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HAWKES, JOHN, manœuvre, journaliste, fonctionnaire et auteur, né le 12 janvier 1851 à Aylesford, Angleterre, fils de William Hawkes et de Sarah Perrin ; le 23 juillet 1873, il épousa à Guildford, Angleterre, Elizabeth Ellen Parsons (1852–1944), et ils eurent au moins dix enfants, dont deux moururent avant lui ; décédé le 26 février 1931 à Londres.
John Hawkes aimait les bonnes histoires, y compris celle de sa propre vie, qu’il croyait si pleine d’« expérience et d’aventure » qu’elle « fournirait assez de matériel à un deuxième Joseph Conrad pour [garnir] une étagère entière de récits palpitants ». Ouvrier agricole à la naissance de son fils, William Hawkes semble avoir prospéré, car il devint épicier, puis fermier. John fréquenta l’école privée Brunswick House, à Maidstone. À la grande surprise de son père, il abandonna les études à 14 ans. En 1905, il expliquerait ainsi sa décision : « Je voulais être journaliste. » Hawkes apprit le métier dans un « vieux journal de whigs », la South Eastern Gazette de Maidstone. Il serait journaliste et auteur jusqu’à la fin de ses jours, constamment en quête de découvertes et à l’affût d’une bonne histoire.
Mené par son goût de l’aventure, Hawkes arriva en Amérique du Nord en 1869, à l’âge de 18 ans. Il écrirait en 1924 qu’il gagna sa vie en tant que manœuvre un peu partout sur le continent. Employé « d’abord dans des fermes dans le canton de Scott, près d’Uxbridge, en Ontario, [il fit] plus tard, des travaux de terrassement pour les chemins de fer Toronto and Nipissing et Toronto, Grey, and Bruce ». Il partit ensuite vers le sud, où des compagnies ferroviaires l’engagèrent comme « abatteur d’arbres, [pour] ouvr[ir] un chemin à travers les bois de Kalamazoo jusqu’aux rives du lac Michigan ». Hawkes voyagea du nord des États-Unis vers le sud et arriva à La Nouvelle-Orléans sur un bateau à vapeur. Selon le Cumberland News, il passa l’hiver en Arkansas, en Louisiane et au Mississippi. Là, il « étudia avec grand intérêt les conditions de la population [noire], qu’on avait récemment affranchie ». Au printemps de 1871, il repartit vers le nord en direction de New York, puis s’embarqua pour l’Angleterre à bord du Minnesota.
De retour de son séjour en Amérique du Nord, Hawkes reprit sa vie de journaliste en Angleterre. Il agit à titre de rédacteur en chef du Hereford Evening News et d’autres « journaux provinciaux », et de correspondant pour la Press Association britannique et le Times de Londres. Hawkes épousa Elizabeth Ellen Parsons en 1873 ; deux ans plus tard, le couple accueillit son premier enfant.
