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THOMPSON, JOHN SPARROW, rédacteur, enseignant, écrivain, né en 1795 à Waterford (République d’Irlande) ; il épousa à Halifax, Nouvelle-Écosse, le 24 mars 1829, Charlotte Pottinger qui lui donna sept enfants, dont deux semblent être morts en bas âge ; décédé à Halifax le 21 octobre 1867.

On ne sait à peu près rien des parents de John Sparrow Thompson. Il perdit son père alors qu’il n’avait pas encore 24 ans ; sa mère, Mary (Sparrow ?) Thompson, mourut en 1832. Ils étaient tous deux méthodistes, ce qui n’était sans doute pas étranger aux travaux missionnaires de John Wesley à Waterford, de 1747 à 1753. Aux environs de 1818, Thompson quitta Waterford pour Londres. Il se peut que son séjour à cet endroit n’ait pas été des plus satisfaisants ; dès 1819, sa mère lui écrivit qu’il avait des chances de se trouver du travail en Amérique. Peut-être fut-il cordonnier, mais il ne semble pas avoir eu d’ambition pour exercer un métier. Il aimait écrire et développa une certaine habileté en ce sens ; « tu utilises un bon style pour décrire ce que tu ressens, lui écrivait un ami en 1826, mais tu démontres une certaine faiblesse à exprimer des émotions fortes, peut-être parce que tu [crois...] qu’un tel langage serait exagéré. » Thompson, à cette époque, avait déjà pris sa décision. Après une visite à Waterford, il quitta l’Angleterre à destination de Halifax, sur l’Osprey, au début de 1827.

En 1828, il fonda une école privée. La vingtaine d’écoles privées de Halifax assuraient souvent une maigre subsistance à leurs instituteurs. Thompson possédait de réelles aptitudes pour l’enseignement, puisqu’il connaissait les mathématiques et l’astronomie, en plus d’être versé dans la littérature anglaise et l’histoire. Il maîtrisait aussi très bien la sténographie, qui était également enseignée à son école. On retrouve des annonces de celle-ci dans le Novascotian, en 1835–1836 et 1844, ainsi que dans la Royal Gazette, en 1857. Au début des années 50, Thompson était commissaire d’école à Halifax avec Alexander Forrester.

La carrière d’instituteur de Thompson tantôt coïncidait, tantôt alternait avec celle d’éditorialiste. En 1830, il devint rédacteur en chef du Halifax Monthly Magazine, poste qu’il conserva jusqu’en 1833. Son habileté pour la sténographie lui rapportait également un revenu supplémentaire substantiel. Il semble bien que ce fût Thompson qui relata le plaidoyer de Joseph Howe* lors de son procès pour libelle en 1835. Peu après, Thompson fonda l’Acadian Telegraph, journal dont le premier numéro contenait le début de sa série intitulée « Compendious history of Nova Scotia [...] » qu’il ne termina d’ailleurs jamais, ce qui est peut-être un de ses traits distinctifs. Le journal fut publié d’août 1836 à février 1838. Thompson devint alors rédacteur en chef du Novascotian de Howe, pendant le séjour de celui-ci en Angleterre, d’avril à octobre 1838. En 1839, il devint rédacteur en chef de la Pearl, hebdomadaire littéraire fondé en 1837, acheté par Howe en juin 1839, qui cessa de paraître en août 1840. Thompson fut, à partir de cette date, rédacteur adjoint, puis rédacteur en chef, du Novascotian, jusqu’en juin 1842.

John Sparrow Thompson était plus qu’un réformiste : c’était un radical. Il haïssait les privilèges de classe, croyant à l’égalité des droits et des chances pour tous. Pour ces seules raisons, il ne put jamais rester indifférent à la politique ; de plus, le sentiment de ses devoirs de citoyen le contraignait en quelque sorte à y participer. Thompson avait un sens aigu de l’indépendance qui lui faisait mépriser la flagornerie ou même l’opportunisme. Lorsqu’il voulut engager résolument la Pearl dans la cause de la tempérance, Howe se sentit obligé de le modérer : « vous [...] êtes, lui fit-il observer, sur le point de vous précipiter dans une bataille contre le reste de la société, sans raison suffisante et avec la certitude de sacrifier les moyens mêmes que vous possédez de promouvoir la cause que vous épousez. »

