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Titre original :  Les archives | Casavant Organ Makers

Provenance : Lien

CASAVANT, CLAVER (baptisé Joseph-Claver, il signait parfois Claver, parfois Joseph-Claver), facteur d’orgues, harmoniste et homme d’affaires, né le 16 septembre 1855 à Saint-Hyacinthe, Bas-Canada, fils de Joseph Casavant*, facteur d’orgues, et de Marie-Olive Sicard ; le 26 mai 1880, il épousa à Sainte-Angélique (Papineauville, Québec) Marie-Sophie-Évelina Papineau (décédée le 24 janvier 1930), nièce de Louis-Joseph Papineau*, et ils eurent huit enfants, dont trois lui survécurent ; décédé le 10 décembre 1933 dans sa ville natale et inhumé quatre jours plus tard dans la crypte du séminaire de Saint-Hyacinthe.

Claver Casavant étudia au séminaire de Saint-Hyacinthe de 1867 à 1871. Il apprit ensuite les rudiments de la facture d’orgues auprès d’Eusèbe Brodeur. Ce dernier était devenu, en 1866, le propriétaire de l’entreprise du père de Claver, son ancien patron. À la mort de celui-ci en 1874, Brodeur assura le rôle de tuteur de ses deux fils, Claver et Samuel, et ce, jusqu’à la majorité de Claver.

En août 1878, Claver, alors âgé de 22 ans et employé de Brodeur, partit en voyage d’études et de travail en Europe. Son frère Samuel le rejoindrait au cours de l’année 1879. Ce séjour, qui se déroula d’abord en France, puis en Italie, en Suisse, dans l’Empire allemand, en Belgique et en Angleterre, serait déterminant tant au point de vue personnel que professionnel. Ce fut à cette époque que Claver abandonna l’idée de devenir jésuite et qu’il confirma son désir de suivre les traces de son père comme facteur d’orgues. Après avoir assidûment fréquenté l’Exposition universelle de Paris de 1878, il travailla à partir du mois d’octobre comme vendeur, ouvrier et, surtout, accordeur pour la maison versaillaise de facture d’orgues des frères Eugène et John Abbey. Certes moins réputée que celle d’Aristide Cavaillé-Coll, cette entreprise gagna néanmoins une médaille d’argent à l’exposition universelle de cette année-là.

Après leur retour à Saint-Hyacinthe en octobre 1879, Claver et Samuel fondèrent Casavant Frères. Les Casavant appliquèrent les innovations européennes en facture d’orgues à leurs premiers instruments, comme le pédalier concave, la pédale d’expression à double mouvement, les claviers rapprochés et le frein harmonique. L’influence des facteurs d’orgues Abbey se décelait dans l’emploi du pédalier concave au lieu du pédalier droit et dans la proximité des claviers, deux perfectionnements qui avaient mérité aux Abbey les éloges du jury de l’exposition universelle en 1878. De plus, John Abbey, leur père, avait inventé le frein harmonique, appareil en cuivre placé à l’embouchure des tuyaux pour réguler le son avec plus de précision et de rapidité.

Le premier orgue de Casavant Frères, doté de deux claviers et de 13 jeux, fut installé en 1880 à la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes, à Montréal. Son évaluation favorable par une dizaine de musiciens permit à l’entreprise d’être préférée à Eusèbe Brodeur pour concevoir l’orgue à trois claviers et 38 jeux de la cathédrale de Saint-Hyacinthe, qui fut livré en 1885. La réputation de Casavant Frères s’accrut davantage avec la réalisation de l’orgue de l’église Notre-Dame, à Montréal. L’instrument à quatre claviers et 81 jeux fut inauguré en 1891. Il était, à l’époque, l’un des orgues les plus imposants en Amérique du Nord. Il faisait l’envie des organiers français qui construisaient peu d’orgues neufs à la fin du xixe et au début du xxe siècle à cause, principalement, de la sécularisation de l’État.

