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PONTON, JOSEPH-NOÉ (baptisé Joseph-Noé-Hormisdas), agronome, professeur et journaliste, né le 8 décembre 1885 à Sainte-Marie-de-Monnoir (Marieville, Québec), un des 14 enfants de Noé Ponton et d’Émélie Dandurand ; décédé célibataire le 11 décembre 1929 à Montréal et inhumé le 14 à Bromptonville, Québec.

Joseph-Noé Ponton n’avait que trois ans lorsque son père vendit sa terre pour acquérir un lot en bois debout à Brompton Falls (Bromptonville). Il connut la vie rude des défricheurs et pour aider aux travaux de la ferme il dut abandonner en juin 1902 les études commerciales qu’il avait commencées en septembre de l’année précédente au séminaire Saint-Charles-Borromée de Sherbrooke. Cependant, à l’âge de 20 ans, il décida de faire ses études classiques dans cet établissement, comme externe, en continuant de travailler à la ferme. En 1912, sur les conseils du directeur de l’Institut agricole d’Oka, il s’inscrivit à l’Ontario Agricultural College de Guelph, où il obtint une licence en sciences agricoles trois ans plus tard. Il acquit sa première expérience de la profession d’agronome en travaillant pendant l’été pour le département de l’Agriculture de l’Ontario dans la région de Sudbury. Les francophones de l’endroit auraient souhaité qu’il y devienne agronome permanent, mais Ponton préféra revenir dans sa province natale.

Ponton occupa divers emplois de 1915 à 1920 : il fut professeur à l’Institut agricole d’Oka jusqu’en 1919, régisseur de la ferme du docteur Louis de Lotbinière Harwood*, à Vaudreuil, durant une saison, et propagandiste en industrie animale au ministère fédéral de l’Agriculture. S’il faut en croire l’un de ses anciens élèves, il n’était pas très doué pour l’enseignement. Homme d’une stature imposante, d’une énergie débordante, il tenait plutôt du tribun. Ponton opta finalement pour le journalisme agricole. En 1920, Auguste Trudel, directeur de la Coopérative centrale des agriculteurs de Québec, lui offrit de prendre en charge l’organe officiel de la coopérative, le Bulletin des agriculteurs. Pendant près de deux années, Ponton s’acquitta de ses diverses tâches au journal en restant dans l’ombre de Trudel, qui signait l’éditorial.

Durant l’été de 1921, Ponton fut appelé par le ministre provincial de l’Agriculture, Joseph-Édouard Caron, à faire partie d’un comité chargé d’étudier l’organisation de l’enseignement agricole dans les provinces canadiennes. Il refusa toutefois de signer le rapport commandé par le ministre sous prétexte qu’il devait être soumis plutôt à la Société canadienne des techniciens agricoles. Par ailleurs, l’aggravation de la crise agricole qui avait suivi la Première Guerre mondiale incita le journaliste à mener une grande enquête à l’échelle de la province pour connaître la situation des cultivateurs. Plus de 40 % des répondants à son questionnaire lui affirmèrent ne pas avoir les moyens de se procurer les fourrages et engrais alimentaires pour l’hivernement de leurs troupeaux. Cette situation convainquit Ponton de l’urgence de mettre sur pied un système de crédit rural, mais le ministre Caron n’en voyait pas la nécessité.

Le déclenchement des élections fédérales à l’automne de 1921 fournit à Ponton l’occasion de faire valoir ses idées. Au moment d’un banquet organisé en l’honneur de Thomas Alexander Crerar*, chef du Parti progressiste fondé en 1919 par des libéraux dissidents et des associations d’agriculteurs de l’Ontario et de l’Ouest, il se vit proposer par l’imprimeur James John Harpell, de Sainte-Anne-de-Bellevue, de fonder un organe du parti dans la province de Québec. Le rédacteur du Bulletin, qui envisageait depuis un certain temps de créer un journal indépendant voué à la défense des intérêts des cultivateurs, consulta ses amis et son patron. Trudel lui proposa plutôt d’acquérir le Bulletin, qui était déficitaire. La transaction fut conclue le 19 octobre avec le consentement des administrateurs de la Coopérative centrale des agriculteurs. Le journal de Ponton devint l’organe du Parti fermier-progressiste, mis sur pied le 31 octobre avec la collaboration des Fermiers unis de Québec, qui regroupaient environ 5 000 membres répartis dans une centaine de succursales, et de l’Union des cultivateurs, association professionnelle formée quelques années auparavant.