Thompson estimait devoir beaucoup à Howe : « Je me considère depuis longtemps et de plusieurs manières en dette avec vous », lui écrivait-il en 1836. Et il arrivait fréquemment que, dans ses lettres de la fin des années 1830, Howe mentionne ses randonnées agréables avec Thompson dans les environs de Halifax et à travers la province. En politique, Howe était aussi passionné et impulsif que Thompson ; mais celui-ci possédait un tempérament plus contrôlé et plus réfléchi, et un esprit plus vif, sinon moins malléable. Thompson était de plus tout à fait dénué d’ambition et, étant donné son penchant à dire des vérités désagréables, il était probablement peu fait pour la vie publique. Il n’était pas mieux préparé pour les affaires. L’échec de l’Acadian Telegraph pouvait, dans une certaine mesure, être attribuable à la conjoncture défavorable ainsi qu’au trop grand nombre de journaux, mais aussi à la répugnance de Thompson à se faire de la publicité. Comme le lui écrivait un ami en 1855 au sujet de l’Athenaeum, auquel Thompson était également associé, « on doit avoir le sens des affaires et de l’énergie. Il faut surtout s’occuper continuellement de faire de la réclame. » Ces qualités manquaient à Thompson. Il ne recherchait ni l’argent ni les moyens de s’en procurer. À cet égard du moins, il ressemblait à Howe. Ils demeurèrent des amis intimes toute leur vie. On dit que Howe écrivait rarement quelque chose d’important sans le soumettre au jugement de Thompson.

C’est grâce à Howe que Thompson fut nommé imprimeur de la reine en février 1843 sous le gouvernement de coalition. Lorsque Howe se querella avec le gouverneur, lord Falkland [Lucius Bentinck Cary*], et qu’il démissionna du gouvernement en décembre 1843, Thompson se trouva en position de faiblesse. Falkland l’accusa de rédiger des rapports partiaux contre le gouvernement, ce que Thompson nia, bien qu’il offrît sa démission en février 1844. Il est même possible qu’il ait refusé d’écrire des articles à la défense de lord Falkland. Démissionner ne fut pas chose facile pour Thompson : il approchait de la cinquantaine et avait à s’occuper d’au moins quatre jeunes enfants. Son frère Joseph lui écrivit d’Irlande, le consolant en ces termes : « Il est en effet préférable de quitter le combat honorablement, estimé de ses amis et partisans, plutôt que de faire la guerre (quelle que soit l’importance du butin) en éprouvant le moindre remords. » Comment ne pas reconnaître là la conscience méthodiste ! Les difficultés rencontrées par Thompson nous sont suggérées par sa demande d’un emprunt à Howe en août 1846. Celui-ci, en « exil » à Musquodoboit, ne put que lui envoyer un billet à ordre en blanc qu’il avait endossé ; Howe incitait Thompson à « trouver un ami jouissant d’un bon crédit qui ajouterait son nom au sien. Sinon il serait inutile d’essayer. »

Lorsque Howe réintégra ses fonctions en 1848, dans le gouvernement réformiste de James Boyle Uniacke*, Thompson fut nommé de nouveau imprimeur de la reine et le demeura jusqu’ en avril 1854. Il fut alors remplacé par William Annand*, qui accepta le poste à condition que l’on assure un avenir à Thompson. Apparemment il n’en fut pas ainsi, puisque Thompson retourna à l’enseignement et au journalisme. De 1857 à 1860, il fut tenu à l’écart des nominations officielles par le gouvernement conservateur, mais en 1860, lorsque Howe retourna au pouvoir, Thompson devint premier sténographe officiel de l’Assemblée et le demeura jusqu’à la défaite électorale du gouvernement de Howe en 1863. En 1861, il fut aussi nommé à la tête du service des mandats au département des Postes de la Nouvelle-Écosse, fonction qu’il remplit presque jusqu’au moment de sa mort.

