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MACLEAN, JOHN (jusque vers 1890, il orthographia son nom de famille McLean), missionnaire méthodiste, auteur, fonctionnaire, rédacteur en chef d'un journal, archiviste et bibliothécaire, né le 30 octobre 1851 à Kilmarnock, Écosse, fils de John McLean et d'une prénommée Alice ; le 10 juin 1880, il épousa à Guelph, Ontario, Sarah Anne Barker, et ils eurent six enfants ; décédé le 7 mars 1928 à Winnipeg.

John Maclean étudia toute sa vie. Après avoir fréquenté une école secondaire à Dumbarton, en Écosse, il immigra au Canada en 1873. Pris à l'essai comme ministre en 1875 par l'Église méthodiste du Canada, il passa deux ans au nord-ouest de London, en Ontario, avant d'entrer au Victoria College de Cobourg, où il recevrait une licence ès arts en 1882 puis une maîtrise ès arts en 1887. Il obtiendrait un doctorat en histoire de l'Église à l'Illinois Wesleyan University de Bloomington en 1888 et une licence en droit de l'université de Manitoba en 1926. Son doctorat susciterait des jalousies. D'aucuns l'accuseraient de négliger sa mission au profit de ses études, mais il continuerait avec entêtement.

En 1880, après son ordination le 6 juin et son mariage quatre jours plus tard, Maclean partit en compagnie de sa femme, Sarah Anne Barker, pour une nouvelle mission méthodiste située près du fort Macleod (Fort Macleod, Alberta). Ils passeraient neuf ans parmi les Gens-du-Sang, la Police à cheval du Nord-Ouest et les colons. La circonscription ecclésiastique de Maclean englobait la quasi-totalité de l'actuel sud de l'Alberta. Il y apprit la langue de bon nombre des groupes autochtones vivant sur les contreforts des Rocheuses. Dans le dernier quart du xixe siècle, sous l'effet de la colonisation ainsi que du mouvement de création de réserves et d'écoles techniques pour les Amérindiens de l'Ouest, la concurrence entre missionnaires s'intensifiait. Jusqu'à son départ en 1889, une désagréable rivalité opposa Maclean à Samuel Trivett, de la Church Missionary Society. À la mission, les Gens-du-Sang avaient des comportements contradictoires à l'endroit de Maclean : ils acceptaient de bon gré la nourriture, les vêtements et l'instruction qu'il leur offrait, mais détruisaient parfois ses biens.

En 1886, Maclean avait été engagé comme inspecteur des écoles publiques d'un territoire qui s'étendait de Medicine Hat aux Rocheuses et du fort Macleod jusqu'aux États-Unis. Il démissionna de ce poste après son entrée au Bureau d'éducation des Territoires du Nord-Ouest le 2 décembre 1887. Deux ans plus tard, il fut nommé au comité de sélection des instituteurs et, après qu'il eut accepté une charge à Moose Jaw (Saskatchewan), lui-même et sa jeune famille s'installèrent à cet endroit, où ils restèrent deux ans. Maclean exerça également des fonctions au sein de l'Église. La Conférence du Manitoba et du Nord-Ouest l'élut secrétaire des annales pour les années 1888 à 1891 et secrétaire en 1892 ; il assumerait la présidence en 1895. De plus, il serait président de la Prohibitory League en 1898.

