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BEATTY, WILLIAM, homme d’affaires, pasteur laïque méthodiste et homme politique, né le 19 janvier 1835 à Stonyford (république d’Irlande), deuxième fils de William Beatty et de Frances Hughes ; le 9 décembre 1873, il épousa Isabella Eliza Bowes, fille de John George Bowes*, et ils eurent quatre filles et un fils ; décédé le 2 décembre 1898 à Parry Sound, Ontario.

En 1835, William Beatty quitta l’Irlande avec sa famille, qui s’installa à Thorold, dans le Haut-Canada, où William père construisit une tannerie et, plusieurs années plus tard, deux scieries sur le bord du canal Welland. William fils fréquenta les écoles locales avant de s’inscrire au Victoria College, à Cobourg, où il obtint une licence ès arts en 1860, une maîtrise ès arts en 1863 et une licence en droit en 1864. Élu au « sénat » de l’université en 1865, il en fit partie durant un quart de siècle.

Malgré ses aptitudes pour les activités universitaires, William prit part, aux côtés de son frère James Hughes et de son père, à l’entreprise familiale d’exploitation forestière. À l’été de 1863, ils parcoururent la rive nord du lac Huron à la recherche de concessions forestières. Au bras Parry, à l’embouchure de la rivière Seguin, ils trouvèrent une scierie ainsi qu’une concession de 50 milles carrés qui avaient appartenu à deux frères, William Milnor et James Alexander Gibson, mais que la couronne avait confisquées. Immédiatement séduits par les possibilités qu’offrait cette propriété, les Beatty obtinrent un bail pour les droits de coupe sur un territoire de 234 milles carrés autour de la scierie. Ils achetèrent en 1867 une autre concession de 50 milles carrés le long de la rivière Moon.

Même si les Beatty étaient tous les trois associés dans la J. and W. Beatty and Company, formée en vue d’exploiter les concessions forestières, c’est William fils qui s’y intéressa davantage et en devint le directeur. La route du bras Parry, dont la construction débuta en 1863 après que John Stoughton Dennis* en eut établi le tracé, fut terminée par William quatre ans plus tard ; l’avant-poste devenait ainsi accessible par voie terrestre à partir de la route de Muskoka vers le sud. Pendant que William s’occupait des concessions forestières, James Hughes supervisait l’exploitation du Waubuno, que Melancthon Simpson avait construit en 1865 pour les Beatty à Port Robinson. Ce vapeur, qui jaugeait 193 tonneaux, transportait des passagers et des provisions à partir de la tête de ligne de la Northern Railway Company of Canada, à Collingwood, jusqu’au bras Parry et à la baie Thunder, ce qui en faisait le principal bateau commercial à naviguer dans la partie nord des Grands Lacs.

En mai 1867, la firme Beatty acheta 2 198 acres de terrain de la couronne à l’embouchure de la rivière Seguin pour y établir un village ; en octobre 1869, le premier plan officiel était dressé. William fils sut rendre la localité naissante très attirante pour les colons éventuels ; dès 1869, Parry Sound pouvait se vanter d’offrir les services d’un médecin et d’un instituteur. Il y avait aussi un moulin à farine, une salle de lecture publique, un hebdomadaire (le Northern Advocate, fondé par Thomas McMurray*), ainsi qu’un service de diligence jusqu’à Bracebridge qu’exploitaient les Beatty. Méthodiste pieux, William dirigeait des offices à titre de pasteur laïque depuis l’automne de 1864. Deux ans plus tard, il fit don à la ville d’un terrain et des matériaux nécessaires pour la construction de la première église du village. L’été, il tenait des assemblées du culte en plein air dans le but de convertir les autochtones et attirait ainsi des fidèles qui venaient de toute la région de la baie Géorgienne. Très vite, il reçut le surnom de « gouverneur » en raison de ses capacités de chef et de l’attention qu’il accordait aux besoins des colons.

