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PAQUIN, JACQUES, prêtre catholique et auteur, né le 9 septembre 1791 à Deschambault, Bas-Canada, fils de Paul Paquin, cultivateur, et de Marguerite Marcot ; décédé le 7 décembre 1847 à Saint-Eustache, Bas-Canada.

C’est dans une famille de cultivateurs bien nantis que Jacques Paquin passe toute son enfance. Son père est aussi sacristain et sa mère se fait remarquer par sa piété et son esprit charitable. Dans ce contexte, le jeune Paquin, qui s’est probablement identifié à ses parents, laisse pressentir déjà une âme passionnée, à la foi fervente. Il reçoit sa première éducation à l’école latine de sa paroisse que tient dans son presbytère le curé Charles-Denis Dénéchaud. Son intelligence précoce n’échappe pas à la bienveillante sollicitude du curé qui déjà entretient l’espérance d’une vocation sacerdotale.

En 1805, Paquin expose son désir de se faire prêtre à ses parents qui, loin d’y mettre obstacle, l’envoient faire ses études au petit séminaire de Québec. En octobre 1808, c’est sans doute la nomination de son oncle, l’abbé Jean-Baptiste Paquin, à titre de directeur du séminaire de Nicolet qui l’incite à s’inscrire à cette institution, où il termine ses études classiques en 1813. La même année, Mgr Joseph-Octave Plessis*, évêque de Québec, le nomme à la mission d’Odanak et à la paroisse Saint-François-du-Lac afin de seconder le curé François Ciquard*. Tout en approfondissant lui-même la théologie, Paquin s’initie à la langue des Abénaquis. Généreux, capable d’enthousiasme, il se donne la peine d’apprendre à lire et à écrire à de jeunes Indiens. Mgr Plessis lui confère le sacerdoce le 24 septembre 1814, après quelques mois d’études théologiques au grand séminaire de Québec, et le nomme vicaire de la paroisse Sainte-Anne, à Varennes. À l’été de 1815, Paquin remplace le curé Charles-Vincent Fournier de la paroisse Saint-Antoine-de-Padoue, à Baie-du-Febvre (Baieville), qui doit accompagner Mgr Plessis dans sa visite pastorale.

En septembre de cette année-là, Mgr Plessis désigne Paquin à une cure qu’il connaît bien, celle de Saint-François-du-Lac, et à la mission d’Odanak qui y est rattachée. Paquin, qui possède une exceptionnelle puissance de travail, consacre alors beaucoup de temps à sa paroisse. Par contre, il néglige son ministère auprès des Abénaquis qui se plaignent de ses nombreuses absences de la mission. Il s’attire même des ennuis de leur part en s’exprimant avec violence, rarement avec nuance et finesse. À vrai dire, il ne se plaît plus à cet endroit et, dès 1817, il souhaite qu’on le décharge de son poste. Quatre ans plus tard, Mgr Plessis répond favorablement à son vœu et lui confie la cure de Saint-Eustache.

Dès son arrivée, Paquin se préoccupe de l’administration de la paroisse. Il souhaite redresser rapidement les finances et apporter des améliorations à l’église. Ainsi en 1823 il fait enlever une tour de l’église et demande qu’on la remplace par un portail et deux tours surmontées de clochers à double lanterne. Quant aux finances, il exige que ses marguilliers rendent régulièrement leurs comptes. Sur le plan spirituel, il se montre aussi fort actif. Il est disponible à toute heure du jour pour confesser, baptiser ou visiter un malade ; il enseigne le catéchisme aux enfants, se dévoue auprès des pauvres et donne beaucoup d’éclat aux cérémonies. Il veille aussi de près à ses intérêts. En 1829, par exemple, lorsque la dîme prélevée sur les céréales diminue, il réclame qu’on la paie aussi sous forme de pommes de terre. Il tient avec la même opiniâtreté à ses positions lorsqu’il s’agit de défendre l’intégrité territoriale de sa paroisse.

