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FOSTER, ELIZA LANESFORD (Cushing), écrivain et directrice de revue, née en 1794 à Brighton, Massachusetts, fille de John Foster, ministre de l’Église unitarienne congrégationaliste à Brighton, et de Hannah Webster, romancière ; en 1828, elle épousa Frederick Cushing, médecin ; décédée le 4 mai 1886 à Montréal.

Au moment de son mariage, Eliza Lanesford Foster avait déjà écrit deux romans historiques, Saratoga [...] et Yorktown [...] ; elle les avait fait paraître à Boston, dans les années 1820, en gardant l’anonymat. En 1833, elle suivit son époux qui déménageait à Montréal. Le médecin se fit une bonne clientèle dans cette ville, mais il succomba en 1846 au typhus qu’il avait attrapé en soignant des immigrants malades. Eliza Cushing continua d’habiter Montréal durant 40 ans. Sa situation financière est un mystère : elle ne fréquentait pas la société des gens à l’aise et n’avait pas de serviteurs chez elle ; pourtant, elle était assez riche pour faire, à l’occasion, de longs voyages. Jusqu’à un âge avancé, elle profita de ce que la Providence, disait-elle, lui avait fait le don d’une « solide santé de corps et d’esprit qui [lui] permet[tait] de goûter pleinement les amitiés et les bienfaits avec lesquels elle éclair[ait] encore les dernières années de [sa] vie ».

De 1838 à 1851, Eliza Cushing, en plus d’écrire régulièrement des articles dans des revues américaines, rédigea quelque 70 nouvelles, poèmes et romans historiques pour la Literary Garland de Montréal. Cette revue, fondée en décembre 1838 par John Gibson* et John Lovell*, fut le premier périodique littéraire canadien qui vécut plus de trois années. Parmi les œuvres de Mme Cushing, il s’en trouve peu qui portent en tout ou en partie sur un sujet canadien ; un seul texte (paru à Philadelphie dans le Godey’s Magazine) donne vaguement l’impression qu’elle avait conscience de vivre une époque passionnante du Bas-Canada. Mais tous ses récits ont une atmosphère caractéristique, et le ton est nettement moralisateur. À la manière de la littérature courtoise de ce temps, le cadre est pastoral et noble, les scénarios sont langoureux ; les émotions ne manquent pas, car les femmes se pâment, rougissent, pleurent et ont des palpitations, pendant que d’impétueux jeunes gens content fleurette à de belles capricieuses mais arrêtent leur choix sur une tendre jeune fille, aux principes élevés et pleine d’abnégation, et que de sombres et sinistres joueurs gâchent la vie de femmes innocentes. Il semble que les lecteurs étaient avides de ses histoires. Mais, en 1851, Mme Cushing, devenue directrice de la Garland, dut admettre que la concurrence américaine et la diminution de la faveur populaire signifiaient la fin de ce qu’elle tenait pour « la seule revue publiée en Amérique du Nord britannique ».

Eliza Cushing avait déjà trouvé un autre débouché littéraire, car, en collaboration avec sa sœur Harriet, elle avait fondé en 1847 le premier périodique du Bas-Canada qui s’adressait exclusivement aux enfants. Snow Drop, une petite revue, proposait de nombreux « amusements et enseignements » et voulait assurer « le progrès et l’avancement » des jeunes de la bourgeoisie et de la haute société grâce à des nouvelles, des poèmes, des leçons d’histoire et de sciences naturelles, des énigmes et des jeux. Les directrices demandèrent la collaboration de leurs lecteurs, mais elles n’eurent que celle des filles. D’ailleurs, c’est aux filles, semble-t-il, que s’adressait dans une large mesure la morale qui imprégnait, cette fois encore, tous les récits : c’est elles qui devaient apprendre la sincérité, l’honnêteté, la bonté, l’obéissance, le respect filial, la persévérance, l’économie, l’ordre, l’intégrité et la confiance en soi. Étant les futures gardiennes des mœurs de la famille, elles avaient peut-être plus de choses à apprendre !

