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COLTMAN, WILLIAM BACHELER, homme d’affaires, juge de paix, homme politique et fonctionnaire, né en Angleterre ; décédé le 2 janvier 1826 à Londres.

William Bacheler Coltman arriva à Québec à bord du Caroline au début de juillet 1799. Toutefois, il n’est pas certain qu’il en était à son premier voyage dans cette ville. On sait par ailleurs qu’il était établi comme marchand à Québec en janvier 1807, mais peut-être l’était-il déjà depuis mai 1805. Au cours de l’année 1807, il acheta le schooner Sainte-Anne d’un marin de Cap-Santé pour la somme de £500 et fit construire un quai et un entrepôt à l’embouchure de la rivière Portneuf. La même année, il était associé avec son frère John dans la John Coltman and Company, filiale de Québec d’une société en nom collectif, dont faisaient aussi partie William Hamilton et Francis Ridsdale ; cette société faisait des affaires à Leeds (West Yorkshire, Angleterre), sous le nom de Francis Ridsdale and Company, et à Londres, sous celui de Ridsdale, Hamilton, and Coltman. La John Coltman and Company vendait du vin, du rhum, du sucre, du bois, de la farine du Haut-Canada, des fournitures de bateaux et des poteries ; elle faisait office d’agent maritime et exploitait ses propres navires. En 1808, William Bacheler Coltman négocia, au nom de cette compagnie, deux contrats d’une valeur totale de £10 400 avec le sous-commissaire général John Craigie* pour approvisionner l’armée en farine.

En étant associés avec Hamilton et Ridsdale, les frères Coltman disposaient d’une importante source de capitaux, à laquelle ils puisèrent abondamment. En mai 1807, le marchand Mathew Macnider céda à la John Coltman and Company le reste d’un bail de 50 ans touchant la seigneurie de Sainte-Croix et la baronnie de Portneuf, bail qu’il avait obtenu des ursulines en 1801. Le nouveau locataire établit une importante entreprise commerciale dans la baronnie de Portneuf, où il exploita un moulin banal, qui était assuré pour £2 000, et où s’élevaient une scierie et un manoir construits soit par Macnider soit par les Coltman. Entre 1807 et 1810, la John Coltman and Company se porta acquéreur de 31 lots dans le canton de Nelson, de 4 dans chacune des seigneuries de Lavaltrie et de La Noraye, et de 2 autres à Cap-Santé, de même qu’elle prit à bail un lot de grève à l’anse des Mères, à Québec. Elle obtint aussi la tenure en roture ou à bail de lots de grève et de terrains de grande valeur situés à Portneuf et à Sainte-Croix ; sur ces différents terrains, on trouvait des maisons, des quais, des entrepôts, des ateliers et d’autres bâtiments. Le 31 décembre 1811, l’association des Coltman avec Hamilton et Ridsdale, qui incluait la John Coltman and Company, fut dissoute. L’année suivante, John, et probablement William Bacheler, forma avec Edward Hale la société Coltman and Hale, qui prit à sa charge l’actif de la John Coltman and Company et une dette de plus de £7 500 envers Hamilton et Ridsdale. Puis le malheur s’abattit sur les frères Coltman. En août 1812, John fut écrasé par une pièce de bois que l’on était en train de charger sur un navire aux installations de Portneuf. En mai 1813, Ridsdale et Hamilton déposèrent leur bilan et, en 1816, les acquéreurs de leur actif, Adam Lymburner*, David Barry et Benjamin Howard, réclamèrent au moins le remboursement partiel de la somme que devait la société Coltman and Hale. Il s’ensuivit une série de poursuites judiciaires compliquées qui avaient pour but, dans le cas de la Coltman and Hale, de conserver la propriété juridique de son actif tandis qu’elle acquittait une partie de sa dette, soit £4 254. En 1820, cette société offrait en vente, à partir d’entrepôts de la rue Saint-Paul, dans le quartier commerçant de la basse ville de Québec, de la farine du Bas et du Haut-Canada, des biscuits de mer faits à Terre-Neuve, du porc des pays d’en haut et toutes sortes d’objets en fer ; elle offrait aussi de louer une partie de ses entrepôts et de son quai. En 1820 et 1821, Coltman fut président de la succursale de la Banque de Montréal à Québec, ce qui montre à quel point il jouait un rôle important dans les milieux d’affaires de cette ville.