Sous la direction de Paquin, l’administration de la paroisse devient plus efficace et la vie spirituelle, plus intense. Aux yeux de Mgr Jean-Jacques Lartigue, auxiliaire montréalais de l’archevêque de Québec, Paquin s’avère un pasteur consciencieux, à la foi ardente, à l’âme vraiment sacerdotale. Aussi le propose-t-il comme archiprêtre de la région du lac des Deux-Montagnes. Ses paroissiens, par ailleurs, émettent des opinions partagées sur sa conduite. Certes, il se montre dévoué, zélé, empressé, et partage son temps entre son église et son presbytère, mais on n’apprécie pas pour autant son rigorisme moral, son esprit de domination et son intransigeance idéologique.

C’est que Paquin prend ses distances vis-à-vis le mouvement libéral et laïque de sa paroisse. Dès 1825, il ne tolère pas que certains paroissiens s’immiscent dans les affaires scolaires et il parvient même à convaincre la majorité de la population de construire une école administrée par la fabrique, qu’il aurait entièrement sous sa tutelle. Mais à la suite de l’adoption de la loi sur les écoles de syndic en 1829, Paquin se sent de plus en plus menacé par certains partisans libéraux de sa paroisse qui veulent mettre sur pied des écoles qui favoriseraient le sentiment national. Pour contrer ce mouvement, il réussit difficilement à se faire élire syndic. En 1830, il entreprend de faire construire un couvent. Il veut donc avoir droit de regard sur l’enseignement primaire.

En 1831, face à la loi sur les fabriques, qui vise à restreindre l’influence du curé dans l’administration de la paroisse [V. Louis Bourdages*], Paquin adopte une attitude aussi ferme. Il ne permet jamais à ses paroissiens de s’immiscer dans les affaires de la fabrique. Devant la menace qui pèse sur l’Église, il parvient même à regrouper certains prêtres de la région afin de mener une action concertée contre les laïques libéraux canadiens-français. À cet effet, il propose de fonder un journal ecclésiastique. Déterminé et influent, Paquin souhaite même que Mgr Lartigue organise une assemblée générale du clergé à Montréal ou à Trois-Rivières afin d’étudier les moyens de contrer l’influence des libéraux.

Paquin s’oppose aussi au mouvement nationaliste. Il se sent menacé par la contestation libérale et craint de perdre ses privilèges. Préoccupé de maintenir l’ordre, il n’accepte pas de se lier à un mouvement qui professe la souveraineté du peuple. et qui projette éventuellement de renverser le gouvernement. À partir de 1830, il dénonce souvent les organisations patriotes de sa paroisse, qu’il juge trop turbulentes. À la suite des élections de 1834, il refuse même de chanter une messe d’action de grâces pour célébrer la victoire patriote. Durant les événements de 1837, il adopte une attitude encore plus ferme à l’égard du mouvement patriote. À l’instar de plusieurs collègues de la région de Montréal, il s’oppose à la révolte armée et repousse tout ce qui n’est pas retour complet aux valeurs de l’Ancien Régime. Sa vive opposition à la diffusion du livre de Hugues-Félicité-Robert de La Mennais, Paroles d’un croyant, publié à Paris en 1834, est fort révélatrice à ce sujet.

Paquin suit fidèlement les directives de Mgr Lartigue et, malgré les menaces de représailles des patriotes de sa paroisse, il ne craint pas de lire en chaire le mandement de l’évêque du 24 octobre 1837. Quelques jours avant la bataille du 14 décembre à Saint-Eustache, les chefs patriotes du comté de Deux-Montagnes, Amury Girod et Jean-Olivier Chénier, le rencontrent au presbytère et tentent vainement de le convaincre de changer de camp. Il reste hostile à la rébellion malgré les menaces de mort et d’emprisonnement qu’on lui profère. À la veille du combat, accompagné du vicaire François-Xavier Desève, il se réfugie dans sa ferme située près du village. Après le saccage et le pillage de Saint-Eustache, il publie en 1838 Journal historique des événemens arrivés à Saint-Eustache [...] où il montre que très peu de ses paroissiens ont participé à la rébellion et que la plupart des chefs rebelles n’habitaient pas la paroisse. Il souhaite ainsi obtenir du gouvernement une indemnité pour la reconstruction de son église détruite au cours de la bataille.

