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TAYLOR, JAMES, homme d’affaires, fermier et homme politique, né en février 1761 à Truro, Nouvelle-Écosse, fils du capitaine Matthew Taylor, Irlandais de Londonderry qui avait immigré dans la colonie du New Hampshire puis en Nouvelle-Écosse, et d’Elizabeth Archibald ; il épousa Margaret Bartlett, fille de Richard Bartlett, et ils eurent au moins quatre fils et deux filles ; décédé le 27 janvier 1834 à Maugerville, Nouveau-Brunswick.

Dans les années 1780, James Taylor se rendit dans la vallée de la rivière Saint-Jean pour rejoindre les Bartlett qui, arrivés de Truro vers 1779, s’étaient installés à Burton, dans le comté de Sunbury (Nouveau-Brunswick). Il s’établit comme marchand de bois dans la paroisse de Maugerville, à quelques milles au sud-est de Fredericton. En 1811, il exploitait également 105 acres de terre en pâturage et en labour et possédait 4 chevaux, 4 bœufs, 28 vaches et 40 moutons. Deux de ses fils, James et Richard, avaient leur propre ferme. La valeur imposable des biens de Taylor était plus de deux fois celle de quiconque dans la paroisse ; dans le comté, seuls quatre ou cinq propriétaires terriens étaient aussi riches que lui. En outre, il en vint à détenir de nombreuses hypothèques sur les propriétés de ses voisins. Ses fils se rendirent célèbres dans la campagne environnante par leur brutalité et leurs manœuvres d’intimidation ; chacun d’eux comparut devant les magistrats au moins une fois pour voies de fait.

Les historiens de la région ont confondu James Taylor avec le père de William Taylor qui portait le même nom et habitait Fredericton. Il s’avère souvent impossible de déterminer duquel des deux il est question dans les documents de l’époque. Chacun était identifié comme marchand, vendait du bois, s’occupait de transport maritime, faisait de nombreuses transactions immobilières et avait un fils prénommé James. Ils vivaient au bord de la rivière Saint-Jean à moins de dix milles de distance l’un de l’autre, et tous deux moururent en 1834. La situation paraît d’autant plus confuse qu’un troisième James Taylor (1755–1841) habitait seulement à deux ou trois milles de là, à Taylortown, dans la paroisse de Sheffield. Le James Taylor de Sheffield fréquentait l’église anglicane de Maugerville tandis que celui de Maugerville était un fidèle de l’église congrégationaliste de Sheffield. Quant au James Taylor de Fredericton, c’était un presbytérien, mais comme l’Église d’Écosse n’avait pas de lieu de culte dans cette ville, il eut pendant plusieurs années un banc à l’église anglicane avant d’en acheter un à l’église congrégationaliste de Sheffield en 1816.

Cette année-là, l’église de Sheffield n’était plus un foyer de radicaux mais, quelques années auparavant, elle avait été le point de ralliement des non-conformistes qui s’opposaient à la mainmise des anglicans sur les institutions gouvernementales. Ce furent surtout des non-conformistes qui firent entrer le radical James Glenie* à la chambre d’Assemblée en 1789 et l’y maintinrent jusqu’à son départ de la province, au cours de l’hiver de 1804–1805. L’hostilité qui régnait entre partisans et adversaires du gouvernement atteignit son paroxysme après les élections de 1802, des membres des deux groupes adverses intentant les uns contre les autres une série de poursuites pour délits mineurs, intimidation ou infractions criminelles. Le climat de rancœur dura plusieurs années et, en 1805, les autorités du comté saisirent deux couples de bœufs qui appartenaient à Taylor et menacèrent de les vendre aux enchères pour obtenir le paiement d’un impôt de quelques shillings. Quoique ses motifs n’aient peut-être pas été politiques, Abijah Palmer porta à peu près à la même époque un coup beaucoup plus dur à Taylor en accusant deux de ses filles du meurtre d’un enfant illégitime. Elles furent acquittées et, en 1806, Taylor obtint en cour des dommages-intérêts. Au cours du procès, une des filles déclara qu’elle considérait Palmer comme « le plus grand ennemi de son père et de sa famille ».

Aux élections générales de 1809, Taylor remplaça Glenie à titre de candidat des non-conformistes et il fut élu avec Samuel Denny Street. Aux élections suivantes, en 1816, il fut battu par Elijah Miles et par un prédicateur laïque populaire, William Wilmot, porte-parole des baptistes, qui commençaient à constituer une force dans la province. Les liens de solidarité forgés par les non-conformistes dans les années 1790 avaient disparu. Quand Taylor se présenta de nouveau, en 1819, les non-conformistes avaient trois candidats. Il fut élu et prit son siège, mais un de ses rivaux, Amos Perley, protesta. L’Assemblée, après avoir étudié le cas de Taylor pendant 39 jours, lui retira son siège en mars 1820, par 16 voix contre 4, seuls un marchand de Fredericton et trois marchands de Saint-Jean ayant voté pour lui. Il se présenta de nouveau aux élections de 1820, mais il fut défait et quitta la vie publique. Peu après, il s’établit à Saint-Jean, où il vivait probablement déjà une partie de l’année.

