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LITTLE, JOHN MASON, chirurgien et administrateur d’hôpital, né le 9 juin 1875 à Boston, fils de John Mason Little et de Helen Beal ; le 24 septembre 1911, il épousa à St Anthony, Terre-Neuve, Ruth Esther Keese, et ils eurent cinq fils et une fille ; décédé le 23 mars 1926 à Brookline, Massachusetts.

Jouir des privilèges de sa famille – des gens aisés, appartenant au milieu des affaires – ou suivre sa propre voie, tel est le dilemme qui domina la vie de John Mason Little. Son père, commerçant de nouveautés et textiles, administrait les riches propriétés immobilières de son propre père et, en 1916, il bâtirait un immeuble de 12 étages, le Little Building, en plein cœur de Boston. Quant à la famille de sa mère, elle avait fondé la Second National Bank of Boston. Élève de la Noble and Greenough School à Dedham jusqu’en 1893, John Mason reçut en 1897 une licence ès arts de la Harvard University. Il passa ensuite à l’école de médecine de cet établissement, où il se distingua en chirurgie et obtint son doctorat en 1901. Après un internat au Massachusetts General Hospital, il voyagea et étudia en Europe. De retour un an plus tard, il se mit à la pratique privée avec un condisciple de classe, Fred Townsley Murphy. En outre, il assisterait son ancien instructeur, le réputé chirurgien Samuel Jason Mixter, au Massachusetts General Hospital.

Dans les premiers temps de sa carrière, Little semble avoir suivi ses propres penchants. En 1907, il tenta de se « soigner » en se portant volontaire pour servir à la mission médicale fondée par le docteur Wilfred Thomason Grenfell* à St Anthony, à Terre-Neuve. Grenfell avait besoin d’un bon administrateur d’hôpital et d’un chirurgien pour exécuter toute une gamme d’interventions, surtout celles associées à la tuberculose, l’affection la plus dévastatrice de la colonie. Grand amateur de plein air et bon vivant, Little adorait les exigences physiques de ce travail : l’hiver, il patrouillait la péninsule nord en traîneau à chiens et, l’été, il naviguait le long de la côte du Labrador. Bientôt réputé l’un des chirurgiens les plus compétents de Terre-Neuve, il transforma l’hôpital en centre de traitement de pointe. En juin 1908, non sans fierté, il écrivait à sa mère : « Je ne doute absolument pas que, si je voulais rester ici, je pourrais avoir avant longtemps toute la pratique chirurgicale de Terre-Neuve. » Plus tard dans l’année, par crainte de le voir aller exercer une fonction plus lucrative, Grenfell dérogea à ses règles de base – bénévolat et engagement prioritaire envers le travail missionnaire – en offrant un salaire annuel de 1 000 $ à Little (qui était unitarien). Celui-ci l’accepta à la condition de ne pas avoir à participer aux activités religieuses de la mission.

Dès lors, Little se consacra à des interventions chirurgicales avancées qu’il n’aurait pas eu l’occasion de pratiquer s’il était demeuré à Boston. Dans un cas célèbre, il fit une craniotomie à un épileptique, identifia le foyer épileptogène par électrostimulation et retira la zone affectée, une portion du cortex moteur. Chirurgien avant tout, Little reconnaissait pourtant, comme Grenfell, la nécessité de s’occuper d’abord des problèmes de santé publique, principalement la fréquence des maladies attribuables à des carences alimentaires, le béribéri par exemple. Les scientifiques avaient d’abord classé le béribéri parmi les maladies tropicales associées à un régime basé sur le riz décortiqué, mais dans les régions nordiques, où on levait souvent le nez sur la farine de blé entier parce qu’on la croyait inférieure, la même carence s’observait chez des sujets consommant beaucoup de farine blanchie. Bien que la théorie des oligoéléments n’ait pas encore été bien définie en 1912, il est clair que Little la comprenait. En 1913 et en 1914, sur son conseil, William Richard Ohler réalisa à Harvard des expériences qui montrèrent que la polynévrite apparaissait chez des poulets nourris au pain blanc. Ohler conclut qu’un régime fait exclusivement de farine blanchie ne fournissait pas les vitamines nécessaires et que la pathologie des poulets évoluait d’une manière semblable au béribéri.

