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BASTIDE, JOHN HENRY, officier, ingénieur militaire, né vers 1700 ; on ne connaît pas ses parents ni le lieu de sa naissance ; décédé probablement en 1770.

Encore jeune garçon, John Henry Bastide reçut une commission d’enseigne, le 23 août 1711 (ancien style), dans le régiment d’infanterie du colonel John Hill. Sa commission fut renouvelée en 1715 et, le 25 février 1717/1718, il acheta le grade de lieutenant dans le même régiment. Pendant plus de 20 ans, il demeura au grade de lieutenant, probablement, en partie, à cause de sa décision de servir en qualité d’ingénieur militaire. Le statut des ingénieurs militaires n’avait jamais été clairement établi dans l’armée anglaise et il n’était pas rare que ceux-ci découvrissent que leur nomination n’était pas reconnue comme une nomination militaire normale. Ils devaient donc s’assurer des commissions dans les régiments en plus de leur brevet d’ingénieur. Un officier, tel Bastide, qui plaçait le travail de génie au-dessus des obligations régimentaires, ne pouvait s’attendre à un avancement rapide, avancement qu’il ne recherchait probablement pas d’ailleurs.

Bastide fit quelque temps du service en Écosse et, de 1726 à 1739, il dirigea « les travaux et les fortifications à Jersey et Guernsey ». En 1740 il fut nommé ingénieur en chef à Annapolis Royal (N.-É.) et il s’y rendit pour occuper son nouveau poste. Dès lors, la plus grande partie de la carrière de Bastide se déroula en Amérique du Nord où il fut étroitement lié aux travaux de fortification de la Nouvelle-Écosse et, pendant près de 30 ans, à ceux de la forteresse de Louisbourg, île Royale (île du Cap-Breton). Il dressa un plan de Louisbourg telle qu’elle était en 1734, plan assez exact pour que les historiens du xxe siècle l’utilisent dans leur reconstitution de l’histoire de la forteresse. On ne sait toutefois pas quand ou comment il en vint à dessiner ce plan.

Avant que n’éclatât la guerre entre l’Angleterre et la France en 1744, Bastide, obéissant probablement aux ordres du Board of Ordnance, étudia les mesures à prendre pour reconstruire et défendre le fort William and Mary (New Castle, N.H.). En 1743 et 1744, il seconda aussi le gouverneur du Massachusetts, William Shirley, dans l’érection de fortifications à Castle William (Boston), à Marblehead, au cap Ann et à Falmouth (Portland, Maine). La fortification des avant-postes de la Nouvelle-Écosse, tel celui d’Annapolis Royal, devenait de plus en plus importante et quand éclata la guerre on y envoya Bastide pour en étayer les défenses. En juillet 1744, selon Shirley, Bastide avait abandonné les plans d’érection de nouvelles fortifications et s’attachait à remettre « les anciennes dans le meilleur état possible ». Les fortifications se révélèrent adéquates car, dans les mois qui suivirent, Annapolis Royal soutint plusieurs attaques de la part des Français et des Indiens. Bastide fut promu « ingénieur ordinaire » en 1744 et il détenait le grade militaire de lieutenant dans le régiment de Sowles.

À l’hiver de 1744–1745, il était de retour à Boston et il aida le gouverneur Shirley à organiser l’approvisionnement des magasins et l’armement, et aussi à élaborer les plans d’une attaque contre Louisbourg. Au moment où fut déclenchée l’offensive, sous les ordres de William Pepperrell, en avril 1745, Bastide était déjà retourné à Annapolis Royal. Il ne se joignit aux forces de Louisbourg qu’en juin, car les Français et les Indiens avaient de nouveau attaqué Annapolis Royal, et ce n’est que le 24 mai « qu’ils abaissèrent l’étendard et levèrent le siège de la place ». Le 27 mai, Bastide s’embarqua pour rejoindre Pepperrell et il atteignit la baie de Gabarus au début de juin. Il arriva à un moment critique, alors que l’attaque sur Louisbourg menaçait d’échouer, en partie à cause de l’incompétence avec laquelle les forces de la Nouvelle-Angleterre menaient le siège. Il est difficile d’évaluer la contribution de Bastide pendant la courte période qui s’écoula entre son arrivée et la chute de la forteresse, le 17 juin. Après la prise de Louisbourg, Pepperrell exprima de sérieuses réserves sur la compétence de Bastide en matière de génie, disant de lui au duc de Newcastle, en novembre, qu’il n’était pas « assez qualifié pour avoir la responsabilité des ouvrages de cette importante forteresse ».

