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TEOUATIRON (Tewathiron, Thewathiron), baptisé Joseph, natif du village huron de Saint-Ignace (près de Waubaushene, en Ontario), mort en 1640 ou 1641.

Teouatiron était l’un des six premiers étudiants du collège des Jésuites de Québec en 1636. On avait promis d’envoyer aux Jésuites 12 jeunes Hurons, mais il répugnait aux mères, et surtout aux grand-mères, de les voir s’en aller si loin ; aussi un seul des 12, Satouta, fit-il le voyage avec le père Antoine Daniel à l’été de 1636. Les cinq autres ne furent recrutés qu’après force supplications et promesses ainsi que de nombreux cadeaux de la part des Jésuites à leurs pères, que les garçons avaient accompagnés dans leur expédition de traite. L’un d’eux, « d’assez mauvaise humeur s’en retourna dans son païs » la première année et deux autres moururent. L’été suivant, le plus jeune, Aiandacé, rentra dans son village ne laissant au collège que Teouatiron et Andehoua. Les garçons vivaient à part sous la direction du père Daniel et on pourvoyait à tous leurs besoins. Le programme, quotidien comprenait des prières, des leçons et des heures libres qu’ils passaient à fabriquer des arcs et des flèches ou à défricher la terre.

Es étaient choyés des Français qui les habillaient à l’européenne et leur enseignaient les manières françaises. Teouatiron était, dit-on, affable, docile, mais Andehoua, son compagnon, semblait « un peu plus morne »,. À l’hiver de 1637–1638, il se « prépara au saint Baptême 1. par un jeune extraordinaire, 2. par le retranchement des plaisirs de la chasse où il est fort enclin, 3. par un recueillement intérieur ». Ses parents spirituels, François Derré de Gand et « Mlle Repentigny » [Mme Pierre Legardeur de Repentigny], l’appelèrent Joseph. Andehoua reçut le baptême en même temps que Teouatiron, et on lui donna le nom de Jean-Armand. Les deux garçons étaient unis par de solides liens d’amitié et d’affection et ils ne se brouillèrent jamais une seule fois pendant leur séjour au collège.

Il arriva à Teouatiron de s’entêter après un acte prémédité et il fut convoqué par le père Paul Le Jeune. Il s’était fâché parce qu’il croyait qu’on l’obligeait par des menaces à croire en Dieu et il avait voulu montrer qu’on ne gagnerait pas sa sympathie par la peur. Toutefois, il considérait le père Daniel comme son père, disait-il, et ne voulait pas quitter le collège. À un moment où la disette sévissait à Québec, Jean-Armand et lui décidèrent d’y demeurer plutôt que de céder à la tentation de retourner vivre avec les leurs.

À l’été de 1637, Teouatiron obtint la permission d’aller dans son pays en compagnie du père Ragueneau pour rendre visite à sa mère qui était « plutôt vieille ». Il rencontra en route son oncle Taratouan qui le persuada de retourner au collège. Au bord du lac Saint-Pierre, le groupe tomba dans une embuscade iroquoise.

Teouatiron et ses deux compagnons gagnèrent la rive sud, où ils s’enfoncèrent sous bois, abandonnant tous leurs bagages, même leurs vêtements. Après s’être caché pendant une journée, Teouatiron partit dans un canot iroquois abandonné et arriva sain et sauf à Trois-Rivières. Ses compagnons furent sauvés après avoir allumé un grand feu sur la rive sud. Teouatiron se rendit directement au collège – les coupures et les égratignures qu’il s’était faites en courant à travers la broussaille et les orties étaient très douloureuses.

Au début du printemps de 1638, on s’inquiétait au sujet des Français qui habitaient le pays huron ; Teouatiron et Andehoua offrirent d’aller examiner la situation sur place. Ils s’embarquèrent avec le père Daniel, un jeune Français courageux, et un groupe d’Algonquins. Ils apprirent de Hurons qui se rendaient à Québec et dont certains étaient amis de Teouatiron, que la situation au pays huron s’était améliorée ; le père Daniel renvoya donc Teouatiron à Québec.

La transition de la liberté de leur enfance aux contraintes de la vie au collège suscita de nombreuses difficultés, parfois fort déroutantes aussi bien pour les jeunes garçons que pour les Jésuites. Ceux-ci espéraient qu’en enseignant le mode de vie européen à un noyau de jeunes Indiens ils pourraient fonder près de Québec un village chrétien de Hurons qui assurerait une certaine protection contre les attaques et aiderait à développer le commerce des fourrures.

L’œuvre de prosélytisme admirable accomplie par Andehoua parmi les siens, à l’été de 1638, porta les prêtres à demander à Teouatiron d’aller lui aussi prêcher dans « sa ville bien peuplée ». Teouatiron avait passé deux ans au collège, mais, une fois revenu dans son pays, il reprit les coutumes de son peuple. Les Jésuites tentèrent, parfois avec succès, de maintenir sa foi chrétienne, tout en reconnaissant les difficultés qu’éprouvait un homme si jeune à résister aux exigences de sa propre culture. À l’hiver de 1640–1641, il mourut à la suite d’un incendie. Les prêtres se portèrent à son secours et eurent la consolation de le préparer à une mort chrétienne.

Elsie McLeod Jury

JR (Thwaites).

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Elsie McLeod Jury, « TEOUATIRON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/teouatiron_1F.html.

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Auteur de l'article:   Elsie McLeod Jury
Titre de l'article:   TEOUATIRON
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   17 septembre 2014