Beatty fut le premier à se présenter aux élections générales fédérales de 1867 dans la circonscription d’Algoma, où était situé Parry Sound. Il échoua dans sa tentative d’amener à temps un bateau de partisans jusqu’à Sault-Sainte-Marie afin qu’ils puissent voter : il perdit par une mince marge de neuf voix. Néanmoins, on l’élut la même année député réformiste de la circonscription de Welland à l’Assemblée législative de l’Ontario. La principale réalisation de la première session, en 1868, fut l’adoption du Free Grant and Homestead Bill. Beatty se déclara en faveur du projet de loi et suggéra des amendements utiles – l’un d’eux, qui fut adopté, stipulait que l’on devait accorder les droits de coupe relatifs à un terrain concédé seulement après que le colon aurait rempli un certain nombre d’exigences strictes et obtenu un titre de concession foncière. En mars 1871, Beatty perdit son siège, surtout à cause de son appui au gouvernement de coalition de John Sandfield Macdonald*.

Quelque temps après cette défaite, la J. and W. Beatty and Company fut dissoute. James Hughes s’affairait de plus en plus au transport maritime ; William fils, qui s’intéressait surtout au commerce et à l’exploitation de la forêt, décida de s’installer d’une façon permanente à Parry Sound. En décembre 1871, les trois associés vendirent la scierie et une partie de leur propriété située à l’embouchure de la rivière Seguin à Hugo Burghardt Rathbun et à Edward Wilkes Rathbun* de Trenton, pour la somme de 125 000 $. Les Rathbun revendirent immédiatement ces biens à Anson Greene Phelps Dodge, à John Classon Miller* et à d’autres qui, en 1872, formèrent la Parry Sound Lumber Company. En décembre de la même année, William acheta, pour 30 000 $, les parts de son père et de son frère dans ce qui restait de leur concession originale de 2 198 acres.

Comme il avait été témoin des ravages causés par l’alcool dans d’autres centres forestiers, Beatty était déterminé à faire de son établissement un village respectable. Parmi les premiers villageois, plusieurs donnèrent leur appui à sa position antialcoolique. À l’été de 1872, les résidents du canton de McDougall, dont Parry Sound faisait partie, votèrent pour la prohibition locale en vertu des dispositions de la loi Dunkin [V. Christopher Dunkin*]. De plus, lorsque Beatty fut devenu en décembre propriétaire unique de l’emplacement du village, quiconque voulait y acheter un terrain devait signer une entente qui lui interdisait la vente, le troc ou l’échange de boissons alcooliques sur les lieux. La force de ce document tenait à la clause qui autorisait Beatty ou ses descendants à reprendre possession des terrains de tout contrevenant. La plupart des colons partageaient toutefois ses convictions et, à ce que l’on sache, aucune vente ne fut résiliée. Le « pacte Beatty » est demeuré en vigueur à Parry Sound jusqu’en 1950.

La principale occupation de Beatty après la dissolution de l’entreprise familiale fut le magasin général établi au bras Parry en 1863 et dont il était le propriétaire. Il continua toutefois à s’intéresser sporadiquement à l’industrie forestière et à lancer d’autres genres d’entreprises. Il construisit en 1874 les Seguin Steam Mills, qu’il exploita avant de les revendre à la Parry Sound Lumber Company en 1881. Neuf ans plus tard, il fit l’acquisition d’une autre scierie, qu’il dirigea jusqu’à ce qu’un incendie la détruise en 1893. Beatty conserva ses intérêts dans le Waubuno, que la famille avait continué d’exploiter après 1871. Celui-ci servit de lien vital aux gens de la rive nord jusqu’en 1876, année où le Northern Belle, propriété de Thomas* et de John Joseph Long, de Collingwood, entra en service. La concurrence entre ces bateaux donna rapidement lieu à une fusion, et la nouvelle entreprise, à laquelle Beatty participa, prit le nom de Georgian Bay Transportation Company Limited. Le naufrage du Waubuno pendant une tempête en novembre 1879 précipita la compagnie au centre de plusieurs poursuites judiciaires pour cause de négligence. Elle fut finalement exonérée, mais elle subit d’autres désastres. En mai 1882, le feu détruisit le Manitoulin qu’on avait construit pour remplacer le Waubuno et, en septembre, un autre bateau, l’Asia, coula ; 100 personnes y trouvèrent la mort. Les administrateurs de la compagnie demandèrent l’abandon de la charte provinciale en 1885, et les bateaux qui restaient passèrent à la Great Northern Transit Company Limited (la White Line), qui avait une charte fédérale, et dont James H. Beatty fut le premier actionnaire.