À l'instar d'une poignée de missionnaires à la personnalité hors du commun – Silas Tertius Rand*, Émile Petitot* et Adrien-Gabriel Morice* par exemple –, Maclean se passionnait pour la culture et le mode de vie des Amérindiens. Il correspondit avec des pionniers de l'ethnologie tels Horatio Emmons Hale*, Franz Boas* et James Constantine Pilling. Ses contemporains le jugeaient bien renseigné sur les langues, la culture et la vie sociopolitique des Amérindiens des Plaines. À sa mort, trois de ses livres furent considérés comme les meilleurs en la matière : The Indians : their manners and customs (Toronto, 1889), The Blackfoot language ([Toronto ?, 1896 ?]) et Canadian savage folk : the native tribes of Canada (Toronto, 1896). Outre ses nombreux ouvrages sur les peuples autochtones et les missionnaires, Maclean publia de multiples opuscules ethnologiques. De 1924 à 1927, il collabora régulièrement au Beaver de Winnipeg, la revue de la Hudson's Bay Company. De 1882 à 1888, il avait correspondu avec la British Association on North-West Indian Tribes et, durant de nombreuses années, avec le bureau d'ethnologie de la Smithsonian Institution de Washington, au sujet des langues et de la littérature des autochtones de l'Ouest. Il adhérait aux théories de l'époque sur l'Indien en voie de disparition et on lui reprocha par la suite le caractère superficiel de ses travaux sur le terrain, mais du moins traitait-il les autochtones comme des êtres humains capables de profondeur spirituelle et de sincérité. Le 10 avril 1889, par exemple, il écrivit à sa femme : « Tandis que j'écoute le chant et l'histoire de mes amis au teint sombre, mon cœur bondit de joie […] Comme des enfants innocents, ils m'ont demandé si j'avais déjà vu un seul bison […] Les ombres tombent sur leur chemin […] Et ils plient devant le lot que leur impose inexorablement la race blanche […] [ils] attendent le moment où le Grand Esprit [les] appellera. »

Maclean servit à Port Arthur (Thunder Bay, Ontario) de 1892 à 1895, puis dans deux localités manitobaines, Neepawa de 1896 à 1900 et Carman en 1901–1902. Pendant cette période, il écrivit une série d'opuscules religieux. En 1902, il s'établit à Halifax, où il fut rédacteur en chef du Wesleyan durant quatre ans. Ensuite, il fut posté à Morden, au Manitoba, jusqu'en 1911. Cette année-là, il fut affecté, à Winnipeg, à la petite et fragile mission Bethel (rebaptisée mission Maclean en 1918). Jusqu'en 1919, lui-même et sa femme Sarah Anne fournirent aux pauvres de la ville des services sociaux, juridiques, médicaux et autres. En outre, ils ouvrirent une école du dimanche et bâtirent un centre communautaire où un orchestre donnait un concert gratuit tous les samedis soirs.

En 1918, Maclean accepta le poste d'archiviste en chef de l'Église méthodiste au Wesley College de Winnipeg. De 1922 à 1928, il exerça cette fonction en même temps que celle de bibliothécaire en chef du collège. En tant qu'archiviste, il s'employa surtout à rassembler des documents sur les débuts des confessions méthodistes et presbytériennes. Il fut membre actif de nombreuses sociétés scientifiques et littéraires, notamment le Canadian Institute, l'American Association for the Advancement of Science, l'American Folk-Lore Society, la Société historique et scientifique de Manitoba et l'Ontario Historical Society.

Les années 1920 furent difficiles pour John Maclean. La grève générale de Winnipeg en 1919 l'avait vivement inquiété : il craignait qu'elle marque le début d'une révolution qui embraserait tout le pays. Particulièrement critique à l'endroit du mouvement Social Gospel, il était convaincu que James Shaver Woodsworth* appuyait les « bolcheviks ». À mesure que s'écoulait la décennie, il envisageait avec optimisme l'union des Églises, mais croyait le méthodisme promis au déclin, ce qui l'attristait. Sa mort, survenue en 1928, donna lieu à des témoignages chaleureux. Il laissait le souvenir d'un homme qui s'était consacré passionnément à la recherche, surtout sur les langues et la culture amérindiennes, et à l'Église.

Susan Gray

John Maclean est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages, dont certains ont connu plusieurs éditions. Le catalogue de BAC, qu'on peut consulter sur Internet, contient 80 entrées au nom de Maclean. Le Répertoire de l'ICMH mentionne aussi certaines de ses publications.

AO, RG 80-5-0-94, no 11978.— BAC, MG 29, D65.— EUC, Manitoba and Northwestern Ontario Conference Arch. (Winnipeg), Vert. file, John Maclean ; EUC-C, Biog. file ; Fonds 3270.— Winnipeg Tribune, 19 mai 1926.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898 et 1912).— G. H. Cornish, Cyclopædia of Methodism in Canada [...] (2 vol., Toronto et Halifax, 1881–1903).— J. W. Grant, Moon of wintertime : missionaries and the Indians of Canada in encounter since 1534 (Toronto, 1984).

Bibliographie générale

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Susan Gray, « MACLEAN, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/maclean_john_15F.html.

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Auteur de l'article:   Susan Gray
Titre de l'article:   MACLEAN, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   20 octobre 2014