Thompson croyait fermement dans les vertus de l’initiative locale. Il ne cessa jamais de donner son appui au Halifax Mechanics’ Institute, fondé en 1831, et en fut même pendant longtemps le secrétaire. Dans ses dernières années, il aimait rassembler quelques amis et faire un exposé ou écouter celui d’un autre. Son sens de l’à-propos et son esprit vif firent souvent bonne figure, et plus d’une fois son irrésistible bon sens conquit son auditoire. Il méprisait fortement l’affectation et la sentimentalité. En bon méthodiste, il défendait la tempérance. Lors de l’inauguration du nouveau Tempérance Hall en 1850, il décrivit en ces termes la façon dont les Sons of Tempérance s’étaient réunis autrefois dans le Mason Hall : « même si l’on rencontrait invariablement la courtoisie des propriétaires, des accents orgiaques se mêlaient fréquemment à l’adresse et à l’hymne de la Tempérance. »

Son principal ouvrage littéraire fut une œuvre d’amour : il s’agit d’un recueil des poèmes de John McPherson* publié en 1862. La longue introduction illustre quelques-unes des idées de Thompson : « Une des plus grandes richesses d’un pays se trouve dans ses esprits supérieurs. Laisser tomber ceux-ci dans l’oubli paraît presque aussi irréfléchi et malavisé que d’enterrer des richesses en argent [...] La Nouvelle-Écosse ne peut se permettre de perdre de telles valeurs. » McPherson avait été lui aussi obligé d’enseigner, et son amour de la paix et de la méditation « ne pouvait malheureusement s’épanouir dans le bruit, la rudesse, le surmenage et la piètre rémunération ». Ainsi parlait également l’expérience de Thompson. Mais celui-ci était d’une étoffe plus solide : critique à la fois modeste et sans pitié, son ton sérieux s’animait d’un humour et d’un accent irlandais, qu’il conserva jusqu’à la fin de sa vie. En bon Irlandais, il adorait les débats et les discussions. Il n’en restait pas moins un homme charitable, à l’encontre de plusieurs réformistes impitoyables. Il fulminait contre les haut-placés malhonnêtes, tout en exprimant par la suite, comme le disait un ami, « sa sympathie pour le malheureux idiot, malgré ses torts ». La philosophie de Thompson peut se résumer par une phrase contenue dans l’édition de McPherson : « La pensée est le vrai royaume de l’homme. » Ce merveilleux don, allié à son intégrité, sa fermeté et son esprit, devait se retrouver chez le plus célèbre de ses fils, sir John Thompson*.

P. B. Waite

Un portrait attrayant, voire fascinant, de Thompson exécuté par William Valentine* est exposé aux PANS. On trouve une utile collection de lettres, dont quelques-unes de Howe et de McPherson, dans les papiers de J. S. Thompson aux APC (MG 24, C4). On trouve également quelques lettres de Thompson dans les papiers de Howe aux APC (MG 24, B29). Les journaux publiés par Thompson ainsi que ceux auxquels il contribua devraient également figurer parmi les sources essentielles. On peut citer également au moins deux de ses essais : The building and its objects : an essay, read – January 10, 1850, at the first public meeting of the Sons of Temperance in the new Temperance Hall, Poplar Grove, Halifax (Halifax, 1850) ; The eastern shore : report, to a committee of the Grand Division, S. of T., of Nova Scotia, concerning a temperance and educational mission to the eastern shore of Halifax County (Halifax, 1860). Son livre sur McPherson s’intitule Poems, descriptive and moral [...] (Halifax, 1862).

Il existe un mémoire sur Thompson dans le vol. 293, ff.001 804–001 810 des papiers de sir John Thompson (APC, MG 26, D), écrit par W. A. Hendry, de Halifax, pour lady Thompson. Les renseignements contenus dans ce mémoire n’étaient pas à la disposition de sir Joseph Andrew Chisholm* lorsqu’il rédigea son essai intitulé John Sparrow Thompson, N.S. Hist. Soc., Coll., XXVI (1945) : 1–31 ; cet article constitue une source considérable de renseignements sur la carrière journalistique de Thompson. On retrouve également un court article signé Occasional, dans l’Acadian Recorder (Halifax), du 11 janv. 1930.  [p. b. w.]

Bibliographie générale

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P. B. Waite, « THOMPSON, JOHN SPARROW », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/thompson_john_sparrow_9F.html.

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Auteur de l'article:   P. B. Waite
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   22 novembre 2014