Dans l’espoir d’intéresser un plus grand nombre de lecteurs, Eliza Cushing, en 1850, transforma le Snow Drop en une revue de plus grand format et de contenu plus varié. Mais son éditeur, à ce qu’il semble, avait des projets grandioses visant à lancer une autre revue et à déloger de la direction les deux sœurs veuves. En 1852, un nouvel éditeur, Robert W. Lay, entra en poste, mais, l’année suivante, le Snow Drop et Eliza Cushing disparurent de la circulation.

Par l’intermédiaire de la Literary Garland et du Snow Drop, Eliza Cushing participa au courant de sentimentalité moralisatrice qui traversa la littérature canadienne du xixe siècle pour ne disparaître tout à fait que dans les années 1920. Il se peut que le ton religieux et moral de ses écrits lui soit venu de son père, mais son goût et son talent pour les lettres provenaient sans nul doute de sa mère, l’une des premières romancières américaines. Les œuvres littéraires de Mme Cushing contrastaient vivement avec les polémiques partisanes que l’on pouvait lire dans la plupart des journaux du xixe siècle. Mais par leur existence même, ses œuvres – comme celles de Susanna Moodie [Strickland] et de Rosanna Eleanora Leprohon [Mullins*] – donnent à penser qu’il s’était formé un public ami des livres, oisif, apolitique, distingué (et peut-être composé de plus en plus de femmes). Cependant, la courte existence des deux périodiques d’Eliza Cushing permet de croire que ce public n’était pas encore nombreux au Canada ou bien qu’il préférait les revues américaines et britanniques aux publications canadiennes qui n’en étaient que des imitations.

Susan Mann Trofimenkoff

Eliza Lanesford Foster (Cushing) est l’auteur de : Saratoga, a tale of the revolution (2 vol., Boston, 1824) ; Yorktown, an historical romance [...] (2 vol., Boston, 1826).

APC, RG 31, A1, 1871 census, Montreal, Saint-Antoine ward : 40.— Arch. privées, Marjorie Harbert (Montréal), papiers de J. S. Cushing.— Snow Drop ; or, Juvenile Magazine (Montréal et Toronto), 1847–1853.— Gazette, 5 mai 1886.— Literary Garland (Montréal), 1838–1851.— Montreal Daily Star, 5 mai 1886.-M. M. Brown, An index to the « Literary Garland » (Montreal, 1838–1851) (Toronto, 1962), 5s.— J. S. Cushing, The genealogy of the Cushing family, an account of the ancestors and descendants of Matthew Cushing, who came to America in 1638 (Montréal, 1905), 308s.— Dominion annual register, 1886 : 264.— S. J. Hale, Woman’s record ; or sketches of all distinguished women, from « the beginning » till A.D. 1850 (New York, 1853), 825s.— Morgan, Bibliotheca canadensis, 73.— F. C. Pierce, Foster genealogy ; being the record of posterity of Reginald Foster, an early inhabitant of Ipswich, in New England [...] (Chicago, 1899), 238s.— Watters, Checklist, 270, 430.— J. G. Brierley, « A study of literature in English produced in the province of Quebec prior to confederation, with its historical background » (thèse de m.a., McGill Univ., Montréal, 1929),128.— Literary history of Canada : Canadian literature in English, C. F. Klinck et al., édit. (Toronto, 1965), 188, 193, 229.— L. J. Loggie, « The Literary Garland : a critical and historical study » (thèse de m.a., Univ. of New Brunswick, Fredericton, 1948).— R. L. McDougall, « A study of Canadian periodical literature of the nineteenth century » (thèse de ph.d., Univ. of Toronto, 1950).— British American Journal of Medical and Physical Science (Montréal), 3 (1847–1848) : 138.— Carole Gerson, « The Snow Drop and The Maple Leaf : Canada’s first periodicals for children », Canadian Children’s Literature (Guelph, Ontario), 18–19 (1980) : 10–23.

Bibliographie générale

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Susan Mann Trofimenkoff, « FOSTER, ELIZA LANESFORD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/foster_eliza_lanesford_11F.html.

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Auteur de l'article:   Susan Mann Trofimenkoff
Titre de l'article:   FOSTER, ELIZA LANESFORD
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   20 décembre 2014