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WEBER, ANNA (parfois appelée Nancy), auteur de travaux à l’aiguille et d’enluminures de type fraktur, née le 3 juin 1814 dans le canton d’Earl, Pennsylvanie, cinquième des dix enfants de John Weber et de Catherine Gehman, décédée le 12 octobre 1888 dans le canton de Woolwich, Ontario.

Anna Weber, fille d’un ministre mennonite et fermier, quitta la Pennsylvanie pour s’établir dans le Haut-Canada avec un groupe de 13 personnes en avril 1825. Sa famille s’installa dans une ferme, à un mille au sud de Conestogo, dans un milieu principalement composé de mennonites allemands de la Pennsylvanie. Elle vécut avec ses parents ; lorsque son père mourut le 21 janvier 1854, elle continua d’habiter avec sa mère jusqu’à la mort de celle-ci, le 2 juin 1864. Le reste de sa vie, Anna passa d’une famille à l’autre au sein de la communauté mennonite. Elle vécut en marge de son groupe social – et, dans une large mesure, aux frais de celui-ci – jusqu’à sa mort, qui se produisit accidentellement, semble-t-il, à la suite de l’absorption d’une trop forte dose de médicaments.

Après 1835, année où elle avait fabriqué un premier modèle de broderie pour montrer ses aptitudes, Anna Weber fit un grand nombre de travaux à l’aiguille. Elle confectionna des serviettes ornementales – des bandes de toile délicatement brodées et ornées de motifs et de dessins traditionnels – pour le trousseau de mariage des filles du voisinage, des animaux rembourrés, notamment des chevaux et des écureuils, servant de jouets pour les enfants, et des tapis au crochet faits d’étoffes de laine teintes à la main et représentant des paysages stylisés.

Vers 1855, Anna Weber se mit à peindre des enluminures au lavis sur traits de plume et elle poursuivra ce travail jusqu’à sa mort. Cette forme d’art, appelée fraktur, était née en Allemagne plus de deux siècles auparavant, mais elle fut portée à un haut degré de perfection par les Allemands de la Pennsylvanie. Utilisé à des fins purement décoratives, ce genre d’enluminure servait souvent à illustrer des manuscrits, des ex libris et des documents de famille tels que les certificats de naissance et de baptême. Les œuvres ainsi produites manquaient de perspective et ne respectaient pas les proportions. L’artiste répétait des motifs (des cœurs, des tulipes, des couples d’oiseaux et l’arbre de vie) disposés d’une manière équilibrée et généralement symétrique. Elle reprit et développa ces dessins traditionnels, mais, pour ce qui est des sujets eux-mêmes, elle s’inspira plutôt de la nature. Au lieu de la licorne habituelle, par exemple, elle dessinait un cheval stylisé.

Presque toutes les enluminures de type fraktur d’Anna Weber sont signées et datées avec précision ; les inscriptions sont intégrées au cadre peint qui entoure chaque dessin. Ses œuvres, qui évoquent l’art nouveau dans le domaine du verre ou du carreau coloré, montrent qu’elle avait le sens des couleurs, qui sont à la fois douces et précises, et de la composition. C’est une impression d’assurance et, sans doute, de plaisir qui se dégage de ces créations enjouées, souvent destinées à servir de cadeaux aux enfants.

La plupart des enlumineurs de type fraktur, y compris M. Altsdorf, qui enseigna probablement à Anna Weber en Pennsylvanie, étaient des maîtres d’école. Rares étaient les femmes qui pratiquaient ce genre d’enluminure, mais Anna fut, dans ce domaine, l’artiste la plus originale et la plus féconde de l’Ontario. Malgré des souffrances causées par l’hydropisie, l’arthrite et les maux du vieil âge, elle nous a laissé, grâce à un travail soutenu, quelque 60 tableaux de type fraktur. On a dit à son sujet qu’elle avait une « intelligence médiocre », mais, en raison de son caractère individualiste, elle avait la permission de signer ses œuvres – usage qui, étant contraire à l’esprit de renoncement des mennonites, constituait un péché. Les ouvrages d’Anna Weber s’inspirent de la nature, qui domine une large partie de l’art populaire au Canada ; ses travaux d’enluminure de type fraktur, cependant, traduisent par surcroît la culture singulière de son groupe ethnique.

E. Reginald Good

M. S. Bird, Ontario fraktur : a Pennsylvania-German folk tradition in early Canada (Toronto, 1977).— E. R. Good, Anna’s art : the fraktur art of Anna Weber, a Waterloo County Mennonite artist, 1814–1888 (Kitchener, Ontario, 1976).— J. R. Harper, A people’s art : primitive, naïve, provincial, and folk painting in Canada (Toronto et Buffalo, N.Y., 1974).— D. A. Shelley, The fraktur-writings or illuminated manuscripts of the Pennsylvania Germans (Allentown, Pa., 1961).— J. J. Stoudt, Early Pennsylvania arts and crafts (New York et Londres, 1964).— M. [S.] Bird, « Ontario fraktur art. a decorative tradition in three Germanic settlements », OH, 68 (1976) : 247–272.— N.-L. Patterson, « Anna Weber hat das gemacht : Anna Weber (1814–1888) – a fraktur painter of Waterloo County, Ontario », Mennonite Life (North Newton, Kans.), 30 (1975), n: 15–19.

Bibliographie générale

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E. Reginald Good, « WEBER, ANNA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/weber_anna_11F.html.

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Auteur de l'article:   E. Reginald Good
Titre de l'article:   WEBER, ANNA
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   22 octobre 2014