Vingt et un candidats du parti se présentèrent aux élections. Avec un programme qui reprenait des thèmes très populaires au Québec, comme la transformation sur place des ressources naturelles, l’émancipation du Canada face à la Grande-Bretagne et le libre-échange avec les États-Unis, le Parti fermier-progressiste recueillit 11 % des votes, mais aucun de ses candidats ne fut élu, tandis qu’ailleurs au Canada 64 progressistes devenaient députés. La propagande libérale, qui l’avait associé au Parti conservateur, responsable de la conscription, contribua à cet échec, mais le parti fut surtout handicapé par ses assises rurales, dans un Québec de plus en plus urbain, et par le fait qu’il répondait davantage aux revendications des partisans d’une agriculture marchande, lesquels étaient encore minoritaires au sein de la classe agricole de la province à l’époque.

L’échec électoral du parti au Québec força Ponton et ses collaborateurs à adopter un nouveau cheval de bataille. Comme il disposait désormais d’une tribune indépendante, Ponton se livra à une critique du mouvement coopératif agricole mis en tutelle par le ministre Caron après la fusion des trois grandes centrales en 1922. Ses remarques furent souvent cinglantes. Le ministre lui donnait la réplique dans le Soleil ou le Bulletin de la ferme (Québec) en se portant à la défense de la nouvelle Coopérative fédérée de Québec. Puisque le contrôle des coopératives échappait aux cultivateurs, Ponton s’attacha à promouvoir le regroupement de la classe agricole sur une base professionnelle, à l’instar des autres classes de la société. En 1924, il proposa l’idée d’un congrès agricole en vue d’étudier la possibilité de mettre sur pied une nouvelle association professionnelle des cultivateurs de la province. Le congrès, qui se tint dans la ville de Québec les 1er et 2 octobre 1924, réunit 2 400 personnes. On y adopta un vaste programme de réformes touchant, entre autres, l’enseignement agricole, l’établissement d’un système de crédit rural, l’organisation de cercles d’étude locaux. Soutenu par Ponton, le cultivateur Laurent Barré* devint le premier président de l’Union catholique des cultivateurs (UCC).

Le ministre Caron se résigna à accepter la nouvelle association, mais il tenta de convaincre les militants que le journal dirigé par Ponton servait mal leur cause en critiquant sans cesse les mesures gouvernementales. Certaines prises de position du Bulletin irritaient aussi des membres éminents du clergé. Pour dissiper tout malentendu, Ponton demanda à l’UCC, à l’occasion du congrès de 1926, de s’assurer l’hospitalité d’un autre journal, et Laurent Barré, qui était lui aussi hostile au gouvernement libéral, abandonna son poste de président. Les deux hommes ne renoncèrent pas pour autant à leur croisade.

Le ministre Caron s’était opposé à la création de l’UCC parce qu’il soupçonnait ses deux leaders de vouloir s’en servir comme tremplin pour se lancer en politique. Aux élections de 1921, la rumeur voulait que Ponton se porte candidat, mais il s’en était tenu au rôle d’organisateur de la campagne du Parti fermier-progressiste. Ce n’est qu’à la fin du congrès de l’UCC en 1926 qu’il manifesta pour la première fois ses ambitions politiques. Il justifia son geste en disant qu’il était devenu nécessaire d’ajouter à l’action syndicale la lutte parlementaire afin d’y appuyer les revendications de l’UCC. Ponton et Barré s’allièrent alors aux conservateurs pour faire la lutte au gouvernement de Louis-Alexandre Taschereau* à l’occasion des élections provinciales du 16 mai 1927 ; Ponton brigua les suffrages dans la circonscription de Richmond. Malgré leurs succès en campagne électorale, ils furent défaits au scrutin. Selon eux, leur échec était dû à un manque d’organisation, et dans les semaines qui suivirent ils convoquèrent une assemblée où ils jetèrent les bases d’un nouveau parti, l’Action politique populaire, qui eut toutefois une existence éphémère.

L’arrivée de Ponton en politique active lui aliéna une partie de la classe agricole d’allégeance libérale, qui comprenait certains dirigeants de l’UCC. Son opposition au projet de la doter d’une section commerciale lui valut d’autres critiques dans le nouvel organe de l’UCC, la Terre de chez nous. Pour la première fois de sa carrière, Ponton voyait son leadership contesté. C’est à ce moment, en décembre 1929, que la mort le faucha à l’âge de 44 ans, à la suite d’une néphrite. L’agronome Armand Létourneau, qui l’avait rencontré un mois plus tôt, écrirait dans la Terre de chez nous qu’il lui était apparu vieilli, fatigué et, surtout, désillusionné.

