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TUCKETT, GEORGE ELIAS, homme d’affaires et homme politique, né le 4 décembre 1835 à Exeter, Angleterre, fils cadet d’Elias Tuckett et d’une prénommée Mary ; vers 1858, il épousa Elizabeth Leak, et ils eurent quatre enfants ; décédé le 19 février 1900 à Hamilton, Ontario.

Elias et Mary Tuckett immigrèrent en 1842 avec leur fille et deux de leurs fils à Hamilton, dans le Haut-Canada, où Elias trouva du travail comme fabricant de chandelles. George Elias Tuckett regretta plus tard de ne pas avoir fait de longues études ; cependant, pour quelqu’un de son milieu, il était doté d’une solide instruction puisqu’il avait fréquenté un certain temps une école secondaire privée. On ne sait pas très bien dans quel domaine Tuckett commença à travailler ; il se peut qu’il ait été apprenti cordonnier. En 1852, à l’âge de 17 ans, il ouvrit un magasin de souliers à Hamilton, mais il fit bientôt faillite. Pendant les années 1850 et au début des années 1860, avec des marchands de tabac de Hamilton, il se lança dans trois entreprises de fabrication de produits du tabac. Ses associés fournissaient probablement le capital et s’occupaient de la mise en marché, tandis que Tuckett veillait à la fabrication ou supervisait les employés affectés à cette tâche.

Tuckett s’associa d’abord à David Rose pendant une courte période, juste après la faillite de son magasin de souliers. Il éprouva alors des problèmes de santé et partit travailler sur un bateau des Grands Lacs durant plusieurs années. Il revint par la suite à Hamilton et s’associa à Amos Hill. En 1857, il tenta sa chance seul une fois de plus et embaucha trois ou quatre hommes pour faire des cigares. Il ouvrit un magasin de vente au détail à London ; sa femme (il se maria probablement l’année suivante) vendait aussi au marché et à des foires de Hamilton.

Tuckett abandonna la fabrication de cigares en 1862 et s’associa à Alfred Campbell Quimby, marchand de tabac de Hamilton, pour faire du tabac en barre. La guerre de Sécession perturba les exportations de tabac au Canada, ce qui protégea la nouvelle industrie. On dit que Quimby et Tuckett traversèrent les lignes des confédérés pour acheter du tabac de Virginie qui, une fois vendu à des Canadiens, pouvait être expédié vers les États du Nord. La tension qui accompagnait des transactions de ce genre affecta la santé de Tuckett et l’entreprise fut dissoute au début de 1864.

L’année suivante, Tuckett et John Billings acquirent les titres de Nathan B. Gatchell dans la Hamilton Glass Works et prirent trois associés. Les difficultés de mise en marché des articles de verrerie désillusionnèrent rapidement Tuckett et, après un an seulement, il décida de retourner à la fabrication de tabac en barre, mais cette fois avec Billings. Leur entreprise prospéra. En 1868, ils employaient 70 ouvriers, soit plus que chacun des deux autres fabricants de tabac à Hamilton. Trois ans plus tard, ils doublaient la capacité de production de l’usine. En 1875, le représentant de la R. G. Dun and Company jugeait que les deux associés étaient solvables. Leur actif, y compris la manufacture qui leur avait coûté 6 000 $ en 1866, était évalué à un montant se situant entre 60 000 $ et 75 000 $. Tuckett possédait aussi des biens immobiliers d’une valeur de 40 000 $ à 50 000 $, dont une résidence de 16 000 $.

L’association dura jusqu’à la retraite de Billings en 1880. Le fils aîné de Tuckett, George Thomas, et son neveu, John Elias Tuckett, qui s’était occupé un certain temps de la succursale de Danville, en Virginie, s’associèrent alors pour fonder la George E. Tuckett and Son. Vers la fin des années 1880, George Elias Tuckett réduisit ses activités dans l’entreprise et, au moment où on la constitua juridiquement, en 1892, c’est son fils qui en assuma l’entière responsabilité.