En janvier 1810, Coltman avait reçu une commission de juge de paix pour le district de Québec. Le 13 janvier 1812, il fut nommé au Conseil exécutif du Bas-Canada. Trois ans plus tard, on le nomma membre de la commission des biens des jésuites, poste non rémunéré qu’il occupa au moins jusqu’en 1824. Pour lui et les autres commissaires, administrer des terres de près de 900 000 arpents comportait des responsabilités très diverses. En plus de percevoir les revenus provenant de ces propriétés et d’en rendre compte, ils étaient encouragés à mettre les terres en valeur dans l’espoir que l’on finirait par s’approprier ces revenus au profit de la province en général.

En octobre 1816, le gouverneur sir John Coape Sherbrooke donna à Coltman et à John Fletcher*, avocat de Québec, des commissions de juge de paix pour le territoire indien du Nord-Ouest. Peu après, ils reçurent chacun un mandat spécial qui leur donnait pouvoir d’enquêter sur les crimes découlant de la lutte à mort que se livraient la Hudson’s Bay Company et la North West Company pour la suprématie du commerce des fourrures. La violence s’était accrue lorsque la Hudson’s Bay Company avait autorisé lord Selkirk [Douglas*] à établir sur les bords de la rivière Rouge, en 1812, une colonie de fermiers écossais. En juin 1816, cette violence aboutit à la mort du gouverneur de la colonie, Robert Semple*, et de quelque 20 colons, tués à Seven Oaks (Winnipeg) par une bande de Métis sous la direction de Cuthbert Grant*. Par représailles, Selkirk s’empara du quartier général de la North West Company au fort William (Thunder Bay, Ontario). Ce sont ces événements, les circonstances qui les avaient provoqués et les moyens de résoudre le conflit que Coltman et Fletcher devaient examiner. Pour affermir leur autorité, on leur donna respectivement des commissions de lieutenant-colonel et de major dans le département des Affaires indiennes. Le choix de Coltman, qui avait une formation en droit et qui était réputé pour son honnêteté et son bon sens, satisfaisait les deux parties.

Coltman et Fletcher tentèrent de se rendre dans le Nord-Ouest en 1816, mais la mauvaise saison était déjà trop avancée. Ils se mirent de nouveau en route à la fin du printemps de 1817, munis d’une dépêche du secrétaire d’État aux Colonies, lord Bathurst, qui ordonnait l’arrestation de Selkirk, la cessation des hostilités et la restitution, par les deux parties, des biens qui avaient été saisis. Ils portaient aussi une proclamation du prince régent qui rendait publics les souhaits du gouvernement. Les commissaires étaient accompagnés d’un petit groupe de soldats. Fletcher resta au fort William et, dès lors, Coltman exécuta seul le mandat qui leur avait été confié. Il arrêta Selkirk dans la colonie de la Rivière-Rouge (Manitoba) et lui imposa une caution de £6 000. Durant tout l’été, il travailla 12 heures par jour à accumuler des preuves et à recueillir des dépositions. Après avoir rétabli un minimum de paix entre les camps, il partit pour le Bas-Canada à l’automne en compagnie de Grant et de Joseph Cadotte, qui devaient être jugés à Montréal ; Selkirk se rendit dans le Haut-Canada par ses propres moyens pour répondre aux accusations portées contre lui.

Dans ses manières de procéder, Coltman semble avoir tenté de trouver un compromis plutôt que d’appliquer rigoureusement la loi, ce qui aurait pu provoquer une recrudescence de la violence. Un de ses contemporains le décrivit comme « une personne du genre corpulent, à la figure joviale, bref un bon vivant qui n’avait d’autre désir que de réconcilier et de calmer toutes les parties ». Le Montréalais Samuel Gale*, avocat habile et compétent qui défendait Selkirk, écrivit que Coltman avait présumé « que le gouvernement considérait toutes les parties à peu près du même œil [...] et, comme un bon sujet, il a[vait] travaillé dur pour réaliser ce qu’il croyait être les souhaits du gouvernement ». Les partisans de Selkirk trouvaient cette façon d’aborder le problème injuste, mais ils ne pouvaient qu’admirer la manière d’agir du commissaire. « La bonhomie et le bon caractère de cet homme sont tels, reconnut lady Selkirk en décembre 1817, qu’aucun de nous ne peut vraiment lui attribuer de mauvaises intentions. »

