Chirurgien pour la Hudson’s Bay Company, John Potts (mort en 1764) devint agent d’un poste de traite dans une contrée isolée et eut du mal à le faire prospérer. Engagé en 1738 par la compagnie comme chirurgien au fort York, il se vit confier le commandement du fort Richmond en 1750 avec trois tâches précises : finir la construction du poste, développer le commerce des fourrures à l’intérieur des terres et garder l’œil sur des mineurs envoyés pour explorer les gisements de la région. La frustration prit le dessus ; les mineurs se révélèrent « désordonnés » et improductifs, tandis que le projet de commerce de fourrures s’avéra un échec. En 1754, un violent affrontement avec des Inuits poussa ces derniers à éviter l’endroit et, alors que les profits étaient dérisoires et qu’on soupçonnait Potts de se livrer au trafic à titre privé, le comité de Londres le réprimanda. Le journal du fort Richmond tenu par Potts livre un récit lugubre d’une expérience difficile et peu gratifiante.

POTTS, JOHN, chirurgien et agent pour la Hudson’s Bay Company, décédé le 27 juin 1764 au fort Prince of Wales (Churchill, Man.).

John Potts est l’un parmi plusieurs « chirurgiens » (d’une formation médicale souvent rudimentaire) qui furent envoyés à la baie d’Hudson au cours du xviiie siècle et qui devinrent ensuite agents dans les postes de la Hudson’s Bay Company (HBC). Potts fut engagé en premier lieu en 1738 à titre de chirurgien au fort York (York Factory, Man.) pour une période de trois ans. En 1740, lagent principal du poste, James Isham, le décrivit ainsi : « un jeune homme très sobre, honnête et travailleur, et je [le] crois tout à fait à la hauteur de cette fonction ». Après un court séjour en Angleterre, il retourna à la baie d’Hudson en 1745, cette fois pour y remplir la charge de chirurgien au poste de Moose (Moose Factory, Ont.). Au cours de la saison 1747–1748, il assuma la direction de ce poste, l’agent ayant dû rentrer en Angleterre pour cause de maladie. En 1750, il remplaça Thomas Mitchell, tombé en disgrâce, comme agent du nouveau poste de traite du golfe de Richmond (lac Tasiujaq, Qué.), situé beaucoup plus au nord, sur la côte d’East Main (côte est de la baie de James et de la baie d’Hudson).

Même si Potts se montrait au départ très optimiste, il trouva à son arrivée une colonie en plein désarroi, avec « une équipe apathique, démotivée [et] mécontente ». On fixa à Potts trois grands objectifs : terminer la construction du poste, étendre le commerce de la fourrure avec les Autochtones des régions intérieures et avoir l’œil sur les trois mineurs envoyés pour prospecter des gisements miniers juste au sud du golfe de Richmond. Les années pendant lesquelles il occupa ce poste furent pour Potts des années de frustration et d’échec. En 1751, il renvoya en Angleterre les trois mineurs « à la conduite désordonnée et d’une insupportable paresse », qui n’avaient réussi qu’à extraire du soufre et du cuivre jaune de qualité inférieure. L’année suivante, il dira du commerce de la fourrure : « Nous croyons réellement (ayant maintenant acquis quelque expérience) que la situation ne se présentera jamais, Messieurs, à votre satisfaction. » Il échoua dans sa tentative de convaincre ses employés de s’aventurer à l’intérieur des terres afin d’y prendre contact avec les insaisissables Naskapis (connus de la HBC sous ce nom) du Labrador intérieur ; même si quelques Naskapis et certains Cris du littoral [V. Robinson Crusoe] vinrent au poste, ils y firent peu de commerce. Les Autochtones préféraient chasser le caribou, et ces Cris vivant au sud commerçaient déjà avec la HBC, et continuèrent généralement de trafiquer avec le poste dEastmain House (à l’embouchure de la rivière Eastmain) ou avec les autres postes situés dans la région de la baie de James. Comme l’assistant de Potts le fit remarquer, « le fort Richmond ne pourrait grandir que sur les ruines d’Eastmain ».

La compagnie avait espéré que le poste, du fait de sa position septentrionale, réussirait à attirer des Inuits. Potts essaya même de communiquer en langage des signes pour leur exprimer son désir de faire du commerce avec eux. En 1754, des tensions dégénérèrent toutefois en un violent affrontement. Un groupe dInuits enleva Matthew Warden, un jeune employé de la HBC de lavant-poste voisin de Little Whale River (Petite rivière de la Baleine, Qué.). Dans les mois suivants, Potts captura deux Inuits quil espérait échanger contre le garçon, mais quand les otages essayèrent de séchapper, Potts fut « obligé de tirer », puis fit jeter les corps dans un trou découpé dans la glace. Des lettres envoyées aux postes dAlbany (Fort Albany, Ont.) et Moose Factory pour rapporter lincident contenaient des preuves matérielles macabres. En mai, on retrouva les restes de Warden près du lieu de son enlèvement.

