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SI’K-OKSKITSIS (Charcoal ou, littéralement, Cendres noires de bois ; aussi connu sous les noms de Paka’panikapi, Lazy Young Man, et Opeeo’wun, The Palate), guerrier de la tribu des Gens-du-Sang et saint homme, né vers 1856 dans ce qui est maintenant le sud de l’Alberta, fils de Red Plume et de Killed Twice ; pendu le 16 mars 1897 au fort Macleod (Fort Macleod, Alberta).

Issu d’une famille nombreuse, Charcoal était, par l’une des femmes de son père, parent avec Seen From Afar [Peenaquim*], chef de guerre des Mamyowis (bande des Mangeurs-de-Poisson). Quand il était encore jeune, sa famille avait rompu avec cette bande que dirigeait alors Red Crow [Mékaisto], pour former sa propre bande. Celle-ci, appelée la bande des Uspoki-omiks (Shooting Up), avait mauvaise réputation dans la tribu, qui l’accusait d’être indolente et fautrice de troubles. Mal adapté à la vie sédentaire qu’on menait dans la réserve des Gens-du-Sang (Alberta), établie en 1880, Charcoal fut arrêté en 1883 pour avoir tué un bœuf qui appartenait à un propriétaire de ranch du voisinage. Il passa un an dans la prison de la Police à cheval du Nord-Ouest, au fort Macleod ; une fois libéré, il jura qu’on ne le remettrait jamais plus sous les verrous.

Comme il ne pouvait plus se livrer à des batailles ou à des raids maintenant que les Gens-du-Sang avaient abandonné leur vie traditionnelle de chasseurs nomades pour s’établir dans la réserve, Charcoal se tourna vers la religion de son peuple et entra dans deux sociétés sacrées, d’abord la Dog Society, puis la Horn Society. Il encouragea aussi sa quatrième femme, Anu’tsis-tsis-aki (Pretty Wolverine Woman), à devenir membre de la Motokix, seule société secrète féminine de la réserve. Au milieu des années 1890, elle en était l’une des figures dominantes, et Charcoal était reconnu comme un saint homme.

Peu après son union avec une autre femme, Iyokaki (Sleeping Woman), en 1896, Charcoal apprit que Pretty Wolverine Woman avait une liaison avec l’un des jeunes cousins de celle-ci qui avait nom Nina’msko’taput-sikumi (Medicine Pipe Man Returning with a Crane War Whoop). Le 30 septembre, il les trouva ensemble. Du coup, il oublia le mode de vie dans la réserve et la loi de l’homme blanc ; il recourut aux vieilles méthodes de ses ancêtres et tua le don Juan d’une balle dans l’œil. Convaincu que sa vie était finie et qu’on le pendrait pour son crime, il entreprit de préparer son entrée au royaume des morts. Conformément à deux anciennes coutumes des Gens-du-Sang, il décida de tuer une personne importante dont l’esprit annoncerait son arrivée, puis de tuer Pretty Wolverine Woman avant de se donner la mort afin que son esprit voyage avec le sien et qu’elle soit son esclave pour l’éternité.

Le jour où l’on trouva le corps de Medicine Pipe Man, soit le 12 octobre, Charcoal attenta à la vie de Red Crow puis blessa d’un coup de feu un instructeur agricole, Edward McNeill. Il s’enfuit ensuite vers le sud avec deux de ses femmes, une de ses filles, une de ses belles-mères et deux de ses beaux-fils, pour se rendre d’abord au ruisseau Lee (Alberta) puis dans la concession forestière des Gens-du-Sang, près de la frontière du Montana. Entre-temps, le surintendant de la Police à cheval du Nord-Ouest, Samuel Benfield Steele*, avait organisé l’une des plus grandes chasses à l’homme de l’histoire de l’Ouest canadien. Déjà, la presse canadienne et américaine craignait que la Police à cheval du Nord-Ouest ne soit pas en mesure de s’occuper des problèmes des Indiens, étant donné que l’année précédente Almighty Voice [Kitchi-manito-waya] avait réussi à s’enfuir après avoir tué un sergent de police. On découvrit le refuge de Charcoal mais, quand les policiers, plus de 24 hommes armés, attaquèrent le camp le 17 octobre, l’Indien s’enfuit à pied avec deux de ses femmes et un de ses beaux-fils. Le soir même, il volait deux chevaux à la Police à cheval du Nord-Ouest et s’enfuyait vers le nord en direction des collines Porcupine. Le lendemain, l’équipe de recherche comptait déjà plus de 100 policiers à cheval et éclaireurs indiens, mais Charcoal échappait toujours aux patrouilles de police en franchissant de longues distances et en volant des chevaux frais dès que ses montures étaient épuisées. Le 30 octobre, bien que les deux femmes et le beau-fils aient réussi à échapper à Charcoal, Steele avait mis en état d’arrestation tous les membres de sa famille, soit 26 personnes, dont 2 enfants âgés de un et cinq ans. Le 5 novembre, on relâcha deux des frères de Charcoal, Left Hand et Bear Back Bone, pour aider à capturer le fugitif. En échange de leur collaboration, Steele autorisa qu’on libère l’enfant malade de Left Hand et leva les accusations de vol de bétail portées contre le fils de Bear Back Bone.

Voyageant entre la réserve des Peigans (Alberta) et celle des Gens-du-Sang, Charcoal continua d’échapper aux pièges que lui tendait la Police à cheval du Nord-Ouest. Le 9 novembre, elle retrouva sa trace près de la réserve des Peigans et, le lendemain, une patrouille d’éclaireurs peigans l’aperçut près du ruisseau Pincher. Le sergent William Brock Wilde, de la Police à cheval du Nord-Ouest, qui s’était joint à l’équipe de recherche fut abattu en s’approchant de lui. La nuit suivante, Charcoal arriva au camp de ses frères dans la réserve des Gens-du-Sang, où on le captura tôt dans la matinée du 12 novembre. Il fut livré à la Police à cheval du Nord-Ouest après avoir tenté de se suicider.

Au terme d’un procès qui eut lieu au fort Macleod, Charcoal fut reconnu coupable du meurtre de Medicine Pipe Man et de Wilde. Il interjeta appel, avec succès pour la première condamnation, mais la seconde fut maintenue et il fut pendu le matin du 16 mars 1897. Bien que le lieutenant-gouverneur Charles Herbert Mackintosh* eût assuré qu’on remettrait son corps à sa famille pour qu’elle lui donne une sépulture indienne, Charcoal, que l’on dit avoir été un converti de la onzième heure, fut enterré au cimetière catholique de Stand Off (Alberta), dans la réserve des Gens-du-Sang.

Hugh A. Dempsey

Le lecteur pourra consulter une bibliographie détaillée dans H. A. Dempsey, Charcoal’s world (Saskatoon, 1978).

Bibliographie générale

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Hugh A. Dempsey, « SI’K-OKSKITSIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/si_k_okskitsis_12F.html.

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Auteur de l'article:   Hugh A. Dempsey
Titre de l'article:   SI’K-OKSKITSIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   25 octobre 2014