La firme des Casavant perfectionna l’art de la facture d’orgues, et plusieurs organiers américains et européens adoptèrent ses innovations. En 1889, le médecin et organiste Salluste Duval* avait fait breveter aux États-Unis la pédale à combinaison ajustable, qui permettait à l’organiste de présélectionner des jeux. Cette technologie, améliorée par Duval dans les ateliers de Casavant Frères au début des années 1880, fut ensuite reprise, imitée ou bonifiée par d’autres facteurs d’orgues. L’entreprise fut aussi une pionnière mondiale dans l’électrification de l’orgue. Ses premiers instruments à employer l’action électropneumatique furent installés en 1892 à la basilique-cathédrale Notre-Dame d’Ottawa et à l’église Notre-Dame-du-Rosaire à Saint-Hyacinthe.

À la fin du xixe siècle, alors que la concurrence se faisait de plus en plus faible, la firme dominait le marché canadien de facture d’orgues. Elle commença en outre à exporter ses instruments aux États-Unis dès 1895. Pour éviter les tarifs douaniers élevés, une succursale fut exploitée à South Haven, au Michigan, de 1912 à 1918. La renommée de l’entreprise en Europe fut pour sa part développée par la livraison d’un orgue électropneumatique dans la résidence parisienne de la philanthrope américaine Florence Meyer (Blumenthal) en 1923 et par l’obtention du diplôme de grand prix à l’Exposition internationale coloniale-maritime et d’art flamand d’Anvers, en Belgique, en 1930.

En 1919, la société Casavant Frères s’était transformée en compagnie à responsabilité limitée. Claver en devint le président et Samuel le vice-président. Malgré ce changement de statut, Claver continua de collaborer à la conception des devis et de s’occuper de l’harmonisation, tandis que Samuel poursuivit ses tâches centrées sur l’administration et la recherche concernant la mécanique des orgues. Les deux frères fondèrent cette année-là la Compagnie de phonographes Casavant Limitée qui créa, jusqu’en 1926, différents modèles de phonographes. La mort de Samuel, un mois après le krach boursier d’octobre 1929, coïncida avec la fin de la croissance fulgurante de Casavant Frères Limitée. L’entreprise avait compté 3 employés en 1880, 38 en 1900, 170 en 1911 et environ 250 en 1929. Elle termina la fabrication de 55 orgues en 1929, dont celui de l’hôtel Royal York de Toronto, le premier orgue canadien à cinq claviers.

Une telle expansion avait amené Claver à se déplacer beaucoup, surtout au Canada et aux États-Unis, pour installer et harmoniser les orgues. Ses voyages étaient rarement touristiques. Il se rendit à Londres en 1905 avec une délégation de l’Association des manufacturiers canadiens, dont il était l’un des membres élus du comité exécutif de la section montréalaise. En 1932, il refusa d’accompagner sa fille Alice en Europe, préférant remettre aux pauvres l’argent qu’il aurait utilisé pour ce séjour de plaisance. D’ailleurs, il exerça tout au long de sa vie une philanthropie intense et discrète. Il donna des sommes substantielles, notamment aux miséreux, à des organismes ou à des institutions de sa ville natale, dont les Sœurs de la Présentation de Marie, le séminaire et l’hôpital.

Casavant accepta de se porter candidat à la mairie de Saint-Hyacinthe le 26 juin 1920 en raison de l’insistance de plusieurs citoyens. Pendant sa campagne, il fut entre autres soutenu par le Courrier de Saint-Hyacinthe, hebdomadaire indépendant et catholique produit par la Compagnie d’imprimerie et de comptabilités de Saint-Hyacinthe, dont Casavant deviendrait le président en 1923. Répugnant l’esprit de combativité que comportait une élection et manquant d’expérience dans les affaires municipales, il fut défait le 12 juillet par le maire sortant, Télesphore-Damien Bouchard*, qui ne remporta toutefois la victoire qu’avec 45 votes.

Catholique pratiquant et profondément croyant, Casavant se rendait chaque jour à la chapelle du séminaire pour assister à la messe. Le pape Pie XI lui accorda en 1925 le titre de chevalier commandeur de l’ordre de Saint-Grégoire-le-Grand pour ses vertus chrétiennes, son esprit religieux, sa vie exemplaire, son attachement et son dévouement au siège de Rome.

Malgré sa personnalité discrète, Casavant sut diriger en compagnie de son frère, et ce, en travailleur déterminé jusqu’à la fin de sa vie, une des plus importantes maisons de facture d’orgues au monde. En 1933, l’année de son trépas, celle-ci avait, depuis sa fondation en 1879, fabriqué et installé 1 484 orgues, en grande majorité en Amérique du Nord, mais aussi en Europe, en Amérique du Sud, en Amérique centrale, en Afrique et en Asie. La présidence de Casavant Frères Limitée fut ensuite assumée par le fils de Samuel (Aristide, 1933–1938), puis par le gendre de ce dernier (Frederic N. Oliver, 1938–1963). Stephen Stoot s’occupa pour sa part des tâches liées à la direction artistique de 1933 à 1958.