Presque dès le début de son séjour à St Anthony, Little s’était trouvé en désaccord avec Grenfell au sujet des priorités de la mission et des lacunes de l’organisation de celle-ci. En outre, il ne privilégiait pas autant que Grenfell la publicité et la collecte de fonds, même si, en 1910, il avait recueilli l’argent nécessaire à une nouvelle aile chirurgicale. En juin 1909, après que Grenfell eut publié sans son autorisation quelques-unes des lettres qu’il avait envoyées à ses proches, le chirurgien avait exprimé son déplaisir à sa mère : « Je comprends assez l’attitude du docteur Grenfell pour ce qui est de la publicité à donner à son œuvre. Il est constitué de telle façon et c’est [un homme] tellement simple qu’il n’en résulte aucun mal, seulement du bien pour autrui et pour l’œuvre elle-même. Mais je ne suis pas comme le docteur Grenfell : avoir l’air d’un héros de carton-pâte ou animer des séances de prière, très peu pour moi».

En 1917, John Mason Little était prêt à réintégrer le milieu médical de Boston, où son père était disposé à le soutenir. À ses différends avec Grenfell s’ajoutaient depuis deux ans des ennuis de santé. Physiquement parlant, son travail lui pesait de plus en plus, et il devait songer à sa famille, qui n’avait cessé de s’agrandir. Il remit sa démission en juin 1917 et partit en octobre avec sa femme, une Américaine qui avait enseigné à St Anthony, et leurs quatre enfants. Par la suite, il fut chirurgien auprès des patients de la clinique externe du Massachusetts General Hospital, chirurgien consultant au Long Island Hospital et chargé de cours en techniques chirurgicales à la Harvard Medical School. Plus tard, il fut examinateur médical à la New England Mutual Life Insurance Company et chirurgien en chef à la Boston and Albany Railroad Company. Membre de l’American Medical Association, il ne put se résoudre à abandonner tout à fait la mission de Grenfell : il fut administrateur et président de la New England Grenfell Association et il appartint au conseil d’administration de l’International Grenfell Association. Atteint d’une cardiopathie dont il ne révéla même pas l’existence à sa famille immédiate, il mourut subitement, au printemps de 1926, d’une embolie pulmonaire combinée à une inflammation du muscle cardiaque. Il avait 50 ans. Ses cendres furent retournées à St Anthony où elles furent scellées dans une paroi rocheuse de la colline Fox Farm, qui domine le paysage où s’étaient déroulées ses années les plus productives et les plus gratifiantes.

Ronald Rompkey

Nous remercions Thomas Maihew Smith, de Cambridge, au Massachusetts, petit-fils de John Mason Little, qui nous a donné des détails sur l’histoire de la famille et qui possède de la correspondance de son grand-père. [sao.]

Les publications de Little comprennent : deux articles parus dans le Boston Medical and Surgical Journal, « Kallak, an endemic pustular dermatitis » et « A winter’s work in a subarctic climate », 158 (1908) : 253–255 et 996s. respectivement ; trois articles dans American Medical Assoc., Journal (Chicago) « Medical conditions on the Labrador coast and north Newfoundland », 50 (janv.–juin 1908) : 1037–1039, « Beriberi caused by fine white flour », 58 (janv.–juin 1912) : 2029s., et « Beriberi », 63 (juill.–déc. 1914) : 1287–1290 ; ainsi que « From the records », Grenfell Clinical Quarterly (St Anthony, T.-N.), 4 (1987–1988), nº 1 : 17–22, (transcription complète d’un dossier sur un cas d’épilepsie chez un des patients de Little).

Mass., Secretary of the Commonwealth, Arch. Div., Registry of vital records and statistics (Boston), Birth certificate, 9 juin 1875 ; State Dept. of Public Health, Registry of vital records and statistics (Boston), Death certificate, 23 mars 1926.— PANL, GN 30/1, marriage records, 1891–1922 : 24 sept. 1911.— Yale Univ. Library, mss and Arch. (New Haven, Conn.), Wilfred Thomason Grenfell papers.— New York Times, 25 mars 1926.— American Medical Assoc., Journal, 86 (janv–juin 1926) : 1381.— D. N. B[lakely], « John Mason Little, m.d», Boston Medical and Surgical Journal, 194 (1926) : 652s.— Encyclopedia of Nfld (Smallwood et al.), 3 : 345.— Graduates and members of the Graduates Association, 1867–1950 ([Dedham, Mass., 1950]).— Harvard Univ., Quinquennial catalogue of the officers and graduates, 1636–1930 (Cambridge, Mass., 1930).— W. R. Ohler, « Experimental polyneuritis : effects of exclusive diet of wheat flour, in the form of ordinary bread, on fowls », Journal of Medical Research (Boston), 31 (1914–1915) : 239–246.— Ronald Rompkey, Grenfell of Labrador : a biography (Toronto, 1991)

Bibliographie générale

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Ronald Rompkey, « LITTLE, JOHN MASON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/little_john_mason_15F.html.

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Auteur de l'article:   Ronald Rompkey
Titre de l'article:   LITTLE, JOHN MASON
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   21 octobre 2014