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ROSS, FLORA AMELIA (Hubbs), fonctionnaire, née en 1842 dans l’île San Juan (Washington), fille de Charles Ross et d’Isabella Mainville ; décédée le 2 novembre 1897 à New Westminster, Colombie-Britannique.

Flora Amelia Ross venait d’une famille de trafiquants de fourrures. Son père fut chef de poste pour la Hudson’s Bay Company au fort McLoughlin (Bella Bella, Colombie-Britannique), puis au fort Victoria (Victoria). Sa mère était la fille d’un trafiquant de pelleteries et d’une femme de la tribu des Sauteux. Le 6 décembre 1859, à Victoria, Flora Amelia épousa Paul Kinsey Hubbs, receveur adjoint des douanes pour le gouvernement américain à San Juan. Il avait 40 ans de plus qu’elle et, selon le docteur John Sebastian Helmcken*, c’était « un voyou – un malappris – qui croyait qu’un Américain se devait d’être vantard et brutal ». En 1870, comme il avait tenté de la « brutaliser », elle le quitta, reprit son nom de jeune fille et donna à leur fils, Paul Kinsey, le nom de Charles Ross.

La même année, Flora Amelia Ross fut nommée gardienne à la prison de Victoria ; son travail consistait principalement à s’occuper des trois aliénées qui y logeaient. En octobre 1872, elle les suivit au Provincial Lunatic Asylum, ouvert depuis peu dans la réserve des Songhees, non loin de là. Par la même occasion, elle accéda à la fonction d’intendante de la salle des femmes. En plus de son salaire de 400 $ par an, elle était nourrie et logée avec son fils de dix ans. Elle conserva ce poste lorsque l’asile fut relocalisé à New Westminster en 1878.

Dans les premiers temps, la situation de Flora Amelia fut assez précaire. En 1874, le surintendant E. A. Sharpe exigea qu’elle démissionne car il voulait le poste pour sa nouvelle épouse. Un volumineux échange de lettres s’ensuivit entre Flora Amelia, Sharpe et le docteur John Ash*, secrétaire de la province. Sharpe l’accusait d’insubordination, d’infractions au règlement de l’asile et de vol ; il lui reprochait aussi de fréquenter des « sang-mêlé ». Elle rétorqua qu’il l’avait traitée de « manière dégradante », ce qui minait son influence sur ses patientes, et précisa que ces « sang-mêlé » étaient « des dames [...] tout à fait respectables, dont la plupart évolu[aient] dans la meilleure société de Victoria ». Durant les 11 mois que dura la controverse, Sharpe continua de la harceler : il exigeait qu’elle retire son fils de l’asile, lui interdisait de se servir de la cuisine ou de demander de l’aide à ses collègues et la qualifiait d’« Indienne [...] nantie d’une douzaine de maris ». Cependant, forte de l’appui des autres membres du personnel ainsi que du gouvernement provincial, elle refusa obstinément de démissionner et survécut à la tempête. Au bout du compte, on congédia Sharpe et elle obtint une autorité entière sur les patientes. La société de Victoria avait beau être, dans les années 1870, bien différente de ce qu’elle avait été auparavant, certains enfants de trafiquants de fourrures, telle Flora Amelia Ross, conservaient avec l’élite provinciale des liens que les nouveaux venus comme Sharpe sous-estimaient manifestement. Après cette victoire, on ne remit plus en cause son autorité sur la salle des femmes du Provincial Lunatic Asylum.

Flora Amelia Ross conserva son poste d’intendante sous quatre autres surintendants de sexe masculin et connut deux enquêtes publiques sur l’administration de l’asile. Bien qu’ils aient été défavorables dans l’ensemble, les rapports des enquêteurs ne contenaient que des louanges pour son travail. Entièrement autodidacte en matière de thérapie des maladies mentales, elle dirigeait sa section avec efficacité : elle faisait effectuer divers travaux domestiques à ses patientes, et elle organisait régulièrement danses, jeux et longues promenades sur les terrains de l’asile. Contrairement à ce qui se passait avec les hommes de l’établissement, on ne recourait pas souvent à la contention dans la section féminine. Quand une femme manifestait un comportement profondément autodestructeur, Flora Amelia lui passait un vêtement confectionné à partir d’une chemise d’homme et dont le devant était ouvert de façon à éviter la quasi-asphyxie causée par la camisole de force utilisée pour les patients de sexe masculin. Une fois qu’on lui demandait s’il lui arrivait de passer la camisole de force ordinaire à ses patientes, elle répondit : « Si mon surintendant médical m’ordonnait [de le faire...], je n’hésiterais pas à lui désobéir froidement. »

En 1895, le surintendant médical qui venait d’entrer en fonction déclara que la salle des femmes était « le rayon de soleil » de l’établissement et dit attendre avec impatience le jour où les hommes recevraient le genre de soins que Flora Amelia Ross dispensait aux femmes. En 1897, elle découvrit qu’elle était atteinte du cancer. Sa dernière volonté fut qu’on la laisse mourir à l’asile auquel elle se consacrait depuis un quart de siècle. Elle s’éteignit après plusieurs mois de maladie. Son fils, Charles, travaillait alors dans une mine à Slocan. Toujours intransigeante envers les hommes irresponsables, elle avait placé « son héritage » en fiducie tant qu’il ne se conduirait pas en « personne comme il faut » et avait légué le reste de ses biens à l’Église d’Angleterre, à ses amies et à ses patientes.

Mary-Ellen Kelm

L’auteure tient à remercier spécialement Val Adolph de la Woodlands School (New Westminster, C.-B.), qui est établie dans les édifices de la Provincial Lunatic Asylum, pour les informations qu’elle a fournies. [m.-e. k.]

Christ Church (Anglican) Cathedral (Victoria), Reg. of marriages, 6 déc. 1859.— PABC, GR 693, F 549 : 2 ; Vert. file, Charles Ross, incluant le testament de F. A. Ross.— C.-B., Legislative Assembly, Journals, 1874, « Sessional papers », 332 ; Sessional papers, 1876 : 661–672 ; 1895 : 556–559 ; 1898 : 836.— Helmcken, Reminiscences (Blakey Smith et Lamb), 164n.— Daily British Colonist and Victoria Chronicle, 14 janv. 1870.— Harry Gregson, A history of Victoria, 1842–1970 (Victoria, 1970).— H. M. Hurd et al., The institutional care of the insane in the United States and Canada, H. M. Hurd, édit. (4 vol., Baltimore, Md., 1916–1917 ; réimpr., New York, 1973), 4 : 9–10.— Sylvia Van Kirk, « Many tender ties » : women in fur-trade society in western Canada, 16701870 (Winnipeg, [1980]).

Bibliographie générale

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Mary-Ellen Kelm, « ROSS, FLORA AMELIA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ross_flora_amelia_12F.html.

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Auteur de l'article:   Mary-Ellen Kelm
Titre de l'article:   ROSS, FLORA AMELIA
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   21 avril 2014