On ne sait pas grand-chose des influences qui ont orienté la carrière de Ponton. Dans son plus jeune âge, il semble avoir été profondément marqué par l’étude des faits héroïques de l’histoire du Canada et aussi, évidemment, par son éducation religieuse. D’après les témoignages de ses proches, il se croyait investi d’une mission et il a consacré toutes ses énergies à la défense de son idéal. Lui-même a qualifié son combat dans le Bulletin des agriculteurs de campagne de rénovation agricole. Ses revendications ont évolué au fil des années : augmentation des ressources allouées aux écoles d’agriculture, réforme des coopératives agricoles, crédit rural, diversification des marchés pour les produits laitiers par l’exportation de crème aux États-Unis, réduction des importations de denrées, amélioration des cours à bestiaux, restauration des ventes aux enchères de produits laitiers et autres. Il eut la joie de voir plusieurs de ses idées reprises dans le programme de réformes mis de l’avant par le successeur de Caron au ministère de l’Agriculture, Joseph-Léonide Perron. Ce dernier lui offrit même le poste de sous-ministre peu de temps avant sa mort.

Même si Joseph-Noé Ponton s’en est défendu, la polémique qu’il a engagée avec Caron tenait beaucoup du conflit de personnalité. Le ton véhément de ses critiques sur la politique agricole du ministre ne pouvait que lui attirer la hargne de ce dernier. De plus, le réformateur n’avait pas toujours raison. Ainsi, la vente de crème aux États-Unis n’a pas donné les résultats escomptés puisque les Américains ont adopté des mesures pour restreindre l’entrée des denrées agricoles du Canada, ce qui a laissé l’industrie laitière désorganisée dans une partie des Cantons-de-l’Est. En dépit de leurs différends, Ponton et Caron, deux fils du terroir, cherchaient les moyens pour endiguer l’exode rural et redonner une certaine dignité à ceux qui n’obtenaient pas une juste rétribution pour leur travail même s’ils jouaient un rôle essentiel dans la société. Dans le combat qui opposa les deux hommes, Ponton a eu le beau rôle en se portant avec abnégation à la défense des plus faibles devant un gouvernement qu’il accusait d’être insensible à leurs revendications ou qu’il taxait d’incompétence en matière agricole. Ses anciens collaborateurs, dont Firmin Létourneau, en ont fait un véritable héros, digne de ceux qui avaient peuplé son imaginaire d’enfant, portrait assez fidèle dans l’ensemble mais auquel il convient d’apporter des nuances. La grande réalisation de Ponton demeure la fondation de l’Union catholique des cultivateurs. Il a été décoré à titre posthume de la médaille d’or du Mérite agricole en 1961.

Jacques Saint-Pierre

Joseph-Noé Ponton a publié avec Firmin Létourneau, Album des animaux domestiques : dédié à nos jeunes compatriotes des campagnes ([Montréal, 1924 ?]).

ANQ-M, CE602-S21, 9 déc. 1885.— Le Bulletin des agriculteurs (Montréal), 1920–1929.— Le Devoir, 12 déc. 1929.— La Terre de chez nous (Montréal), 18 déc. 1929, 9 sept. 1931, 26 févr. 1947.— J.-P. Kesteman et al., Histoire du syndicalisme agricole au Québec : UCC–UPA, 1924–1984 (Montréal, 1984).— Nicole Lacelle, le Bulletin des agriculteurs, 1921–1929 : les visages d’un journal (Montréal, [1981 ?]).— Firmin Létourneau, Histoire de l’agriculture (Canada français) ([Montréal], 1950).— J.-C. Magnan, le Monde agricole (Montréal, 1972), 64.— Robert Migner, Quand gronde la révolte verte (Montréal, 1980).— Rumilly, Hist. de la prov. de Québec, 24–31.— Jacques Saint-Pierre, Histoire de la Coopérative fédérée : l’industrie de la terre (Québec, 1997).

Bibliographie générale

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Jacques Saint-Pierre, « PONTON, JOSEPH-NOÉ », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ponton_joseph_noe_15F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
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