La crise économique avait durement affecté Casavant Frères Limitée : en 1933, seuls 11 orgues neufs sortirent de ses ateliers. Pour assurer la pérennité de l’entreprise après la mort de Claver Casavant, ses nouveaux dirigeants appuyèrent des initiatives qu’il avait jadis refusées ou qui étaient contraires à la philosophie des fondateurs, comme la fabrication à partir de 1936 d’orgues unifiés et la création en 1938 d’un service d’ameublement. La compagnie de facture d’orgues demeure, encore au début du xxie siècle, l’une des plus grandes au monde et la plus ancienne en activité au Canada.

Louis Brouillette

Arch. de Casavant Frères Limitée (Saint-Hyacinthe, Québec).— BAnQ-CAM, CE602-S1, 16 sept. 1855.— Centre d’hist. de Saint-Hyacinthe inc., CH001 ; CH097 ; CH122 ; CH356.— FD, cathédrale Saint-Hyacinthe-le-Confesseur, Saint-Hyacinthe, 28 janv. 1930, 14 déc. 1933 ; Sainte-Angélique (Papineauville, Québec), 26 mai 1880.— L’Action catholique (Québec), 11 déc. 1933.— Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 9 août 1878 ; 9 juill. 1910 ; 29 juill. 1911 ; 27 juill. 1912 ; 3, 10 juill., 14 août 1920 ; 6 janv. 1923 ; 10, 17, 24 juill., 29 nov. 1929 ; 8, 15, 22 déc. 1933.— Le Devoir, 11, 13 déc. 1933.— La Minerve (Montréal), 15 août, 5, 7, 19, 24 sept. 1885.— La Presse, 11–12, 15 déc. 1933.— Antoine Bouchard, « Casavant Frères : facteurs d’orgues depuis un siècle », Forces (Montréal), no 2 (1967) : 29–34.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898).— [Samuel Casavant], « les Débuts de la facture d’orgues au Canada », la Musique (Québec), 3 (1921) : 130–133 ; Un orgue canadien à Paris [...] (Saint-Hyacinthe, 1924).— C.-P. Choquette, Histoire de la ville de Saint-Hyacinthe (Saint-Hyacinthe, 1930).— Gustave Chouquet, Exposition universelle internationale de 1878, à Paris, groupe II, classe 13 : rapport sur les instruments de musique et les éditions musicales (Paris, 1880).— Jeanne D’Aigle, l’Histoire de Casavant Frères, 1880–1980 (Saint-Hyacinthe, 1989).— Dictionnaire biographique de musiciens et un Vocabulaire de termes musicaux (Lachine [Montréal], 1922), 54–55.— Norbert Dufourcq, « Précisions historiques sur l’orgue électrique en France, au Canada, et aux États-Unis », la Rev. musicale (Paris), 10 (1928–1929), no 10 : 41–51.— F[rère] Élie [J.-S.-Z. Phaneuf], la Famille Casavant (Montréal, 1914).— Kallmann et al., Encyclopédie de la musique au Canada, 1 : 526–529.— Laurent Lapointe et al., Casavant Frères, 1879–1979 ([Saint-Hyacinthe], 1979).— Victor Morin, I : In chordis et organo (fastes d’organiers) ; II : Mon clocher (causerie radiofusée) (Montréal, 1940).— The organ : an encyclopedia, D. E. Bush et Richard Kassel, édit. (New York, 2006).— M.-R. Sauvé, Joseph Casavant : le facteur d’orgues romantique (Montréal, 1995).

Bibliographie générale

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Louis Brouillette, « CASAVANT, CLAVER (baptisé Joseph-Claver) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 13 août 2022, http://www.biographi.ca/fr/bio/casavant_claver_16F.html.

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Auteur de l'article:    Louis Brouillette
Titre de l'article:    CASAVANT, CLAVER (baptisé Joseph-Claver)
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2021
Année de la révision:    2021
Date de consultation:    13 août 2022