharine fit de son fils John le nouveau Tekarihogen. Comme John à son tour mourut le 27 août 1832, du choléra, elle nomma grand sachem le bébé de sa fille Elizabeth.

Catharine Brant était une maîtresse de maison industrieuse et une chrétienne sincère. On rapporte que, dans les dernières années de sa vie, elle se présentait tous les dimanches à la chapelle des Agniers « vêtue d’une jupe de velours noir, d’une robe chasuble de soie noire, d’une couverture de drap noir et d’une coiffure de velours noir ornée d’une bande de fourrure ». En songeant peut-être aux étranges événements de son existence, elle disait souvent à ses enfants que nul ne sait ce que réserve l’avenir. Elle mourut exactement 30 ans après son mari.

Isabel T. Kelsay

AO, MS 148, sect. i, Brant family ; RG 22, sér. 204, testament de Catharine Brant, homologué le 27 avril 1839.— APC, MG 11, [CO 42] Q, 312–1 : 18–19.— Wis., State Hist. Soc., Draper mss, 13F25, 13F31, 13F58, 13F94, 14F63, 21F16.— James Buchanan, Sketches of the history, manners, and customs of the North American Indians with a plan for their melioration (2 vol., New York, 1824), 2 : 36.— Patrick Campbell, Travels in the interior inhabited parts of North America in the years 1791 and 1792 [...] (Édimbourg, [1793]), 190–191.— W. W. Campbell, Annals of Tryon County ; or, the border warfare of New York, during the revolution (New York, 1831), app., 16–17.— Corr. of Lieut. Governor Simcoe (Cruikshank), 2 : 115. — [Thomas Douglas, 5e comte de] Selkirk, Lord Selkirk’s diary, 1803–1804 ; a journal of his travels in British North America and the northeastern United States, P. C. T. White, édit. (Toronto, 1958 ; réimpr., New York, 1969), 161.— The refugee : a north-side view of slavery, Benjamin Drew, compil. ; introd. de T. G. Edelstein (Reading, Mass., 1969), 135–137.— Valley of Six Nations (Johnston), 297.— W. L. Stone, Life of Joseph Brant – Thayendanegea (New York, 1838), 2 : 463, 500, 535, 537.— Isabel Thompson Kelsay, Joseph Brant, 1743–1807, man of two worlds (Syracuse, N.Y., 1984).— A. I. G. Gilkison, « Reminiscences of earlier years in Brant », OH, 12 (1914) : 81–88.

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Isabel T. Kelsay, « OHTOWAˀKÉHSON (Ahdohwahgeseon, Adonwentishon) (Catharine, Catharine Brant) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 10 juill. 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/ohtowakehson_7F.html.

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Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    1988
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