Coltman remit son rapport le 30 juin 1818. Quoique ce rapport confirme, dans une certaine mesure, les craintes des partisans de Selkirk selon lesquelles les associés de la North West Company, particulièrement William McGillivray, avaient réussi à influencer Coltman, il témoigne néanmoins, par son caractère approfondi, sa précision et sa relative impartialité, d’un effort sincère de la part de son auteur pour être objectif et équitable. Coltman avait des doutes sur les fondements juridiques de l’établissement de la colonie de la Rivière-Rouge et sur la légalité et la moralité des actes de Selkirk au fort William ; il exposait aussi, favorablement, les arguments de la North West Company selon lesquels la colonie de la Rivière-Rouge représentait une menace pour ses propres intérêts dans la traite des fourrures. Par contre, tout en condamnant les deux protagonistes pour leur recours à la violence, il dénonçait particulièrement le « système d’intimidation et de violence » mis en œuvre par la North West Company. De plus, il reconnaissait la bonne foi de Selkirk lorsque ce dernier prétendait que la North West Company se comportait en ennemi du gouvernement aussi bien que de la colonie de la Rivière-Rouge, et que les exigences de la situation autorisaient des méthodes qui, normalement, auraient été injustifiables. Dans l’immédiat, la mission et le rapport de Coltman eurent peu d’effet sur la diminution de la violence dans le Nord-Ouest, mais leur caractère conciliant facilita peut-être la fusion de la Hudson’s Bay Company et de la North West Company trois ans plus tard.

À Québec, Coltman occupait une place importante dans la société. En 1811, il fut élu représentant du quartier Saint-Laurent au conseil d’administration de la Société du feu. Quatre ans plus tard, on le proposa pour faire partie d’une organisation dont le but était de promouvoir l’éducation des pauvres de Québec, sur une base non confessionnelle [V. Thaddeus Osgood*]. Comme il avait été particulièrement frappé, durant son séjour dans le Nord-Ouest, par le peu d’instruction et le manque d’enseignement religieux chez les Métis et les Indiens, il appuya les efforts déployés en 1818–1819 par l’évêque catholique de Québec, Mgr Joseph-Octave Plessis, pour établir une mission à la Rivière-Rouge [V. Joseph-Norbert Provencher*]. En 1819, il devint administrateur de la Société de Québec des émigrés. L’année suivante, il fut élu au conseil d’administration de la section de Québec de la Royal Humane Society of London for the Recovery of the Apparently Drowned or Dead, laquelle s’intéressait aux méthodes de réanimation.

Coltman jouissait d’une excellente réputation auprès des gouvernants de la colonie. En janvier 1817, Sherbrooke recommanda qu’on lui donne un siège au Conseil législatif, mais la nomination n’arriva jamais de Londres. En mai 1819, il fut nommé membre du Bureau des mesureurs de bois [V. Peter Patterson*], nouvellement constitué, et, cinq mois plus tard, président de la Cour des comptes publics, fonction qui commandait un traitement d’au moins £400 par année. Sa commission de juge de paix, qui avait été étendue en 1816 au district de Western, dans le Haut-Canada, connut de nouvelles extensions en 1821 et 1824, qui firent en sorte qu’elle couvrit tout le Bas-Canada.

Conscient de son importance sur le plan social et politique, William Bacheler Coltman tenta d’obtenir un siège à la chambre d’Assemblée lors des élections générales de 1820. Battu dans la circonscription de la Haute-Ville de Québec par Joseph-Rémi Vallières* de Saint-Réal, il tenta de nouveau sa chance dans la circonscription de Hampshire, mais se retira avant la clôture du scrutin ; ce fut une chaude lutte, que remporta Charles Langevin du parti canadien avec l’aide de François Huot. La position de Coltman au sein du pouvoir exécutif, ses intérêts (si ce n’est une activité continue) dans le commerce et ses escarmouches avec le parti canadien, tous ces facteurs le rendaient sympathique au mouvement en faveur d’une union législative du Bas et du Haut-Canada, qui prit naissance principalement chez les marchands et les fonctionnaires britanniques en 1822. À une assemblée qui eut lieu en novembre, il fut élu président de la section de Québec d’une organisation provinciale dont le but était de promouvoir cette cause. Il affirma avec force que la division de 1791 avait amené « une majorité du Parlement, presque inévitablement égarée par l’esprit de parti, [à] adopt[er] des mesures qui tendaient à entretenir les distinctions et les préjugés nationaux, plutôt que des mesures qui auraient visé à les réduire et à assimiler tous les Canadiens ». Et il ajoutait : « donc, pour conserver le monopole du pouvoir [... cette majorité a] peut-être inconsciemment rejeté, comme relevant du sentiment britannique et faisant partie du système colonial britannique, les divers avantages qu’apporterait au peuple [... ] l’adoption d’idées plus libérales propres aux commerçants ». Les arguments de Coltman étaient caractéristiques de ceux que le mouvement utilisait pour justifier l’Union. Ce projet souleva immédiatement une vive opposition au sein du parti canadien et de l’Église catholique mais, quoique ses chances de succès aient été minces dès le début, il ne fut définitivement abandonné qu’en 1824. Coltman quitta la colonie le 3 novembre de l’année suivante pour retourner dans son pays natal, l’Angleterre, et mourut à Londres le 2 janvier 1826.