L’un des premiers à reconnaître le potentiel touristique de la région de Parry Sound, Beatty avait constitué en 1881 la Parry Sound Hotel Company Limited en société commerciale, se réservant la fonction de président. La compagnie construisit l’imposant Belvidere Hotel, qui donnait sur la baie Géorgienne et que fréquentèrent les estivants jusqu’à ce qu’un incendie le détruise en 1961. Beatty était également parmi les instigateurs de la Parry Sound Colonization Railway, constituée juridiquement en 1885 dans le but de construire une ligne de chemin de fer qui relierait le Northern and Pacific Junction Railway à Parry Sound. Il fut vice-président de l’entreprise jusqu’à ce que John Rudolphus Booth*, le magnat du bois d’Ottawa, et sa Canada Atlantic Railway Company en fassent l’acquisition en 1893.

William Beatty mourut en 1898 à Parry Sound, après une longue maladie. C’est le journal local North Star qui a le mieux résumé le sentiment de regret de ses concitoyens : « Véritablement, il a mérité l’engageant surnom de « gouverneur » que tout le monde lui accordait [...] Sa réputation s’est étendue beaucoup plus loin que les limites de la ville et de la région où il a vécu et travaillé. » Beatty laissa sa maison, Minnewawa Grove, à son épouse, ainsi qu’un legs considérable à l’église méthodiste St James, à Parry Sound. Le reste de sa succession fut divisé entre ses cinq enfants et son testament stipulait que ses héritiers avaient le loisir de continuer ses affaires ou d’y mettre fin. En 1904, la William Beatty Company Limited fut constituée en société commerciale, avec des membres de sa famille immédiate comme administrateurs, afin de gérer son magasin général et son entreprise de charbon. Dix ans plus tard, une deuxième société, la William Beatty Lands and Timber Limited, obtint sa constitution juridique afin de conclure la vente des propriétés et des stocks de bois de construction qu’avait laissés Beatty. Les deux sociétés existent encore aujourd’hui.

Adrian Eric Hayes

Les papiers de William Beatty sont en la possession de ses descendants ; on a autorisé l’auteur à les consulter, mais non à divulguer leur emplacement.  [a. e. h.]

AO, RG 55, I-2-B, liber 5 : fo 42 ; liber 14 : fo 37.— Ontario, Legislative Library (Toronto), Newspaper Hansard, 11 janv. 1868 (mfm aux AO) ; Ministry of Consumer and Commercial Relations, Companies Branch, Corporate Search Office (Toronto), Corporation files C-4171, C-12284.— Parry Sourd Land Registry Office (Parry Sourd, Ontario), Testament de William Beatty.— Canada Gazette, 18 sept. 1880.— Canada Lumberman (Toronto), 20 (1899), no 1 : 5 ; no 3 : 5 (infra aux AO).— Alexander Kirkwood et J. J. Murphy, The undeveloped lards in northern & western Ontario ; information regarding resources, products and suitability for settlement [...] (Toronto, 1878).— Thomas McMurray, The free grant lands of Canada, from practical experience of bush farming in the free grant districts of Muskoka and Parry Sourd (Bracebridge, Ontario, 1871).— Ontario, Statutes, 1885, chap. 78.— W. W. Walker, By northern lakes ; reminiscences of life in Ontario mission fields (Toronto, 1896).— North Star (Parry Sourd), 8 déc. 1898.— Canadian album (Cochrane et Hopkins), 3 : 252.— Guide book & atlas of Muskoka and Parry Sourd districts, 1879 (Toronto, 1879 ; réimpr., Port Elgin, Ontario, 1971).— Globe and Mail, 5 mars 1950 : 15.

Bibliographie générale

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Adrian Eric Hayes, « BEATTY, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/beatty_william_12F.html.

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Auteur de l'article:   Adrian Eric Hayes
Titre de l'article:   BEATTY, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   1 octobre 2014