Par la suite, les Inuits évitèrent la région. Potts admit dans son propre journal que cette affaire entraîna des répercussions à long terme : « Nous avons vu très peu dIndiens ici cet hiver [car] ils avaient peur [...] le commerce a été rare, voire inexistant ». Lincident, ajouté à l’incompétence de Potts en matière de commerce et à la suspicion selon laquelle on le tenait de se livrer au trafic à titre privé, lui valut des reproches sérieux de la part du comité de Londres ; on lui déclara : « Nous sommes grandement mécontents de votre administration. » Le poste ayant reçu en six ans des fourrures dont la valeur atteignait la somme dérisoire de £100, la compagnie, apparemment sur la recommandation de Potts, décida de le déménager plus au sud, à Little Whale River, dont la localisation était plus avantageuse pour la pêche à la baleine blanche (béluga).

Le succès ne sourit pas davantage à Potts à cet endroit et, en 1759, la compagnie abandonna le poste vu qu’« aucune sorte de commerce n’est possible dans cette partie de la baie d’Hudson la moins profitable à la Compagnie ou la moins avantageuse à la Nation ». Le manque de ressources locales, la crainte que s’inspiraient réciproquement les membres des Premières Nations et les Inuits, et l’antagonisme qui existait entre eux, de même que la répugnance de la garnison à s’aventurer à l’intérieur des terres, tout contribuait à rendre peu enviable la tâche d’agent de ce poste ; le ton lugubre du journal et de la correspondance de Potts semble indiquer que celui-ci n’était pas tout à fait l’homme désigné pour remplir un poste aussi difficile.

Potts, après un congé d’un an passé en Angleterre, revint en 1761 pour occuper la charge moins lourde de chirurgien au fort Prince of Wales, charge qu’il occupa jusqu’à sa mort, due à la goutte, qui survint trois ans plus tard. Il avait déjà donné la plupart de ses vêtements à son fils John qui travaillait lui-même au poste ; son lit de plume et un « banian » d’étoffe furent expédiés à sa femme, Elizabeth, en Angleterre. Un certain George Potts, mentionné comme assistant personnel de James Isham et comme un « voyageur des terres intérieures » expérimenté, pourrait avoir été un autre de ses fils. La seule notice nécrologique de John Potts, rédigée par lagent principal Moses Norton* dans le journal du poste de Churchill, en date du 30 juin 1764, se lit ainsi : « Nous avons aussi inhumé M. Potts le plus convenablement qu’il m’était possible de le faire et puisqu’il avait déjà eu l’honneur de commander un de vos forts, Messieurs, et qu’il s’est toujours conduit honorablement depuis qu’il est ici ; prenant ceci en considération, lors de ses obsèques, j’ai fait tiré une salve par sept de nos canons d’une livre. »

Glyndwr Williams

Le journal du fort Richmond tenu par Potts, plus détaillé que celui de beaucoup d’autres agents, est conservé aux HBC Arch. B.182/a/1–4 et 6–11. Ses lettres au pays sont dans A.11/57 et celles que la compagnie lui adressa à Richmond sont çà et là dans A.5/1 et A.6/8–9. On fait mention de Potts dans A.1/34, p. 86 ; A.1/36, p. 286 et occasionnellement dans A.1/37–42. Il est question de son séjour à Moose Factory dans A.6/7, f.72d. Les détails de sa dernière maladie et de sa mort sont consignés dans B.42/a/60. On trouvera de brefs commentaires sur le fort Richmond dans les années 1750 dans Rich, History of the HBC, I : 619–624, et dans HBRS, XXIV (Davies et Johnson), xxi-xxiv.  [c. w.]

Bibliographie de la version modifiée :
HBC Arch. (Winnipeg), B.182/a/6, pp.45–47, 59 ; B.182/a/8, p.14.HBRS, XXV (Davies et Johnson), 312.Norman Anick, The fur trade in eastern Canada until 1870 (Parcs Canada, Direction des lieux et des parcs hist. nationaux, Travail inédit, no 207, 2 vol., Ottawa, 1976).Daniel Francis et Toby Morantz, la Traite des fourrures dans l’est de la Baie James : 16001870, Antoni Dandonneau et Nadine Ozenne, trad. (Québec, 1984).

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Glyndwr Williams, « POTTS, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 6 avril 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/potts_john_3F.html.

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Auteur de l'article:    Glyndwr Williams
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Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    1974
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Date de consultation:    6 avril 2026