En collaboration avec Roy C. Dalton

William Bacheler Coltman est l’auteur de : « A general statement and report relative to the disturbances in the Indian Territories of British North America [...] », 1818, dont une copie se trouve aux APC (MG 19, E2). Ce texte ne porte pas la signature de John Fletcher, qui siégeait avec Coltman à la commission d’enquête. Plus complet qu’un texte contenu dans la correspondance du ministère des Colonies (APC, MG 11, [CO 42] Q, 148 : 278–315, 551–566), ce document devrait aussi être comparé avec le texte imprimé dans G.-B., Parl., House of Commons paper, 1819, 18, no 584 : 1–288, Papers relating to the Red River settlement [...], qui a été réimprimé dans N. Dak., State Hist. Soc., Coll. (Fargo), 4 (1913) : 451–653, sous le titre de « Summary of evidence in the controversy between the Hudson’s Bay Company and the North West Company ».

ANQ-Q, CN1-16, 31 oct. 1816 ; CN1-262, 16, 23 janv. 1807, 22 mars, 25 mai 1808, 11 mai 1812, 14 févr., 2–3 mai 1817.— APC, MG 11, [CO 42] Q, 144–145 ; 147–148 ; RG 4, B46 ; RG 8, I (C sér.), 0 : 1956 ; RG 68, General index, 1651–1841.— SRO, GD45/3/86.— Documents relating to northwest missions, 1815–1827, G. L. Nute, édit. (St Paul, Minn., 1942).— HBRS, 1 (Rich), xx.— La Gazette de Québec, 11 juill. 1799, 24 oct. 1805, 5 nov. 1807, 25 janv. 1810, 11 avril 1811, 7 mai 1812, 16 mars, 13 avril, 13 juill., 21 déc. 1815, 15, 22, 29 mai, 25 juill., 7, 14, 21 nov., 19 déc. 1816, 13 mars, 13 nov. 1817, 1er janv., 26 févr., 6, 9 août, 7 déc. 1818, 20 mai, 1er juill., 2, 9, 12 août, 14 oct., 23 déc. 1819, 6, 30 mars, 26 juin, 23 oct., 29 déc. 1820, 21, 25 nov., 2, 19 déc. 1822.— Almanach de Québec, 1821–1822 – F.-J. Audet, « les Législateurs du B.-C. ».— Wallace, Macmillan dict. D. [G.] Creighton, The empire of the St Lawrence (Toronto, 1956).— R. C. Dalton, The Jesuits’ estates question, 1760–1888 : a study of the background for the agitation of 1889 (Toronto, 1968), 60–77.— J. S. Galbraith, The Hudson’s Bay Company as an imperial factor, 1821–1869 ([Toronto], 1957).— William Kingsford, The history of Canada (10 vol., Toronto et Londres, 1887–1898).— C. [B.] Martin, Lord Selkirk’s work in Canada (Oxford, Angl., 1916).— Morton, Hist. of Canadian west (Thomas ; 1973).— W. L. Morton, Manitoba : a history (Toronto, 1957).— E. E. Rich, The fur trade and the northwest to 1857 (Toronto, 1967).

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

En collaboration avec Roy C. Dalton, « COLTMAN, WILLIAM BACHELER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/coltman_william_bacheler_6F.html.

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Auteur de l'article:   En collaboration avec Roy C. Dalton
Titre de l'article:   COLTMAN, WILLIAM BACHELER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   1 septembre 2014