La construction d’une usine modèle en 1891 avait donné lieu peu après à une réorganisation. La comparaison de cette installation avec l’autre construite 20 ans auparavant révèle l’attention que Tuckett accordait aux détails susceptibles d’avoir une incidence sur l’exploitation et son souci de l’efficacité. Dans ce nouveau bâtiment, un monte-charge acheminait jusqu’au troisième étage le tabac brut qui redescendait ensuite en passant à chaque étage par diverses étapes de traitement, pour atteindre finalement la salle d’expédition ; dans l’ancienne usine, le tabac passait indistinctement d’un étage à l’autre. Avec ce principe de procédé en continu, il ne fallut que de légères modifications quand la fabrication de cigarettes débuta en 1896. Tuckett rationalisa les activités de son usine, installa des issues de secours en cas d’incendie, aménagea des cantines ainsi que des toilettes séparées pour les femmes et les hommes.

Tuckett eut recours, avec un certain succès, à des mesures paternalistes pour promouvoir la loyauté des quelque 400 travailleurs qui étaient à son service dans les années 1880. En instaurant volontairement en 1882 la journée de neuf heures, ainsi qu’un programme de primes et de partage des bénéfices, il gagna la faveur de ses employés et se fit une excellente réputation. En même temps, des conditions d’emploi différentes segmentèrent la main-d’œuvre, ce qui lui assurait un meilleur contrôle de la progression du travail. Ces conditions étaient déterminées en fonction des diverses étapes de la production. Tuckett était d’avis que la rémunération à la pièce pour les travailleurs les plus expérimentés, les rouleurs et les employés affectés à la fabrication de tabac en barre, contribuait davantage à soutenir et à améliorer la production. S’ils voulaient toucher un salaire semblable ou supérieur à celui des autres travailleurs dans l’ensemble de l’usine, ils devaient accélérer leur rendement. Avec ce système de rémunération, c’est eux qui marquaient le rythme de production des travailleurs payés à la journée.

Les employés qui fabriquaient des barres ne pouvaient faire fonctionner les presses sans feuilles de tabac préparées. Les rouleurs, qui apprêtaient la feuille pour le séchage et le pressage, embauchaient et payaient des enfants qui détachaient la feuille de la tige pour eux. La surveillance de ces travailleurs inexpérimentés et parfois indisciplinés était ainsi décentralisée. Les parents négociaient avec les rouleurs l’engagement de leurs enfants, qu’ils faisaient passer pour des adolescents âgés de 14 à 16 ans, et ils se portaient garants de la bonne conduite de leurs rejetons. À Noël, des primes récompensaient le bon rendement pendant l’année. Chaque travailleur rémunéré à la pièce recevait un présent ou une dinde ainsi qu’un montant d’argent si l’on jugeait qu’il le méritait. Les employés payés à la journée avaient droit à une prime en argent proportionnelle au bénéfice de l’entreprise. Les enfants avaient 0,25 $ et une chance de gagner des prix de 20 $, 10 $ et 5 $. Tout un rituel entourait la remise des primes de Noël. Tuckett passait l’année en revue, expliquait les raisons des congédiements qui avaient pu survenir et faisait la lecture des règlements de l’usine. Il profitait aussi de l’occasion pour récompenser les employés qui comptaient 21 ans de service en leur faisant cadeau d’un terrain et d’un montant de 225 $ (payable après la construction d’une maison).

Tuckett se préoccupait également de la mise en marché de son produit : il mit soigneusement au point et annonça des noms de marques afin de créer des habitudes d’achat chez les consommateurs. Au début des années 1870, Tuckett et Billings fabriquaient une douzaine de sortes de tabac en barre, chacune d’une qualité différente et vendue dans des boîtes d’étain sous la marque de fabrique T & B. La plus populaire était le Myrtle Navy Tobacco. On ajouta à la gamme de produits les cigares Marguerite en 1891 et les cigarettes T & B en 1896.