Ayant pris la décision d’immigrer au Canada vers le milieu des années 1880, Hawkes y arriva en 1885. Il partit ensuite dans l’Ouest, où il trouva une fois de plus un emploi de travailleur manuel, au sein d’une « brigade volante » d’entretien de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique, et en tant qu’opérateur d’une foreuse de puits « affectueusement surnommée la “tueuse d’hommes” ». En 1889, il s’établit sur une concession près de Percival, dans les Territoires du Nord-Ouest (Saskatchewan), non loin de Cannington Manor, colonie fondée pour accueillir des Britanniques entretenus par leur famille qui les avaient envoyés vivre à l’étranger. Elizabeth Ellen se rappellerait avoir visité les résidents du manoir, pour socialiser avec eux, en s’y rendant en voiture tirée par des bœufs. En 1891, les Hawkes louèrent leur ferme et s’installèrent à Whitewood, pour permettre à leurs enfants d’aller à l’école. Hawkes écrirait dans The story of Saskatchewan que « Whitewood était dans les années 1880 l’endroit le plus cosmopolite de l’Ouest. Il devint populaire de dire qu’il fallait connaître onze langues pour [y] faire des affaires. »
Même s’il avait déjà travaillé pour un journal whig, Hawkes avait appuyé les conservateurs en Grande-Bretagne ; arrivé au Canada, il garda son intérêt pour le domaine civique. En 1888, aux élections dans les Territoires du Nord-Ouest, il se présenta à Whitewood sous l’étiquette libérale-conservatrice. Conférencier prisé, il fut néanmoins défait par Alexander Gillan Thorburn*. Six ans plus tard, il disputa de nouveau un siège à l’Assemblée législative ; il perdit au profit de son frère cadet libéral Allen Gardener, émigré au Canada en 1886. À titre de secrétaire de la Dairymen’s Association of the North-West Territories, Hawkes sillonna la région avec ses associés Edward Nicholas Hopkins et William Watson pour promouvoir la création, avec l’aide du gouvernement territorial, d’une coopérative de crémeries dans l’Ouest. De retour en politique, il participa à la campagne pour soutenir le sénateur conservateur William Dell Perley dans la circonscription d’Assiniboia East aux élections fédérales de 1896. Ce dernier s’opposait à James Moffat Douglas*, qui se présentait pour les Patrons of Industry [V. Charles Braithwaite*] (formation que Hawkes, ne craignant jamais d’exprimer son opinion, qualifia d’« hurluberlus », selon le Winnipeg Tribune). Douglas remporta le siège par plus de 1 000 voix.
Non seulement Hawkes collabora aux affaires politiques, mais il servit aussi sa communauté en qualité de secrétaire municipal, juge de paix et registraire de l’état civil. Il retourna au journalisme en 1897, à titre de rédacteur en chef du Whitewood Herald. La même année, pendant l’été, deux de ses fils, Harry Hugo Hereward et Clandon Viger, se noyèrent au cours d’un voyage de camping. Trois ans après cette dure épreuve, la famille s’installa à Carnduff, où Hawkes acheta le journal local (la Carnduff Gazette). Sa femme se mettrait elle aussi au journalisme : en 1906, elle deviendrait la première propriétaire du Broadview Express de Grenfell, dont elle dirigerait la rédaction jusqu’en 1909 environ.
À force d’assurer l’information sur la vie dans les Prairies, Hawkes commença à se considérer comme un Canadien de l’Ouest, ce qui le força à réfléchir à ses affiliations politiques. Le boum du blé exerçant une pression excessive sur la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique, Hawkes, malgré ses convictions conservatrices, se montra d’accord avec le premier ministre libéral, sir Wilfrid Laurier*, désireux de créer un deuxième chemin de fer transcontinental pour transporter les céréales des Prairies jusqu’aux principaux centres de l’est du pays. Hawkes fit connaître sa position dans le Manitoba Free Press en 1903 : « [L]a proposition est si vitale pour l’Ouest que ceux qui sont établis dans les Prairies devraient mettre de côté leurs divergences partisanes, et être d’abord des hommes de l’Ouest. » Selon le journal, on l’accusa d’être un « faux conservateur ». Il ne faiblit pas pour autant : aux élections fédérales de 1908, il appuya Laurier (et l’expansion du chemin de fer du Grand Tronc) sans réserve.