Après l’échec des troubles de 1837–1838, Paquin partage son temps entre l’étude et l’administration. Comme il possède trois terres dont l’une est en prairie, il tire suffisamment de revenus de ses ventes ou de ses fermages pour mener une vie confortable, achever plusieurs travaux d’embellissement de son presbytère et améliorer sa ferme. À l’occasion, il fait des avances en grains ou en numéraire à plusieurs paroissiens. Toutefois, Mgr Ignace Bourget* doit lui servir un sévère avertissement en avril 1841 parce qu’il ne prend pas soin du cimetière et des ruines de l’ancienne église, qu’il laisse les enfants de chœur jouer, rire et se bousculer pendant les offices religieux et aussi parce qu’il prêche trop rarement. Bourget lui demande de remplir son devoir envers sa paroisse qui, dit-il, « a déjà été assez désolée au temporel, sans souffrir la désolation spirituelle ». La même année, Paquin fait reconstruire le couvent détruit par les flammes durant la bataille et projette même d’inviter les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame à y enseigner.

En 1843, Mgr Bourget permet à Jacques Paquin de faire le tour des diocèses de Montréal et de Québec pour y poursuivre ses recherches en vue de la rédaction d’une histoire de l’Église, travail qu’il avait entrepris vers 1830 afin de témoigner des grandes œuvres de l’Église et de répondre à ceux qui la contestaient. En 1846, il s’attend à publier le résultat de ses travaux. Un an plus tard, il fait insérer un prospectus dans les colonnes des Mélanges religieux pour annoncer la parution prochaine de son livre, mais ce dernier ne verra pas le jour. Paquin meurt le 7 décembre de la même année après une maladie très douloureuse.

Richard Chabot

Jacques Paquin est l’auteur d’une brochure intitulée Journal historique des événemens arrivés à Saint-Eustache, pendant la rébellion du comté du lac des Deux Montagnes, depuis les soulèvemens commencés à la fin de novembre, jusqu’au moment où la tranquillité fut parfaitement rétablie (Montréal, 1838). Il a aussi écrit « Mémoire sur l’Église du Canada », manuscrit conservé aux APC, sous la cote MG 24, J15.

ACAM, 420.051 ; 901.021, 831-9 ; RLB, I : 119, 153 ; II : 373, 662 ; III : 615–616 ; IV : 22, 68 ; RLL, I : 151 ; II : 75, 151, 224, 292 ; III : 12, 124, 153 ; IV : 19, 33, 396 ; V : 221 ; VI : 106, 137, 254, 268 ; VII : 52, 291, 332, 402, 628.— ANQ-M, CE6-11, 13 déc. 1847 ; CN1-271, 10 déc. 1843, 8 juill., 9 déc. 1846 ; CN1-326, 22 sept. 1823.— ANQ-Q, CE1-25, 9 sept. 1791.— AP, Saint-Eustache, Cahiers des recettes et dépenses de la fabrique, 1802–1862.— Arch. de l’évêché de Nicolet (Nicolet, Québec), Cartable Saint-François-du-Lac, I, 1813–1821.— Arch. du diocèse de Saint-Jean-de-Québec (Longueuil, Québec), 6A/52.— ASN, AP-G, L.-E. Bois, G, 1 : 428–430 ; 3 : 121, 158 ; 10 : 62.— T.-M. Charland, Histoire des Abénakis d’Odanak (1675–1937) (Montréal, 1964) ; Histoire de Saint-François-du-Lac (Ottawa, 1942) ; « les « Mémoires sur l’Église du Canada » de l’abbé Jacques Paquin », SCHEC Rapport, 2 (1934–1935) : 51–64.— C.-H. Grignon, « la Vie et l’Œuvre du curé Paquin », Cahiers d’hist. de Deux-Montagnes (Saint-Eustache) (été 1978) : 61–82.— L.-J. Rodrigue, « Messire Jacques Paquin, curé de Saint-Eustache de la Rivière-du-Chêne (1821–1847) », SCHEC Rapport, 31 (1964) : 73–83.

Bibliographie générale

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Richard Chabot, « PAQUIN, JACQUES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/paquin_jacques_7F.html.

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Auteur de l'article:   Richard Chabot
Titre de l'article:   PAQUIN, JACQUES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   24 octobre 2014