Afin de remettre Louisbourg en état de défense, Bastide entreprit des travaux de réfection limités. À la fin d’octobre 1745, il fournit au Board of Ordnance « un plan de ses prévisions » pour la restauration des ouvrages de défense, travaux qui auraient exigé des dépenses s’élevant à £9 000, 8 shillings, 6 pennies. Mais le Board of Ordnance soutint qu’il s’agissait là d’une estimation hâtive qui n’avait pas tenu assez compte du coût de la main-d’œuvre coloniale et de la disponibilité des matériaux. Malgré ce blâme, Bastide fut nommé ingénieur en chef de Louisbourg le 16 octobre 1745. On lui accorda aussi une compagnie dans un nouveau régiment qui allait être recruté et placé sous le commandement de Shirley. C’est sûrement grâce à l’influence de Bastide que son ami, le marchand bostonnais Thomas Hancock, et Charles Apthorp, également de Boston, furent nommés agents conjoints et fournisseurs de la forteresse en décembre 1746. La nomination de Bastide au poste de directeur du corps de génie le 2 janvier 1748/1749 couronna cette étape de sa carrière.

Lorsque Louisbourg passa de nouveau aux mains des Français, en 1749, Bastide assuma apparemment la fonction d’ingénieur en chef d’Annapolis Royal, car en 1750, il recevait « 20 shillings par jour comme directeur, 20 shillings comme chef à Annapolis et 10 shillings pour remplir la tâche de commis ». Il se trouvait en Angleterre d’août 1751 à octobre 1754, date à laquelle il se rendit occuper le poste d’ingénieur en chef à Port-Mahón (Mahón, Minorque). Cette nomination se révéla malheureuse dès le début car Bastide avait été choisi de préférence au candidat du général William Blakeney, gouverneur de la colonie. En avril 1756, les Français attaquèrent Minorque et les défenses se révélèrent lamentablement insuffisantes [V. Barrin] ; Bastide, apparemment « trop âgé pour sa charge et perclus de goutte », fut incapable de faire face à l’attaque. La capitulation anglaise le 29 juin mit le point final à cette faillite dans laquelle plusieurs autres officiers firent preuve d’incompétence et de négligence [V. Byng]. C’est alors que Bastide retourna en Angleterre.

Le statut militaire du corps de génie fut reconnu en 1757 et les officiers reçurent un grade. Le 14 mai, Bastide fut promu lieutenant-colonel. L’année suivante on le nomma ingénieur en chef du corps expéditionnaire de Jeffery Amherst* qui devait attaquer Louisbourg ; il retournait en terrain connu. En mai 1758 il se trouvait à Halifax afin de préparer l’attaque et à la fin de juin il faisait partie des forces anglaises qui se lancèrent à l’assaut de Louisbourg. Bastide n’était pas d’accord avec son commandant concernant l’endroit d’où on attaquerait. Amherst écrit que le 17 juin, lui-même, Bastide et deux autres officiers se livrèrent à une reconnaissance autour de Louisbourg et que le « colonel Bastide était résolu d’effectuer les approches par Green Hill ». Toutefois, les rapides progrès que le général James Wolfe avait faits dans la région nord-ouest de Louisbourg incitèrent l’armée anglaise à exercer une poussée à partir de cet endroit plutôt que du côté de Green Hill, au sud-ouest de la ville. Plus tard au cours du siège-, Wolfe porta de sérieuses accusations au sujet de « l’ignorance et l’inexpérience des ingénieurs ». « Il est impossible de concevoir, déclara-t-il, de quelle piètre manière les affaires de génie sont menées ici. » Bastide procédait avec lenteur et méthode aux opérations du siège, et nul doute que plusieurs des traits acérés de l’impétueux Wolfe furent dirigés vers l’ingénieur vieillissant. Quoi qu’il en fût, le 8 juillet, le « colonel Bastide subit une contusion causée par une balle de mousquet qui frappa sa botte et il dut s’aliter souffrant de goutte ». Le major Patrick Mackellar* prit alors la direction des opérations relevant du génie.