La publicité que lui valurent son succès et son mode de gestion de la main-d’œuvre fit de Tuckett un candidat intéressant pour un poste public. Son inexpérience en politique lui valut cependant de connaître une carrière instable dans ce domaine. Il se considérait comme un radical en matière de réformes sociales et jugeait qu’un artisan qui avait réussi, comme lui, pouvait se permettre un cheminement politique indépendant. D’abord réformiste, il se laissa gagner à la cause du parti conservateur par la Politique nationale. En 1895, en prévision des élections fédérales, les conservateurs locaux persuadèrent Tuckett de se présenter à l’un des sièges de Hamilton. Craignant l’attrait qu’il pouvait exercer auprès de l’électorat, les libéraux proposèrent d’appuyer sa candidature à la mairie en 1896 – il avait été échevin en 1863, 1864 et 1884 – s’il renonçait à participer aux élections fédérales ; il accepta cette offre.

Sur la scène municipale, Tuckett fit campagne avec un programme dont les thèmes principaux étaient une bonne administration et le maintien de taxes peu élevées. Il fut cependant la cible du mouvement de réforme morale qui avait cours à Hamilton : il était fabricant de tabac ; on l’accusait de fréquenter les saloons ; à titre de directeur du Hamilton Jockey Club, il encourageait le jeu ; en qualité d’actionnaire du Hamilton Street Railway et bénéficiaire d’exemptions de taxes, notamment sur l’eau, pour son usine, il contribuait aux dépenses municipales qu’il disait trop élevées. Cette dernière accusation était la plus sérieuse : son exemption de 85 000 $ sur une évaluation de 129 000 $ privait la ville de 1 700 $ de revenus annuels. Tuckett remporta néanmoins l’élection avec une majorité écrasante. Toutefois, il s’était mis à dos le parti conservateur. Ne pouvant plus compter sur l’appui des libéraux, ses chances d’être réélu maire en 1897 s’effondrèrent, et il subit une cuisante défaite.

Lorsqu’il mourut en 1900, George Elias Tuckett était très riche et très en vue. Il avait été un anglican généreux pour sa congrégation, un franc-maçon, et le président de la St George’s Society en 1898. En plus de nombreux biens immobiliers, il avait accumulé des biens personnels d’une valeur de 708 705 $, dont près de 375 000 $ en actions bancaires ou autres. Au cours de sa carrière, il avait été membre des conseils d’administration de la Bank of British North America, de la Traders Bank of Canada et de la Hamilton and Barton Incline Railway Company ; il avait aussi été président de la Hamilton Steamboat Company. En outre, il avait fait des placements dans le Hamilton Street Railway et la Hamilton Steel and Iron Company. Malgré ses brèves études, il sut adapter efficacement l’organisation de l’usine à là production en série et innover en matière de relations de travail. C’est à ces qualités qu’on peut attribuer son succès.

David G. Burley

Baker Library, R. G. Dun & Co. credit ledger, Canada, 25 : 286 (mfm aux AN).— HPL, Clipping file, Hamilton biog., G. E. Tuckett ; Picture coll., Hamilton portraits, G. E. Tuckett ; Scrapbooks, H. F. Gardiner ; A. W. Roy ; Victorian Hamilton.— Canada, Commission royale sur le capital et le travail, Rapport, Ontario.— Hamilton Spectator, 1871–1900.— Palladium of Labor (Hamilton, Ontario), 27 sept., 15, 19 nov., 6 déc. 1884.— Times (Hamilton), 21 févr. 1900.— DHB.— Hamilton directory, 1856–1873 ; 1888, 1898–1899.— B. D. Palmer, A culture in conflict : skilled workers and industrial capitalism in Hamilton, Ontario, 1860–1914 (Montréal, 1979), 29, 189, 259.— J. C. Weaver, Hamilton : an illustrated history (Toronto, 1982), 92, 111.— P. R. Austin, « Two mayors of early Hamilton », Wentworth Bygones (Hamilton), 3 (1962) : 1–9.

Bibliographie générale

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David G. Burley, « TUCKETT, GEORGE ELIAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/tuckett_george_elias_12F.html.

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Auteur de l'article:   David G. Burley
Titre de l'article:   TUCKETT, GEORGE ELIAS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   21 novembre 2014