Les renseignements sur les activités commerciales de Taylor sont à la fois épars et difficiles à interpréter. Il était couramment appelé « capitaine », mais on ignore si ce titre était celui d’un poste dans la milice ou s’il était lié à ses activités maritimes. Son voisin John Hazen, qui vivait de l’autre côté de la rivière et dînait souvent chez Taylor, mentionne dans son journal qu’il a assisté dans les environs à plusieurs « lancements », généralement de bricks ou de plus petits bâtiments, et les notes des 25 et 26 juillet 1811 parlent du lancement d’un « navire » chez « le capitaine Taylor ». Plus tard, en 1825, Benjamin Taylor, qui allait signer l’inventaire des biens de James, et avec qui ce dernier faisait des affaires, joua un rôle dans la construction du schooner Sheffield. En 1816, à Maugerville, c’était au quai de Taylor que s’arrêtait le General Smyth, premier bateau à vapeur à naviguer sur la rivière Saint-Jean. Par ailleurs, James Taylor alla peut-être en Angleterre pour affaires : dans un post-scriptum au brouillon d’une demande adressée le 24 octobre 1814 par la congrégation de Sheffield à la Missionary Society de Londres, il est dit : « M. Taylor, qui, nous l’espérons, sera le porteur de la présente, offrira une place [sur un navire] à un missionnaire sans qu’il en coûte rien à la société. » Toutefois, il s’agit plus probablement du James Taylor de Fredericton, qui affréta un bateau pour amener des immigrants dans la province en 1816.

Financé par Hugh Johnston, Taylor avait acheté en 1812 une scierie et un millier d’acres de terre sur les bords du ruisseau Swan. En 1816, le pouvoir de réglementer l’abattage du bois sur les terres de la couronne passa au Conseil du Nouveau-Brunswick, ce qui mit fin à la liberté dont Taylor et les autres marchands de bois avaient bénéficié grâce à la mollesse de sir John Wentworth* durant son mandat comme inspecteur des forêts du roi. En 1820, dépourvu aussi d’influence politique, Taylor se vit refuser le renouvellement d’un bail sur une étendue de terre située le long du ruisseau « Schoodewopscook » (ruisseau Kellys), dans le comté d’York, même s’il faisait valoir qu’il y possédait une maison et une grange, plus les pièces de fer d’un moulin à scier et à farine qui avait été détruit par un incendie en 1818 et que seule la stagnation du marché l’avait empêché de reconstruire.

Vers 1816, au moment où il connaissait sa période la plus prospère, Taylor possédait un domaine de plus de 2 000 acres dont une grande partie donnait sur la rivière. Il était aussi propriétaire de terres à bois et locataire d’autres lots. Dès 1824, les titres de propriété de sa ferme principale étaient passés à son fils Gain Bartlett Taylor. James perdit presque tout le reste, y compris une maison à Saint-Jean, vers 1830. Son moulin du ruisseau Swan, avec quelques autres biens, alla à Johnston. À sa mort en 1834, sa succession qui consistait principalement en meubles et en animaux de ferme, à quoi s’ajoutaient « 2 bancs à l’église presbytérienne de Sheffield », fut évaluée à moins de £300. Quand sa veuve mourut, l’année suivante, elle ne laissa qu’un cabriolet avec harnais, deux colliers pour chevaux, deux avaloires et un joug.

Les sept années que James Taylor passa à l’Assemblée coïncidèrent avec la trève qui sépara deux périodes de conflits, celles de l’administration du lieutenant-gouverneur Thomas Carleton* et du régime du lieutenant-gouverneur George Stracey Smyth. Son passage à l’Assemblée en 1820 fut trop bref pour être significatif, mais il révéla qu’il était clairement identifié au groupe des marchands de Saint-Jean. Bien qu’il ait peut-être été plus rude que la plupart d’entre eux, Taylor semble avoir présenté tous les traits caractéristiques de ces politiciens du début du xixe siècle qui étaient tout à la fois commerçants, fermiers et marchands de bois.

D. Murray Young

APNB, MC 279 ; MC 1156, VIII (copie à l’UNBL) ; RG 4, RS24, S16, S28 ; RG 5, RS35, C5, 1806 ; RG 7, RS72, 1835, Margaret Taylor ; A, 1834, James Taylor ; RG 10, RS108, 1783–1820 ; RG 18, RS157, J2/1.— Musée du N.-B., G. J. Dibblee papers, James Taylor à G. S. Smyth, 9 déc. 1820 ; Hubbard family papers, F14, no 1 ; Jarvis family papers, box 18, no 2.— UNBL, MG H9, comprenant le journal de John Hazen, 1800–1815 (copie dactylographiée).— « Documents of the Congregational Church at Maugerville », N.B. Hist. Soc., Coll., 1 (1894–1897), no 1 : 134, 148, 151.— N.-B., House of Assembly, Journal, 1803–1820.— « Sunbury County documents », N.B. Hist. Soc., Coll., 1, no 1 : 106.— Royal Gazette (Fredericton), 1809–1834.— The New Brunswick militia : commissioned officers’ list, 1787–1867, D. R. Facey-Crowther, compil. ([Fredericton], 1984).— Beckwith Maxwell, Hist. of central N.B.— Esther Clark Wright, Planters and pioneers (éd. rév., Hantsport, N.-É., 1982).— MacNutt, New Brunswick.— W. D. Moore, « Sunbury County, 1760–1830 » (thèse de m.a., Univ. of N.B., Fredericton, 1977).— D. F. Taylor, The early steamboats of the St. John River (Saint-Jean, 1980).

Bibliographie générale

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D. Murray Young, « TAYLOR, JAMES (1761-1834) », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/taylor_james_1761_1834_6F.html.

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Auteur de l'article:   D. Murray Young
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
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