Le siège prit fin le 27 juillet. Bien que le rôle de Bastide dans la chute définitive de Louisbourg fût limité, par suite de sa maladie et de son âge avancé, il eut au moins la consolation de faire rapport à Amherst, le 28 novembre 1760, que la démolition des fortifications et des défenses portuaires était terminée. William Pitt en avait ainsi ordonné à Amherst, puisqu’il n’était plus « opportun de maintenir [la forteresse] à si grands frais ».

On connaît peu de chose des dix dernières années de la vie de Bastide. En février 1761, il fut promu major général et reçut bientôt l’ordre de surveiller la construction des fortifications de Halifax, travail qui le retint jusqu’en juillet 1762. À cette époque, on croyait Halifax sur le point d’être attaquée, et Bastide joua un rôle de premier plan en préparant des ouvrages de défense pouvant parer aux cas d’urgence. Il en résulta finalement un réseau de retranchements improvisés en terre et en tourbe. En octobre 1762, Bastide retourna en Angleterre. Il fut promu lieutenant général en avril 1770. Son nom figure sur la liste des officiers dressée par le ministère de la Guerre pour 1770 mais il n’y paraît plus en 1771 ; selon toute probabilité, il mourut en 1770. Selon une inscription qu’on trouve sur un monument commémoratif datant de 1766, il eut trois fils et deux filles.

William G. Godfrey

APC, MG 11, Nova Scotia A, 27, pp 14s. ; MG 18, L4, 65, p. 23 ; 09 ; MG 21, H10.— Harvard University Baker Library, Thomas Hancock papers (contiennent des lettres de Bastide) ; Harvard College Library, MS Can 62, bMS Can 3 (Bastide mss).— PANS, RG 1, 12 ; 13 ; 19, nos 7, 8.— PRO, CO 5/53, ff.176, 182–192v. ; 5/60, ff.25–25v., 141–141v., 143, 147–147v., 149, 151 ; 5/62, ff.282, 367 (copies aux APC, MG 11).— Army list, 1769, 3 ; 1770, 3, 176 ; 1771.— Coll. of the Mass. Hist. Soc., 6e sér., X (1899) : 238, 239, 256, 302, 303.— Correspondence of William Pitt (Kimball).— Correspondence of William Shirley (Lincoln), I.— The journal of Captain William Pote, jr., during his captivity in the French and lndian war from May 1745, to August 1747, J. F. Hurst et Victor Paltsits, édit. (New York, 1896), xvi, 173.— Journal of Jeffery Amherst (Webster).— N.S. Archives, I, 702–706.— PRO, Acts of P.C., Col., 1720–45, 731–733 ; JTP, 1741/42–1749, 205.— English army lists (Dalton), VI : 79, 80, 389.— Dalton, George the firsts army, I : 300.— W. T. Baxter, The house of Hancock ; business in Boston, 1724–1775 (New York, 1965).— A. J. Kerry et W. A. McDill, The history of the corps of Royal Canadian Engineers (2 vol., Ottawa, 1962–1966), I.— J. C. Long, Lord Jeffrey Amherst : a soldier of the king (New York, 1933).— McLennan, Louisbourg.— Harry Piers, The evolution of the Halifax fortress, 1749–1928, G. M. Self et P. R. Blakeley, édit. (« PANS publ. », 7, Halifax, 1947).— Whitworth Porter, History of the corps of Royal Engineers (3 vol., Londres, New York, 1889–1915), I.— Rawlyk, Yankees at Louisbourg.— G. A. Wood, William Shirley, governor of Massachusetts, 1741–56 (New York, 1920).

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William G. Godfrey, « BASTIDE, JOHN HENRY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bastide_john_henry_3F.html.

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Auteur de l'article:   William G. Godfrey
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   29 août 2014