En raison de son changement d’allégeance politique, peut-être, on envoya Hawkes à Londres en 1905–1906 pour prononcer des conférences sur l’immigration et donner des conseils aux milliers d’émigrants anglais en partance pour l’Ouest canadien. À son retour, en 1907, il s’installa à Regina ; il avait accepté une nomination du gouvernement de Thomas Walter Scott à titre de premier bibliothécaire de l’Assemblée de la nouvelle province de la Saskatchewan. Il occuperait ce poste durant 20 ans. Le réseau de bibliothèques en était à ses balbutiements et devait se constituer à partir de rien. Hawkes participa aussi à l’établissement de la Saskatchewan Travelling Library – dotée, en 1924, de plus de 800 bibliothèques mobiles qui circulaient dans les régions rurales de la province – et supervisa le développement de la première bibliothèque des Territoires du Nord-Ouest. En 1912, le tristement célèbre cyclone de Regina « pulvérisa » les fonds de l’Assemblée (alors logés dans le Land Titles Building), ne laissant sur son passage qu’« une masse confuse de plâtre, de verre brisé, de bois, de livres et de papiers ». Hawkes expliqua qu’il lui fallut des mois pour nettoyer, trier et réparer la collection de la province. Il raconta fièrement en 1921 que, malgré le grand désordre, la bibliothèque avait « rempli ses fonctions sans recevoir une seule plainte ».
John Hawkes prit sa retraite de la bibliothèque de l’Assemblée en 1927. Il mourut quatre ans plus tard à Londres. Son œuvre la plus notable demeure The story of Saskatchewan and its people, publiée en trois volumes en 1924. Cet ouvrage, devenu pièce de collection, offre aux lecteurs non seulement des histoires exaltantes sur les débuts de la Saskatchewan, mais également la voix d’un homme vigoureux, impatient de montrer que la province consistait « en bien d’autres choses » qu’en « la simple transformation d’une plaine primitive en champ de blé ». Sur un ton journalistique, Hawkes ne craignait pas de faire une déclaration audacieuse ou de planter le décor, tout en combinant faits, humour et éléments autobiographiques pour saisir l’identité de sa province et promouvoir la fierté saskatchewanaise.
John Hawkes a écrit The story of Saskatchewan and its people (3 vol., Regina, 1924).
Ancestry.com, « Index des naissances, Angleterre et Pays de Galles, 1837 à 1915 », Allen Gardener Hawkes ; « Liste de passagers entrants, Canada, 1865 à 1935 », John Hawkes, 28 oct. 1929 ; « Mariages de l’Église d’Angleterre, Surrey, Angleterre, 1754 à 1937 », John Hawkes et Elizabeth Ellen Parms [Parsons], 23 juill. 1873 ; « Recensement de l’Angleterre de 1851 », John Hawkes (Kent, Malling, Aylesford).— BAC, R190-383-1-E (Fonds du ministère de l’Intérieur, Direction des concessions de terrains, lettres patentes, register of Dominion land patents – liber 113, f.351 (John Hawkes)).— GA, F0062 (Laurie, DeGear family fonds), S0002 (scrapbook 9), p.41.— Cumberland News (Cumberland, C.-B.), 11 janv. 1905.— Edmonton Bull., 30 mars 1896, 3 sept. 1903, 10 oct. 1908.— Manitoba Free Press, 19, 23 janv. 1894 ; 18 mai, 3 juin 1896 ; 21 août 1903 ; 26 janv. 1904.— Revelstoke Herald (Revelstoke, C.-B.), 11 août 1897.— Winnipeg Tribune, 29 janv. 1894 ; 2 juin 1896 ; 27 juill. 1897 ; 29 août 1903; 18, 29 janv. 1904.— « Historians and historiography », dans Canadian Plains Research Center, Encyclopedia of Saskatchewan (Regina, 2005).— Merle Massie, « “Has Saskatchewan any history ?” : writing provincial history in Saskatchewan, 1913–2005 », Prairie Forum (Regina), 33 (2008) : 211–238.— Pioneers and prominent people of Saskatchewan (Winnipeg et Toronto, 1924).
Merle Massie, « HAWKES, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 févr. 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/hawkes_john_16F.html.
| Permalien: | https://www.biographi.ca/fr/bio/hawkes_john_16F.html |
| Auteur de l'article: | Merle Massie |
| Titre de l'article: | HAWKES, JOHN |
| Titre de la publication: | Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16 |
| Éditeur: | Université Laval/University of Toronto |
| Année de la publication: | 2026 |
| Année de la révision: | 2026 |
| Date de consultation: | 17 févr. 2026 |